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JOURNAL ASIATIQUE
HUITIÈME SÉRIE
TOME XVIII
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE. AU\ LANGUES
ET À LA LITTÉBATUBE DES PEUPLES OBIENTAUX
ET PUBLIÉ PAE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
HUITIÈME SÉRIE
TOME XVIII
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
I DCCC AGI
JOURNAL ASIATIQUE
JUILLET-AOÛT 1891.
PROCES-VERBAL
DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 26 JUIN 189L
La séance est ouverte à 3 heures et demie, par
M. Ernest Renan , président.
Le procès-verbal de la précédente séance géné-
rale est lu et la rédaction en est adoptée.
Sont nommés membres de la Société :
MM. Maunoir (Charies), secrétaire général de
la Société de géographie, présenté par
MM. Ernest Renan et Barbier de Mey-
nard;
Georges Bi^nédite, attaché au Musée du
Louvre, présenté par MM. Barbier de
Meynard et Rubens Duval.
La parole est donnée à M. Rubens Duval, qui
lit, au nom de la Commission des censeurs, son
rapport sur Tétat des finances de la Société. Sur la
proposition du rapporteur, la Société vote des re-
merciements à la Commission des fonds.
6 JUILLET-AOÛT I8gi.
M. Berger, en présentant le Choix de lettres d'Eu-
gène Bumoaf, s^exprime en ces termes :
Je suis chargé par les éditeurs d'offrir à la Société asia-
tique le présent volume, intitulé : Choix de lettres d'Eugène
Burnouf, 1826-1852 ^ Ces lettres, recueillies et publiées par
sa fille aînée , M"' Léopold Delisle , sont accompagnées d'une
précieuse bibliographie des travaux d'Eugène Burnouf, qui
est l'œuvre de M. Delisle.
11 ne m'appartient pas de parler d'Eugène Bumouf , en
présence de tant d'hommes éminents bien mieux qualifiés
que moi pour le faire.
Il est un fait pourtant que je ne puis me dispenser de re-
lever, c'est la place considérable que tient dans ses lettres et
que tenait dans sa vie et dans ses constantes préoccupations
la Société asiatique , dont il a été l'un des fondateurs et dont
il est resté l'un des inspirateurs.
Les lettres d'Eugène Burnouf nous font assister au magni-
fique épanouissement des études orientales auquel les savants
français, allemands, anglais, danois, de la première partie
de notre siècle, ont travaillé d'un commun accord, et d'où
est sortie notre Société. A côté du Commentaire sur le Yaçna ,
de l'Introduction au bouddhisme indien, des études sur le
pâli et sur le zend et de ces magistrales introductions au
Bhâgavata Purâna, qui portent au plus haut degré ce carac-
tère impersonnel qui est la marque souveraine de la science ,
la correspondance d'Eugène Burnouf nous le fait voir vivant ,
travaillant et luttant pour les idées qu'il croyait justes et
saines.
On y admirera sa grande simplicité, la vivacité de son
esprit, l'ardeur de ses sentiments et de ses convictions scien-
tifiques , la aûreté de sa méthode , et surtout cette suite dans
le travail et dans les idées qpi lui a pernus de faire de si
' Choix de lettres d'Eugène Barnouf, 1 8 2 6- 1 85 2 , suivi dVnc bibliographie
avec portrait et fac-similé. Paris, Champion, 1891, iIl-8^
PROCÈS-VERBAU 7
grandes choses et d'exercer une action si salutaire sur les
destinées des études orientales.
M. Maspero donne lecture d un mémoire sur le
rôle des forgerons dans le culte d*Horus. La légende
locale d'Edfou assurait que le dieu de la ville, un
Horus, avait autour de lui pour le servir une troupe
de forgerons qui tenaient une place importante dans la
domesticité du temple. Ces forgerons formaient une
classe à part dont les membres, armés de la pique
et du ciseau , accompagnaient le dieu dans ses cam-
pagnes, et dont le chef était le second prêtre du
temple. Ils forgeaient ou ne forgeaient plus, mais
leur ancien nom de forgerons leur était resté et indi-
quait leur origine. Il y a là une situation analogue
à celle qu*on obsei*ve encore chez les peuples de
ÏAfrique équatoriale, où les forgerons forment un
des corps de Tétat et fournissent aux chefs de tribus
des compagnons et des conseillers. Peut-être faut-il
voir dans la légende égyptienne la trace d une ori-
gine africaine du culte de THorus d'Edfou, lequel
ne ressemble en rien à celui de THorus fils d'Isis
qu on adorait dans la Basse-Egypte.
M. Philippe Berger fait une lecture sur Imscrip-
tion de la statue du roi Panêmou» Cette inscription
a été trouvée à Singerii, dans la région de TAmanus,
au cours des fouilles exécutées par le Comité oriental
de Beriin. Elle est longue de 2 3 lignes et gravée en
relief sur la robe d'ime statue. Au bout de quatre
ans elle na pas encore été livrée au public savant,
8 JUILLET-AOÛT 18QL
et l'on est réduit à en attendre la publication. M. Ber-
ger met sous les yeux de la Société une petite pho-
tographie de Tinscription que M. Renan doit à la
libéralité de S. E. Hamdy-bey. Cette photographie,
insuffisante pour l'étude , parce quelle ne laisse voir
que le tiers ou le quart de la longueur des lignes,
permet de se rendre compte du caractère de lal-
phabet et, jusqu'à un certain point, de la langue de
l'inscription. L'écriture est celle des anciennes in-
scriptions araméennes ; la langue aussi est araméenne ,
avec certaines particularités par lesquelles elle se
rapproche soit de l'hébreu, soit du phénicien.
M. Berger termine en donnant , avec de grandes ré-
serves , la traduction des quelques mots qu'il a pu
déchiffrer. Il en résulte que cette statue est celle
d'un roi Panêmou fils de Bodçid, à qui elle a été
élevée par son fils. L'inscription est mise dans la
bouche du fils, qui prend la parole, après un pro-
tocole de trois ou quatre lignes contenant sa généa-
logie et sans doute la date, pour raconter les exploits
de son père et les siens, et notamment leurs rela-
tions avec les rois d'Assyrie.
M. HaléAry communique une série d'observations
sur l'inscription phénicienne de Sidon et sur l'in-
scription de Panêmou. (Voir ci-après, p. i3.)
M. Oppert annonce qu'il est chargé par le Con-
grès des orientalistes qui se réunira, cette année, à
Londres de faire connaître que les membres sous-
cripteurs au Congrès et les élèves des écoles orien-
tées obtiendront des compagnies de chemins de fer
PROCÈS-VERBAL. 9
une réduction de moitié sur le prix du voyage.
M. le Président donne acte à M. Oppert de cette
information et rappelle que la Société , tout en lais-
sant à chacun de ses membres le droit d'assister au
futur Congrès, ny sera pas représentée par im dé-
légué officiel.
Il est procédé au dépouillement du scrutin. Tous
les membres sortants sont réélus.
La séance est levée à 5 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETlÊ.
Par rindia Office : Bibliotheca Indica, old séries
n° 265; new séries n°* 262, 776, 786, 788. Cal-
cutta, 1891, in-8°.
— Indian Antiquary, May 1891. Bombay, in-4^
Par la Société : Proceedings of the Royal Geogra-
phical Society. June 1871. London, in-8^
— Journal of ihe Royal Asiatic Society. Jan.-oc-
tober 1889 et jan.-oct. 1890 (tomes XXI et XXII).
London, in-8°.
— Balletin de l'Institut égyptien, 3* série, I, an-
née 1890. Le Caire, 1891, in-8°.
— Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Ge-
sellschaft, t. XLV, 1 Heft 1891. Leipzig, in-8°.
— Transactions of the Asiatic Society of Japan.
Vol. XIX, part L March 1891, in-8°.
— Société de géographie, comptes rendus, n°' 11-
1 3. Paris , 1891, in-8°.
— Bulletin, 1" trimestre i89i,in-8°.
10 JUILLET-AOÛT 1891.
Par la Société : The American Journal of Philo-
logy, Baltimore. April 1891, in-8*.
— Transactions of the American Association,
1891, vol. XXI, iii-8°.
Par TAcadémie de Saint-Pétersbourg : Mémoires ,
t. XXXVIII, n° 2, 1891, in-4°; t. UI, livraison 1.
— Mélanges asiatiques. Saint-Pétersbourg.
Par le Ministère de Tinstruction publique : Mé-
moires publiés par les membres de la Mission archéolo-
gique française au Caire, X, I, fasc. II; Cinq tombeaux
thébains de la xviii^ dynastie, par Ph. Virey, 1891,
in-4^ — T. VII, 2* fasc. : J. Bourgoin, Précis de
l'art arabe, Paris, 1891, in- 4°. — 4* fasc. : P. Ra-
vaisse, Essai sur l'histoire et la topographie du Caire,
2® partie , 1891, in-4°.
Publications de TEcole des langues orientales vi-
vantes : Histoire du sultan Djelal-ed-Din Mankobirti,
prince du Kharezm, par Mohammed en-Nesawî, texte
arabe publié par 0. Houdas. Paris, 1891, in-4°.
Par les éditeurs : Revue critique, n°' 19-25. Paris,
1891, in-8^
— Bolletino, n° 29-31. Firenze, 1891, in-8°.
— Choix de lettres d'Eugène Burnouf, 1 8 2 5- 1 8 5 2 ,
suivi d'une biographie avec portrait et fac-similé. Paris,
1891, in-4°.
— Journal des Savants, mars et avril 1891,.
in-/^^
— Revue archéologique, mars-avril 1891, in-8°.
PROCÈS-VERBAL. 11
Par les éditeurs : Polybiblion, parties technique
et littéraire, mai et juin 1891, in-8^
— Comité de conservation de Vart arabe. Le Caire,
1891, in-/^^
— The orientaUst Vol. TV, parts III and IV.
Kandy, 1891, in-4°.
-— Par les auteurs : L. Lapatinsky, Dictionnaire
rasse-kabardien, Tiflis, 1890, in-8®.
— Aliotte de la Fuye, Le trésor de Sainte-BUm-
dine. Grenoble, 1891, in-8^
' — • Gaur Das, Kalighat and Calcutta, 1891,
in-8^
— bouffi , Sapplément n" I an Catalogue de mon-
naies arabes publié en 1879. Mossoul, 1891, in-8^
*— Habib , Berg-i'Sebz (en persan). Constantinople,
l89o,in-8^
— Destourtché, 3* édition. Constantinople ,1890,
in-8°.
— Mumâresati-farsyé. Constantinople, 1890,
in-8^
— MunifPaichaL, Medjmoua-i funoun. Constanti-
nople, 1890, in-8°.
— Kemal Effendi , Muntakhibâti-Schahnâmé. Con-
stantinople , 1891, in-8°.
— A. Bergaigne et V. Henry, Manuel pour étu-
dier le sanscrit védique, Paris, 1890, in-8°.
— Consens, The caves of Nadsur and Karsambla.
Bombay, i89i,in-8°.
— Francisque Mège, Un registre d'état civil de
Vannée 1793, Clermont-Ferrand , 1891, in-8°.
12 JUILLET-AOUT 1891.
Par les éditeurs : Schefer, Etat de la Perse en 1 660 ,
par le P. Raphaël da Mans. Paris, 1890, in-8**.
— Auguste Mouliéras , Les fourberies de Si Djéha ,
contes habyleSy t. I, texte. Oran, 1891, in-8°.
— J.-D. Luciani, Traité des successions musulmanes
(ab intestat). Paris, 1891, in-8°.
— G. Deiphin, Recueil de textes pour l'étude de
l'arabe parlé. Paris-Alger, 1891, in-8°.
— J. Lippert, De epistula pseudaristotelica zfspl
(SoŒiXeias commentatio. Berolini, 1891, in-8°.
— J. Bachmann , Secundi philosophi taciturni vita
ac sententiœ, Berolini, 1888, in-8°.
— J. Bachmann , Die Philosophie des Pythagorœers
S^candiw. Beriin , 1888, in-8^
— A. Bloch, Phônicisches Glossar. Beriin , 1 89 1 ,
in.8^
PROCES-VERBAL. 13
ANNEXE
AU PROCÈS-VERBAL DE LA SEANCE DU 26 JUIN 1 89 1 .
COMMUNICATION DE M. J. HAL^VY.
I
L'inscription phénicienne de Sidon que M. Renan a ré-
cemment publiée dans la Revue d'assyriologle et d'archéologie
orientale, 2* volume, n* 3, p. ']^rl7^ contient un certain
nombre d'expressions sur lesquelles Téminent orientaliste ne
s^est pas prononcé d*une manière définitive. Je demande la
permission de présenter à la Société le résultat de mes efforts
en vue de résoudre ce petit problème.
Le texte transcrit en caractères hébreux se compose de
deux lignes ; la séparation des mots ne souffre de doute que
pour quatorze lettres dont neuf terminent la première ligne
et quatre conunencent la deuxième ligne.
La traduction des mots séparés est ainsi donnée par
M. Renan, et il ne saiu*ait y en avoir d'autre :
Offrande faite par Abdmiskar. . . . .JiU de Baalsilleh, à son
seigneur Salman, Quil le bénisse.
Il reste à expliquer les deux groupes obscurs 1100*713^31
et ^3îS?31 . Examinons d'abord le premier, en nous aidant de
quelques considérations préliminaires.
Le nom propre Abdmiskar n'étant suivi d'aucune indica-
tion de parenté ou de servage , telle que p « fds » , riN « frère » ,
14 JUILLET-AOOT 1891.
^H «homme, mari», nay «serviteur», il est évident que le
mot suivant représente répilhèle du personnage , et , en effet ,
le mot 31 «grand, chef, préposé», ainsi que l'a vu M. Cler-
mont-Ganncau , répond au grec Ap^œv, Or comme le titre 21
n*est pas particulier aux chefs de corporations ouvrières,
mais s*applique indifféremment à tout préposé ou fonction-
naire supérieur, on n'est pas obligé de voir dans 13y un
coi'ps de métier exclusivement à toute autre classe d'individus.
Le sens exact de ce terme me semble résulter d'Isaïe, xxiii,
2 , qui donne aux commerçants sidoniens p^2 "inb le qua-
lificatif de D^ "IDy «traversant la mer». Les nombreux vova-
geurs qui s'embarquaient sur des navires sidoniens pour se
rendre dans les colonies phéniciennes ont certainement dû
s'adresser à une administration particulièrement créée dans
rintérèt de la navigation; il parait donc assez probable que
le personnage nommé Abdmiskar était le chef de bureau de
cette administration.
Séparé des cinq lettres queje viens d'expliquer, le groupe
DDD^ ne peut former qu'un seul mot, et notamment un mot
qui est déjà connu par l'inscription de Mêscha^ (1. a i) et suffi-
samment commenté par la phrase y")î(n b^ ^riDP^ ll^iC de
la même inscription et par l'expression DiiDD^I de l'inscrip-
tion d'Ëschmunazar; c'est l'infinitif du verbe ï|0> «ajouter,
augmenter», précédé de la préposition ^ «à, pour»; com-
parez l'hébreu n2vb, m"iS, nyi^ de 2V\ n")\ yr.
Cette explication, en somme satisfaisante, du premier
groupe, semble de nature à jeter un jour nouveau sur le
groupe qui figure au début de la seconde ligne. Le verbe
transitif V]D^ exige impérieusement un complément direct, seul
ou suivi d'un complément indirect, comme c'est le cas des
exemples précédemment cités. Ce second complément qu'in-
diquent les prépositions 7, '?y, 3 et d'autres encore n'a na-
turellement pas de place dans les cinq lettres >3^31 ; il ne
faut donc y chercher que le seul complément direct , lequel
ne saurait être autre que le bilitère 3*7 «abondance, gran-
PROCÈS-VERBAL. 15
deur, gloire , prospérité t. On Ht dans le livre d'Esther, V,
11, Haman fit (à sa femme et à ses amis) le récit de 1133
V22 3^1 llC^Sf «sa grande richesse et de la haute position de
ses fils». Le reste ne présente plus de sérieuse difficulté.
L'idée qui vient d*abord à T esprit d'envisager ^W comme
l'état construit, de D^C^ cannées», n'ahoutit point à un sens
qui convienne au contexte ; elle doit être définitivement aban-
donnée, et il ne reste qu'à voir dans ce mot, soit un nom
d*homme **ZV = Secundus, soit Tétat construit du nom de
nombre DW , héb. D^3Ç? « deux » , auquel cas on prendra le
mot suivant p pour Tétat construit du pluriel DZ2 , prononcé
benê = héb. >J3; la composition ]2 \V7 «les deux fils de» fi-
gure notoirement dans Tinscriplion de Malle.
Le texte que nous étudions peut donc se traduire de la
manière suivante :
Offrande faite par Abd-Miskar, chef (de l'administration) des
voyageurs, pour augmenter la prospérité de Sênî, Jils (ou des
deuxjîls) de Ba^alsillêh, à son seigneur Salman, Qu'il le bénisse!
II
Un hasard des plus inattendus ayant mis sous mes yeux
la petite photographie malheureusement si imparfaite de
l'inscription dite de Panêmou que M. Berger publie dans son
ouvrage sur Talphabet sémitique , j*en ai reçu certaines im-
pressions qui ne sont peut-être pas sans quelque intérêt pour
la question relative à la langue de la Syrie septentrionale.
Si mon sentiment ne me trompe , le texte de Panêmou est
rédigé dans un dialecte franchement phénicien qui était fort,
probablement celui des peuplades hétéennes. D'abord le
père de Panêmou s'appelle 1213 «membre du dieu Çadw,
nom purement phénicien et inusité chez les peuples araméens ;
puis la forme dédicatoire IT 3^S^ « cette stèle » a un air non
araméen assez sensible; en araméen archaïque, ce serait
16 JUILLETAOÛT 1891.
NT Î(ri323 ; enfin le pronom de la première personne est claire-
ment écrit "^iSK , forme inconnue à Taraméen , ainsi qu'à foutes
les langues sémitiques du sud. Ceci suffit pour classer Tbé-
téen dans la famille phénicienne, ainsi que je Tai soutenu
dans plusieurs de mes écrits, contrairement à la tradition qui
place rhabitat primitif des Araméens dans la Haute-Syrie et
dans la Mésopotamie septentrionale.
J'ajoute un mot : Celte inscription ne m'a pas fait TefTet
d'un texte très ancien ; l'écriture est passablement dégénérée;
le monument ne semble pas être antérieur au vu* siècle. Il
se peut donc que le Panémou de ce texte ne soit pas le roi
de Sam^al vaincu par Tiglathphalasar II. Cela, sous toutes ré-
serves.
TABLEAU DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 17
TABLEAU
DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
CONFOaHÉUENT AUX NOMINATIONS FAITES DANS L'ASSEMBLEE GENERALE
DU a6 JUIN 1891.
PRESIDENT HONORAIRE.
M. Barthélemy-Saint Hilaire.
PRESIDENT.
M. Ernest Renan.
VICE-PRÉSIDENTS.
MM. Barbier de Meynard.
E. Senart.
SECRÉTAIRE.
M. James Darmesteter.
SECRÉTAIRE ADJOINT ET BIBLIOTHECAIRE.
M. Rubens Duval.
TRÉSORIER.
M. le marquis Melchior de Vogué.
COMMISSION DES PONDS.
MM. Drouin.
Specht.
Clermont-Ganneau.
XTin. 3
iHraiiiRKi* ■ATioaAi.a.
18 JUILLET-AOÛT 1801
GENSBURS.
MM. ZOTENBERG.
Rubens Duval.
MEMBRES DU CONSEIL.
MM. Oppert.
J. Halévï.
Michel Breal.
Berger.
HoUDAS.
CoRDIER.
DE ROCHEMONTEIX.
DiEULAFOY.
labbé Barges.
FOUCAUX.
J. Derenbourg.
D Hervey de Saint-Denys.
Ch. Sghefer.
Feer.
Lancereau.
Spiro.
le D' Leclerc.
A. Barth.
Maspero.
H. Derenbourg,
Sylvain LÉvi.
Clément Huart.
RODET.
Zotenberg.
UAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 19
RAPPORT DE M. SPECHT,
AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS,
ET COMPTES DE L'ANNÉE 1890.
Messieurs ,
Cette année , la Société a eu à payer les frais d*impression des
Chants populaires des Afghans; aussi les dépenses se 'sont-elies
élevées à ig^Siofr. 5o; les recettes ont été de a 3,34 1 fr. 58,
donnant un excédent de 4«o3 1 fr. 08. Si Ton a atteint ce chiffre ,
c*est grâce à M. le Ministre de Tinstruction publique et des
beaux-arts qui a bien voulu nous allouer, outre la souscrip-
tion ordinaire annuelle, une somme de 3,ooo francs pour
payer une grande partie des frais du nouveau volume de la
Collection des auteurs orientaux et encourager nos travaux
par cette mesure libérale.
Vous remarquerez dans les comptes un nouveau chapitre
qui comprend toutes les dépenses pour la réorganisation
de la bibliothèque; on a acheté, en 1890, des fiches et re^
gistres pour 1 90 fr. ao. Une obligation du chemin de fer de
TEst a été remboursée et nous avons acheté vingt obligations
noniinatives de la même compagnie. Le compte courant avec
la Société générale se montait au 3i décembre dernier à
1 1,853 fr. 55, au lieu qu en ^889 à la même époque, il était
de 15,914 fr. 10. Votre Commission des fonds, tout en assu-
rant le fonctionnement régulier de la caisse, étudie les
moyens de réduire le plus possible ]es fonds disponibles du
compte courant qui rapportent seulement 1 demi p. 0/0.
20 JUILLET-AOÛT 1891.
DEPENSES.
COMPTES
Honoraires du libraire pour le recouvre-
ment des cotisations 6^9' 00*
Frais d'envoi du Journal asiatique 366 00
Ports de lettres et de paquets reçus. ... 75 3 5
Frais de bureau du libraire 101 76 ' '
Dépenses diverses soldées par le libraire ,
dont 34 o francs pour le Journal asia-
tique 396 00
Honoraires du sous-bibliothécaire 1^200 00
Service, étrennes 343 00
Chauffage, éclairage, etc 1 30 55
Reliure et frais de bureau 117 00 \ ^. -
' ) 1,964 iS
Contribution mobilière. 76 o5
Contribution des portes et fenêtres. ... 18 35
Réorganisation de la bibliothèque (achat
de fiches et de registres] 190 30
Frais d'impression du Journal asiatique
en 1890 7,543 35
Indemnité au rédacteur du Journal asia-
tique 600 00 } 15,763 85
Frais d'impression des Chants populaires
des Afghans 7,6 1 9 5o
Société générale. Droits de garde, timbres, frais de
conversion 'sur 20 obligations de TEst, etc. 95 5o
Total des dépenses de 1890 i9,3io 00
Achat de 30 obligations de l'Ouest (nouv.) 8,736 5o
Espèces en compte courant à la Société générale au
3i décembre 1890 1 1,853 55
Ensemble 39,900' 55*
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 21
VNÉE 1890.
.484 39
873 00
796 34
873 00
RECETTES.
116 cotisations de 1890 3,48o' oc**
37 cotisations arriérées 1,1 10 00
3 cotisations à vie 900 00
94 abonnements au Journal asiatique
de 1890.. 1,860 00
Vente des publications de la Société. . . 666 90
Intérêts des fonds placés :
i' Rente sur l'Etat 3 p. 0/0 1,800 00
I 4 1/2 p. 0/0. . . . 45o 00
Legs Sanguinetti ( en rente 4 1 /2 p. 0/0] . . 4 1 o 00
a" 65 obligations de l'Est, 1" se-
mestre (5 p. 0/0). 747^96'
64 obligations de l'Est, 2* se-
mestre (5 p. 0/0).. 736^44°
3' 60 obligations d'Oriéans (3 p. 0/0).
4* 58 obligat. Lyon-fusion (3 p. 0/0).
5* 60 obligat. de l'Ouest (3 p. 0/0).
6** 3o obligat. Crédit foncier i883
(3 p. 0/0) 436 5o
7" 20 obligations de l'Est (nouveau)
(3 p. 0/0) 137 5o
Intérêts des fonds disponibles déposés à
la Société générale 63 95 /
Souscription du Ministère de l'instruc-
tion publique 2,000 00
Crédit idloué par l'Imprimerie nationale
en dégrèvement des frais d'impression
du Journal asiatique 3, 000 00
Allocation du Ministère de l'instruction publique pour
l'impression des Chants populaires des Afghans ....
f «^«
8,016 90
7,324 68
5,000 00
3,000 00
Total des recettes de 1890
Remboursement d'une obligation de l'Est (5 p. 0/0).
Espèces en compte courant à la Société générale au
3i décembre de l'année précédente (1889)
Total égsd aux dépenses et à l'encaisse au 3 1 dé-
cembre 1890
23,34i 58
644 87
i5,9i4 10
39,900' 55*
22 JUILLET-AOÛT 1891.
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES CENSEURS SUR LES COMPTES
DE L'EXERCICE 189O,
LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 24 JUIN 189I.
Messieurs ,
Le rapport de votre Commission des fonds pour l'an-
née 1890, comparé avec celui de rexercice précédent, pré^
sente peu de différences notables. Les recettes ordinaires
forment un total de ao,34i fr. 58; les recettes correspon-
dantes de 1889 étaient un peu plus élevées, grâce à une
rentrée abondante des cotisations arriérées , dont le nombre
est aujourd'hui plus restreint. Eln sens inverse, le revenu de
notre fonds de réserve , qui , chaque année , s'accroit par de
nouvelles entrées', est en augmentation. Pendant l'exer-
cice 1890, il a été fait l'acquisition de 20 obligations nomi-
natives de la Compagnie de l'Est; si l'on déduit une obli-
gation de la même compagnie sortie au tirage, il en résulte
pour notre fonds de réserve un accroissement de 1 9 obliga-
tions de l'Est.
Les dépenses ordinaires sont les mêmes que celles des an-
nées précédentes et leur total varie peu. Mais le chapitre des
dépenses extraordinaires s'est trouvé grossi d'une somme
de 7*619 fr. 5o payée pour l'impression des Chants populaires
des Afghans, comme nous vous l'avions annoncé dans notre
dernier rapport. Cette dépense à laquelle était destinée une
partie des fonds déposés à la Société générale a été diminuée
de 3,000 francs, montant de l'allocation accordée par le Mi-
nistère de l'instruction publique pour cette publication.
Grâce à cette libéralité, notre compte courant à la Société
générale se soldait encore au3i décembre 1889 par un crédit
RAPPORT DES CENSEURS. 23
de 1 5,9 14 fr. 10, somme largement suffisante pour faire face
à de nouvelles publications, même en réservant la part de
l'imprévu. Il résulte de cet examen que Tétat de notre So-
ciété continue à être prospère. Si» en effet, la mort ou des
défections laissent des vides dans nos rangs, de nouveaux
membres viennent sans relâche occuper la place des man-
quants. Nous constatons cependant une légère différence en
moins dans le chiffre des cotisations ordinaires, qui, de ia4
en 1 889 , est descendu en 1 890 à 1 1 6 ; les abonnements au
journal de la Société ne s'élèvent plus qu*à 9Â au lieu de 1 2Â*
Mais le chiffre de la vente des publications a presque doublé .
666 fr. 9Q 9}x lieu de 38? francs.
H, Zk^miBiKa, R. DuvAL.
24 JUILLET-AOÛT 1891.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
a«4
I
LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS,
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
Nota, Les noms marqués d*un * sont ceux des Membres à vie.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
MM.*Abbadie (Antoine d') , membre de l'Institut , rue
du Bac, 1 20 , à Paris.
Adda Fredj, instituteur, rue dlsraël, 27, à
Constantine.
Allaoua BEN Yahia, professeur au Collège, à
Mostaganem.
Allotte de la Fuye, chef de bataillon du
génie, à Grenoble.
Alrig, drogman de l'ambassade de France, à
Constantinople.
Amélineau (E.), maître de conférences à l'École
des hautes études, rue Saint- André-des- Arts,
33, à Paris.
LISTE DES MEMBRES. 25
M. * Aymonjer (E.), chef de bataillon d'infanterie
de marine , rue du Général-Foy , 38 , à Paris.
BiBLioTûÈQUE Ambrosienne , à Milan.
Bibliothèque de l Université, à Utrecht.
Bibliothèque ORIENTALE , Université Saint-Joseph, à
Beyrouth.
Bibliothèque universitaire, à Alger.
MM. Bachmann (le D' Johannes), W. Behrenstrasse ,
28, à Berlin.
Bang (Wilheim), professeur au Collège, à
Melle-lès-Gand (Belgique).
Barbier de Meynard , membre dellnstitut , pro-
fesseur au Collège de France et à TEcole des
langues orientales vivantes, boulevard de
Magenta , 1 8 , à Paris.
Barges (Tabbé), professeur honoraire de la
Faculté de théologie de Paris, rue Male-
branche , 1 1 , à Paris.
Barre de Lancy, premier secrétaire-interprète
du Gouvernement pour les langues orien-
tales, rue Caumartin, 82 , à Paris.
Barth (Auguste), rue du Vieux-Colombier, 6,
à Paris.
Barthélémy, rue Jacob, 5o, à Paris.
Barthélemy-Saint Hilaire , ancien Ministre des
Affaires étrangères, membre de Tlnstitut,
boulevard Flandrin , 4 , à Paris.
Basset (René), professeur d arabe à TEcole des
lettres, rue Michelet, iig, à TAgha (Alger).
26 JUILLET-AOÛT 1801.
MM. Beauregard (OUivier), rue Jacob, 3, à Paris.
Beck (l'abbé Franz-Seignac), rue Duranteau,
3 1 , à Bordeaux.
Bekermann (Joseph), à Firiej, par Radom (Po-
logne russe).
Belkassem BEN Sedira , pTofesseto* à f École des
lettres, à Alger.
Bénédite {Georges), attaché au Musée du
Louvre, à Paris.
Bensley, professeur d'arabe à TUniversité de
Cambridge.
*Berchem (Max van), professeur à TUniversité
de Genève.
Berger (Philippe), sous-bibliothécaire de l'In-
stitut , au palais de l'Institut , rue de Seine , i ,
à Paris.
Besthorn (G.), Guldbergsgade , 9, à Copen-
hague.
Binger (le capitaine), officier d'ordonnance du
grand chancelier de la Légion d'honneur,
à Paris.
Blonây (Godefroy de), rue de l'Université, 4o ,
à Paris.
Bœll (Paul) , élève titulaire de l'Ecole des
hautes études, rue de Saint-Quentin, a5,
au Havre.
Boncompagni (le priixce Bakhasar), à Home.
BoNzoN (Jacques), rue Spontini, i3., à Paris.
BossouTROT, interprète militaire, détaché à
LISTE DES MEMBRES. 27
rAdministration centrais de Tarmée tuni-
sienne , à Tunis.
MM.*BouRQuiN (ie Rév. A.), à Lausanne.
Bréal (Michel), membre de Tlnstitut, profes-
seur au Collège de France , rue SoulQot , 1 5,
à Paris.
BuDGE (E. A. Wallis), litt. D. F. S. A., au Bri-
tish Muséum , à Londres.
BiJuLER (George), professeur à Tlnstitut orien
tal, à rUniversité , à Vienne.
* Bureau (Léon), rue Gresset, 1 5 , à Nantes.
*BuRGESs (James), à Bombay.
Calassanti-Motylinski (de), à la Direction des
affaires indigènes, à Constantine.
Casanova, membre de la Mission archéolo-
gique, au Caire.
Castries (le comte Henri de) , capitaine attaché
à rÉtat-major général du Ministre de la
Guerre, rue de Grenelle, yS, à Paris.
Cernuschi (Henri), avenue Velasquez, y, parc
Monceaux, à Paris.
Challamel (Pierre), rue des Boulangers-Saint-
Victor, 3o, à Paris.
Chanche (Eugène), rue de Mézières, i3, à
Paris.
Charencey (ie comte de) , me de ia Chaise, 2 d,
à Paris.
*Chavannes (Emmanuel-Edouard), attaché à la
Légation de France, à Pékin.
28 JUILLET-AOÛT 1891.
MM. Chwolson , professeur à TUniversité de Saint-
Pétersbourg.
GiLLiÈRE (Alph.), 'consul suppléant de France,
à Constantinople.
Clercq (L. de), rue Masseran, 5, à Paris.
Clermont-Ganneau , membre de l'Institut , se-
crétaire-interprète du Gouvernement, pro-
fesseur au Collège de France, rue Newton,
5 , à Paris.
GoHEN SoLAL, profcsscur d'arabe au Lycée, à
Oran.
GoLiN (Gabriel), licencié en droit, breveté de
î' Ecole des langues orientales , rue de Rennes ,
iSy, à Paris.
GoLiNET (Philippe), professeur à l'Université,
à Louvain.
*GoRDiER (Henri), professeur à l'Ecole des
langues orientales vivantes, place Vintimille,
3 , à Paris.
GouLBER, capitaine au 2* de ligne belge, rue
de la Prairie, 67, à Gand.
Gourant (Maurice), élève-interprète, attaché
au Gonsulat de Séoul (Gorée).
*Groizier (le marquis de), boulevard de la
Saussaye , 1 o , à Neuilly.
GusA (le commandeur), professeur d'arabe à
l'Université de Palerme.
*Danon (Abraham), à Andrinople.
LISTE DES MEMBRES. 29
MM.*Darmesteter (James), professeur au Collège
de France , rue Bara, 9 , à Paris.
Débat (Léon), boulevard de Magenta, i45, à
Paris.
Decourdemanche (Jean -Adolphe), rue Taille-
pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise).
Delattre (labbé), rue des Récollets, 11, à
Louvain.
Delondre, rue Mouton-Duvemet, 1 6, à Paris.
*Delphin (G.), professeur à la chaire publique
d*aràbe , à Oran.
*Derenbourg (Hartwig), professeur à TÉcole
des langues orientales vivantes, rue de la
Victoire, 56, à Paris.
Derenbourg (Joseph), membre de Tlnstitut,
rue de Dunkerque, 27, à Paris.
Devéria ( Gabriel ) , secrétaire d'ambassade ,
interprète du Gouvernement, boulevard
Pereire , 1 5 , à Paris.
DiEULAFOY (M.), ingénieur en chef, impasse
Gonti , 2 , à Paris.
DiLLBiANN , professeur à TUniversité de Beriin ,
Schill Strasse, 1 1 a, à Beriin.
Donner , professeur de sanscrit et de philologie
comparée à TUniversité de Helsingfors.
Drouin, avocat, rue de VemeuU, 1 1 , à Paris.
DuKAS (Jules), rue des Petits-Hôtels, 9, à
Paris.
DuRiGHELLO ( Joseph-Augc) , antiquaire , à Sidon
(Syrie).
30 JUILLET-AOÛT 1891.
MM. DoTKEuiL DE Rhins , voyageuF et géographe , rue
de Toumon , 4 , à Paris.
DuvAL (Rubens), rue de Sontay, 1 1, à Paris.
*pARGUEs(F.),àTéhéran.
* Favre (Léopold) , rue des Granges , 6 , à Genève,
Feer (Léon), attaché au département des ma-
nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue
Félicien-David , 6 , à Auteuil-Paris.
Fell (Winand), professeur à l'Académie de
-Munster.
Ferraud (Gabriel), attaché à la vice-résidence
de France, à Tamatave (Madagascar).
Ferte (Henri), drogman-chancelier du Con-
sulat de France , à Alep.
FiNOT (Louis), archiviste paléographe, attaché
à la Bibliothèque nationale, rue Monge, 68 ,
à Paris.
Flach, professeur au Collège de France, rue
de Berlin, 3 y, à Paris.
FoucAux (Edouard), professeur au Collège de
France, rue de Sèvres, aS, à Paris.
* Fryer (le major George), Madras Staff Corps ,
Deputy Commissioner, British Burmah.
FtjjiYÉDA (Takutsu), élève de TEcole des hautes
études, avenue Bosquet, 36, à Paris.
Gaignière (H.), substitut du procureur de la
République , à Châlons-sur-Marne.
LISTE DES MEMBRES. 31
MM. Gantin , ingénieur, élève diplômé de TÉcole
des langues orientales rivanted, rue de la
Pépinière , i , à Paris.
GASdELtN (Ed.), consul de France, à Trébi-
zonde.
Gaudot (Octave), géomètre, rue d*Isly« i5, à
Alger.
* Gautier (Lucien), professeur d'hébreu à la Fa-
culté libre de théologie, à Lausanne.
Grappin (l'abbé), professeur de syriaque à
rUûiversîté catholique, rue d'Âssas, 47, à
Paris.
Greppier , professeur au lycée de Ben-Aknoun
(Algérie).
* Gropp (William N. ) , rue Darwin , 1 , Mustapha ,
à Alger.
Grosset, licencié es lettres, à la Facidté des
lettres , à Lyon.
Grossi (Vinoenzo), à Pollone, Biella (Italie).
*GuiEyssE (Paul), ingénieur hydrographe de la
marine, rue des Écoles, 42, à Paris.
* GuiBfET (Emile) , au Musée Guimet , place dléna,
à Paris.
*Halévy (J.), rue Aumaire, 26, à Paris.
HAMt (le D'y, membre de l'Institut conserva-
teur du Musée d'ethnographie, au Troca-
déro, à Paris.
Hanoteau (le général) , boulevard Raspail , 1 33,
à Paris.
32 JUILLET-AOÛT 1891.
MM/Harkavy (Albert), bibliothécaire de la Biblio-
thèque impériale publique, à Saint-Péters-
bourg.
Harlez (G. de), professeur à l'Université, à
Louvain.
Hebbelynigk (Adolphe), professeur à l'Univer-
sité, à Louvain.
Hélouis, consul, attaché à la Légation de
France, à Tanger.
Henry (Victor), professeur à la Faculté des
lettres de Paris, rue Notre -Dame -des -
Champs, 10 5, à Paris.
Herbed Meherjibhai Palan ji Madan , Old So-
naporeLane, Dhobitaias, Bombay.
*Hériot (labbé Étienne-Eugène-Louis), à Jéru-
sdem.
Hjérold (Ferdinand), licencié es lettres, an-
cien élève de TEcole des chartes, boulevard
Saint-Germain, 182, à Paris.
*Hervey de Saint-Denys (le marquis d'), mem-
bre de l'Institut, professeur au Collège de
France , avenue Bosquet , 9 , à Paris.
HoRST (L.), rue des Veaux, 20, à Strasbourg.
HouDAs , professeur à l'Ecole des langues orien-
tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à
Paris.
HuART (Clément), drogman de l'ambassade de
France , à Constantinople.
LISTE DES MEMBRES. 33
MM. Imbault-Huart (Camille), consul de France,
à Canton (Chine).
Jeànnier (A.) , chancelier du Consulat de France,
à Bagdad.
Jéquier (Gustave), rue de Médicis, 5, à Paris.
*M"**Kerr (Alexandre), à Londres.
MM. Kesseler (Charles), place Saint -Charles, à
Tunis.
KooLiROVSKi, professeur de sanscrit à ITJniver-
sité de Kharkov.
KÙNOS (Ignace), docteur de TUniversité de
Buda-Pesth, à Constantinople.
Lambert (Mayer), rue Lafayette, 198, à Paris.
Lambin (Emile), rue Saint-Didier, 68, à Paris.
Lancereau (Edouard), licencié es lettres, rue
de Poitou , 3 , à Paris.
* Landberg (Carlo , comte de) , docteur es lettres ,
Gœthestrasse , i o , à Stuttgart.
Landes (A.), administrateur des afFaires indi-
gènes, à Saigon (Cochinchine).
* Lanman (Charles) , professeur de sanscrit k Har-
vard Collège, à Cambridge (Massachusetts).
Lavallée Poussin (Gaston de), élève de TEcole
des hautes études , place Vendôme , 1 2 , à
Paris.
Leclerc (le D""), médecin-major de i"* classe,
à Ville-sur-Ulon (Vosges).
XTIU. 3
IVNUMF.KIR II4TI0!I/I1.V>
J4 JUILLET-AOÛT 1891.
M1V!L Ledain, rue du Calvaire, 35, à Saint-Gioud.
l.EDOULX (Alphonse ), drogman de T Ambassade
de France, à Constantinople.
Lefevrk (André), licencié es lettres, nie Haute-
feuille , 2 1 , à Paris.
Lefevre Pontalis, rue Montalivet, 5, à Paris.
Leriche (Louis), drogman au Consulat de
France , à Tanger.
Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28,
à Paris.
* Lestrange (Guy), piazza Indipendenza, 22, à
Florence.
Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris.
LÉvi (Sylvain), maître de conférences à TEcole
des hautes études, place Saint-Michel, 1, à
Paris.
LiÉTARD (le D*^), médecin inspecteur des eaux,
à Plombières.
LoiSY (l'abbé), professeur d'hébreu à TUniver-
sité catholique, rue d'Assas, /i/i, à Paris.
LoRGEOu (Edouard), interprète du Consulat de
France, à Bangkok.
LiiciANi, sous-chef de bureau au Gouvernement
général, à Alger.
*Machanoff, professeur au Séminaire religieux,
à Kazan.
Mallet (Dominique), rue Mazarine, 19, à
Paris.
Marrache , rue Laffon , 1 o , à Marseille.
LISTE DÉS MEMBRES. 35
MM. Marïie (Aristide), chargé du Cours de malais
et de javanais à TÉcole des langues orien-
tales, avenue de la Grande-Armée, 4 9, à
Paris.
Maunoir (Charies), secrétaire général de la
Société de géographie, à Paris.
* Maspero , membre de Flnstitut , professeur au
Collège de France , ancien directeur général
des Musées d'Egypte, avenue de l'Obser-
vatoire , 2ti, h. Paris.
Masqueray (Emile), directeur de TEcole des
lettres, nue Colbert, 1, à Alger.
Massieu de Clerval (Henri), rue Mademoi-
selle , à Versailles.
Méchineau (Tabbé), rue de Sèvres, 35, à
Paris.
Mehren (le D""), professeur de langues orien-
tales, à Copenhague.
Meillet (Antoine) , agrégé de grârtimaire , élève
dé l'Ecole des hautes études, boulevard
Saint-Michel, 2 4, à Paris.
Mercier (E.) , interprète-traducteur assermenté,
membre associé de l'Ecole des lettres d'Alger,
rue Desmoyen , 1 9 , à Constantine.
Merx (A.), professeur de langues orientales, à
Heidelberg;
Michel (Charles) , professeur à l'Université, rue
de Nassau , 2 , à Gand.
MiCHKLEt, colonel du génie en retraite, rue de
l'Orangerie, 38, à Versailles.
3.
36 JUILLET-AOÛT 1891.
MM. MiLLOuÉ (L. de), conservateur au Musée Giii-
met, place dléna, à Paris.
* Mission archéologique française, au Caire.
*MocATTA (Frédéric D.), Connaught Place, à
Londres.
MoHN (Christian), vico Nettuno, 28, Chiaja, à
Naples.
MoNTET (Edouard), professeur de langues
orientales à TOniversité de Genève , villa des
Grottes.
MouLiÉRAS, professeur d'arabe au Lycée, à
Oran (Algérie).
MuiR (Sir William), membre du Conseil de
rinde, India Office, à Londres.
*MûLLER (Max), professeur à Oxford.
Neubauer (Adolphe), à la Bibliothèque Bod-
léienne, à Oxford.
Nouet (labbé René), curé à Roëzé, par la
Suze (Sarthe).
Oppert (Jules), membre de flnstitut, profes-
seur au Collège de France, rue de Sfax, 2,
à Paris.
Ottavi (Paul) , drogman-chancelier du Consulat
général de France, à Zanzibar.
* Parrot-Laboissière (Ed.-F.-R.), Barrière S**-
Catherine , par Moulins.
LISTE DES MEMBRES. 37
MM. Patorni, interprète principal à la division, à
Oran.
Pereira (Estèves), lieutenant du génie, Poço
do Borratem , 4 , à Lisbonne.
Pertsch (W.)^ bibliothécaire, à Gotha.
Petit (Tabbé), àRomescamps, par Abancourt
(Oise).
*Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec-
teur des affaires indigènes en Cochinchine,
à Cannes.
PiAT, vice-consul de France à Bouchir (golfe
Persiqne).
PiEHL (le D"" Kari) , docent d*égyptologiç à fUni-
versité, à Upsal. ^
* PiJNAPPEL , docteur et professeur de langues
orientales, à Middelbourg.
PiNART (Alphonse), à San-Francisco.
Platt (William) , Callis Court, Saint-Peters , île
de Thanet (Kent).
Pognon, consul de France, à Bagdad.
PoPELiN (Claudius), rue de Téhéran 7, à
Paris.
PoussiÉ (le D'), rue de Valois, 2, à Paris.
PRiETORius (Franz) , Kaiser Wilhelmstrasse, 59 »
à Breslau.
Priaulx (O. de Beauvoir), The Mount, Guoi'-
. nesev.
Prym (le professeur E.)» à Bonn.
«
38 JUILLET-AOÛT 189L
MM. QvENTiN (labbé), aumônier au lycée Louis-le-
Grand , rue Saint-Jacques , 1 2 3 , à Paris.
Raboisson, (Val^bé) , rue de Villiers, 8a, à Paris.
Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com-
merce, à Toulon.
Ravaisse (P.), chargé de cours à TEcole des
langues orientales vivantes, avenue Kléber,
3 9 , à Paris.
Regnaud (Paul), maître de conférences, pour
le sanscrit, à la Faculté des lettres, à Lyon.
* Régnier (Adolphe), rue de Grenelle, 35, à
Paris.
*Rehatsek (Edward), M. G. E. , à Bombay.
Remzi Bey (le colonel Hussein), professeur à
rÉcole impériale de médecine , à Constanti-
nople.
Renan (Ernest), membre de l'Institut, admi-
nistrateur du Collège de France , à Paris.
Reuter (J. N.), licencié es lettres, à Abo (Fin-
lande).
*Revillout (E.), conservateur adjoint au Musée
égyptien, professeur à TÉcole du Louvre, à
Paris.
^Reynoso (Alvaro), docteur de la Faculté des
sciences de Paris, à la Havane.
* Rimbaud, rue de Versailles, Sg, au Chesnay,
près Versailles.
RiviÉ (l'abbé), curé de Saint-François-Xavier,
boulevard des Invalides, 39, à Paris.
LISTE DES MEMBRES. 3^
lVIM.*RoBERTsoN Smith (W.), Christ's Collège, à
Cambridge.
* RocHEMONTEix (le ixiarcjuis de), rue des Beaux-
Arts , 1 1 , à Paris.
RoDET (Léon), ingénieur des tabacs, rue de la
Collégiale, i, à Paris.
* Rolland (E. ), rue des Fossés-Saint-Bernai'd , 6 ,
à Paris.
RoNDOT (Natalis), ex-délégué du commerce en
Chine, rue Saint-Joseph, 20, à Lyon.
Roque -Ferrier, chancelier du Consulat de
France, à Tauris (Perse).
RosNY (L. de), professeur à TEcole des langues
orientales vivantes, avenue Duquesne, 4 7, à
Paris.
RosT (Reinhold), bibliothécaire de ITndia Of-
fice, à Londres.
RoTH (le professeur), bibliothécaire en chef de
rUniversité, à Tubingue.
Roussel (Tabbé) , rue des Dames , 1 2 , à Rennes.
*RuDY (Ch.), professeur, rue Royade, 7, à
Paris.
Rylands (W. F. S. A.), secrétaire de la Société
d'archéologie biblique, Hart Street, 11,
Bloomsbury, à Londres.
Sabbathier, agrégé de TUniversité, rue du
Cardinal-Lemoine , 1 5 , à Paris.
Sauvaire (Henri), consul honoraire, à Rober-
nier, par Montfort-sur-Argens (Var).
40 JUILLET-AOÛT 18QI.
MM. ScHEER (Eugène), inspecteur des écoles indi-
gènes de TAlgérie , rue Dupuch , i o , à Alger.
ScHEFER (Charies), membre de l'Institut, pro-
fesseur de persan et administrateur de l'Ecole
des langues orientales vivantes, rue de Lille, 2 ,
à Paris.
ScHMiDT (Valdemar), professeur, à Copen-
hague.
Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque
nationale , rue de Trévise , 1 4 , à Paris.
Senarï (Emile), membre de l'Institut, rue
François I*^, 1 8 , à Paris.
*SiMONSEN, rabbin, à Copenhague.
SiouFFi, consul de France, à Mossoul.
SociN, professeur à fUniversité, Querstrasse,
5 , à Leipzig.
SoiNûJECK (de) , interprète principal à l'état-major
de Ja division , à Alger.
jSpECHT (Edouard), rue du Faubourg-Saint-
Honoré, 196, à Paris.
Spiro (Jean), à Vufflens-la-Ville, près Lausanne.
Steinnordh (J. h, W.), docteur en théologie
et en philosophie, à Linkôping.,
Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand ,
rue de Vaugirard, 16, à Paris.
Taillefer, docteur en droit, ancien élève de
l'Ecole spéciale des langues orientales, bou-
levard Saint-Michel , 8 1 , à Paris.
LISTE DES MEMBRES. 41
MM. Teutsch (Alfred), au Consulat général de France ,
à Bangkok (Siam).
Textor de Ravisi (le baron), rue Treilhart, 8,
à Paris.
TouHAMi BEN Larbi, interprète judiciaire asser-
menté à Ksar et-Tir, Se tif (Algérie).
*TuRRETTiNi (François), rue de THôtel-de-Ville,
8 , à Genève.
TuRRiNi (Giuseppe), professeur de sanscrit à
l'Université de Bologne.
Vasconcellos-Abreu (de), professeur de sanscrit,
rua Barata Salgueiro, 1 5 , à Lisbonne.
Vaux (Bernard de), rue Saint-Guillaume , i4,
à Paris.
Vernes (Maurice), directeur adjoint à TEcole
des hautes études , boulevard Saint-Germain ,
76, à Paris.
ViLBERT (Marcel) , drogman de l'Ambassade de
France, à Gonstantinople.
ViNSON (Julien), professeur à l'Ecole des
langues orientales vivantes , rue de Beaune ,
3 , à Paris.
VissiÈRE (Arnold), premier interprète de la
Légation de France, à Pékin.
ViTTO (Errico), consul d'Italie, à Alep.
Vogué (le marquis Melchior de), membre de
rinstitut, ancien ambassadeur de France à
Vienne, rue Fabert, 2, à Paris.
Zi2 JUILLET-AOÛT 1891.
MM. Wadi>ington (W.-V.), membre de Tlnstitut,
ambassadeur de France à Londres, rue
de la Trémouille, 28, à Paris.
*Wade (Sir Thomas), Cleveland Square, Ixi,
Hyde-Park, à Londres.
WiLHELM (Eug.), professeur,^ à léna.
WoRMS (René), agrégé de philosophie, élève
de l'École des hautes éludes , rue Quincam-
poix, 35 , à Paris.
*Wyse (L.-N.-B.), lieutenant de vaisseau, bou-
levard Malesherbes , 1 i 7, à Paris.
ZoEROS Pacha, général de brigade, profes-
seur de clinique à la Faculté de médecine
de Constantinople, rue Agha Haman, à
Péra:
*ZoGUAPHOS (S. Exc. Ghristaki Effendi), avenue
lloche, 22 , ?i Paris.
ZoTENBERG (H.-Th.), bibliothécaire au dépar-
tement des maimscrits de la Bibliothèque
nationale, avenue des Ternes, 96, à Paris.
II
r t
LISTE DES MEMBRES ASSOCIES ETRANGERS
SUrVANT L^ORDRE DES NOMINATIONS.
MM. Rawlinson (Sir IL C), à Londres.
Weber, professeur à FUniversité de Berlin.
LISTE DES MEMBRES. 43
M. Salisbury (E.), secrétaire de la Société orien-
tale américaine, à Worcester (Massachu-
setts).
m
LISTE DES OUVRAGES
PUBLIÉS PAA LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
Ed vente chez Ernest Leroux , éditeur, rue Bonaparte , 2 8 , à Paris.
Journal asiatique, publié depuis 1822. Colleclion com-
plèle 1 ,000 fr.
Chaque année 2 5 fr.
Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé-
nien et ea français, par J. Saint-Martin et Zolu'ab. 1826,
in.8'' 3fr.
Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodrlguez,
traduits du portugais par M. C. Landresse, elc. Paris,
1825 , in-8°. — Supplément à la grammaire japonaise , etc.
Paris, 1826 , in-8* . 7 fr. 5o
Essai sur le Pâli, ou langue sacrée de la presqu'île au delà
du Gange, par MM. E. Burnouf et Lassen. Paris, 1826,
in-8'. (Épuisé.) 1 5 fr.
Meng-tsed vel Mbncium, latina interpretatione ad interpre-
tationem tartaricam utramque recensita instruxit , et per-
petuo commentario e Sinicis deprompto illustravit Stanis-
las Julien. Lutetiœ Paris iorum , 182^, 1 vol. in-8°. . . 9 fr.
Yadjnadattabadha , ou LA Mort dTadjnadatta, épisode
extrait du Ràmâyana, poème épique sanscrit, donné avec
le texte gravé, une analyse grammaticale très détaillée,
une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et
suivi d'une traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf.
Paris, 1826, in-4°, avec quinze planches 7 fr. 5o
44 JUILLET-AOÛT 1891.
Vocabulaire de la langue géorgienne, par J. Klaprotli.
Paris j 1827, in-8° 7 fr. 5o
Elégie sur la Prise d'Édesse par les Musulmans , par Ner-
sès Klaietsi, patriarche d* Arménie, publiée pour la pre-
mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrab.
Paris, 1828, in-8" 4 Tr. 5o
La Reconnaissance de Sagountalâ , drame sanscrit et prâ-
crit de Gâlidâsa , publié pour la première fois sur un ma-
nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné
d'une traduction française, de notes philologiques, cri-
tiques et littéraires, et suivi d'un appendice, par A.-L.
Chézy. Paris, i83o, in-A", avec une planche lO fr.
Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Paris, Im-
primerie royale, i83o, grand in-8" 9 fr.
Ghrestomathie chinoise (publiée par Klaproth). Paris,
i833, in-8" 7 fr. 5o
Eléments de la langue géorgienne, par M. Brosset. Paris j
Imprimerie royale, 1837, 10-8° 9 fr.
Géographie d'Abou'lféda , texte arabe publié par Reinaud
et le baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, i84o,
in-4". . *. 24 fr.
Râdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmîr, publié
en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris,
Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8'* 20 fr.
Précis de législation musulmane , suivant le rite malékite ,
par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la
guerre, 5' édition. Paris, Imp. nat. , i883 , in^". ... 6 fr.
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 45
COLLECTION D'AUTEURS ORIENTAUX.
Les Voyages d*Ibn Batodtah , texte arabe et traduction par
MM. G. Defrémery et Sanguinetti. Paris , Imprimerie na-
tionale, 4 vol. in-8°. Chaque volume 7 fr. 5o
Table alphabétique des Voyages d'Ibn Batoutah. Paris ,
1859, in.8» • 2 fr.
Les Prairies d*or de Maçoudi, texte arabe et traduction
par M. ^rbier de Meynard (les trois premiers volumes
en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. in-8'*.
(Le tome IX comprenant Tlndex. ) Chaque vol. . . 7 fr. 5o
Le Mahâvasto , texte sanscrit, publié pour la première fois,
avec des Introductions et un Commentaire , par M. Em. Se-
riarl. Volumes I et II. 2 forls volimies in-8''. Chaque vo-
lume 2 5 fr.
Chants populaires des Afghans , recueillis , publiés et tra-
duits par James Darmesteter. Précédés d'une Introduction
sur la langue, l'histoire et la littérature des Afghans.
1 fort vol. in-8'' 20 fr.
Nota. Les membres de la Société qui s'adresseront directement
au libraire de la Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à
Paris, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sur les prix de tous
les ouvrages ci-dessus , à l'exception du Jonrnal asiatique.
46 JUILLET-AOÛT 1891.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE.
MONUMENTS ET INSCRIPTIONS FATIMITES,
PAR
M. MAX VAN BERCHEM.
(suite.)
ABU 'ali el-mansûr el-amir (AgS-Sa^)-
Mosquée El-Aqmat\ — Cette petite mosquée
fournit sa part d'inscriptions et de documents ar-
chéologiques au groupe fatimite.
Mîiqrîzi,ll, 290 : « Ibn^Abd ez-Zâhir dit : « Lem-
« placement de cette Mosquée était occupé par des
« marchands de fourrage , et le bassin de la cour se
« trouve à l'endroit où était le Belvédère^. Le calife
« El-Amir et le vizir El-Ma'mûn el-Batâ*îhi ^ en-
« treprirent d'y construire une Mosquée . . . elle fut
« achevée du vivant du calife , en 5 1 9 . » On dit que
les noms d'El-Àmir et d'El-Ma'mûn y étaient in-
scrits. . . Ces deux noms sont encore gravés sur
une plaque au-dessus du mihrâb, qui mentionne
^ Sur la topographie de cette partie de ia ville sous les Fati-
mites, voir Ravaisse, loc. cit., t. I, p. \']2 , t. III, p. 33 et suiv.
^ Le texte porte ici ^^Lk>Jl ^^ ^^^Ul; sur ce personnage voir
surtout Maq., 1, 462.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 47
la restauration de la Mosquée par El-Malik ez-Zâhir
Barqûq^ Cette Mosquée porte le nom de Gânu,
quoiqu'on n'y fasse pas le sermon du vendredi.
«En Regeb 799, l'émir Yalbogha ibn 'Abdallah
es-Sâlimi, vizir, conseiller et astâdâr^, un des mam-
louks d'El-Malik ez-Zâhir, la restaura et construisit
à l'extérieur de la porte ouest ^ des boutiques avec
^ Le texte de Roulaq porte par erreur Bîbars au lieu de Barqûq ;
tous deux portaient le même surnom d'El-Malik ez-Zâhir. La date
donnée par Maqrîzi et les inscriptions de la mosquée , qui portent le
nom de Barqûq , rendent cette correction parfaitement certaine.
^ Sur ce mot, voir Quatremère, Hist. des sultans Mamlouks,
' t. I a, p. 25, n. 25; Maqrîzi, II, 222.
' <^>feJl désigne ici l'ouest, on va voir pourquoi. On sait que
Maqrîzi appelle les quatre points cardinaux c^^ « nord » , ^La c est s ,
J4* «sud» et oXé «ouest». Pour éviter toute confusion, j'ai suivi
l'usage de Maqrîzi, quoique ces termes appliqués aux quatre fa-
çades d'une mosquée ne soient pas parfaitement exacts. La mos-
quée s'oriente toujours vers la Mecque; on a admis pour cette loi
générale une certaine tolérance exigée par des nécessités pratiques
d'emplacement, de plan général, etc. Maïs cette tolérance dans
l'orientation des façades n'existe pas pour la qibla, qui regarde
autant que possible directement vers la Mecque, et qui prend par-
fois une position oblique dans la muraille si celle-ci n'est pas
orientée exactement. Pour le Caire, la Mecque est à l'est-sud-est , et
de fait les mosquées du Caire sont presque toutes orientées dans cette
direction, de sorte que la qihla se trouve dans une façade orientée
plutôt à l'est qu'au sud. Le sens de sud donné au mot qihll vient
probablement de la Syrie, où la qibla est constamment orientée
vers le sud, et ce sens s'est conservé en Egypte pour désigner la
direction générale du midi. Ainsi la façade appelée qihli par Ma-
qrîzi n'est pas celle qui porte la qihla, mais celle qui regarde le
sud-sud-ouest. Cependant Maqrîzi lui-même n'est pas toujours con-
séquent dans l'emploi de ces termes. Chez lui , <^^ désigne quel-
quefois l'ouest, parce que le Nil, qui coule à V ouest du Caire, porte,
comme la Méditerranée, le nom de hahr. Tel est le cas ici; en effet.
48 JUILLET-AOÛT 1891.
des chambres au-dessus. li établit dans fei cour de
la Mosquée un beau bassin alimenté par une roue
à eau; il le fit élevé, de sorte que Teau coidait par
des robinets de bronze sur les fidèles qui faisaient
leurs ablutions. Il dressa une chaire dans le sanc-
tuaire et le culte y fut fait pour la première fois le
vendredi k Ramadan de la même année Il
bâtit un minaret à droite du mihrâb septentrional (?),
blanchit toute la Mosquée à la chaux et en fit
peindre les parements (^*>^-») en bleu et en or ^. . .
Au-dessus du mihrâb, il fit mettre une plaque qui
reproduit Tinscription primitive et mentionne la,
restauration de la Mosquée, avec la liste des titres et
surnoms de Témir^. . .
« Le minaret et le bassin construits par Témir Es-
Sâlimi subsistèrent jusquen 81 5. En cette année,
un Jiqih qui avait la surveillance de la Moscipiée dé-
la façade ouest (O. N.'O.) est la seule qui possède une porte et qui
soit masquée par des boutiques. De même JJ!* désigne parfois
la façade de la qibla, c'est-à-dire la façade est (E. S. E.). Voir à ce
sujet Ravaisse, op. cit.,loc. cit., 1. 1, p. 432, n. 1, et Corbett Bey,
History of the mosque of Âmr (J. R. A. Soc, t. XXII, p. 759).
* ^ù^ ne peut guère s'appliquer aux façades extérieures, qui
n'offrent aucune trace de peinture. Il s'agit plutôt du mur de fond
du sanctuaire , ou en général des parements à l'intérieur, où se con-
centre la décoration polychrome dans les mosquées des Mamlouks.
* Maqrîzi place ici la description de l'abreuvoir et du puits de la
mosquée. Ce dernier faisait partie d'un ancien couvent copte ap-
pelé le Couvent des ossements, détruit par Gauhar lors de la con-
struction des palais fatimites. Je saute ce passage sans intérêt pour
l'histoire de la mosquée même , en renvoyant au texte de Maqrîti
(TI, 290, 1. 23) et au travail de M. Ravaisse (loc. cit., t. I,
p. 417, 476 et suiv.).
V
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 49
cida de détruire le minaret parce qu'il s était in-
cliné. Il fut démoli, et le bassin fut desséché parce
que Teau se corrompait en passant près du mur
méridional de la Mosquée ^. Le sermon s'y fait en-
core de nos jours. »
L'examen de cet édifice prouve une fois de plus
l'exactitude de Maqrîzi; presque tous les détails de
sa description se trouvent confirmés. La mosquée
El-Aqmar, loin d'être un « monceau de décombres^ »,
est au contraire assez bien conservée. Elle est située
dans la grande artère qui traverse le Caire de la
Porte de Zuwêle à la Porte des Conquêtes , dans le
. prolongement du Marché au cuivre (Siiq en-Nah-
hasîn), du côté de cette dernière porte, à l'est de la
rue et à peu près en face de la mosquée moderne
de Silahdâr. Les boutiques et les logements observés
par Maqrîzi existent encore ; ils donnent sur la rue
et masquent entièrement la façade primitive. Seul un
petit minaret moderne signale l'édifice, dans lequel
on pénètre par une porte étroite entre deux bou-
tiques. Les façades primitives des mosquées fati-
mites se trouvent souvent en retrait de quelques
mètres sur l'alignement actuel de la rue; de même,
les façades de plusieurs monuments mamlouks sont
* C*est-à-dire sans doute : « en traversant le vieux cimetière du
Couvent des ossements ». Qibli désigne probablement ici le mur sud
(S. S. 0.). Voir à ce sujet une note précédente, p. A 7.
* Ravaisse, Essai, loc» cit,, p. 477; cf. 2" partie , /oc. cit. , t. III,
p. 38.
XTIII. 4
IHMIIMBBiB «ATIUXALS.
50 JUILLET-AOÛT 1891.
déjà cachées à leur base par des boutiques qui s'ou-
vrent sur ia rue. Ce fait dénote qu'à l'époque fati-
mite les rues principales du Caire étaient plus larges
qu'elles ne le sont aujourd'hui, et qu'elles se sont
progressivement rétrécies. Dans sa description du
Caire fatimite, Nâsir-i Khosrau remarque que les
maisons sont largement séparées les unes des au-
tres, et entourées de jardins, ce qui prouve encore
que la ville d'alors était moins resserrée que la ville
actuelle ^
La mosquée a subi des restaurations divises,
mais le plan général est primitif ainsi qu'une bonne
partie des matériaux, car k présence d'arcs à profil
persan trahit dès l'abord la construction fatimite.
C'est un petit échantillon du plan classique des mos-
quées : cour centrale, bordée à l'est par un sanc-
tuaire à trois rangs de colonnes et d'arcs à tympans
portant une toiture plate, et par des portiques à
un rang sur les autres côtés. Les colonnes et les
chapiteaux sont gréco-romains ; ces derniers portent
des abaques reliés par des chaînages de solives. Les
tympans des arcs sont en briques , les murs de clô-
ture en pierres de taille de dimensions moyennes^
comme dans la plupart des mosquées fatimites.
Ainsi les restaurations du vin' siècle se sont bornées
à peu de chose dans l'édifice même. Les tympans
des arcs sur les quatre faces de la cour présentent
les traces d'une restauration à l'époque turque.
^ Ed. Schefer, p. iSa, i33; cependant Tauteur remarque déjà
l 'élroitesse des rues.
NOTES P^ARCHÉOLQGIE ARABE. 51
Au-dessus de la qibla, qui est décorée danç le
style du vnf siècle de Thégire, se trouve Tinscrip-
tion de Téinir Yalbogfaa. Ecrite en grands caractères
arrondis, elle est tellement badigeonnée qu'on ne
peut la déchiffrer qu'à grand peine :
Après le bismillâh et Coran, i^, q6i : Jj^ yi\
yJu)1 <Xa«]| Kk93 jM ^j^s^ (ij^^ «XAJUy J;l jOAiai] éSX\
^^ ^ kXjl^^ t^^p'*^' «^ *^ '^^ "-^ «M^'
La cpnstiTbction de la cjiaire, du minaret ^t des autres par-
ties détruites a été ordonnée sous le règne de notre maitre
le 5ukan E^-Ma^ ez-Zâblr Ai)u Sa^id Barqûq, qu'Ailâh
yeâie sur «on boniieur, par ie pauvre serviteur en Â&âfb
l^'A^ia, Alm^m^^âli ^b|D 'A^daliàk Y^^gb^ çsrSMiniî , b ^a-
pé^pte^ Iç S9^Ç . .... gçl'AJIMi fcj 3oJt prppijce i^s ce
monde et fiaxis Tautre, et qu il le place |iu :mois vénéré
de Bamadan de fan 799. Cette Mosquée avait été construite
MUS 4e céMe El-Àmirbfàhkâmi-Uâh, fils dEH-Mosta^H Mlâb ,
«a Tan 6 1 9 de i*bégire eu Propliète.
La chaire porte Tinsiçrjjptipn suiya,nte :
52 JUILLETAOÛT 1891.
^L^l ui; aW! Jcîx [ jLo- ^1 jy\ ^! .XajJ!
A ordonné la construction de cette chaire sous le règne de
notre maitre le sultan £1-Malîk ez-Zâhir Barqûq le
pauvre serviteur [en Allah Ta'âla] ^AbdaUâh Yalbogha es-
Sâlimi , le hanéfite , le soufi , le serviteur d*El-Malik ez-Zâhir,
qu'Allah lui soit propice dans ce monde et dans f autre
au mois vénéré de Ramadan de Tan 799.
Telles sont les seules restaurations apparentes de
Témir Yalbogha. Le bassin de la cour et ie minaret
ont en effet disparu, et ie petit minaret moderne
qui s'élève au-dessus de la porte est insignifiant.
Le principal intérêt de la mosquée se concentre
sur la façade ouest. En pénétrant dans la maison
adossée contre le mur extérieur à Tangle nord-ouest,
on se trouve dans un pauvre logement dont le mur
de fond est formé par la façade primitive. Son ap-
pareil se compose de grandes pierres dun calcaire
à grain serré, à parements lisses et jointes à mor-
tier, trahissant les méthodes de l'époque fatimite. Le
centre de la façade est occupé par une belle rosace
en pierre avec des inscriptions et des ornements
délicats découpés en claire-voie ^ La rosace est en-
^ Au centre de la rosace, on lit les noms Jg^ oC».^, sculptés à
jour dans la pierre « et tout autour une légende coranique (IX , 55 ,
ou XXXIII, 33).
NOTES D^ARCHÉOLOGIE ARABE. 53
cadrée par une niche en forme de coquille et à profil
persan, sillonnée de grosses côtes rayonnantes ^
A droite et à gauche, la façade est décorée de
niches à fond plat dont larchivolte présente le
même profil persan; ce motif de décoration des
façades, qu'on retrouve à la mosquée d*Es-Sâlih
(voir plus bas, p. 63) et sous les Ayoubites à la
medrese Es-SMihîye, disparait à Tépoque des Mam-
louks.
Sur toute la longueur de la façade courent deux
bandeaux de marbre portant des inscriptions : Tun ,
à mi-hauteur, divise les niches par le milieu ; Tautre ,
plus large, se développe au son>met de la façade,
sous le couronnement. Ces inscriptions sont fort
endommagées; plusieurs pierres en sont tombées,
dautres ont été cassées ou replacées en sens in-
verse; la plupart sont recouvertes d'une épaisse
couche de plâtre durci qui cache entièrement les
caractères. Enfin la façade est coupée en plusieurs
endroits par des murs de refend qui séparent les
misérables constructions appuyées contre elle. Après
un long travail, j'ai pu en lire assez pour reconsti-
tuer le texte dans ses parties essentielles, en compa-
' La niche à grosses côtes , caractéristique de l'époque fatimite ,
se retrouve dans le mausolée de Sitta Nafîsa au sud du Caire, et
dans celui de Sitta Rukaiya , décrit par M. Ravaisse (Sur trois mih-
râbs en bois sculpté, dans les Mérn. de l'Inst. é^pt., t. II, p. 32 du
tir. à part). Pour les origines de ce motif, soit dans les mihrâbs,
soit sur les façades , voir les curieux édicules coptes du musée de
Boulaq dansGayet, Monuments copies du mnscc de Boulaq , pi. XVI-
XX.
54 JUILLET-AOÛT 1891.
rant ces deux inscriptions l'une avec l*tftltre ott àrëc
les autres textes fatimites.
Bandeau supérieur. — Lès lettfes taiUéès en fdid'
ont environ 28 centimètres de hauteur. Beau àtjlé
coufique ; peu de rinceatix. Pont justifief là. fé^li-
tution du texte, je lé donne d'abord dartd âon état
actuel :
(Le début est caché dans les maisons).
environ] I>1 JJLl! M Jl Uyu ^yy^/:3^\ U^U»!^ (j^^U^I
Qjuut^JLt ^t ^1 J^ [ ]^\ À^\ ijéy,^ y*a>] [ 1 niëtf e
M I Liftât iuU 51 l^lt »Us i^:>U3 ^ I (ànglé N. O.)
cette pierre est re-) ^1 j-^^ | I «>wifr c^y^l I <j>»^l ^
4^t yKÀ\ iuikj ^^ ^\ I I «Lsj >l^ I (tournée
.X>Uu«^3 tfjM^ XmU Aaaw i^ Aa^ J^'^ ^^«x» j»!^!^
Voici la restitution certaine pour les parties con-
servées, approximative pour le début de Tinsorip-
tion :
u^j^ ^ . . . aa^^i u ; -. ^^\ (^yi AMI ^]
\
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 55
^^U) ?:>!^] ^iUUl AMt dl^p y**/î)| UySLoî,
p p p
A-X4^ Ji^l^ A3;4X* pl^l^ (;)^iil ^1 *5Ub ^laj
[ ... La conslniction de cet édifice a été ordonnée par le
serviteur de notre seigneur et maître rimàm El-Amir brah-
kàmi-liàh, fils de rimâm £l'Mu3ta4i] bUlàii, prince des
croyants — que les bénédictions divines reposent sur eux,
sur leurs purs ancêtres et leurs nobles descendante — pour
recliercher la faveur d'Allah, le roi généreux (?) (ou tout-
puissant ? ?) [ Allah!] prête secours aux armées de
rimâm El-Amir bi^a^kâmi-llâh , le prince des croyants , pour
établir la preuve évidente (de ta puissance?) [ (a été
ordonnée) par le très noble seigneur, commandant des ar-
mées, glaive de l'islam et] protecteur de l'imam, garant des
mi^trats musulmans et guide des apôtres de la foi , Abu
'Abdallah Muhammed le serviteur d'El-Àmir, qu'Allah
fasse de lui le soutien de la religion, qu'il prolonge ses jours
pour le plus grand bien du calife, qu'il donne la durée à son
pouvoir et l'élévation à sa parole, en l'an 5 1 g.
Cette restitution , comme on le voit, permet d'uti-
liser tous les fragments de Tinscription en les remet-
tant à leur place. On ne trouve guère de place, il
est vrai, pour les mots manquants . . . cX^^t ^xLJI
NOTES D'ARCHEOLOGIE ARABE. 57
bi *ahkàmi-llâh] fils de l'imam El-Musta^li billàh, le prince
des croyants, que les bénédictions d'Allah soient sur lui,
[sur ses saints ancêtres, etc. le très noble seigneur]...
Ma'mûn (?), le général des armées [le glaive de rislam,etc.
Abu ^Abdallah Muhammed , etc . • . qu'il prolonge ses jours
pour le bien] du calife, qu'il donne la durée à son pouvoir
et l'élévation à sa parole, (en l'an) [5] 19.
Les deux inscriptions se complètent lune par
l'autre, et dans la seconde, les mots manquants rem-
plissent assez exactement les intervalles mesurés. Le
seul point obscur de ce dernier texte est le groupe
y\ à la 4* ligne, qui peut s'expliquer de la manière
suivante :
Le vizir nommé dans la première inscription est
Abu ^Abdallah Muhammed, surnommé El-Ma'mûn
el-Batâ'ihi. On sait qii'il remplaça le vizir El- Afdal,
le fils de Bedr el-Gamâli , mis à mort par El-Âmir
en 5 1 5 , et qu'il exerça ses fonctions jusqu'en 619,
année où il fut exécuté à son tour par l'ombrageux
calife. C'est de lui que parle Maqrîzi dans la descrip-
tion que nous avons traduite plus haut. Comme ses
deux prédécesseurs, le vizir El-Mamûn fut un grand
constructeur ; on lui doit , outre la mosquée El-Aq-
mar, plusieurs monuments aujourd'hui disparus et
décrits par Maqrîzi ^
On pourrait donc songer à lire ici : (j)>-«t(-lt)
^ Voir à ce sujet Ravaisse, Sur trois mihrâbs en bois sculpté,
p. 16. — Sur le vizir lui-même, voir ibid.; Maqrîzi, I, 462;
Wûsteufeid, Gesch, der Fatimidenckalifen , p. 291 et suiv.; Ibn
Khaiiikân, trad. de Siane, 1. 11, p. 427, n. 2 ; t. III, p. 455 et suiv.
58 JUILLET-AOÛT 1801.
^^UbJt); cependant cette restitution se heurte à
quelques difficultés. D*abord, dans la première in-
scription, le vizir est mentionné seulement par son
surnom (feanya) et son nom propre (Abu ^Abdallah
Muhammed); en outre, dans cette même inscription
comme dans tous les textes fatimites où le nom du
vizir est donné, ce nom se trouve ojprh tous les titres
honorifiques; enfin il n'y a aucune place pour resti-
tuer le mot ^^IkJI, et Tordre des pierres ne paraît
pas avoir été changé.
Quoi qu'il en soit de ce point de détail , il reste
prouvé que la mosquée a été construite en 5 1 g de
l'hégire par El-Ma'mûn , comme le dit Maqrîzi ^ et que
la description de cet auteur est confirmée en tout
point par l'examen que nous avons entrepris.
A cette époque appartiennent encore deux des
tnihirâbs décrits et publiés par M. Ravaisse. Celui
d'El-Azhar est daté de la même année 5 1 g ; celui
du mausolée de Sitta Rukaiya paraît être contem-
porain 2.
abuVmansur isma^îl ez-zafir (54g-556).
Mosquée EUFakahâni, — Maqrîzi, II, 2g3 : « Cette
Mosqiiée est situé au Caire, au milieu de l'ancien
Marché des Selliers, qu'on appelle aujourd'hui le
^ Et non en 5 1 5 « suivant Ibn Khallikân , trad. de Slane , t. III ,
p. 467.
* Ravaisse, op, cit. Il en sera question plus loin, à propos de la
décoration sous les Fatimites.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. ÎW
Marché des Rôtisseurs. Elle se nommait antrefois la
Mosquée très glorieuse (el-gâmr el-afkhar); on lap-
pelle aujourd'hui la Mosquée des Fruitier» (gânû^
el^fakihiyin) ^. C'est une mosquée fatimite, qui a
été construite par le calife Ez-Zâfir en 543,
suivant Ibn 'Abd ez-Zâhir. »
Cette mosquée est située dans la partie méridio-
nale de la rue Ghûrîye, près du 5^61/ de Méhémet-
Ali. Elle a été entièrement restaurée à Tépoque
turque et n'offre d'autre intérêt archéologique que
la date de sa fondation '. Parmi les inscriptions mo-
derne» qui là décorent, il su£Git de mentionner
celle du sebtl situé à l'angle nord-ouest de Tédifice :
j^l ($UL jLu M Jl jjJuUI d;L4t J*A^I tô^ uJÎ
J0<
Le mot persan l*xiïo désigne un fonctionnaire
public à l'époque turque, une sorte de sous-vizir.
La forme arabe moderne est aa^I^, qui se prononce
ï y^S^SLiJI, plur. de <^U nisha de iC«5'U. A côté de cette
fônâe régulière, oh trouve aussi iL^Sli (Lane, Dictionnaire); la
fonne plus moderne à^^ (Do2y, Supplément) se retrouve dans le
tiôA actud de la m<ys([tuée , qui se prononce d-Jaqàkâni.
* Sur cet emplacement, voir Baedeker, Vnter-M^ypUn.^ P- ^7^
et 393. -^ La mosquée fut déjà réparée après le tremS^ement de
terre de 703 (Quatfémèrè, Hist, des saltixtis 3l«miofi^i t. U b,
p. 216).
60 JUILLET-AOÛT 189L
kihya au Caire ^ — làiSèJLi, qui désigne une autre
charge du régime ottoman (gouverneur ou comman-
dant), se rencontre souvent dans les inscriptions de
cette époque sous la forme ^Uâi^L**^, et accompagné
dun déterminatif (^L^, gouverneur en fonction;
^l^ ou UjUm, ex-gouverneur)^. — Jisj^^, de Khar-
put , avec la nisba turque.
ABU MUHAMMED ^ABDALLAH EL-^ApiD (SSG-SÔy).
Mosquée d'Es'Sâlih. — Maqrîzi, H, 298 : « Cette
Mosquée est une création fatimite; elle est située en
dehors de la Porte de Zuwêle. Ibn ^Abd ez-Zâhir ra-
conte les faits suivants : Le tombeau de Hosain se
trouvait à Ascalon ; comme on craignait que les Francs
ne s'en emparassent , il fut décidé de lui donner un
autre asile. Es-Sâlih Talai* ibn Ruzzîk^ bâtit alors
cette Mosqiiée pour en faire la sépulture du saint.
Mais quand il leut terminée , le calife ne lui permit
pas de donner suite à son projet, prétendant que le
^ La forme féminine, produite par contraction et d'abord pu-
rement extérieure, semble avoir réagi sur le sens du mot, qui
désigne aujourd'hui une dame de compagnie,
* La terminaison ^J\ est le pluriel persan, qu'on trouve qud-
quefois dans l'arabe vulgaire. Il est probable que le titre original
était (jjUâJL^m! j^^^ (ou une expression analogue], c'est-à-dire
gouverneur en chef; le premier mot a disparu. Cf. yî^L,», aide de
camp ; (^jl^jJ^i^^) ( iûw>«x« ] , école primmre , etc.
^ Sur ce personnage , voir Ibn Khallikân , trad. de Slane , t. IV,
p. 667, où son nom est transcrit Ruzzik; ailleurs on trouve Ru-
zaik.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 61
saint ne pouvait être enterré que dans les palais des
califes. On construisit alors le sanctuaire [mechhed)
qui existe encore aujourd'hui, et c'est là quîl fut
enterré^. TalâT termina sa Mosquée ; il
construisit à Tintérieur une vaste citerne, et il établit
une roue à eau sur le canal du Khalig, près de Bâb
el-Kiarq. Ainsi la citerne se remplissait pendant la
crue du Nil, par des canaux qui la reliaient au
fleuve.
«On y fit la prière du vendredi vers Tan 65 o^,
sous le règne d'El-Malik el-Mu^izz Aïbek , en présence
de l'envoyé de Bagdad, le chêkh Negm ed-dîn 'Abd-
allah el-Bâdirâni , et Asîl ed-dîn Abu Bekr el-As*ardi
y fit le sermon. La prière s y fait encore. La Mosquée
fiit détruite par le tremblement de terre de Tan 702
et restaurée par les soins («Xj J^) de Témir Seif ed-
dîn Bektimur el-Gûkendâr. » — Suit la biographie
du fondateur.
Cette mosquée est située , comme le dit Maqrîzi ,
^ D s'agit de ia chapelle de Hosain ^jj>.»ma. CKqi'ft», construite
dans l'enceinte du grand palais oriental (Ravaisse, loc, ciu, t. I,
p. 433). Cet édifice, entièrement restauré il y a qudque temps, s*ap-
pdie aujourd'hui Garni' Hasanén.
' Litt. : c en l'an 65o et quelques ». La mosquée ayant été con-
struite en 555, suivant l'inscription qu'on verra plus loin, j'ai
pensé d'abord qu'il y avait une erreur dans le premier chiffre de
Maqrîzi; cependant le texte est bien correct. En effet, les mots
igym plS^! i ne peuvent se rapporter qu'à £1-Malik el-Mu'izz Aï-
bek, le premier sultan mamlouk, qui régna de 648 à 655. Ainsi
la mosquée , négligée sous les Ayoubites , n'aurait été inaugurée dé-
finitivement qu'un siècle après sa construction.
62 JUII^LET-AOÛT 1891.
en dehors , c estnà-dim au sud de la Porte de Zuwêb ,
dans langle formé par la Qasabet-Rodwân ou jBaisar
des Cordonniers avec le Derb ei-Akhmar ou Rue de
]a Citadelle. Elle est un peu n^ieux çoiinue que la
mosquée El-Aqmar, grâce à Touvrage dLe Pris^
d* Avenues ^ mais Tarehéologue y trouve une ample
moîssoa de documents nouveaux. L*édifice pri^ente
le plan habitud des mosquées avec une cour centrale
ornée du bassin aux ablutions, un sanctuaire cmfin^
tal à trois rangs de colonnes portant de» ancs à
tympans, et des portiques sur les trois autr«6 côtés;
c^iXrci .sonit démolis en grande partie. De la uk>s^
quée primitive il reste aneore., comilie i Ël^Aq^QAT,
les quajtre murs denoeinte et le sanctuaire presque
tout ecitier. Ce £ait pamîl prouva par la nature
et lemplcH des mattériaux^ ia prés6^i<ce dos aros
pèrsiois dans le sanctuaire, la décoratioa gén)éni|e<e|;
le style des inscriptions qxd entourent Tar^dûv^lte
des arcs. Les colonnes et les chapiteaux sont antiques.
Ces derniers , d u n style corinthien de diécadi^Pe ,
» Voir pi. y, XC, Xa , Xai, XCV. La planche V àome la res-
tauration du plan et de l'âévation Au. suictuaire sur ki oour, .et
quelques détails «qui paraissent empraotés à la déc(»iaitioa piiffii-
tive (les deux claires-voies de fenêtre). Les pianckc» suiiYMMtas 4wAr
nent les détails de la chaire , qui remonte au début du xnF* mhde
et non à la fin du xv* siècle , comme on va le «oir. I^a porte , i^spis^
éoite sur la Meunière planche , paraît être de la ménae époque. Jl^
MMai, «ous plusieurs réserves, le vol. de texte, p. .9^. j^e plA» 4»
la mos^inbée a ,é^é ireprodd^t p>ar Mmiy,^ J^r^chMftwik des ii^am-
ined» II. roman. iSitils, p. as. Il n'est pAs irès ei»qt;.iânsi 1^ {ipiçi^^?
ouest prinûtive forme à son /extrémité nord une ^Uie .çATii^ée
tournée vers l'ouest.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 63
portent des tailloirs revêtus de bois sculpté et
sont reliés par des chaînages de solives sculptées.
Les tailloirs portent la retombée des arcs , qui sont
k profil persan et fortement suiiiaussés. Les arcs
et les tympans sont en briques, revêtus d'une
décoration de plâtre qui remonte à la construc-
tion primitive , comme celle des tailloirs et des chaî-
nages ^. Les murs extérieurs sont en pierres de
taille. La façade ouest, qui donne sur le Bazar des
Cordonniers , et la façade nord , tournée vers la Rue
de la Citadelle , sont entièrement masquées par des
constructions modernes, boutiques et logements.
Au milieu de chaque façade se trouve une porte
d entrée, décorée de fragments d'inscriptions cou-
fiques de Tépoque; on remarque aussi, à l'intérieur
de la porte ouest , qui forme la principale entrée ,
des fragments d'inscriptions encastrés sans aucun
ordre dans la muraille. Ces débris épigraphiques me
donnèrent l'idée de pénétrer dans les maisons mo-
dernes pour examiner les parements des deux façades.
Elles offrent une grande analogie avec la façade
ouest de la mosquée El-Aqmar; on y retrouve les
mêmes matériaux, la même -décoration de fausses
fenêtres à archivolte persane. Ici encore, deux
longues inscriptions courent sur la façade ouest,
l'une à mi-hauteur des niches et l'autre au-dessous ;
eiies contournent l'angle nord-ouest, pour se prolon-
^ Ces détails sont empruntés à mes notes et aux photographies
que j'ai fkites sur place. On trouvera plus loin des vues générales
sur la décoration fatimite.
64 JUILLET-AOÛT 1891.
ger sur la façade nord jusqu'à la porte qui s ouvre de
ce côté. Ces inscriptions étant cachées en grande
partie dans les constructions, je n'ai pu en copier
que quelques fragments. Elles sont taillées en relief
dans le marbre et forment un bandeau encadré dans
une double moulure; on jugera de Jeur st^e en
examinant la planche ci-jointe, n** VI.
Le texte supérieur ne contient que des fragments
du Coran, au moins dans les parties visibles^.
L'inscription inférieure cachée sur toute la façade
ouest n'est visible que sur une partie de la façade
nord, sur la terrasse d'une boutique entre l'angle de
la mosquée et la porte ; en voici la dernière partie :
^^^M^^l j^« aSUL Jj^ ^J^ ^^jJI ^ aWI
(?) XjyA-)) ^^^-A->3 AXjyl yM3j^ ^Ot^ Jl^I^ A5;<Xj «bt^
fi
Il est inutile de chercher à restituer la première
partie de l'inscription , qui renferme probablenient
les noms de TalâY et du caUfe El-ldid. Elle pré-
sente, comme on le voit, les mêmes invocations et
^ La planche (n** VI] donne un fragment de l'inscription sapé-
rieure, sur la façade nord; il contient les mots JLls &^{ [!il Jt . . •
jiiJJ ^^ aXj^ J^^^^ y^ {^ ^^ ^^ [Coran, m, igS). La
façade ouest présente plusieurs versets, entre autres ix, 129.
NOTES D^ARCHKOLOGIE ARABE. 65
sans doute aussi les mêmes titres honorifiques qiie
les autres inscriptions fatimites. Eln comparant entre
eux tous les textes de cette époque connus jusquà
ce jour (je crois les avoir tous mentionnés) , et quel-
ques passages de Maqrîzi, on pourra se faire une
idée fort exacte de la terminologie monotone des
inscriptions fatimites et des titres portés par les
vizirs des califes ^ La date fixe en Tannée 555 la
construction de la mosquée, et remplit ainsi une
lacune de Maqrîzi.
Le culte du vendredi , supprimé sous les Ayou-
bites, ne fut repris qu'un siècle plus tard sous le
premier sultan mamlouk. Ce fait, rapporté par
Maqrizi comme on Ta vu , s'explique aisément. Sous
les Fatimites, le calife présidait au culte du ven-
dredi dans les principales mosquées du Caire, faisant
lui-même le sermon ou khotba (Maq., Il, 276, 1. 4
den bas). Selon le rite chaféite suivi par Saladin et
ses successeurs, ce culte ne pouvait être fait que
dans une seule mosquée, et celle d'El-Hâkim fut
choisie à cet effet ^. Les premiers sultans mamlouks
restaurèrent le culte du vendredi dans plusieurs
* Pour ces litres , on peut comparer les passages suivants de Ma-
qrîzi : pour Bedr el-Gamâ]i, II, 4/12 (à la ligne 21, il faut lire
-Uîll y4o\J au lieu de -Uill ; celte lecture est confirmée par les in-
scriptions], I, 382; pour El-Afdal, I, 442 (même remarquée pro-
pos de j»L5i)ï, 1. 12); pour son frère Ga'far, U, 48; enfin pour le
vizir Ël-Ma'mûn, le successeur d'El-Afdal, I, 442 et 463 (même
remarque sur pU^f ,1. i3].
* Maqrîzi, II, 276 « dern. ligne; ce passage n'est pas tout à fait
d'accord avec Maqrîzi, II, 245, 1. 4.
XVIII. 5
iMPaiMBmiB ■4Tta«*Li.
60 JUILLKT-AOÛT 1891.
mosquées fatimites , entre autres à Ei-Aï:har (Maq., II ,
ûyS, 1. 17; 276, 1. 2).
Les restaurations de l'émir Bektimur ne présen-
tent rien d'intéressant , à part la chaire du sanctuaire ,
qui porte l'inscription suivante :
^.yj^ 0-,jJI V.XX-*- Jhh-J' ^^*4Jt <^^^' JWt yiU
•<-^^*-^' ^l5 0^ aWI aù^^ i^>l^^
A ordonné la construction de cette chaire bénie, sur sa
propre fortune et pour plaire au généreux AUâfa , son Altesse
éminente ei-emiri ei-kebîri es-seifi , le coninjandant des armées
Seif ed-Din Bektimur, le gâkendâr d^Fàl-Malik ei-Mansûr Seif
ed-Din (Qalêiwan) S cmîr gendâr d'Fl-Msi^li en-Nàsir ( Muham-
med ibn Qalâwun), en Gumâdall, 679 (699?). — Qu'Allah
ait pitié de Fauteur de ce travail ' 1
Les titres el-emîri el-kebiri es-seifi indiquent
que le titulaire était le serviteur ou l'affranchi d'un
émir portant le titre de emîr kebîr et le surnom de
Seif ed-Dîn (ou Seif ed-DaaUiy etc.). De même, les
titres el-mansûri es-seifi font allusion au sultan Qa-
lâwun el-Mansûr, qui portait lui-même le surnom
^ Publiée par M. Mehren, Câkirah og Kerâfati II « p. 21; Aoire
copie est plus complète. J'écris Bektimur avec de Slane (Ibn Khal-
iikân, passim).
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 67
de es-sâlijii pour avoir appartenu à El-Malik es-
Sâlih. Celui de en-nâsiri se rapporte au sultan Mu-
hammed en-Nâsir. Les adjectifs de relation [nisba)
formés sur des titres honorifiques, des noms de
charge ou des surnoms sont très fréquents dans les
inscriptions de cette époque. L'émir qui les porte se
désigne ainsi comme lesclave, le serviteur, Taffranchi
ou le client d un prince qui porte le titre ou le sur-
nom formant la base de la nisba; celle-ci constitue
donc un sm'nom au deuxième degré. Cette termi-
nologie particulière , si différente de celle des Fati-
mttes, apparaît avec les Ayoubites et se développe
sous les Mamlouks. Dans les inscriptions duxv® siècle,
eUe devient une véritable manie et disparaît après
Tinvasion ottomane. A partir de cette époque, les
inscriptions, conçues dans un style beaucoup plus
sobre, présentent de nouveaux titres , tels que mas-
takfizân, ketkhodâ, aghâ, etc. Dans un article sur
les inscriptions des Mamlouks au Caire, je revien-
drai plus longuement sur ces nisba, qui forment un
curieux chapitre de l'histoire des mœurs, et qui
n'ont pas toujours été exactement comprises ^
' Quatremère [Hist. des suit. Manil., t. lia, p, 3i) traduit yUt
^^Mta4^l J.>LsJ{ ^LxJt c^oCL^i (^yifX\ jUJt par «Altesse noble,
éminente, seigneuriale, savante, Adeli-Schemsi v. Il s'agit de lemir
Chems ëd-din Sonkor Achkar, un compagnon de Qalâwun, qui
avait été nommé gouverneur de Damas sous le prédécesseur de ce
pHnce (Quatremère, op. ciu, t. 16, p. 161 et 173). <s^y» ne signi-
fie pas « éminent » ; ce mot indiqué que le titulaire est lui-même le
protégé ou le serviteur d'un mAu /a, c'est-à-dire d'un affranchi occu-
pant une haute position , peut-être du sultan lui-même. La^ nisha
•
5.
08 JUILLET-AOÛT 189L
I^ date de rinscription parait être dyg plutôt
que 699; d'ailleurs le titre de <i gûkendâr d'El-MaUli
el-Mansûr » porté par le fondateur fait supposer que
le travail fut exécuté du vivant de ce sultan ; or, en
699, il était déjà mort. Maqrîzi prétend, il est vrai,
que la mosquée na été restaurée par Betkimur
qu après le tremblement de terre de Tan 702; mais
il dit ailleurs quà ce moment elle fut relevée aux
dépens du trésor sous la surveillance de Témir ^Aiam
ed-Dîn Sangar (Quatremère, Sait maml.^ t. II fr,
p. 216). On pourrait donc admettre quici Maqrîzi
a raison , et que dans sa Topographie il confond les
restaurations de 702 avec des travaux exécutés an-
térieurement par Bektimur. Je n ai pas pu recueillir
de renseignements bien précis sur ce *personnage ,
car plusieurs émirs de cette époque ont porté le
même nom , et il importe de ne pas les confondre ^.
suivantes sont formées sur les titres et surnoms de J>aJ\ «x^mJI ,
^Lxj), J«>LxJ{, ^.oJ) j««:câ; cependant aucun des sultans de cette
époque n'ayant porté le surnom de Chems ed-din, je ne sais à qui
elles font allusion. — Une même nisba peut se rapporter à
plusieurs titres; ainsi es-seiji peut être formé sur seif ed-dtn , on seif
ed-danya wa-ddtn, ou seif ed-daula, etc. — Sur gûkendâr, voir
Quatremère, op, cit, i.l a, ^, 121, Sur emir gendar, ibid,, p. i4;
Maqrîzi, II, 222.
^ Voir Quatremère, Sultans Mandouks, t. II a, p. 7 et 3^; II b,
p. i49« i53, 16/i, 168, 188, 210, 2^0, etc.; Maqrîzi, II,6à«
68, go, 4^4, etc. Un des plus connus est Seif ed-dîn Bektimur
l'échanson , grand dignitaire du sultan Muhammed ; sa biographie
est donnée dans Maqrîzi, II, àih (cf. ibid,^ 68, 90). Un autre
échanson du même nom mourut à la bataille de Hôms en 679 de
l'hégire (Sultans Mamloaks, t. II a, p. Sg). Dans les passages cités,
on trouve vers 700 de l'iiégire un Bektimur gûkendâr et un Bek-
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 69
Le style des inscriptions et des ornements des fa-
çades donne lieu à quelques observations générales
qui termineront le présent travail.
Inscriptions historiques. — Au point de vue paléo-
graphiqiie, ces textes présentent une certaine impor-
tance ; ils montrent que le caractère coufique appelé
improprement carmatiqœ ^ fut employé pour les in-
scriptions historiques jusqu à la fin de la dynastie
fatimite. Les monnaies offrent à cet égard un témoi-
gnage irrécusable; leur série continue permet de
suivre l'évolution du style épigraphique depuis les ori-
gines de rislam jusqu'aux dernières époques, et cette
évolution se rattache étroitement à celle des carac-
timur émir gendàr; il s'agit probablement du nôtre. Signalons en-
core un Bektimur silâhdàr, mort en 708, qui avait appartenu à
Bîbars, comme l'indique son surnom de Zâhiri (ibU., t. II b,
p. 2^0) et un Bektimur hâgib,\e conquérant de l'île d'Aradus,
mort à Damas en 714 (Maqrîzi, II, 64)* On pourrait multiplier
ces exemples.
' Voir sur ce mot le travail déjà ancien de Fraphn , Journ. asiat. ,
2* sér., t. I, p. 379. L*auteur montre que l'application du terme
carmatiqne au coufique fleuri repose sur une erreur de mot laite
par Golius dans un passage du Qâmûs, et consacrée par d'Herbelot
et Adler. H prouve que S^li désigne une manière d'écrire à traits
serrés, et non une écriture spéciale; que I^^Ja^y» signifie un homme
qui écrit ainsi, et non un prétendu genns carmaticnm. Même en
supposant à ce mot le sens d'un genre d'écriture, rien n'autori-
serait à l'attribuer au coufique fleuri. Enfin rien ne fait supposer
que les Qarmates aient eu une écriture particulière. Suivant Fraehn ,
le nom de cette secte, qui dérive de la même racine, n'a pas de
rapport avec les significations données par le Qâmûs et Gauhari.
Sur l'origine un peu obscure du nom des Qarmates, on consultera
surtout de Goeje, Mémoire sur les Carmathes du Bahreïn, 2* édit. ,
p. 199 et suiv.
70 JUILLET-AOÛT 18Q1.
tères des inscriptions monumentales. L'étude paléo-
graphique des inscriptions et des monnaies arabes
étant encore à faire, on me permettra d'empnm^ter
quelques détails à un travail que je prépare depuis
plusieurs années. Je laisse de côté la paléographe
des manuscrits qui suit une évolution entièrement
distincte.
Les premières monnaies arabes frappées en Syrie
au type byzantin présentent des caractères qui rappel^
lent beaucoup ceux des inscriptions^ proto^rabes de
Zebed et de Harrân en Syrie , toutes deux du vi* nècle
de notre ère. C'est un type moitié carré, mcMtié ar-
rondi, qui semble indiquer la recherche d'un carucr-
tère monumental distinct du caractère manuscrit.
On sait qu'à cette époque ce âemier était franchement
cursif et arrondi ; les beaux travaux de Sacy sur ce sujet
ont été pleinement confirmés par les récentes décou-
vertes du Fayyoum. A l'époque du calife *Abd al-
Malik, le caractère des inscriptions et des monnaies
se fixe définitivement; il prend cette forme r^^ère
et carrée qu'on a appelée, improprement aussi, le
caractère coufique^. Ce caractère carré ou angn^ire
^ Les mots kûji et neskhi désigaent en arabe de sim|de8 va^
riétés d'écriture , ou plutôt de calligraphie; nous leur avons donné
un sens beaucoup trop étendu. De là vient en partie robscorité
qui règne encore dans la question de l'origine de l'écriture arabe.
Ce problème exige un long travail que j'espère entreprendre ail-
leurs ; il comporte une double méthode : l'observation directe des
manuscrits et des inscriptions , et la critique comparée des sources
arabes. Les principtdes sont le Kitâb al-Fihrist, introduction; Hadji
Khalfa au mot Là.; Ibn Khallikân, édit. de Slane* vol. Il,
NOTES DARCHÉOLOÇUE ARABE. 71
dassiqae apparaît simultanément sur les premières
monnaies de la réforme, vers Tan ^li de Thégire,
et sur les dexix inscriptions connues de ^Abd al-
Malik, celle de la mosquée d'Omar à Jérusalem et
celie de la borne milliaire publiée récemment par
M. Clermont-Ganneau ^ Ce caractère persiste jus-
qu'au commencement du iv" siècle de Thégire ; on le
retrouve, avec des variantes de détail, sur les mon-
naies des Omayades depuis *Abd al-Malik , sm' celles
desÂkbasides, des Toulounides , des Omayades d'Es-
p^ne et des premiers Fatimites, sur les pierres tom-
bales égyptiennes du iit*' siècle, dans les inscriptions
d'Ascalon (i55 H.), de la mosquée d'Ahroted et du
Miqiâs de Rauda au Caire (iif s. H.), de Sousse et
de Kaîrouan en Tunisie (2 45 et 285 H.), sur
quelques épitaphes du lu*' siècle publiées par Lanci ,
enfin dans les plus vieilles inscriptions du Caucase 2.
p. 282, 33 1; vol. m, p. 266; Ibn Coteiba, Kitâb al-ma'ârij; Ibn
Khaldûn, Prolégomènes: les dictionnaires classiques, etc. On con-
fultera encoire les travaux de Marcel , Lanci , de Sacy, etc. , le chapitre
mallieureuseinent incomplet de Lenormant dans son Essai sur la
propagation de l'alphabet phénicien, i. Il y p. i3o, et les récents tra-
vaux de M. Karabacek. Voir aussi Nôldeke, Geschichte des Qorâns,
p. 3oo; de KhanikbfF, Inscript, musulm, du Caucase [Journ, asiat.,
5' série, t. XX, passim)^ et les sources citées par Lenormant.
Les mots coajùfue et neskhi, qui désignent des variétés de calli-
graphie, ne sauraient s'appliquer correctement aux caractères lapi-
daires, et j'ai dû introduire dans les pages suivantes quelques
expressions nouvelles.
* De Vogué, Le temple de Jérusalem., p. 8^ et pi. XXI; Cler-
mont-Ganneau , Journal asiatique, 8* série, t. IX , p. 472 , et Recueil
d'arckéelogie orientale, p. 201 et pi. XI.
* Pour les monnaies , voir les ouvrages spéciaux et les collections ;
, I
72 JUILLET-AOÛT 1891.
Vers le début du iv' siècle apparaissent certains
symptômes qui font pressentir la naissance dun
style plus fleuri , où les lignes droites se brisent ou
s'incurvent, où les extrémités des lettres s'épanouis-
sent en rinceaux. Ce nouveau caractère (dit carma-
tique) ne diffère du précédent que par l'introduction
d'un élément décoratif; il en dérive directement et
on ne saurait* le considérer comme un caractère à
part. On pourrait l'appeler le carré ou angulaire
fleuri, par opposition au carré classique. Il apparaît
nettement pour la première fois sur les monnaies du
calife fâtimite El-Mansûr, frappées en Tunisie ; il se
développe sur celles des Fatimites d'Egypte, des Ab-
basides, des derniers Omayades d'Espagne et des
autres dynasties musulmanes jusqu'à l'introduction
du caractère arrondi. On le retrouve dans tous les
textes fatimites de l'Egypte , dans un grand nombre
d'inscriptions de la Syrie, du Caucase, de la Perse
et de la Mésopotamie , de la Sicile , de l'Afrique du
Nord et de l'Espagne. La première en date est celle
de Kairouan , de l'an 3 4 1 ; il est curieux de la com-
parer avec les monnaies frappées à la même époque
pour les pierres tombales égyptiennes, divers articles dans le Bal-
letin de r Institut égyptien , dsins les Proceedings of the Soc. oJBiblical
Archœology, 1887-1 888 , etc. Pour l'inscription d'Ascalon , Qermont-
Ganneau, Recueil, p. 214 et pi. XI, et Journal asiatique, 8* série»
t. IX, p. 485. Pour les inscriptions tunisiennes, Houdas et Basset,
Epigraphie tunisienne, pi. I. Pour les inscriptions du Caire, les
travaux de Marcel et les planches épi graphiques de l'atlas de la
Description, et. niod. , vol. II. — Voir aussi Lanci, Trattato délie
sepolcrali iscrizioni; KhanikolF, Insaipt, mus. du Caucase, etc.
NOTES I>'ARCHÉOLOGIE ARABE. 73
par les Fatimites de Tunisie ^ Ce caractère , qui règne
en maître sur les inscriptions et les monnaies pen-
dant plus de deux siècles, présente également plu-
sieurs variétés ; une des plus intéressantes est celle
des inscriptions décoratives sur plâtre, dont il sera
question plus loin.
Ainsi le caractère dit carmatiqae , simple variété
décorative du coufîque pur, senaible avoir pris nais-
sance en Tunisie ou en Egypte. Il en est autrement
de la révolution qui va s'opérer dans l'écriture mo-
numentale en Egypte et en Syrie au vi* siècle; en
effet, c'est en Orient qu'il faut chercher les pre-
miers caractères arrondis sur les inscriptions et les
monnaies^. Pour résoudre ce problème encore ob-
scur, il faudrait comparer avec soin les séries mo-
nétaires des dynasties musulmanes orientales. 11
suffit de dire ici que le caractère arrondi se montre
déjà isolément en concurrence avec le carré , dans
la série des Samanides à la fin du nf siècle et sur
les monnaies de Mahmûd de Gazna, un siècle plus
tard. Ainsi, tandis que le carré classique ou fleuri
régnait en maître dans l'Asie antérieure et en Afrique ,
il semble qu'en Orient il n'ait jamais entièrement
* Houdas et Basset, op. cit., pi. 111, — Outre Jes ouvrages déjà
cités , on consultera spécialement pour la Sicile et pour TËspagne
les planches qui accompagnent les beaux travaux d'Amari et de
M. Amador de los Rios.
* J'ai dit plus haut pourquoi j'évite d'employer le mot neskhi ;
ne pouvant développer ici ces raisons, je renvoie à la note de
Slane dans Ibn Khallikân, t. II, p. 33 1.
74 JUILLET-AOUT 1891.
supplanté dans 1 epigraphie monumentale le vieux
caractère arrondi.
Le VI* siècle assiste à lenvahissement progresâf
du nouveau type monumental. La série monétaire
des Ortokides de Mardin présente un curieux mé-
lange des deux caractères. Vers la même époque,
l'arrondi se montre en Occident, sur les monnaies
de 'Abd el-Mumin, le i*' Aimohade (5a/i-558) K D
apparaît nettement sur les monnaies ayoubites à la
fin du vil* siècle, d'abord en Syrie, puis en Egypte.
Dès lors il règne en maître sur les monnaies et ne
subit plus que des modifications de détail jusqu'à
l'invasion ottomane.
Cette lutte entre les deux caractères, on la re-
trouve dans les inscriptions. J'ai signalé naguère une
inscription de Bâniâs, datée du vi* siècle, et dont les
caractères maladroits semblent hésiter entre les deux
types ^. La grande inscription de Bosra (56 1 H.)
révèle le même style de transition, tandis qu'une
autre inscription de cette ville, sans date et proba-
blement contemporaine, présente encore le caractère
carré, mais très fleuri^. Enfin l'inscription de la
chaire de Nûr ed-dîn à la mosquée El-Aqsa à Jéru-
salem (564 H.) et une inscription de la medrese de
^ Cf. Codera y Zaidin , Tratado de nwnismàtica arébigO'espandla .
pi. XXU.
^ Journal asiatique, 8' série, t. XII, p. 469. La date paraît être
567 plutôt que 527.
' Voir Rey, Voyage dans le Haurân, p. 196, 1 9 7, et atlas, jd. XIV
et XV. Karabacek dans Z, D. M. G,, t. XXXI, p. i35; Clermont-
Ganneau, dans Journal asiatique, 7* série, t. X, p. 5i8.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. ^5
ce sultan à Damas (Sây H.) appartiennent déjà au
nouveau type *.
En résumé, le caractère arrondi semble avoir
subsisté en Orient, à côté du caractèi'e carré. G est
de là qu'il pénètre en Syrie, sans doute avec les
premières invasions mongoles. Il y lutte avec le
carré fleuri, et cette lutte fait naître une série de
types bâtards. Il lemporte dans la deuxième moitié
du VI* siècle, d'abord sur les inscriptions, un peu
plus tard sur les monnaies , et pénètre en Egypte à la
fin du siècle. Le carré fleuri se montre encore timi-
dement au vil'' siècle sur quelques monnaies ayoubites
et jusqu'à l'époque du sultan Bibars. Mais son rôle
dans l'épigraphie historique est achevé; dès lors il
est relégué dans la décoration monumentale. Ainsi le
caractère dit carmatique, introduit en Egypte quel-
ques années avant la conquête de Gauhar et détrôné
par Saladin , pourrait s'appeler ici le caractère fati-
mite.
Cette dynastie ayoubite trahit d'ailleurs des
signes de transition, on pourrait dire de révolu-
tion , dans toutes les branches de l'atchéologie , dans
tous les domaines de la civilisation. Dans les insti-
tutions religieuses, par le triomphe de l'orthodoxie
sur l'hérésie fatimite, et dans l'architecture reli-
^ U en est de même , je pense , pour l'inscription de Saladin à
la citadelle du Caire, publiée par M. Mehren, et que je n'ai pu
retrouver. Les textes de cette époque étant fort rares en Lgypte ,
c'est surtout en Syrie qu'il faut chercher les traces de la grande
évolution du caractère épigraphique.
7(f JUILLET-AOÛT 1891.
gieuse, par Tintroduction de la medrese et de son
plan central ; dans les institutions militaires , par le
régime de la féodalité et de la noblesse des armes ,
et dans Tarchitecture militaire, par la transforma-
tion des châteaux forts et des enceintes sous Im-
fluence des Croisés ; dans la décoration , par la nais-
sance d'un nouveau style sur le revêtement des
édifices ; dans Tépigraphie enfin , par lapparition du
caractère arrondi. Il serait curieux d'étudier toutes
les faces de cette révolution et d'en chercher les
causes dans les deux grands mouvements de cette
époque : les croisades et les invasions mongoles.
Nous y reviendrons à propos de la medrese dans un
prochain article.
Inscriptions décoratives. — Le sanctuaire de la
mosquée d'Es-Sâlih contient une longue série d'in-
scriptions décoratives moulées en plâtre sur les ar-
chivoltes des arcs. Leur style rappelle beaucoup celui
des inscriptions sur plâtre qu'on voit encore dans
les sanctuaires des mosquées El-Azhar et d'El-Hâkim.
A l'époque fatimite, les inscriptions sur plâtre des
sanctuaires se distinguent déjà des inscriptions lapi-
daires des façades par un style plus orné, plus fleuri.
Le trait général est plus ferme, les arêtes sont plus
vives, la surface des lettres est plus plate que dans
les caractères gravés sur la pierre. Les rinceaux, em-
ployés sobrement dans les textes lapidaires, rem-
plissent ici tous les intervalles.
Ainsi, dès l'époque fatimite, il existe deux types
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 77
de caractères monumentaux, celui des inscriptions
sur plâtre , qui sont généralement décoratives et cora-
niques, et celui des inscriptions lapidaires, histo-
riques ou coraniques. Ce double style est dû à des
nécessités techniques, beaucoup plus qu'au désû' de
créer une distinction entre les textes historiques et
les textes purement décoratifs. On comprend que
les procédés de la taille des lettres dans la pierre
fussent bien différents de ceux qui consistaient à les
mouler dans le plâtre. Aussi les inscriptions pure-
ment décoratives sur pierre ont généralement le
même style que les autres textes lapidaires contem-
porains.
A Tépoque des Ayoubites, la scission s accentue
naturellement; dès lors les inscriptions lapidaires
sont toujours en caractères arrondis. Le style des
inscriptions sur plâtre s altère également par une
sorte de réaction; il semble que la concurrence du
caractère arrondi produise une rivalité entre les
deux types. Le type purement décoratif reste angu-
laire, mais il prend des formes plus tourmentées,
plus recherchées. C'est Técole du maniérisme dans
Tépigraphie décorative; elle subsistera tant qu'il y
aura une décoration arabe, c'est-à-dire jusque sous
les Ottomans. En effet, c'est à l'époque des Ayou-
bites qu'une nouvelle décoration de revêtement en-
vahit les monuments arabes, pour se développer gra-
duellement et atteindre au xrv* siècle un degré de
perfection qu'elle conservera jusqu'à l'invasion otto-
mane. L'écriture décorative subit l'influence de cette
78 JUILLET-AOÛT 1891.
•
nouvelle école, celle du style arabe proprement
dit^ Elle est confiée dès lors non seulement au
plâtre , mais à la mosaïque de marbre , aux enduits ,
à la céramique émaillée, quelquefois au bois et au
bronze; cependant les inscriptions sur bois et sur
bronze, qui sont d'ailleurs sourent historiques, sui-
vent presque toujours les destinées des inscriptions
lapidaires.
L'épigraphie décorative prend alors les allures les
plus capricieuses, pour se plier aux exigences des
matériaux délicats qui la composent; car c est sintout
dans lés nécessités techniques qu'il faut chercher la
cause des déformations de l'écriture décorative,
comme de la décoration en général. C'est ainsi que
l'emploi de la mosaïque de marbre avec ses bandes
taillées en rectangles allongés développa ce genre
particulier d'écriture décorative qu'on a appelé le
coafique carré ou qaadrangulaire ^ et qu'on trouve sur
les lambris des mosquées à l'époque des Mam-
louks^.
Cette altération du caractère décoratif à partir
du XII* siècle est si évidente qu'on peut facilement
reconnaître si ime inscription décorative appartient
^ J'ai défini plus haut l'art arabe; j'entends ici par style arabe
celui de la belle époque de l'art arabe et spécisdement du groupe
syro-égyptien , du xii* au xvi* siècle.
* Voir entre autres, Marcd, L'E^pte, pi. XXI; Méwié sur le
cottjique gRodrangulaire , dans Journ. asiat., 2' série, t. XII, p. 226;
Hogers Bey, Mémoire sur certaines inscriptions en caractères coufiqnês
cttrris, dans Bulletin de l'Institut égyptien, 1881, p. 100.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 79
à une époque antérieure ou postérieure à Imtro-
duction du caractère arrondi. Le plus ancien
exemple de texte décoratif postérieur à cette intro-
duction se trouve, je crois, à la mosquée El-Aqsa à
Jérusalem, dans les inscriptions de Saladin (583 de
l'hégire)^. Ici la nouvelle école est formée; elle est
si distincte de la précédente que le fragment repro-
duit par M. de Vogué se rapproche plus, par son
style, des inscriptions décoratives du xv* siècle (par
exemple celles de la medrese du sultan Ghûri au
Caire) que de celles de la mosquée d*Es-Sâlih, qui
ne lui sont antérieures que d'une trentaine d'années.
Pour expliquer l'apparence archaïque des inscrip-
tions de Saladin à El-Aqsa alors qu^ le caractère
arrondi envahissait Tépig^'aphie, M. de Vogué re-
marque avec raison que le coulique s'est conservé
fort tard dans Tornementation monumentale. On
pourrait aller plus loin en affirmant que ces inscrip-
tions ne sauraient être antérieures à Saladin , puis-
qu elles présentent les caractères de l'école décora-
tive qui prend naissance à cette époque.
Décoration. — Il reste à dire im mot de la décora-
tion sxu* pierre pendant la période fatimite. Jusqu'à
présent on n'en savait pas grand'chose. Les restes
décoratifs de cette époque se trouvent surtout dans
les sanctuaires des mosquées, sur les tympans des
arcs; or ces tympans étant toujours en briques, leur
* De Vogué, Le temple de Jérusalem, p. loi et pi. XXXIII.
80 JUILLET-AOÛT .1891.
décoration est confiée au plâtre ^ La décoration lapi-
daire la plus importante est celle des portes con-
struites par Bedr el-Gamàli ; mais leur style remar-
quable est si franchement byzantin qu*on ne peut
les considérer comme des types de Tornementation
égyptienne sous les Fatimites. La décoration lapi-
daire indigène n'est donc connue que par quelques
exemples isolés , tels que le mihiâb du mausolée de
Sitta Rukaiya décrit par M. Ravaisse. J'ai retrouvé
de nombreux vestiges d ornements lapidaires sur trois
monuments fatimites encore inconnus : les minarets
de la mosquée d'El-Hâkim et les façades des mos-
quées El-Aqmar et d'Es-Sâlih. Ces restes fournissent
les éléments dune ample étude sur le style fetimite;
elle ne saurait trouver place ici, et je laisse de côté
tout ce qui concerne les profils et les moulures pour
m'arrêter un instant sur la décoration proprement
dite.
La décoration arabe, ou, pour parier plus exac-
tement, la décoration musulmane du groupe syro-
égyptien se compose de trois éléments principaux
qui constituent larabesque : les entrelacs (décor géo-
métrique), le rinceau (décor floral) et le décor épi-
graphique. J'ai déjà parlé de ce dernier; je passe
également sur le rinceau, dont on possède d'assez
* Lès restes de l'époque fatimite ne présentent que la décoration
sur pierre, sur plâtre ou surbois. Cependant si la décoration poly-
chrome (mosaïque, briques émailiées, enduits, verres colorés, etc.)
n'apparaît au Caire que sous les Ayoubites , on ne saurait en con-
clure qu'elle n'a pas existé plus tôt.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 81
nombreux spécimens sur plâtre soit à la mosquée
d'Ahmed , soit dans les mosquées fatimites. Consta-
tons seulement en passant que les trois monuments
qui font le sujet de ces lignes fournissent des do-
cuments nouveaux pour Tétude du rinceau arabe
lapidaire. Les rinceaux d'El-Hâkim, d'El-Aqmar et
dEs-Sâlih dérivent directement du rinceau byzantin
• • • j
oriental , et représentent la dernière évolution de la
grande école décorative qui a fouillé les linteaux et
les entablements des monuments de la Syrie centrale,
les palais de Machitta et de ^Ammân et les curieux
monuments coptes du musée de Boulaq ^
Restent les entrelacs , qui forment le point le plus
obscur et le plus discuté de la décoration arabe. La
question des origines n'est éclairée que par quel-
ques documents isolés, encore insuffisants : les en-
trelacs byzantins en claire-voie des monuments de la
Syrie centrale, les décors géométriques persans de
l'époque parthe et quelques monuments coptes;
pour l'époque musulmane, les claires-voies des fe-
nêtres aux mosquées d'Ahmed et d'El-Hâkim , enfin
les mihrâbs en bois sculpté publiés par M.Ravaisse^.
^ Voir de Vogué, Syrie centrale; Tristram, The land of Moab;
Dieulafoy, L'art antique de la Perse, t. V, p. ^% et io4; Gayet,
Monuments coptes du musée de Boulaq, surtout pi. XXVII, XXX,
LXXIV, LXXV, LXXIX , etc. Pour les rinceaux sur plâtre de la
mosquée d'El-Guyûchi , cf. ibid. , pi. X , XI , XVI , XX , etc.
* De Vogué, op, cit., passim; Dieulafoy, op, cit., t. V, p. 3o
et i53; Gayet, op. cit., pi. III, XXVI, XLIX, LXXVI[, LXXXIIÏ,
LXXXVII ; Bourgoin , Les arts arabes , pi. 8 1 à 87 ; Prisse d'Avenues ,
Atlas, vol. I,pl. ïll; Ravaissc, Sur trois mihrâbs, pi. II-V.
XVIII. 6
IMrilI«F.aill *ATIO!<âLI.
82 JUILLET-AOÛT 1891.
Les entrelacs arabes diffèrent essentiellement des
décors géométriques byzantins ou persans qui sem-
blent leur avoir servi de modèle. Ceux-ci ne sont
que des fantaisies isolées, telles qu'on en trouve dans
tous les styles décoratifs, et où l'élément géométrique
ne joue encore qu'un rôle effacé. Ceux-là s'érigent
en système et se déduisent logiquement comme un
théorème de géométrie ; ils reposent sur l'emploi des
polygones suivant une série de tracés dont M. Bour-
goin a donné la clef dans ses beaux ouvrages. Main-
tenant si l'on cherche non plus les origines géné-
rales, mais le point de départ précis des entrelacs
arabes, la question s'obscurcit singulièrement. On
remarque, en effet, que la décoration géométrique
byzantine contient déjà en germe ce qui fait le
propre des entrelacs , les diagrammes polygonaux.
D'autre part, les claires-voies des fenêtres aux mos-
quées d'Ahmed et d'El-Hâkim présentent dans ^leur
style des analogies étroites avec les claires-voies syro-
byzantines, et M. Bourgoin n'hésite pas à les classer,
avec les monuments eux-mêmes, dans une période
de formation de l'art arabe, dite période byzantine.
Cependant on y trouve déjà les caractères distinctifs
des entrelacs arabes, en particidier les polygones
étoiles. Or, comme ces mosquées ont été restaurées à
différentes reprises , comme elles ont souffert toutes
les deux du grand tremblement de terre de l'année
702 de l'hégire, dont les effets destructeurs ont dû
se faire sentir avant tout sur des constructions aussi
fragiles que ces dentelles de plâtre , il n'est pas du
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 83
tout certain que les clairesr-voies actuelles datent de
Tépoque primitive 1.
Ainsi le décor polygonsd arabe se présente pour la
première fois entièrement constitué et d'une faiçon
certaine sur le mihrâh en bois de Sitta Rukaiya, con-
servé au musée arabe du Caire; la date de ce mo-
nument est péremptoire. M* Ravaisse y voit ie terme
initial du nouveau style, le style arabe proprement
dît. On ne saurait admettre cette concluaioa dans»
toute sa rigueur. Les changements de style suivent
uaae évolution trop lente et trop continue pour quW
puisse fixer des jalons aussi précis» Pas ptus que la
nature , le style ne fait de sauts , et les classifications
plus ou moins justes qu*on a faites du style arabe
s*appliquent bien plus aux caractères généraux qu'à
des périodes de temps nettement limitées. D'ailleurs
le travail artistique de ce mihrâh est si parfait, on
peut dire si raffiné, qu'il suppose une longue pé-
riode de formation, soît dans le goût et la concep-
tion des formes, soit dans les procédés technique*
et rhabUeté manuelle de lartisan. Si les ancêtres de
ce moniunent nont pas laissé de traces,^ on peut 5^
firmer a priori qu'ils ont existé, et que le décor poly-
gonal s'est lentement développé pendant la période
fatimite, peut-être avant déjà.
Les entrelacs lapidaires des monuments fattmitea,
sans résoudre le problème des origines, jettent un
* Cette remarque a déjà été faite par M. Stanley Lane-Poole,
op, du, p. 67.
6
84 JUILLET-AOÛT 1891.
jour nouveau sur ses obscurités. Ce sont des ban-
deaux ou des bordures encadrant les fenêtres carrées
et les niches à fond plat ménagées dans les minarets
d'El-Hâkim et dans les façades des deux autres mos-
quées. On en trouvera un spécimen sur la planche
ci-jointe , accompagnant l'inscription de la mosquée
d'Es-Sâlih ( n° VI ) ; ceux qu'on voit au minaret sud
d'El-Hâkim forment un dessin analogue. Ailleurs
ces entrelacs présentent des combinaisons plus com-
pliquées de lignes brisées ou de lignes courbes en
forme de nattes. La façade de la mosquée d'Es-Sâ-
lih en ofiPre une grande variété.
Je n'entreprendrai pas de tirer aucune conclusion
de ces découvertes. L'étude de ces ornements doit
être accompagnée de figures et demande à être
traitée à part. Je fais seulement à leur propos les
deux remarques suivantes :
i"* Ces entrelacs ayant la forme de bandes longues
et étroites , il ne faut pas y chercher les données du
décor polygonal , qui exige une certaine surface
pour développer ses diagrammes. Pour que ce der-
nier produise tout son effet, il faut que son tracé
primitif puisse être broché, c'est-à-dire répété un
certain nombre de fois en longueur et en largeur.
D'ailleurs les entrelacs arabes polygonaux sont nés
de la décoration sur bois bien plus que de la dé-
coration lapidaire; on se figure aisément combien
le travail manuel de l'artisan était simplifié par la
faculté de découper à l'infini ces petits panneaux
NOTES D'ARCHÉOLOGIE ARABE. 85
de bois sur un nombre restreint de patrons. Les entre-
lacs lapidaires fatimites se rapprochent donc beau-
coup plus des entrelacs coptes ou byzantins que de
ceux du mihrâb de Sitta Rukaiya; comme les rin-
ceaux lapidaires des mêmes monuments , ils appar-
tiennent à ce style de transition qui n*est plus by-
zantin ni persan , et qui n'est pas encore le style
classique des siècles postérieurs.
2° L analogie étroite qui existe entre les entrelacs
d'El-Hâkim et d'Es-Sâlih prouve que ce genre de dé-
coration a persisté, comme le caractère dit carma-
tique, durasiit toute Tépoque fatimite; peut-être s est-
elle prolongée au delà.
C'est plus tard seulement que le véritable décor
polygonal, sortant du domaine de la menuiserie, se
répand sur les parements de pierre pour produire
des chefs-d'œuvre comme la chaire de Qâit-Bây dans
le tombeau du sultan Barquq.
En terminant ici la revue des inscriptions et des
monuments fatimites du Caire connus jusqu'à ce
jour, je ne puis que signaler les documents numis-
matiques de cette époque. Les monnaies fatimites
ont été fort bien étudiées, grâce aux catalogues des
collections et à de nombreuses monographies. Les
jetons de verre à légendes arabes, qui semblent
avoir servi à des usages divers, sont moins bien
connus. Ceux de l'époque fatimite sont fort nom-
breux, et j'en possède moi-même un certain nombre,
mais leur étude ne saurait trouver place ici. Je suis
86 iUlLLËT-AO^T 1891.
heureux Àe potavoir citer encore 4e travail tout récent
ffae M. Casanova a consaM^ré à >ces curieux docu-
ments iii^toiiques , «et dont iâ publication , e^érons-
le, ne se fera pas longtemps «ttendre^.
^ liu devant l'Institut égyptien au Caire; compte rendu en arabe
dans ^,h>hU L^U^t; -9 février et 11 mars 1891. Ce travail a paru
en ^nçais dans le Jottmaro^cîcZ, ^•^91» P- 7*5 Ct sutv.
HISTOIRE D'EDESSE. 87
HISTOIRE
POLITIQUE, RELIGIEUSE ET LITTÉRAIRE
D'EDESSE
JUSQU'À LA PREMIÈRE CROISADE,
PAR
M. RUBENS DUVAL.
PRÉFACE.
Ta vUle sera bénie et md ennemi
ne prévaudra plus contre elle.
[Lettre de Jésus à Ahgar. )
Elle fut vraiment bénie cette viUe qui, pendant tant de
siècles, rayonna sur la Syrie et la Mésopotamie par son
génie religieux et littéraire encore plus que par sa puissance
militaire. La légende qui la déclarait inexpugnable devint
une tradition qui se maintint longtemps et à laquelle furent
obligés de croire les plus puissants rois sassanides, Sapor II,
Cawad et Chosroes Anoschirwan, qui Tassiégèrent en vain.
Si la conquête romaine amoindrit son importance poli-
tique, eUe lui ouvrit de nouvesfux horizons dans le domaine
scientifique en lui apportant les livres grecs. Foyer lumineux
de la culture syrienne, elle eut Tinsigne honneur de voir
l'idiome qu'elle parlait devenir la langue classique de tous
les Syriens des bords de la Méditerranée aux rives du Tigre.
Ëdesse occupa la première place dans les annales de la
Syrie. Eïle eut ses historiens nationaux : la Chronique d'Edesse
88 JDILLET-AOUT 1891.
et la Chronique de Josué le Stylite sont de précieux monu-
ments des temps anciens, qu'une bonne fortune nous a con-
servés. Plût à Dieu qu'on possédât beaucoup de documents
du genre de cette dernière chronique, un modèle d'exacti-
tude et de précision !
Au commencement du siècle dernier, Bayer écrivit une
histoire d'Edesse qui met en relief le rôle politique et mili-
taire de cette ville , mais qui est muette sur son activité reli-
gieuse et littéraire. Les nombreuses publications syriaques
qui ont paru dans le cours de ces dernières années et les
savants mémoires qu'elles ont suscités permettent de mieux
envisager aujourd'hui dans leur ensemble les grands traits de
cette histoire.
C'est dans cette pensée que l'Académie des inscriptions et
belles-lettres a mis au concours pour le prix Bordin , en 1 89 1 ,
Y Histoire politique, religieuse et littéraire d'Edesse jusqu'à la
première croisade. Le mémoire que nous avons rédigé pour ce
concours a eu l'honneur d'être couronné par l'Académie. La
Commission de rédaction du Journal asiatique l'a jugé digne
de figurer parmi ses publications. Nous l'avons laissé im-
primer tel qu'il avait été présenté à l'Académie, tout en
ayant conscience des développements qu'il était susceptible
de recevoir dans quelques-unes de ses parties et que le temps
restreint dont nous disposions en l'écrivant ne nous avait
pas permis de lui donner. Nous avons seulement ajouté :
ï* le texte syriaque de l'hymne relatif à l'exil de lévêque
Barsès, que nous avions fait connaître par une traduction;
2* les conditions de la paix conclue entre les Ëdesséniens et
les Musulmans après la prise d'Edesse par ces derniers. C'est
à l'obligeance de M. Barbier tle Meynard, l'un des membres
de la Commission chargée de décerner le prix Bordin , que
nous devons la communication des fragments de l'historien
Béladhori relatifs à cet événement.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 89
CHAPITRE l^.
TOPOGRAPHIE D'^ESSE.
Territoire d'Edesse sous les Rois; pendant l'occupation ro-
maine ; après la conquête arabe. — Cours d'eau d'Edesse :
l'étang d'Abraham, la fontaine Zilka, le Daiçan. — Le
Daiçan est détourné de son lit par Justinien. — Situation
privilégiée d'Edesse. — Sa citadelle et ses portes. — Prin-
cipaux monuments d'Edesse. — Eglises à l'intérieur. —
Eglises et monastères hors les murs. — Aqueducs. —
Avantages et inconvénients de la situation géographique de
la vilie.
Edesse dut moins à Fétendue de son territoire,
qu'à sa situation privilégiée et à sa culture scienti-
fique et littéraire, le rôle important qu'elle joua dans
rhistoire. Il est difficile de fixer dune manière pré-
cise les limites de son domaine à Tépoque des rois.
Sa fi:*ontière naturelle était à Touest TEuphrate, et
au nord les montagnes de TArménie. Au sud ce do-
maine s'étendait vraisemblablement jusqu'au désert ^ ;
à l'est il était borné par Nisibe. Suivant Pline *^, le
Tigre aurait formé la limite orientale des Arabes Orœi.
Cet auteur s'en tient aux grandes lignes et place l'Os-
rhoène entre laCommagène à l'ouest de l'Euphrate et
l'Adiabène à l'est du Tigre. Vraie pour les premiers
* La Chronique d'Edesse, en mentionnant la construction de
Caliinice ou Léontopolis (Rakka) par Léon, en 469, dit que cette
ville faisait partie de l'Osrhoène. (Voir Assémani, Bibl, orient.,
I, p. 4o5.)
* Hist, nat,, VI, 9, 1.
90 JUILLET-AOÛT 1891.
temps de l'occupation romaine , cette délimitation est
inexacte pour Tépoque antérieure. Nisibe faisait partie
de TArménie, dont elle fut détachée par ArtabanlII,
qui la donna à Izate d'Adiabène ^. L'occupation de
Nisibe et d'Edesse par des Parthes de rArménie
peut avoir aussi prêté à la confusion. La légende
arménienne fait d'Abgar V un prince arménien qui
aurait eu pour capitale d^abord Nisibe et ensuite
Edesse. Pline ^ dit encore que les Arates Orœi étaient
séparés à l'ouest par l'Eaphrate dans un espace de
3 sdiènes, et qu'ils possédaient les villes d'Edesse
et de Carrhes. La ville de Carrhes ou Harran était
en effet englobée dans le territoire d'Édesse, mais
elle^tait indépendante et jouissait d'ime constitution
autonome lors de i e3q)édition de Crassus et du traité
de paix de Lucius Verus avec les Parthes '. li en était
de même pour Singar à lest, où -commandait un
prince MaWu, Mdwosy qui s enfuit devant Trajan,
auqud il avait refusé de se soumettre ^.
^ Josèphe, Ant. jud,, XX, 3, 2.
^ HisL nat., V, 20, a : «Arabiam inde laeva OrrhcBon dictam
regionem, trischœna mensura, dextraque Gommagenem dister-
minât, pontis tamen etiam ubî Tanrum expugnat patiens. » (Ibid.,
V, 21, 1^ voir jdus loÎQ, p. 92 , note 1.) Suivant le lexique syriaque
de fiar Bahloul, coL 101, 1. 18 , les villes principales de l'Osrhoène
étaient Edesse, Harran et Batnan (ou Batnée).
^ Voir Gutschmid, Untersnchungen ueber die Geschichte des Kœ-
nigsreichs Osrkoene, dans les Mémoires de VAcadérme de Saint-Péters-
bourg, 1887, p. 24. Cet auteur pense que les Harraniens ont dû
perdre leur hégémonie, lorsqu'ils brûlèrent vivant Andromaque qui
leur avait été imposé par les Parthes en 53 avant J.-C.
* Dion, LXVllI, 21, 22; Suidas sous Se^iàs et évip^sipffaeii;.
HISTOIRE D'ÉDESSE, 91
La configuration du territoire d'Edesse ne varia
pas pendant les premiers siècles de Toccupatian ro-
maine. En 349, Constance construisit Amidet en
fit une place forte de premier ordre. La Mésopo-
tamie est alors divisée en deux provinces : au nord-
est la Mésopotamie proprement dite avec Amîd
pour capitale; et au sod-ouest, rOsrhoène ayant
Edesse pour ville principale. ( Voir ci-après , chap. îx. )
Édesse se trouvait protégée contre les invasions des
Sassanudes : au nord par Amid, à Test par TeUa et
Nisibe ^t, jiprès la reddition de Nisibe aux Perses
par lovien, par Dso^a; au sud par CaUinice et
Hairan. Chacune de ces vflles a un gouvemem et
un évêque; sauf Aairid, elles appaitiennent à i*Os-
rèioène , ainsi qne Sibabaroha ( ou Suwarek) au iiord-
ouest et Rescfaaina à lest; mais «fles demeurent
ind^endantes dEdesse. La province de TOsrhoène
est Je création romaine. Le nom d'Osrhoène lui-
même est rarem^it usité par les auteurs syriaques
et D apparaît qu après le rv* siècle de notre ère.
La conquête arabe laissa subsister Tor^nisation
politique qu avaient créée les Romains en Mésqpo-
tamie. Le siège des califes ommeyades à Damas
et surtout celui des califes abbassides à Bagdad
étaient trop Soignés de cette contrée pour qu'^e
C'est vraisemblablement ce prince et non un roi d'Edesse qui
fonda la vâle Mannakerta^ HLavvéxapreL, à Touest de Nisibe et à
l'est de Reschaina. (Ltienne de Byzance, sous MoirvoUcapra; Saint-
Martin, Mémoire sur laCharacene, p. 182 et 2^1 ; Outschmid, loc,
cit. , p. 2 5.)
92 JUILLET-AOÛT 1891.
eût à profiter des nouvelles constructions des Arabes.
Du reste la Mésopotamie n avait plus l'importance
que lui avaient donnée les rivdités des Romains et
des Perses.
La fertile campagne qui se déroulait aux pieds
d'Edesse, à Test et au sud, fut la source de ses
richesses autant que le commerce et l'industrie , qui
ne semblent pas y avoir plus prospéré que dans les
villes voisines. Cette campagne est fertilisée par de
nombreux cours deau. A Tintérieur de la ville, du
côté de la citadelle, se trouve le célèbre étang ali-
menté par les eaux souterraines du plateau environ-
nant la ville du côté sud-ouest. Cet étang avait valu
à Édesse le nom de Callirhoé « la ville aux belles
eaux», selon Pline ^ Il jouit dune vénération qui
remonte certainement aux temps les plus reculés ; ses
nombreux poissons sont sacrés aux yeux des musul-
mans actuels. Il est probable qu'il était autrefois
consacré à la déesse Athargatis^. Plus tard, lorsque
le paganisme disparut et que ses traditions se per*
dirent, il devint, sans doute par la littérature apo-
cryphe judéo-chrétienne, rÉtang d'Abraham, Birket
Ibrahim, nom sous lequel il est désigné aujourd'hui.
Le ruisseau qui , à travers la ville , porte ses eaux au
fleuve du Daiçan , est appelé la Source d'Abraham ,
^Aïn al-KhaliL
^ HisL nat, , V, 2 1 , i : « Arabia supra dicta habet oppida Ëdessam ,
quae quoudam Antiochia dicebatur, Callirbœn a fonte nominatam »
Garrhas Crassi clade nobiles. »
* Voir ci-après, chap. iv, fin.
HISTOIRE D^ÉDESSE. 93
Sur cet étang se dressait ie palais d'été des rois ,
entouré des propriétés des nobles de la ville. Sur le
côté nord se trouvait Téglise Ancienne, tout près de
la mosquée actuelle de Khalil Errahman^ Sur le
côté sud de la voie qui longe Tétang, on remarque
une maison privée avec une tour; cest là que la
tradition place la célèbre école des Perses ^, convertie
plus tard en une basilique sous le vocable de Marie
Mère de Dieu.
Un autre étang, de moindre dimension, est situé
au sud du premier. Il porte le nom de ^Aïn Zilka,
la Source de ZeUkha,\dL femme de Putiphar, et verse
son trop-plein dans le Daiçan par un ruisseau paral-
lèle à celui de TAïn al-Khalil.
Le récipient de tous les cours d'eau d'Edesse qui,
au rapport de la chronique d'Edesse^, étaient au
nombre de vingt-cinq , c'était le Daiçan , le ^xiprSs
des auteurs grecs, aujourd'hui appelé Gara Koyoun.
Ce fleuve traversait la ville du nord-ouest au sud-
est, puis coulait presque perpendiculairement dans
la direction du sud jusqu'à la rencontre du Goulâb ,
qui passe à Harran et se jette dans le Balikh. Le
Daiçan, c'est-à-dire le sauteur, b crxipTÔs, devait son
nom aux brusques changements dont il était cou-
tumier. Descendant à un niveau très bas pendant les
* Voir Badger, The Nestorians , I, 34 1; Sachau, Reise in Syrien
and Mesopotamien , p. 196.
* Voir Sachau, loc. oit,, p. 198.
^ Chronicon Edessenum, dans la Bibliotheca Orientalis d'Assé*
tnani, I, p. 39;^.
94 JUILLET-AOÛT 1891.
chaleurs de Tété, il se chai^eadt subitement, pen-
dant les saisons pluvieuses de 1 automne et de l'hiver,
de masses énormes d*eau qui inondai^it la plaine et
la yiUe , et renversaient ks murs de Tenceinte for*
tifiée. La chronique d'Ëdesse compte jusqu^à Justi-
nien quatre inondations principales qui causèrent de
terribles ravages en 201, ào3, di3 et Sa5» Pour
conjurer le fléau, Justinien changea le coors du
fleuve et le fit contourner la viUe au nord. C'est la
direction qu'il suit encore aujourd'hui et on accède
à la ville de ce côté par trois ponts *.
S'il fallait en croire la pèlerine franque qui vbita
Édesse soi-disant à la fin du ly* siède^ Édesse
n'aurait pas eu, à l'intérieur, d'autres eaux quec^es
des étangs ; par conséquent le fleuve n'aurait pas tra-
versé la ville : « Nam ipsa civitas aliam aquam penitus
non habet nunc, nisi eam, quae de palatio exit, quœ
est ac si fluvius ingens argenteus. » Le nunc de cette
phrase fait allusion à ime légende que cette voya-
geuse rapporte et d'après laquelle les Perses qui
assiégeaient la ville, ne pouvant forcer les remparts,
auraient cherché à la réduire en la privant d'eau.
Hs détournèrent donc les eaux extérieures qui ali-
mentaient la ville ; mais aussitôt , par la volonté de
Dieu, surgirent les fontaines intérieures, tandis que
les eaux que les Perses avaient détournées à leur
* Voir Badger, The Nestor ions, I, p. 34 1.
* Voir Gamurrini, S. Hilarii tractatus de Mysteriis et Hymni et
S, SilvUe Aifoitanœ peregrinatio ad loca sancta, dans le h* volume
de Y Académie historique-juridique de Rome, 1887, p. 65-66.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 95
profit tarirent entièrement. Ce témoignage est dé-
menti de la façon la plus catégorique non seole-
ment par le récit, que la chronique d'Edesse^ nous
a conservé, de l'inondation de 201, mais par Pro-
cope dans son livre De ^dificùs ^. On est donc tenté
de croire que le voyage de la pèlerine est postérieur
à Justinien et doit être placé an moins deux sièdes
plus bas que ne le pensait son savant éditeur.
Nous rapportons ici le passage de Procope qui
fournit des détails circonstanciés sur le cour* du
Daiçan et les travaux exécutés par Justinien : « Edesse
est traversée par un fleuve peu important, nommé
2x/pT(5f (sauteur), qui porte au milieu de la ville ses
eaux rassemblées de divers endroits. Sortant de la
ville ^, il continue sa marche, après avoir pourra aux
besoins de celle-ci. A son entrée et à sa sortie, un pas-
sage a été ménagé dans la muraille par les anciens
habitants. Un jour ce fleuve, gonflé par des pluies
tombées en abondance, monta à une grande hau-
teur et menaça de détruire la ville. Renversant le
premier rempart et ensuite le mur d'enceinte, il
inonda la ville presque tout entière et causa des
pertes irrémédiables. Il jeta à terre dun seul coup
^ Voir ce récit ci-après , sous Je chap. m.
* Procope, De JEdificiis, éd. Dindorf (dans la collection byzan-
tine de Bonn), lU, p. 228. La Chronique de Josué le Stylite men-
tionne à Tannée 49 3 des fêtes célébrées le long des bords du Daiçan
dans la ville. (Voir ci-après, chap. x.)
' Bayer, Historia Osrhoena et Edessena (Saint-Pétersbourg, 1784 ,
p. 248), a mal expliqué ce passage de Procope et l'a rendu inin-
telligible; il corrige à tort èiteikv en Sériés.
96 JUILLET-AOÛT I89L
les plus beaux édifices et fit périr le tiers des habi-
tants. L'empereur Justinien, non seulement s'em-
pressa de reconstruire les monuments endommagés ,
parmi lesquels étaient Tég^se des Chrétiens et le
bâtiment appelé Antiphore [AvriÇ^opos) , mais il tra-
vailla avec une grande sollicitude à ce que ce mal-
heur ne se renouvelât plus. Il sut par un art habile
imprimer au fleuve im autre cours devant le rem-
part. A droite du fleuve, le pays était plat et de ni-
veau; mais à gauche une montagne à pic ne per-
mettait pas au courant de dévier ni de prendre une
direction autre que celle qu'il suivait; de toute né-
cessité, il devait passer par la ville. A droite en
effet, il ne rencontrait aucun obstacle, qui l'em-
pêchât de se porter directement sur la ville. Justi-
nien coupa la montagne dans toute son épaisseur et
fit à la gauche du fleuve un passage au moyen d'un
fossé creusé et taillé dans le roc. Sur la droite il
éleva un mur très haut, formé de blocs énormes,
de sorte que , si le fleuve coulait d'une manière nor-
male et ordinaire , la ville ne fût pas privée de l'uti-
lité qu'elle en retirait ; et que , si accidentellement il
s'élevait au-dessus de son niveau et débordait, la
ville reçût encore son contingent ordinaire, l'excé-
dent étant déversé dans le canal de Justinien. Ce
canal, qui avait triomphé de la nature par un art
admirable et une science au-dessus de tout éloge,
contournait le mur derrière l'hippodrome. A l'inté-
rieur le fleuve fut contraint de couler dans son lit,
sans en pouvoir sortir, au moyen de parapets élevés
HISTOIRE D'ÉDESSE. 97
de chaque côté. De cette manière la ville conserva
ies avantages que lui procurait le fleuve , et elle fut
débarrassée de la crainte des inondations ^ » Justi-
men , continue Procope , fit aussi surélever et conso-
lider le mur de la citadelle, qui, dominé par la
montagne sur la pente de laqueîle il s'élevait, pré-
sentait à Tennemi un point vulnérable et facile à
attaquer.
C'est par sa situation topographique qu Edesse
devint une place forte de premier ordre. Adossée à
i ouest à un massif rocheux, elle commandait les
passes du nord donnant accès à TArménie, et gar-
dait à Touest et à Test les routes de la Mésopotamie.
En dehors des contreforts escarpés qui formaient
une défense naturelle, elle était protégée par un
double mur d'enceinte crénelé et flanqué de nom-
breuses tours. Elle passait pour inexpugnable et
cette conviction donna naissance à la légende que
le Christ aurait, en bénissant Edesse^, déclaré que
nul ennemi ne prévaudrait contre elle.
La citadelle s'élève sur une montagne à l'angle
sud- ouest du rempart qui l'entoure. A l'extrémité
occidentale se dressent deux colonnes faites de plu-
sieurs morceaux et couronnées de chapiteaux corin-
thiens. L'une de ces colonnes porte une inscription
à demi efiacée et difficile à lire, mais qui permet
^ Cependant la Chronique de Denys de Téllmahrê (voir Assémani,
B. O,, U, -p. 107) rapporte «ncore one inondation du Daiçan à
l'année 743.
* Voir ci-aprèg , chap. v.
XVII. 1
• • !•
• • ••• ••• •,
• •••:• i
• • • • • •
• • • • •
98 JUILLET-AOÛT 1891.
de constater que leur construction remonte à l*épo-
que des rois d'Édesse. On y déchiffre les mots de
colonne y statue et Schalmat, la reine, fille de Manoa^.
H s agit sans doute de Tépouse d'AbgarOukhama qui
portait ce nom. Les Musulmans de nos jours dési-
gnent ces colonnes sous le nom de Korsi Nimroud
« le trône de Nemrod » , et la montagne sur laquelle
se trouve la citadelle , Nimwud dagh « la montagne
de Nemrod ».
A Imtérieur de la citadelle, sur une grande place
appelée Beith-Tebhârâ, le roi Abgar VIII se fit con-
struire, après l'inondation de 201, un palais d'hiver
à l'abri des crues du Daiçan -. Les grands d'Ëdesse ,
imitant son exemple , transportèrent leurs résidences
auprès de ce palais sur la place du marché supé-
rieur, appelée BeithSalchrâyé^. Avant la construc-
tion du palais d'Abgar, la place de.Beith-Tebhârâ
avec les vastes dépendances de la propriété d'Avida^
fils d'Abdnakhad, servait pour les assemblées du
* Badgep (The Nestorîans) I, p. 32 3, a le premier fait connaître
cette inscription. Elle a été publiée en second lieu par M. Sadiau,
dans la Zeitschr, der dent, morgenl, GeselL, XXXVI, p. i53 et
suiv.
^ La pèlerine franque mentionnée plus haut visita le palais d*ëté
et le palais d'hiver des Abgar. Elle remarqua deux belles statues de
marbre que l'on disait être celles d' Abgar Oukhâmâ et de son fils
Ma'nou.
* Cette dénomination aurait été donnée à cette place après la
construction des nouveaux palais, si l'on dérive avec Bar Bahloiid
le mot sakhrâyé de sakharta «palais». Beith-Sakhrâyé est connu
comme nom de lieu. (Voir Barhebrseus, Ckron, syr,, 464» 9; ^Sg,
9; Hoffmann, Auszûge ans syr, Acten Pers. Màrtyrer, p. 212.)
w C \, c o
HISTOIRE D'ÉDESSE. 99
peuple ^ Là se trouvait aussi le grand autel, où
Ton immolait aux génies et qui subsista quelque
temps encore après la destruction des autels par-
ticuliers des dieux, comme nous le verrons sous
le chapitre iv. La Doctrine d^Addcd ^ place cet autei
simplement au miliea de la citadelle, itu^mca
t^-S^. Les Actes de Scharbil, publiés dans les An-
cient Syriac docaments de Cureton ^, disent qu il était
i^tv^. ^tVica Ai3.nci.\ , ce que Cureton traduit : en
face le Bureau des archives; mais le bureau des ar-
chives était appelé Beith-Oahdânâ, r^^cno^i. VvjC3
ou Archeion^, ipx^aiov. Peut-être faut-il lire A.rxna\
r^n^o^i. ^(\jC3 , en face de la propriété d'Avida , dont
nous avons parlé plus haut.
La ville même renfermait les Portiques ou forum
auprès du Daiçan, YAntiphoros ou hôtel de ville ^,
restauré par Justinien apiès une inondation du
fleuve, comme nous lavons vu plus haut. En Agy,
Alexandre, gouverneur d'Edesse, fit construire une
galerie couverte [TSephaTo^) auprès de la porte des
Grottes, et des bains publics [SrjyJiaiov) auprès du
Grenier d'abondance ^. On distinguait les bains
d'été et les bains d'hiver; tous deux étaient entourés
d'une double colonnade. Un autre établissement de
* The Doctrine of Addai ihe Apostle, éd. Philipps, p. 18, 3.
■ Voir The Doctrine of Addai the Apostle, p. 34, 7.
' Voir p. 42, 2 .
* Gomp. Chronicon Edtssennm, dans Assémani, B. 0.,ly 393.
* Voir Chronique de Josaé le Stylite, éditée par Wright, cha-
pitre xxvn.
* Voir Chronique de Josué, chap. xxix.
100 JUILLET-AOÛT J891.
bains se trouvait au sud auprès de ia Grande porte ^.
Le théâtre^ était situé près de la porte de ce nom.
Un hôpital dans la ville et un hospice en dehors»
près de la porte de Beith-Schemesch , étaient con-
sacrés aux malades et aux vieillards '.
Au nord de la ville , près du mur d enceinte , était
rhippodrome qui , suivant Procope *, avait été con-
struit par Abgar (Abgar IX), à son retour de Rome,
grâce à la libéralité de rempereiu*^.
On pénétrait dans la ville par six portes, savoir :
au nord , la porte de Beith-Schemesch ^ et la porte
de Barlaha; à l'ouest, la porte des kappé ou des
Grottes , conduisant sans doute aux grottes creusées
dans le roc pour la sépulture des morts''; au sud-
ouest, près de la citadelle, la porte de schaé ou des
heures^; au sud, la Grande porte®; et à Test, près
de la sortie du Daiçan , la porte du Théâtre ^^, Ces
^ Voir Chronique de Josué, chap. xxx et XLiu.
* Voir Chronique de Josué, chap. xxx.
^ Voir Chronique de Josué, chap. XLii.
* De Bello persico, II, 12; comp. le passage De JEdiJiciis, rap-
porté plus haut.
^ Comp. Gutschmid, Untersuchujigen . p. i4.
® Voir Assémani, B. 0., I, 267 et /io5.
^ Voir Ane. syr. Documents, p. 83, 22; Chronique de Josué,
chap. XXVII.
* Barhebraeus, Chron. syr., 32 6, 7. Cet auteur mentioane dans
un autre passage, p. 332 , 18, une porte des eaux, JLÂof I^^L; mais
c'est sans doute une faute du copiste pour i:^} ll^fL, porte des
heures,
* Chron. de Josué, chap. xxxvi et xltïi.
^® Chron. de Josué, chap. xxvii.
HISTOIRE D'EDESSE. 101
portes existent encore aujourd'hui, mais portent des
noms différents^.
Les documents syriaques que nous possédons de
ïère chrétienne ne font pas mention des temples,
mais seulement des autels des dieux; nous réunirons
sous le chapitre iv les renseignements que nous
possédons sur ce sujet. Souvent, au contraire, ils
parlent des églises.
Jusquen 201, lors de la grande inondation, les
chrétiens d'Edesse ne possédaient qu'une seule
ég^se, située près du grand étang et connue depuis
sous le nom de ï Église ancienne. Elle fut détruite par
cette inondation et eut sans doute aussi à souffrir de
l'inondation de 3o3 , car elle fut reconstruite de fond
en comble en 3i3 par Côna, évêque d'Edesse, et
son successeur SaM^. En 39/i , elle reçut les reliques
de saint Thomas , Tapôtre^; elle est quelquefois dé-
signée sous ce nom , quoique plus souvent elle soit
appelée simplement l'Eglise^, c'est-à-dire la cathé-
drale. Vers la fin du iv* siècle (?), elle est visitée par
la pèlerine franque qui en admire l'architecture et
la trouve digne d'être la demeure de Dieu : « Ecclesia
autem ibi quae ingens et valde pulchra et nova dis-
positione est vere digna est esse domus Dei^. » Après
^ Voir Sachau, Heise, p. igS.
* Voir Chron. d'Edesse; Assémani, fî. O., I, 394.
** Voir Chron, d'Edesse: B. 0., I, 3 99; Barhebrœus, Ckron.eccl.,
1,66.
* Comp. Chron. de Josné, chap. xxxi, xlu, xliu, lxxxix.
* Silviœ Aqaitanœ peregrinalio , p. 64. Ce passage semble nous
reporter après Justinien. Comp. ce qui suit et ci-dessus, p. gS. -
102 JUILLET-AOÛT 189L
Tinondalion de 5 25, qui la renversa, elle fut recon-
struite par Justinien avec un si grand luxe qu elle
passait pour une des merveilles du raonde^. M. Sa-
chant estime que Téglise reconstruite par Justinien
se trouvait sur remplacement occupé actuellement
par la Grande mosquée, Oalou-djami^ à peu près au
centre de la ville, à égale distance de la porte Bâb-
Esserai, au nord, et de Tétang des poissons, au sud.
Nous croyons, au contraire, qu'il s'agit de Y Église
ancienne f située tout près de l'étang et de la mosquée
Khalil Errahman. Barhebraeus nous apprend dans sa
Chronique ecclésidsticiae^ que Mohammed ibn Tahir
vers 826 construisit une mosquée dans le Tetra-
pylani situé devant l'Eglise ancienne et qui était
appelé autrefois le Temple cla sabbat ou la syna-
gogue. L'Eglise ancienne fut encore renversée par
un tremblement de terre le 3 avril 679 , et une autre
fois en 718*.
Après l'Eglise ancienne furent construites les
églises suivantes : l'église de Saint-Daniel, consacrée
ensuite à saint Domitius, par Vologèse, évêque,
en 379; l'église de Saint-Bariâhâ , par Diogène,
évêque, en 409; l'église de Saint-Etienne, autrefois
une synagogue juive , par Rabboula , évêque , en 4 1 2 ;
^ Voir Maçoudi , Les Prairies d'or, éd. Barbier de Meynard , II ,
33 1; Ibnal-Fakîh, p. 106 et i34; Istakhri, ai-Mokaddasi , Tha'alibi
el Yacout, sous pL^fJl •
* Heise in Syrien, p. 194.
^ Édition Abbeioos et Lamy, I , p. 369.
* Chronique de Denys de Tellmahré , dans Assëmani, B. O., II,
|). io4 et io5.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 103
Téglise des Apôtres, auprès de la Grande porte, par
Hibhas, évêqne, en /i35; Téglise de Saint-Jean-Bap-
tiste et de Saint-Addée, par Nonnus, successeur
d'Hibhas, à qui on devait encore la chapelle (mar-
tyrium) de Saint -Cosmas et Saint-Damien, élevée
dans rhospice des pauvres malades , hors les murs ,
près de la porte de Beith-Schemesch ; Téglise de
Mar Cônâ (ancien évêque d'Edesse); Téglise de
Marie mère de Dieu, érigée sur l'emplacement de
l'école des Perses, après la destruction de cette
école en ^89^ Cette dernière église doit être dis-
tinguée du martyrium de la Bienheurease Marie , con-
struit par Tévêque Pierre au commencement du
VI* siècle 2.
Les églises hors les murs étaient : au nord, la
chapelle de Saint-Cosmas et Saint-Daiîiien , dont
nous avons déjà parlé; à Test, l'église de Saint-Serge
et de Saint-Siméon ^ ; à l'ouest et au sud-ouest sur
la montagne, l'église des Confesseurs, construite
en 3^6 par Abraham, évêque, et faisant face à la
porte des Heures, près de la citadelle^, et l'église
ancienne des Moines ^.
* Comp. pour ces églises, Chronicon Edessenum, Assémani,
B. 0,, I, 399-406; Lettre de Siméon de Beilh-Arscham , ibid., I,
p. 353; Chron, de Josné le Stjlite, chap. xxix, XLni, Lx.
* Voir Chron. de Josué, chap. lxxxth.
' Chron. d'Edesse; Assémani, B. 0., I, 407; Chronique de Josué,
chap. XXXI, Lix, Lx, Lxn.
* Chron, d'Edesse; B. 0,, I, 396; Chron. de Josué, chap. lx et
Lxn; Barhebrasus, Chron. syr., 326, 7.
* Wright, Catal. oj the Syr. ms., p. 768-769; Sachau, Zeit. der
deut. morg. GeselL, XXXVI, i43.
104 JUILLET-AOCT 1891.
Les roches à fouest avaient été dès les temps
anciens creusées pour y ensevelir les morts. Au mi-
lieu des tombeaux s'élevaient les mausolées de la
famille d'Abgar, notamment celui d'Abschelama ,
fds d'Abgar^ C'est à cet endroit qu'avaient lieu les
exécutions des criminels et des martyrs. Les ana-
chorètes s y étaient taillé de nombreuses cellules et
saint Ephrem sy consacra à la vie ascétique. Cette
montagne reçut Tépithète de sainte et se couvrit de
monastères. On trouve mentionnés les couvents sui-
vants : des Moines orientaux, de Saint-Thomas, de
Saint-David, de Saint-Jean, de Sainte-Barbara, de
Saint-Cyriaque , de Phesilta, de Maria Deipara, des
Tours, de Sévèrç, de Sanin, de Kouba, de Saint-
Jacques 2.
La colline dite Hauteur du temple du dieu du fumier
(jVof» oi!^ J^.A3f ) J(s^9 ^) avait du être un lieu de
culte au temps du paganisme. Cette désignation iro-
nique est sans doute postérieure à l'introduction du
^ Ckren. d'Edesser B. 0., I, p. 32g; Ane. Syr. doc, 326, 7.
Comp. aussi le mausolée d'*Amatschemesch, femme de Saredou»
fils de Ma*nou, Zeit. der deut. morg. GaelL, XXXVI, p. i45.
^ Voir Assémani, B. 0., 11, p. 45, 67, 110, 111, 112, SSg,
4ia , 437, 56 1, 562 , 607, 611, 612. Comp. aussi 109 h; Barbe-
braeus , Chron, eccles. , Il , 53 2 ; III , 36o ; Sachau , ZeiL der deai. morg»
GeselL, XXXVI, i52. Les auteurs arabes mentionnent pkis de
3oo couvents autour d'Ëdesse. Le célèbre couvent de Phesilta (la
pierre de taille) se trouvait près du village de Goumeiha sur \&
mont Izale (Tour *Abdin), et il n'est pas probable qu'il y eut un
autre couvent du même nom à Edesse.
^ Ànc. Syr. doc, 84, 22. Métaphrastc dans Migne, Pair, gr.,
CXVI, p. i/ii, BtdsXaxtxXâ'^ Sirius, ibid., p. i/in, Bethelabicla.
HISTOIRE D'EDESSË. 105
christianisme à Edesse; elle rappelle lexplication qiie
les Juifs donnaient du nom du dieu Baal-Zeboul,
dont ils avaient fait un dieu du fumier. Mais elle
peut aussi se rapporter à lusage de souiller un
temple païen en y établissant un dépôt d'ordures;
ainsi Josias fit souiller les lieux de cultes étrangers
à Jérusalem et en Judée ^
La plaine d'Edesse était peuplée de villages au
nord, à Test et au sud. La Chronique de Josaé le
Stylite mentionne les bourgs de Bokhein, de Çerrin ,
de Coubbé et de Kefar-Çelem ou Negbat -.
Deux aqueducs, partant des villages de Tell-
Zema et Maudad, au nord d'Edesse, amenaient
dans la ville les eaux de source. Ces aqueducs
furent restaurés en Tan 5o5 par le gouverneur Eu-
logius^.
La situation privilégiée qui fit la puissance d'E-
desse fut aussi la cause des calamités qu elle endura.
Placée sur la ligne de bataille des armées perse
et romaine , elle souffrit les horreurs des sièges
et vit souvent ses récoltes détruites par Tennemi.
Elle fut encore en proie aux inavsions des sauterelles
qui ravageaient les plantes avant qu'elles aient donné
leurs fruits. Ce fléau en engendrait deux autres : la
famine et la peste qui marchent de pair. Edesse ne
jouit pas toujours en paix de la gloire que lui valut
sa haute culture intellectuelle.
* Voir Renan, Histoire du peaple d'hraél, III , i85.
* Voir Chronique de Josué le Sljlite, chap. MX, LX, LXii.
' Chronique de Josué , chap. i.vwvii.
100 JUILLET-AOÛT 1891.
CHAPITRE IL
FONDATION D'EDESSE ; ORIGINE DU ROYAUME D'EDESSE.
Légendes relatives à la fondation d*Edesse. — Ëtymologies
des noms Orrhâi et Edessa. — Édesse fondée par Se-
leucus Nicator. — Origine nabatéenne du royaume
d'Edesse. — Les Nabatéens, mêlés d'abord aux Arabes,
s'allient aux Parthes après leurs migrations vers le Nord.
On sait peu de chose des origines d'Edesse. A vrai
dire, l'histoire de cette ville ne commence qu'avec
le petit royaume de i'Osrhoène fondé en 182 avant
l'ère chrétienne; pour les temps antérieurs, on ne
possède que des récits fabuleux. Suivant une légende
juive adoptée par les chrétiens, mais à laquelle on
ne sausait s'arrêter, Edesse est l'Erekh de la Bible
fondée par Nemrod^. Barhebraeus, dans un passage
de sa chronique^, attribue la fondation d'Edesse à
Enoch, l'Hermès Trismégiste des Orientaux; mais,
dans un autre endroit^, il identifie cette ville avec
Chaîné bâtie par Nemrod.
* Voir Josèphe, Ant., I, 7; Targ. Seras, in Gen., X, 10; Neu-
bauer, Géog. da Talmud sous ^*1ÎC; S. Ephrem, Comm. in Gc/i.,X,
10; Die Schaizhôlile , éd. Bedzold, p. i54 « 1 2 ; Salomoii de Bassora,
The Bee, éd. Budge, p. 87, 10; Opuscula Nesior., éd. Hoffmann,
I 27, 20; Bar Bahloul, i63, 20. C'est à cette légende que la mon-
tagne d'Edesse doit son nom actuel de Nimrond dagh, et les deux
colonnes de la citadelle, celui de Kor$i Nimroad. ( Voir ci-dessus ,
p. 98.)
^ Chron. syr., 5,17.
^ Chron. •'ijr.j 9» i4.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 107
Un procédé familier aux anciens historiens pour
suppléer aux documents historiques qui faisaient
défaut, c était de créer des rois éponymes et d'en
faille les fondateurs des empires. C'est ainsi quM-
gyptus est le premier roi d'Egypte; Syrus donne son
nom à la Syrie; Parsus, à la Perse; de même, le
nom syriaque d'Edesse, Oarhâi ou Orrhâi, vient de
Onrhâiy fils de Hévya, lancêtre d'Abgar et le pre-
mier roi d'Edesse, suivant la Chronique de Denys de
Tellmahré^. Mais la Chronique d'hdesse, qui puise à
des sources officielles , ne connaît pas ce personnage ^.
Procope ^ donne une étymologie du même genre
pour le nom de TOsrhoène, qui viendrait d'Osroes,
prince des temps anciens, quand les Perses étaient
les maîtres du pays. Bayer * rapproche cet Osroes du
nom perse Chosroes. M. G. Hoffmann a accepté ce
rapprochement et pense que le nom syriaque Orrhâi
ou Ourhâi peut également être dérivé de Chosroes^.
Mais ses raisons sont plus spécieuses que probantes.
La forme ancienne est certainement Orrhâi et non
Osrhâi^. La dénomination de TOsrhoène, Ùaporfvt!,
^ Ed. Tullberg, p. 56, i.
' Chez les Arabes , qui prononcent ar-Rolia le nom d'Ourhâi ,
c'est ar-Roha qui est le roi éponyme. Ses ancêtres portent des noms
différents selon les auteurs. Il est indiqué parfois comme un petit-
fils de Sem, fils de Noé. (Voir Yacout, sous pLiiJ!.)
* De Bello persico, I, 17. Cf. Suidas, sous ùapot^vn.
* Historia Osrhoena et Edessena, p. 33.
* Voir Zeit. der deut. morg. GeselL, XXXII, p. 742. Le nom de
Chosroes est écrit ôfypàrjç dans Dion Cassius, Excerpia, LXVIII, 23.
' Gutschmid {Untersnch., p. 10, note 1) donne les formes :
Oppa, chez Isidore de Charax (Muelier, Geogr. Minoivs, I, 2^6);
108 JUILLET-AOÛT 1891.
est purement grecque et ne renaonte guère avant ie
iv' siècle, lorsque lempereur Constance divisa la Mé-
sopotamie en Mésopotamie proprement dite et en Os-
rhoène ^ C est à cette époque seulement que ce nom
paraît dans les documents syriaques*^.
Une autre étymologie proposée par Assémani^
Golius, RosenmuUer et Michaelis ne paraît guère
plus acceptable. Suivant ces savants, le nom d'Ott-
rhâi (arabe, ar-Roha, ^liçjl ), aujourd'hui Oarfah ou
Orfah, \iendrait de ^6v par abréviation de KaXhpSity
épithète qu Edesse devait à 1 abondance des eaux de
son territoire^. A défaut de meilleure explication,
on doit considérer le nom d'Orrhâi comme un eth-
nique dont Torigine se perd dans la nuit des temps.
Les Grecs ne firent pas usage de ce nom national;
ils en déduisirent seulement le terme d'Osrhôène
appliqué à une partie de la Mésopotamie. Ils dési-
gnaient la ville par le mot ÈSscrcra, Edesse, dont les
Syriens ne se servirent guère*. C'était en effet une
coutume bien connue des Séleucides de donner aux
villes de Palestine et de Syrie des noms grecs qui
Orrheni, dans une inscription, Muratori, II, 665, n" i; ùppoi^pn^
chez Etienne de Byzance, sous Bàrvat; Arabes Oroei, dans Pline.
(Voir ci-dessus, p. 90.)
^ Voir ci-dessus, p. 91.
* Voir Chron. (T Edesse; B. 0., l, p. 899 : i**f f J = Ôffpoi^v»; ; mais
Beith-Orrhâyé dans le Spicilegium syr. de Cureton, p. 20.
^ Voir ci-dessus, p. 92.
* En dehors des ouvrages traduits du grec, on le trouve dans
S. Ephrem et dans les Actes de Scharbil {Ane. Syr. documents de
Cureton, p. 4 1 ).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 109
avaient cours dans les actes de ladministration ,
mais qui ne furent jamais acceptés par les popula-
tions indigènes. Le mot ESsa-cra est donc propre-
ment grec, et cette origine réfute par elle-même
Tétymologie qu'on a proposée en rapprochant la ra-
cine l^.*» « être nouveau », comme si Ton avait voulu
désigner une ville nouvelle ^ Il est donc plus ra-
tionnel de s'en tenir à l'explication d'Appien et
d'Etienne de Byzance^, d'après laquelle la ville de
Mésopotamie aXirait reçu le nom de l'ancienne capi-
tale de la Macédoine , ÈSecrcrot , soit à raison de l'ana^
logie que présentait la situation topographique des
deux villes , soit par suite du transport d'une colonie
macédonienne dans la ville transeuphratésienne au
temps des Séleucides.
Suivant une tradition ancienne ^, qui semble his-
torique, Edesse fut construite ou reconstruite et
fortifiée par Séleucus Nicator en iok avant J.-C.
C'est peut-être cette tradition qui a porté Pline à
croire qu'Edesse s'appelait autrefois Antiochia'^. La
confusion de la capitale de l'Osrhoène avec la capir
taie de la Syrie était d'autant plus facile à faire
^ Des raisons de grammaire et de phonétique s'opposeraient éga-
lement à cette étymologie. Le Targoum Jeruschcdmi écrit ce nom
Din » mot qui signifie « myrte». On trouve encore la forme Aïèecfaa
qui semble viser un rapprochement avec kïSrjs ou aSijs.
* Appien , p. 2 o3 ; Etienne de Byzance , sous Èêeaaa.
^ Admise par Eusèbe, Excerpta, p. 179; Gedrenus, p. 292;
George le Synceile, p. 620; Denys de Tellmahré, éd. Tullberg,
p. 61; Barhebrœus, Chron. sjr. , p. 4o; Yacout, sous L»*t5! .
* Voir le passage cité p. 9? , note i .
110 JUILLET-AOÛT 189L
qu'Antioche de Syrie était dite iffphg xaXktpônVj
comme on lit sur une monnaie d'Ântiochus IV;
dans le passage auquel nous nous référons, Hine
dit justement quEdesse était surnommée Gsdlirhoé.
Nous ne connaissons aucun fait historique tou-
chant Edesse depuis sa fondation par Séleucus Ni-
cator jusqu'à 1 époque des rois. Cette ville ne semble
pas avoir joué pendant cette période un rôle qui
lait distinguée des autres villes voisines.
Lorsque les Séleucides, épuisés par les luttes in-
testines, renoncèrent à défendre contre les Parthes
leurs possessions situées au delà defEuphrate, il se
forma en Babylonie et en Mésopotamie des petites
souverainetés, parmi lesquelles figurent, observe
saint Martin', TOsrhoène, TAdiabène, TAnthému-
siade, TAtrène et la Characène.
Les tribus conquérantes qui fondèrent ces prin*
cipautés étaient composées en majeure partie de
Nabatéens. Cette nation , adonnée au commerce par
caravanes, faisait le transit en Occident et dans les
provinces du Nord des marchandises qui arrivaient
dellnde et du Yémen. Leur empire en deçà de
VEuphrate formait une longue bande , qui s'étendait
du nord du Hedjaz, à partir d'El-Œla, jusqu'à Da-
mas, en passant par le Hauran. Leurs principaux
comptoirs étaient, de ce côté -là, Hegra, Tèima,
Pétra et Boçra. Du côté du golfe Persique, ils avaient
créé un grand entrepôt à Charax. Leurs caravanes
^ Recherches sur la Mésène et la Characène, p. 182.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 111
suivaient ies'routes de Pétra et de Gaza ou remon-
taient au nord jusque vers Paimyre, qui était le
grand centre commercial de TAsie antérieure. C'est
par ces débouchés que les produits si recherchés de
rinde et du Yémen parvenaient en Egypte et dans
tout Tempire romain.
Le royaume nabatéen fut à son apogée au com-
mencement de Tère chrétienne et dura jusqu'en i i5
après J.-C, époque où il fut détruit par Trajan;
mais Tinscription de Teima, qui est probablement
du VI* siècle avant notre ère, permet d'en poursuivre
les traces beaucoup plus haut ^.
Sur le Tigre, le commerce ne devait pas être
moins actif, à en juger par les petites principautés
de TAdiabène, de l'Atrène et de la Sittacène. L'in-
scription de Teima porte d ailleurs des traces évi-
dentes de la civilisation assyrienne et témoigne d'un
échange de relations entre l'Arabie nabatéenne et
l'Assyrie. Pour protéger leurs villes et leurs cara-
vanes , les Nabatéens étaient organisés militairement
et prenaient souvent une part importante dans les
luttes entre les Parthes et les Grecs ou les Romains.
Lorsque leur puissance militaire et leur commerce
furent anéantis par Trajan , ils se retirèrent dans les
contrées fertiles du bas Euphrate, où ils s'adon-
nèrent à l'agriculture 2 ; les auteurs arabes ne les
connurent que comme cultivateurs. Le Sawâd aux
* Voir Corpus inscript, semiticarum, pars II, p. 107, et les ou-
vrages qui sont cités à cet endroit.
* Comp. Nœldeke, Z. D. M. G., XXV, 124.
112 JUILLET-AOÛT 1891.
environs de Goufa, où ils habitaient, est appelé dans
la littérature syriaque contrée des Araméens [Beith-
Arâmâyé, JLT^^) J6s*-o). C'est sous le nom d'Araméens
qu'ils sont connus des Syriens.
Les Grecs et les Romains confondaient les Naba-
téens avec les Arabes. On lit dans Diodore de Sicile ^ :
èir) Triv xdy^OLV tôjv Apdëcjv tcjv xakovfÂéuûJv Naêa-
Ta/(wv ; et dans Strabon ^ : Tsrphs riiv Tlérpav t))v tcjp
NaSajatœv xakovfxévcjv Apdëcov, Ils connaissaient sur-
tout les Nàbatéens du royaume de Pétra : NaSararoi
S'elah oi ïSovfxaîot , dit Strabon ^. Tacite * considère
les rois d'Edesse comme des Arabes. Pour Pîine
les Osrhoéniens sont également des Arabes, Arabes
Orœi^. Cependant la plupart des rois d'Edesse por-
taient des noms nàbatéens caractérisés par la dési-
nence ou, tels sont : Ma^nou, Bakrou, ^Abdou,
Sahrou, Gebar'ou. Ces noms, à Texception du der-
nier, se trouvent dans les inscriptions nabatéennes
du Hauran, du Sinaï, de Pétra et du Hedjâz. L'an-
cêtre de la famille d'Abgar était Aryou^, nom émi-
nemment nabatéen qui nous est connu par une in-
scription nabatéenne^. Aryoa signifie dans Tidîome
* Lib. III, A3; comp. XIX, 94.
* Strabon, 776, 18.
^ Strabon, 760, 34; cf. Plii.e, Hist. nalur., V, 11; VI, 28;
XU, 17.
* Ann., XI, 10; XII, 13, i4. Josèphe place egaleirent les Nàba-
téens en Arabie, comp. Ant. Jnd., XIII, v, 10.
* Voir ci-dessus, p. 90.
* Voir Tke Doctrine of Addai, 49; Anr. Syr. doc, 11,
' VoirZ. D. 3f. G./xVn,G28.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 113
de ce peuple « le lion » ^, mais n'est pas Usité en ce
sens en arabe. D autres noms, Abgar, Maz^our,
Wael, sont arabes. Ce mélange de noms arabes et
nabatéens se rencontre constamment dans les généa-
logies que fournissent les textes épigraphiques naba-
téens. H remonte au temps où les Nabatéens, établis
au nord de l'Arabie, vivaient en contact avec les
Arabes et contractaient des unions avec eux.
Les tribus nabatéennes qui remontèrent au nord
de la Mésopotamie se mêlèrent aux Parthes et il se
produisit des familles mixtes portant des noms na-
batéens et parthes. Le deuxième roi d'Edesse est
Phradascht, fils de Gebar ou.
A la fin du i** siècle de notre ère arrive à Edesse
une branche collatérale des Parthes d'Arménie , qui
commence avec un Abgar, fils dlzate, est continuée
par Phamataspat ou Parthamaspat, et finit avec
Ma^nou, fils d'Izate. Cette branche sortait d'Izate, fils
d'Hélène , la célèbre reine d'Adiabène , qui pratiquait
la religion juive ^. Moyse de Khorène^, confondant
ensemble les familles régnantes de l'Osrhoène et
de l'Adiabène, fait de cette reine la femme d'Abgar
Oukhâma, et de ce roi un prince arménien, qui
* Voir Quatremëre , Mémoire sur les Nabatéens. Gutschmid ( Un-
tersuch. , p. 19) cherche à ce nom une origine iranienne et rapproche
le zend Airjava. Mais cette hypothèse, à cause de la terminaison,
nous semble invraisemblable.
' Josèphe, Ant., XX, 11, 2. M. Renan {Marc-ÀurUe, p. 438,
note 3 ) a très bien vu les liens de parenté qui rattachent la dy-
nastie des Abgar et des Ma'nou à la famille d'Izate d'Adiabène.
* Liv. II, chap. xn.
XYIII. 8
tMraiiiBBia ii4ti*xal«.
/.
m JUILLET-AOOT 1801.
^vait pour père Arscham et non p^s lM(a'nçi\i. Pl^-
sieurs personnages nobles : Âbdoyi , Sennaq i M^h^-
date, Bar-Zati, cités par \^ Doctrine diAddf^i^ coi^ioe
des Édessénians, sont dans Tacite ^ dea prj^^çe^ da
TAdiabène. Il est digne de reinarque que rin^cf ip^
tion du sarcophage de la reine Çaddan, retrouvé
dans le mausolée de la reine Hélène aup:rès de 34'
rusalem, porte une inscription syriaque wd^us
de Tinscription palestinienne. Ne doit*oi^ pas con-
clure de là que la langue parlée à Éde$3e ét^it Çyw*
lière aux Adiabéniens? Qu'on se rappelle aiU£^i cet
Adiabénien d origine nabatéenne, appelé ^b^girfi^,
c est-à-dire le boiteux Qvu-i^i), dont parte Jo-
sèphe^ : ÂStaèvvég tis vibç ^aêaraiov, 7oiivo}4i9k uXij-
6$U «Trà Ttis Tjyris Xnysipas, inep aniia(v9$ x^^"
Izate d'Adiabène* lutta avec un roi des Ar9^3
(Nabatéens) qui était de la citadelle d'Ar^hfUPn prèfl
de Séleucie du Tigre. Pendant sa minorité, I^itte
avait été envoyé par son père Monobaze aiifunèçi
d'Abennerigus , roi de la citadelle de Spaiiiioii
Charax, qui lui donna en mariage sa fille SumACJbo.
Avant de succéder à son père à Khedayab, il gou-
verne pendant quelques mois la Charaoène*^, Al>gAr>
de son côté, se serait allié avec Arétas, roi de Pétra,
^ The Doctrine of Addai , p- 17.
* Ànn.,W\, 3i, 3 2; XII, 12, 1^1. Comp. NesUe, Tbeol. Litii-
raturz., 1876, p. 644.
5 De Bello jvd, , V, n, 5.
* Voir Josèphe, Ant., X\, iv, i.
* Josèphe, Ant., XX, ir, 2 et 3.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 115
contre Hérode. Quelque doute que puissent sou-
lever ces notices historiques, elles contribuent à
éclairer les origines des principautés qui se for-
mèrent dans lempire patthe, en Babylonie et en
Mésopotamie, peu de temps avant lere chrétienne.
L'influence parthe pénétï»a les institutions mêmes
d'Edesse. Oubliant l«ur origine nabatéenne, les
Edesséniens aimaient à appeler leur ville la cité des
Partîtes ou la Fille des Parthes^. Les Parthes, les
Edesséniens et les Arméniens étaient parfois con-
fondus entre eux : « Parthes ou Perses , Parthes ou
Edesséniens , Parthes ou Arméniens , c'est tout un » ,
dît Barhebraeus ^. C'est par une confusion analogue
que les Arméniens considèrent Abgar Oukhâma
comme un de leurs nationaux et exagèrent l'ancien-
neté de leur église, en en faisant remonter les ori-
gines à ce roi soi*-disant chrétien^.
Sur les monnaies d'Edesse les figures portent la
tiare. Mais cette tiare diffère de celles qu'on remarque
sur les anciens monuments de l'Assyrie et de la Perse;
au lieu d'être pointue comme celle des souvBrainf',
ou tronquée comme celle des personnages secon-
daires , elle est arrondie au sommet.
* Ane. Syr.doc, ài ult.; 97, 7; io6, 12.
* Âssémani , B. 0. ^ IIl , 11 , 4 a 5.
* Cf. Renan, Marc-A'nrèle, p'. 46'i, note 5.
8
116 JUILLET-AOÛT 18gi.
CHAPITRE m.
LE ROYAUME D'EDESSE.
Liste des rois; cette liste provenant d*ane source unique
renferme des erreurs et des omissions. — Dynastie fabu-
leuse du Serpent. — Le royaume d'Edesse commence
en 3 1 2 avant J.-C. — Premiers rois. — Défaite des Ëdes-
séniens par le général de Lucullus. — Abgar II et Crassos.
— Interrègne. — Abgar V n*est pas le premier roi chré-
tien. — Abgar VII et Trajan. — Nouvel interrègne. —
Premières monnaies d*Edesse. — Abgar IX. — La grande
inondation de 201. — Jules Africain et Bardesane à la
cour d* Abgar IX. — Fin du royaume d*£desse en 216.
— Renaissance éphémère sous Gordien III. — Liste rec-
tifiée des rois.
La chronologie des princes^ qui, pendant trois
siècles et demi, gouvernèrent TOsrhoène, ne nous
est connue que par la chronique de Denys de Tell-
mahrê rédigée en 776 de notre ère. Malheureuse-
ment elle ne forme pas lobjet d'un chapitre spécial
de la chronique ; mais , suivant la méthode synchro-
nologique, les dates et les faits concernant chaque
roi sont insérés au milieu de notices diverses grou-
pées sous une même année et puisées à des sources
diflFérentes. Il en résulte des erreurs regrettables. En
outre , cette chronique ne nous étant parvenue que
^ Les auteurs grecs les nomment phylarqnes (Plutarque, Cross,,
XXI; Suidas, sous ^^àpyitç) ou toparques (Eusèbe, Cedrenus,
Constantin Porphyrogénète). Épiphane les appelle des dynastes;
Dion , des archontes ; Tacite et Procope , des rois.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 117
dans un manuscrit unique du Vatican , ii est impos-
sible de déterminer la part à la charge des copistes
dans ces erreurs.
La liste des rois a été extraite de la chronicjue de
Denys par Assémani, qui la publia dans sa Biblio-
iheca orientalis avec un savant commentaire ^ TuU-
berg édita en i85i la première partie de la chro-
nique renfermant les notices sur les rois. Les
différences notables que présentent ces deux édi-
tions rendaient nécessaire une nouvelle collation
du manuscrit du Vatican. A la demande de A. von
Gulschmid, M. Guidi se chargea de ce travail et
M. Nœldeke fit une traduction allemande de la
liste, que Gutschmid inséra dans son mémoire in-
titudé ; Untersuchungen ûber die Geschichte des Kœ-
nigsreichs Osrhoene.
Nous reproduisons cette liste d après l'édition de
TuUberg et la traduction de M. Nœldeke. Les chiffres
au commencement des paragraphes indiquent les
pages et les lignes de l'édition de TuUberg.
LISTE DES ROIS D'EDESSE.
65, 16. — L*an 1880 d'Abraham régna à Ëdesse le premier
roi, Orhâi, fils de Hévya, 5 ans. De son nom
(Edesse) fut appelée Orhâi. (Les rois) commen-
cèrent à r Olympiade 1 6 1 et finirent à l'Olym-
piade 3^9*
66, 8. — En la même année (i884 d'Abraham) régna à
Edesse *Abdou , fils de Maz^our, 7 ans.
» B. O.J. 417-423.
118 JUILLET-AOCT 1891.
66, la. -^ L an 1894 mourut ie roi d*Ëdesse et régna Phra-
dascht, fils de Gebar^ou, 5 ans.
66, 17. — L*an 1900 régna à Eldesse (Bakrou, fils de Phra-
dascht^), 3 ans. Après lui, Bakrou, fils de
Bakrou, ao ans.
67^ 3. — L'an 1938*. . . régna à Edesse Ma*nou, 4 mois.
Après lui, Abgar Péqa, a 5 ans et 9 mois.
67 , 1 A. — L'an 1 987 * . . . Abgar tua Bakrou et régna seul ,
a 3 ans et 5 mois.
68, 4. — (Régnai à Ëdesse, Abgar, fils d'Abgar, i5 ans*).
L*an i960 mourut le roi d'Ëdesse et les Ëdes^
séniens furent sans maître pendant une année
à cause des rivalités engendrées par f ambition
du pouvoir. Ensuite régna sur eux Ma^nou , qui
fut appelé Alâba, 18 an» et 5t mois.
^ Ces mots sont à la marge dans le mannscril. Il résuite de la
coiiatioa de M. Guidi que le manuscrit renferme plusieurs omis-
sions qui ont été comblées par une main récente au moyen d'adJi-
iions marginales. D'après Gutschmid, ces additions proviennent
d'une liste plus complète d'un autre manuscrit et il y a lieu d'en
tenir compte au même titre que des notices du texte même.
^ Assémani lit 1918 et Tullberg 1928. Celui-ci remarque que
cette date est celle donnée par Eusèbe pour Ptolémée VllI, men-
tionné à cette place dans la Chronique. La collation de M. Guidi a
confirmé la lecture de Tullberg. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5,
uota 1.)
* Assémani lit 1934. M. Guidi confirme la lecture de Tullberg
qui concorde avec Eusèbe pour l'année de l'avènement de Pto-
lémée X, mentionné a cette place dans la Chronique de Denys.
(Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5, note 2.)
* Ces mots sont à la marge. Assémani les rapporte à l'an 1944-
Noter que cette addition est contradictoire avec le calcul de Denys ,
puisque, en ajoutant à l'année 1937 les 23 ans et 5 mois du para-
graphe précédent, on atteint l'année i960, date de l'interrègne
mentionné ensuite.
HlSTOtftE D'ÊDESSE. Ui
68, 12. — L'an igSo mourut le roi d*Edesse et régna Pa-
qouri, 5 ans. En cette année, Paqouri et Bar
Zaphron , le général , marehèrent contre la
Syrie et emmenèrent en captivité Hyrcan et
Phasael, le frère d'Hérode» Alors la royauté
des Juifs prit fin ; ils furent gouvernés d'abord
{)ar Hérode le Palestinien *.
69, 3. — L'an 1986 mourut Paqouri et régna Abgar, 3 ans.
Après lui régna Abgar Soumâkba , 3 ans.
71 , 8. — L'an 1990 régna sur Edessé Ma^nou, qui fut appelé
Sapliloul, 18 ans et 7 mois '.
114,11. — (Ma^nou, fils de Ma^nou, 6 ans*). (Ma^nou,
fils [d' Abgar], 7 ans*).
117, 7. — L'an 2oa4t régna à Edesse Abgar Oukhâma, qui
avait été banni *, 37 ans et 1 mois.
^ Voir Josèphe, Aiit., XlV, i3, 3 et suiv.; De Bello jud., I, cha
pitre xm.
* Assémani 328 ans et 7 mois. La lecture de Tullberg est con-
firmée par M. Guidi. (Voir Gutschmid, loc. cit., p. 5, note à.)
^ Ces mots , comme l'a constaté M. Guidi , sont à la marge du
manuscrit avec renvoi marqué après le passage relatif aux Sages
de l'Orient Assémani avait complété ainsi le passage : «En l'an
2018 régna à Edesse Ma^nou, fils de Ma'nôu, 6 ans.» Tullberg
s'étonnait de ne pas avoir rencontré ces mots dans le manuscrit.
Gutschmid [loc. cit., p. 5, note 5) remarque que cette addition
marginale est placée avant l'année 2019, mais qu'elle se rapporte à
l'année 2016 mentionnée précédemment.
* Ces mots également à la marge. Gutschmid ( loc. cit. , p. 5 ,
note 6) remarque qu'il manque dans le manuscrit à cet endroit au
moins un feuillet qui relatait les événements des années 2060-
2o65 d'Abraham. Assémani a restitué: «L'an 2061 mourut Abgar,
roi d'Édesse et régna son fils, Ma*nou, 7 ans.» Ce passage, que
Tullberg n'a pas retrouvé , avait été rétabli par Assémani , d'après
la note marginale : « Ma'nou, fils de. . . 7 ans » , qui doit être placée
entre Archelaus et Jehouda le Galiléen.
kL| contracté de «A«*?lJ « il fut banni ». Assémani , qui n'avait
120 JUTLLET-AOÛT 1891.
120, 4. — L*an aod6, Abgar, roi d'Édesse, adressa une
lettre à Jésus-Christ, dans le pays de Jéru-
salem.
122,11. — L*an 2067 mourut Ma^nou, fils d* Abgar, roi
d'Edesse, et régna Ma^nou, son frère, là ans.
129, i3. — L'an ao8i mourut MaWu, roi d'Edesse. Abgar,
fils de Ma^nou, occupa le trône, 20 ans.
1^8, 5. — L'an 3106, mourut Abgar, roi d'Edesse. A cause
des rivalités pour le pouvoir, on ne tomba pas
d'accord sur (le choix d' )un chef. Ils restèrent
ainsi en discorde , 2 ans. Ensuite Ilour * Phar-
nataspat occupa le trône , 3 ans et 1 o mois.
151, 16. — L'an 2ii3, régna à Edesse Phamataspat,
10 mois, et après lui Ma^nou, fils d'Izate,
1 6 ans et 8 mois.
153, 9. — L'an 2i3o, régna à Edesse Ma* non, fils de
Ma^nou, 24 ans; et il se rendit chez les Ro-
mains.
156, 9. — L'an 2 1 54 > régna à Edesse Wâël,filsde Sahrou,
2 ans. Après lui régna Ma^nou, fils d'Izate*, à
son retour de chez les Romains, 12 ans. La
durée totale de son règne entier est de 36 ans ,
sans compter les années qu'il passa chez les
Romains.
pas compris ce mot, lui avait substitué )F^**»U «il fut guéri ». (Voir
Gutschmid , loc. cit. > p. 6 , note 1 . ]
^ La dernière lettre de ce nom est incertaine, remarque Tull-
berg. Assémani lisait »*«foJj «d'Edesse». M. Guidi note que l'état
du manuscrit ne permet pas de confirmer l'une ou l'autre leçon,
quoiqu'il ait vu des traces des lettres d^^. (Voir Gutschmid, loc.
cit., p. 9, note 3.)
* Comme le remarque Gutschmid , il faut lire : « Ma nou , fils de
Ma'nou , fils d'Izate. »
HISTOIRE D'EDESSE. 121
1 56 , 17. — L'an a 1 69 , régna à Ëdesse Abgar, fils de Ma^nou ,
35 ans.
159, 11. — L'an 2208. . . régna à Edesse Abgar Sévère,
avec son fils , 1 an et 7 mois. Après lui régna
Ma^nou, son fils, 26 ans.
162, 11. — En 2282 eut lieu à fldesse une inondation du
fleuve.
163 ult, — Ici aussi (en 2233) finit le royaume d'Edesse,
dont la durée fut de 352 ans. Edesse fut sou-
mise aux Romains à partir de cette époque-là.
Un coup d'œil jeté sur cette liste rend manifeste
le peu de concordance qui existe entre la durée
assignée à quelques règnes et les dates de Tère
d'Abraham indiquées pour chaque roi. Il est évi-
dent que Denys avait sous les yeux une liste des
rois , classés par ordre de succession avec la mention
de la durée de leur règne , mais sans référence à une
ère quelconque. Denys, en insérant cette hste dans
ses synchronismes , s est trompé à plusieurs reprises
dans ses calculs, basés sur Tère d'Abraham. Sa chro-
nologie est souvent en désaccord avec les dates four-
nies par rhistoire et les monnaies de TOsrhoène.
Elle doit donc être redressée d'après les dociunents
authentiques ou dignes de foi que Ton possède.
Assemani, dans sa Bihliotheca orientalis^, a eu le
tort de modifier le nombre des années des règnes
pour les faire concorder avec les dates de Tère
d'Abraham. Bayer, dans son Historia Osrhjoena et
» B. O., I, p. 417-423.
122 JtlîLLÈt-AOÛT 1891.
Edéèsena , n^est pas arrivé à tin résultat plus satisfâi*
sant. Son livre n a guère d autre mérite que de ren-'
fei*mer, dutie Ètianlèl*e dSSéz coriiplète, les passage»
aes auteurs grecs et latins concernant l'histoire
d'Édesse. Lanriois, dans sa Numismatique de r Ar-
ménie, a attacné trop d'importance à Ttiistoire dé
Moyse de Khorène et a tourné la plupart des diffi-
cultés en supposant que les Grecs et les Latins
avaient confondu entre eux les noms d'Abgar et de
Ma^nou qui reviennent le plus souvent dans les dy-
nasties édessénienties. Batyer était âfyk tombé dans
k Éttême erreùf . Il appattenaît à Gutàchmid de fixef ,
en suivant uhe méthode vràimeitit èritique, lés da^tei^
les plus imptDrtàÉrtès dans soft ïïiéiïloirè itrtitulé :
Untersnehun^en ûëhèr die Oeschichte dès Kcèftigréiàhs
Osrhoène , que notri éiVOiW déjà èîf é pîtis hâtrt. DàWs
un précédent travail , partit dâtid îe Rhèinisches Masèunt
f&r Philologie, i $64 , jf)*. i -^ i , il avait déjà fait la lu-
tftfèi^e sur le i^èj^ne tfAbgar Oukhânla, et le corfi-
méhtiemeht et la fih du i^ôyaunié d'Édesse; tttiais
se)^ reôhérches n aVàîêht pa^ le ôai*actère général
qu'il leur a dôniVé diftris soh second mémoire.
Si Toh feit le total des années et dés mois indiqués
par DiBtiyg pour châqiié règne, on ttouvé 336 ans
et -^4 mois, autrement dit 342 ans et 2 ihôis. 11
manque donc 10 ans pôUr atteindt*e le total de
352 années, durée du royaume d'Édesse suiVarit
Dehys. M. Gutschmid remarque que, par suite d'une
omission , la première partie du règne d'Abgar Ou-
khàma, antérieure à son exil, n'est pas mentionnée.
HISTOIRE D'EDESSE. ISS
Si i on évalue à i o ans cette période , la lacune est
comblée et le nombre 3b i est atteint.
Le point de départ de Denys est Tan i 88d d'A-
braham et la GLXi* olympiade. D'après Eusèbe, qui
calcule 2017 ans depuis Abraham jusqu'à l'ère chré*
tienne, l'année 1880 tombe en l'an 13*7 avant J*-C.
La première année de la clxi* olympiade répond à
l'année 1 36. La concordance est exacte : les Syriens
commençant l'année à l'automne, 1880 d'Abraham
répond à 1 3 7-1 36 avant notre ère. Cependant la
chronique d'Edesse^ rédigée sur des docum^fits oCB'
ciels pour la partie relative à l'histoire de la ville,
nous apprend que c'est en i3a-i3i avant J.-C. que
commença le royaume d'Ëdesse : « En l'année 1 80
(des Séleucides) les rois commencèrent à s'établir à
Edesse», dit-elle ^ Denys fait donc remonter cinq
ans trop haut l'origine de ce royaume. B en résuke,
observe Gutschmid , qu'il faut tenir compte de cette
erreur et descendre de cinq ans les rois d'Ëdesse*.
Le premier roi de la liste , Orhâi , fils de Hévya ,
c'est-à-dire « fils du serpent » , est fictif, comme nous
l'avons dit plus haut; l'ancêtre des Abgar était
Aryou ^. Le nom de Hévya est également mythique
et rappelle la dynastie fabuleuse d'Arti;^ ou « du ^v-
* Voir Assémani, B. 0;, I, 388.
* Voir Rhein. Muséum, i8Ô4, XIX, 171; Vntersacli., p. ig.
Dans son premier travail, Gutschmid prenait aoi6, au lieu de
2017, pour le nombre des années écoulées depuis Abraham jusqu'à
l'ère chrétienne. 11 considérait donc l'erreur de Denys comme J)or-
tant sur quatre ans et non pas sUr cinq.
^ Voir ci-dessus, p. 107 et 112.
124 JUILLET-AOÛT 1891.
pent » , que les chroniques font régner en Ethiopie
de lioo à 200 avant J.-G. ^. Selon Gutschmid, Orhâi
a été facilement confondu avec Aryou et a fait ou-
blier ce dernier. Aryou est donc le premier roi
d'Edesse; il règne de 1 Sa à 1 27 avant J.-C.
Au premier abord, il semble plus simple de rayer
les cinq années attribuées à Orhâi, prince fabu-
leux, et de conserver la date de iSa avant J.-C.
pour lavènement d'^Abdou, fils de Maz^our. Denys,
dans cette hypothèse, aurait pensé que le royaume
d'Edesse avait dû commencer avec la conquête de
la Mésopotamie par les Parthes , aucjuel la tradition
rattache les Edesséniens ^. C est pourquoi il en au-
rait fixé le commencement cinq ans plus haut que
la date réelle, à Tannée 187 avant J.-C, épocjue à
laquelle la Mésopotamie fut détachée de Tempire
des Séleucides et tomba en la puissance des Arsa-
cides^. Mais ce raisonnement ne tient pas devant
un examen plus approfondi. Si Denys a placé en
37 avant J.-C. (1980 d'Abraham) lavènement de
Paqouri, cest qu'il a confondu le roi d'Edesse
de ce nom avec son homonyme, le prince parthe
qui, d'après Josèphe, fit une expédition en Syrie,
accompagné de Bar Zaphron et emmena prison-
* Gomp. Z. D. M. G., VII, 34; Journal asiatique, 1881, XVU,
4ii et 4i4; Wellhausen, Skizzen, III, 199, note 2.
* Voir ci-dessus , p. 11 5.
' Gutschmid, Unters., p. 19, observe qu'en 189 la Mésopo-
tamie n'était pas encore complètement afiranchie de la domination
des Séleucides, mais qu'elle était le théâtre des troubles suscités
par des chefs insoumis. (Gomp. Diodore de Sicile, Exe, Esc, a5.)
HISTOIRE D'ÉDESSE. 125
niers Hyrcan et Phasael, le frère tfHérode ^ li
w
savait par Josèphe que ce Paqouri mourut vers
32 avant J.-C. H fit donc remonter le commence-
ment de son règne à Tannée 3 7 avant J.-C; il en
résulte un recul de cinq années qui changea d autant
les dates des règnes antérieurs et postérieurs. En
descendant ces règnes de cinq ans, on les remet à
leur véritable place et il y a concordance parfaite
avec les notices que les Grecs et les Latins nous ont
transmises relativement au royaume d'Edesse^.
CHRONOLOGIE ET HISTOIRE DES ROIS.
Aryou, 5 ans, 132-127 ^^^^t J-'C
Le premier roi d'Edesse est Aryou, qui a régné
5 ans, de 1 32 à 127 avant J.-C. Son nom est naba-
téen et signifie « le lion » ^.
*Abdou, fils de Maz'our, 7 ans, 127-120 avant J.-C.
Le second roi est ^'Abdou, fils de MazWr, qui
règne 7 ans, de 1 27 à 120 avant J.-C. La première
dynastie est sémitique à en juger par c^s noms, car
^Abdou est nabatéen et Maz^our est une forme arabe,
ji^'y . Elle n a pas un cachet parthe ^.
* Voir ci-dessus , p. 119.
* Voir Gutschmid , Untersuch. , p. 22.
' Voir ci-dessus, p. 1 1 2-1 1 3.
* Suivant Gutschmid, Untersach., p. 22, l'avènement d'*Abdou
coïnciderait avec Tinvasion des Scythes en Mésopotamie et l'ébran-
lement du royaume parfhe. Il serait le point de départ d une nou-
128 JUILLET-AOÛT 1891.
Abgar l, ait le Bègue, seul, 23 ans et 5 mois,
ga-GS avant J.-C.
Abgar le Bègue ou Abgar I" tue alors Bakrou et
règne seul 2 3 ans et 5 mois, de 92 à 68 avant J.-C.
Abgar, associé au trône par Bakrou, appartenait à
la même dynastie que les princes précédents. Cette
dynastie était celle des Aryou, comme nous lavons
rappelé plus haut. L'origine sémitique du nom Abgar
est confirmée de ce côté. L'étymologie n y contredit
point : S^l se dit en arabe d'un homme qui soufire
d'une hernie ombilicale ou qui a un abdomen
trop développé. Les Syriens prenaient ce mot dans
le sens de «boiteux». Au x* siècle, un patriarche
nestorien était appelé Sean^Jils des Abgars oujib des
Boiteux, Le nom d' Abgar était porté par des Arabes
à Tépoque des Sassanides etàTépoque musulmane^.
A cette époque se rapporte la défaite des Osrhoé-
niens par Sextilius, le légat de LucuUus, pendant
son expédition contre Tigrane, roi d'Arménie, au
secours duquel les phylarques d'Édesse s'étaient
portés en 69^.
* Wûstenfeld , Register,^. 37; Hoffmann,^. D. M. G., XXXII,
7^6 ; Payne-Smith , Thésaurus syr. , sous u^^J. Le rapprochement fait
par M. de Lagarde (Gesammelte Abhandlungen, p. 6) avec le persan
(tfgâr «boiteux» est fort douteux. On ne doit tenir aucun compte
de l'étymologie arménienne de Moyse de Khorène , avak-aîr « homme
brave •.
* Voir Gutschmid, loc. cit., p. 33.
HISTOIRE DEDESSE. 129
Abgar II, fils d'Abgar I", i5 ans, 68-53 avant J.-C.
Abgar II, fils d' Abgar V\ règne i5 ans, de 68
à 53 avant J.-C. Pendant Thiver 65-64, i armée
d'Afranius, le lieutenant' de Pompée, souffrit en
Mésopotamie du froid et de la faim , et dut son salut
aux habitants de Carrhes/. C'est à cet Abgar que
Gutschmid rapporte les marques de bienveillance
témoignées par Pompée au roi d'Edesse qui devint
lallié des Romains^. Cest le même qui, au prin-
temps 53, accompagna Crassus en Mésopotamie.
Selon les auteurs grecs , il lui fit prendre une fausse
route et fut, par cette ruse, l'auteur de la défaite
des Romains près de Carrhes. Plutarque dit ^ qu'il se
retira peu de temps avant la bataille sous un pré-
texte quelconque. D'après une autre version, re-
cueillie par Dion Cassius^, il serait tombé sur le
dos des Romains pendant l'action et aurait pris
part à leur écrasement. Gutschmid remarque que
* Dion Cassius, XXXVII, 5.
' Plutarque, Crass,, 21; Dion, XL, 20. Dans deux manuscrits
de Plutarque, il est appelé Aiiyapos et Ay^apos 0 ùcrponvàs; mais
dans les autres manuscrits : ^t;Aap;^o$ ÀpdSav kptdftvvs 6vo(ia.
Dans d'autres sources, chez Florus, III, 11, 7, et Rufus Festus,
Brev., 17, il est nommé Mazzares , Mazares, Mazzarius et Mazorus.
Gutschmid [loc. cit., p. 21] concilie ces diverses orthographes en
supposant que cet Abgar s'appelait aussi Ariamnes et qu'il appar-
tenait à la famille de Maz'our; mais il attache peut-être trop d'im-
portance à ces noms altérés.
' Crassus, 21-22.
* Dion, XL, 20-23.
XVIII. 9
130 JUILLET-AOÛT 1891.
ia chronique de Denys place après Abgar II un in-
terrègne d'un an. Il en déduit avec beaucoup de
sagacité qu' Abgar a dû perdre son trône après ia
victoire des Parthes, qui lui firent payer cher son
alliance avec les Romains. Ceux-ci nauraient donc
pas été trahis par le roi d'Edesse, qui leur conseiUa,
à la vérité , d abandonner la voie de TEuphrate pour
suivre la route de la Mésopotamie , mais son conseil
n'avait rien de perfide. Du reste l'armée battue près
de Carrhes n'était pas dans une plaine aride et dé-
serte, comme on le prétendit à Rome. La défaite fit
naître l'idée de trahison dans l'esprit du vaincu , et
Abgar fijt à ses yeux le traître de Carrhes.
Interrègne de i an, 53-53 avant J.-C.
Un interrègne de i an, de 53 à Sa avant J.-C,
suit la mort d' Abgar. Suivant Denys , cet interrègne
fut occasionné par les luttes intestines des partis
qui se disputaient le pouvoir. Gutschmîd suppose
qu'Edesse fut au pouvoir des Parthes pendant cette
année. Le nom parthe de Paqouri, qui, en Tan 34,
inaugure une nouvelle dynastie, semble favoriser
cette hypothèse. On observera cependant que, avant
Paqouri, Ma^nou Alâhâ régna pendant i8 ans et
5 mois, et que ce roi continue la dynastie naba-
téenne. Les dissensions dont parle Denys peuvent
avoir été engendrées par le discrédit dans lequel
les partisans des Romains à Edesse tombèrent après
la défaite de Crassus. Après une année d'anarchie,
l'ancienne dynastie aura ressaisi le pouvoir.
HISTOIRE D'EDESSE. m
Ma^nou II, dit Alâhâ, 18 ans et 5 mois, 53-34 avant J.-C.
Manou If, surnommé Alâhâ «le dieu», règne
18 ans et 5 mois, de 52-34 avant J,-G. Peut-être
avait-il pris le titre de dieu à l'exemple de Phra-
hate m, roi des Parthes, et de Tigrane II, roi d'Ar-
ménie, décédés peu de temps avant lui^ H est éga-
lement possible que ce Ma^nou ait été divinisé après
sa mort suivant un usage répandu à cette époque,
même chez les Nabatéens *.
Paqouri, 5 ans, 34-29 avant J.-C.
Après Ma^nou II, Paqouri règne 5 ans, de 34
à 29 avant J.-C. Ce nom parthe semble indiquer
que, pendant le règne de ce prince, Edesse aurait
été au pouvoir des Parthes. Denys place lavène-
ment de ce roi à l'année 1 890 (Sy ans avant J.-C).
Il a été conduit à prendre cette date par la confu-
sion qu'il a faite du monarque d'Edesse avec son
homonyme dont parle Josèphe, ainsi que nous
l'avons vu plus haut (p. 124).
* Voir Gutschmid [loc. cit., p. 26) , qui suppose que ce titre cor-
respond à une extension du royaume de l'Osrhoène sous ce prince.
Cf. aussi Saint-Martin, Mémoire sur la Méshne et la Characène,
p. 169, 161 et 172.
* Voir Euting, Nabatœische Inschr. , p. 33; Ciermont-Ganneau ,
Revue d'archéol. orientale, fasc. I. Sur une monnaie, le roi Wâél
porte peut-être aussi le nom d* Alâhâ. Voir Scott , Numismalic Ckro-
niele, XVIII, n° i; cf. Land, Anecdota syr., I, p. 64» n° 7; Lévy,.
Z. D. M. G., XII, p. 209. Il ne faut donc pas voir, avec Wdi-
iuiusen, Skizzen, III, 3 « note 4, dans Ma'nou AUhâ, un nom com-
posé répondant au nom arabe Mdnallak.
131 JUILLET-AOOT 1891.
Abgar III, 3 ans, 39-26 avant J.-C.
Abgar III régna 3 ans, de 29 à 26 avant J.-C.
Son avènement marque un retour du pouvoir à
l'ancienne dynastie nabatéenne.
Abgar IV le Rouge, 3 ans, 26-23 avant J.-C.
Il a pour successeur Abgar IV, dit Soiimâqa, ou
« le Rouge », qui règne 3 ans, de 26 a 2 3 avant J.-C.
Ma^nou III TAristoloche , 18 ans et 7 mois,
2 3-4 avant J.-C.
Ma'nou III, surnommé Saphloal, c est -à- dire
Ta Aristoloche » , règne 18 ans et y mois, de 2 3
à 4 avant J.-C. Gutschmid pense qu'il s agit de ce
prince dans un passage d'Isidore de Charax^ qui
mentionne, à droite de xopaia H èv BaTûfvjt ^ et en
amont du fleuve Balikh, une place forte et une
source désignées par les mots : Mavovooppa AvvprfO
(var. : Mawovoppa Avvprfp). Gutschmid restitue : Mûfc-
vov Oppoalov Avvp. D'après cette restitution , la place
en question aurait appartenu à Ma^nou III; mais ce
n'est qu'une hypothèse ^.
^ Dans Mudler, Geogr. minores, I, a 4 6. (Cf. Cutschmid, loc,
cit., p. 33.)
• ' Suivant Ncddeke, dans Gutschmid, loc. cit., p. 33, note 1,
p«ut-étre en syriaque qritkâ de Batnân.
^ Voir une autre explication proposée par M« Halëvy dans le
Journal asiatique, iSSS.Wl, Si bé
HISTOIRE D'ÉDESSE. 133
Abgar V le Noir, pour la première fois , lo ans, 4 avant J.-C.
à 7 après J.-C.
Après Ma'nou III, la liste de Denys fait régner
Ma'nou IV, son fils. Mais on doit placer ici' avec
Gutschmid la première période du règne d' Abgar V,
surnommé Oakhâma « le Noir » , également fils de
Ma'^nou III. Ce n'est quaprès le bannissement d' Ab-
gar V que son frère Ma'^nou occupe le trône. Cette
première période du règne d' Abgar Oukhâma, cal-
culée par Gutschmid d'après la durée totale du
royaume d'Edesse, est de lo ans^ Elle commence
à Tan 4 avant J.-C. et finit à Tan j après J.-C. La
première date est confirmée par un synchronisme
fourni par la version arménienne de la légende de la
conversion de ce prince au christianisme. Cette ver-
sion place en effet l'envoi de la lettre d' Abgar à Jésus
en fan ilio des Séleùcides, sous l'empereur Tibère
et le roi Abgar, fils de Ma^nou, la trente- deuxième
année du règne de celui-ci, le 12 de Tischri P.
Par conséquent Abgar serait monté sur le trône en
l'année 3o8 des Séleùcides, c'est-à-dire en Tan 4-3
avant l'ère chrétienne. Moyse de Khorène^ place
également l'avènement d' Abgar trois ans avant la
naissance de Jésus.
* Voir plus haut, p. i2 2-ia3.
* Langlois, Histor. wrmén,, I, 317. (Cf. Gutschmid, loc. cit.,
p. 12.)
' Livre II, a.
{La suite <iu prochain cahier.)
134 JCILLET-AOCT 1891.
LA CORRESPONDANCE
D^ÂMÉNOPHIS III ET D'AMÉNOPHIS IV,
TRANSCRITE ET TRADUITE
PAR
M. J. HALÉVY.
(suite.)
72
TRENTE-DEUXIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI (?).
Recto.
[i] ha-ya-pa [2] ma. . . ri-ib-an-im
[3] a-na gïr-mes-ka am-ku-[ut] [4] an-a-ma-na
an sa-i(?) [5] ti-di nu-ur-ka i-na [6] pa-ni sâr be-li-
ka ?) [7] a-mur at-ta lu im(?) ku [8] i-di sàr ù i-na im-
ii-ka [9] is-ta-bar-ka sàr-ru [10] i-na lu pa-kà(?) a-na mi-
nim [11] qa-la-ta (ab?)ûlaia [12] ti-ik-bu a-na sàr-ri
[ 1 3 ] ù ï-ï-si-ru-na [ 1 4 ] sab mes qas-ta-ti û [ 1 5 ] ti-lï-ti-ku-
na [16] er su-mu-ra mi-nu [17] J nît a-si-ir-ta nït
Verso.
[18] ur-ku û lï-lï-ku [19] mat sar a-na sa-a-su
[20] mi-nu ti-la-ki-su [21] ù ag-ga i-na lii gaz ga-ag'
' Interyersion pour ag-ga.
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 135
[21] be-la-at-su û [22] us-si-ru-na-ni l ta-bal [3 3] ïb-
kur-ra une sab-mes gir-mes [26] û i-zi-za i-na erïr-ga-ta
[26] i-di pa-ni-su a-di [37] a-zi sab-mes kas-ta-ti [28] u-
ul ï-pa-hi-ra ka-li [39] lù-mes gaz-mei^ û [3o] ï-lï-qa er
ïr-ga-ta [3i] . . . er am-bi ù [33] . . . um ù sa
[33] mina i [34] ya-nu a-li
[35] bu-a nït
TRADUCTION.
Recto.
Rib-Addi , je me jette à tes pieds. Le dieu
Aman , dieu de donne ta grâce devant la face du
roi, ton seigneur; regarde, toi, homme intelligent, bras du
roi; par ta sagesse, le roi t'envoie comme /û-pa-Ârâ(?). Pour-
quoi as-tu parlé (d'autres choses?) et n'as-tu rien dit au roi?
Il aurait envoyé des troupes d'arcliers et vous auriez pris la
ville de Sumura ; Abd-Asirta , serviteur
Verso.
du chien, a pris le pays du roi pour lui. Comment (?) le
prendras-tu (? ) puisque son armée se compose de forts com-
battants ? Envoie-moi 5o tabal de chevaux et 300 piétons, et
je m'arrêterai près de la ville de Irgata à côté de lui jusqu'à la
sortie (?) des troupes d'archers; il n'a pas réuni tous les com-
battants et il a pris la ville de Irgata, la ville de Ambi
.... et quoi il n'y a pas de ville
136 JUILLET-AOÛT 1891.
73
TRENTE-TROISIEME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROL
Recto.
[i] ..... Sâr be-ya. . . ](?) mat-ki tar-zun(?) [a] [ki]-
bi-ma [3] um-ma ri-ib-ad-di nït-ka [4] a-na gïr du gïr-
mes-ka a-na gïr-mes an-par [5] be-ya vii-id su ù vu ta-a-an
[6] am-ku-ut sa ab da-mi-ik-mi [7] a-na pa-ni sâr be-ya i-
bi-is [8] I nït an asi-ir-ti ur-ku i-nu-ma [9] en-ni-ib-sa-
at mat-ki-zun sàr be-ya [10] a-na sa-su ù qa-da a-na sad(?)
na-su [11] û a-nu-um-nja i-na-an-na [12] en-ni-ib-sa-at er
su-mur-ur [i3] tar-ba-as be-ya ù ib(?)-si [i4] ù i-za-
lu-ul a-na ib [i5] ù i-bi-ti a-sar ni-zi
[16] . . . ya ù qa-da-mi-ya [17] îu egir(?)
ù ur-ku [18] da an sa ab i-nu-ma [19]
bu-nim lû-mes a-na-pa [20] ad mi er gub-
la [21] ga-sum di
Verso,
[22] ti-ku er gub-la [28] ki-ib-tum
[24] û ma-ri-is-ma [26] ki-zuo
be-li-ya [26] sa ab lu ï-si-ra-am sàr. . . [27] lu pa-kâ(?)-
su sa da-an-qa . . . [28] û li-iz-kip er-ki be-ya [29] ù ip-
ni ul(?) a-na-ku [3o] ù lu(?) hai(?) la be-ya an pai*
[3i] mat-ki-zun ù lu(?) i-si-ra be-li-ya [32] lû-mes u
ti-lï-ku mi-im-mi-mes [33] an da-mu-ya a-na ma-har-be-ya
[34] û u-ul lï(?)-ti-qa mi-im-ma mes [35] sa an-mes-ka lû-
ur-ku su-tam [36] ... si sab mi-i-nu ma is-bat er gub-la
[37] mi er gub-la ki-ma er hi-ku-kut-ta [38]
ba-sa-at a-na sàr-ri sa-ab [39] a-mur ] nit nin-ib lu sa
ni(?) nït(?) kam-ti [Ho] du(?) ti ] bu-hi-pi lii lil
[4i] û us-si-ra-su a-na nït. ... .
CORRESPONDANCE D'AMENOPUIS. 137
5ttr le bord.
[a] mur is ma pu(P) an [b] lu mu.
. . . is mat [c] um sar sà-ab-si. . , ? du
TRADUCTION.
Recto.
Au roi , mon seigneur pays
il est dit ainsi : Moi, Rib-Addi, ton serviteur, je me
jette sept et sept fois à la plante de tes pieds , aux pieds de mon
soleil , mon seigneur bon a fait devant le roi ; Abd-
Asirti, le chien, lorsqu'il s'est emparé des pays du roi, mon
seigneur, a aussi menacé ^ la montagne et voici maintenant il
s'emparera de la ville de Sumur, vassale de mon seigneur. . . .
et s'est reposé sur et il a ruiné (?) le
lieu de et devant ( ?) moi et le chien
lorsque les hommes pour
la ville de Gubla
Verso.
la ville de Gubla malade
pays de mon seigneur que le roi expédie
ses puissantes troupes de marche et que
la ville de mon seigneur moi et mon
seigneur, soleil du monde et que le roi expédie
des hommes quoi que ce soit. Le Dieu
devant mon seigneur et cet homme de chien ne s'empare
pas de tout ce qui appartient à tes dieux bon ,
' Mot à mot : «levé la main contre».
138 JUILLET-AOÛT 1891.
quoi , il a pris la ville de Gubla , la ville de Gubla ,
comme la ville de Hikukutta appartient au roi ,
regarde Arad-Ninip , homme Buhipi , homme
expédie-le vers ton serviteur ...;....
Ik
TRENTE-QUATRIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto,
[i] [|] ri-ib-an-im ik-bi a-na [2] sàr mat mat-ki-mes sar-
ri gai [3] sàr ta-am-ha-ra an nin sa [4] er gub-la ti-di-
en ag-ga [5] a-na sar-ri be-li-ya a-na gïr-mes [6] en-ya
an par ya vu su vu a-an am-ku-ut [-7] lu-ni-i-di sài^ru en-
11 i-nu-ma [8] ag-ga nu-kur-tum sa-a [ nït a-si-ir-ta
[ 9 ] muh -ya a-nu qa ( ? ) -a er sa ir-ti-hu [10] a-[ na ] ya-si . . .
ba(?) u-la-qa [11] sa-ni-tam mi-nu su-tam [13] .
.... si. . ► ta ur-ku û ï-ba-u [1 3] ka-li er mes sar
ri an par [i4] a-na sâr mat mi-ta-na [i5] sàr
mat ka-as-se su-tam i-nu-ma [16] ... ba(?) u(?) la-qa
mat sâr a-na sa-a- su [1-7] i-na-an-na bu-hi-ir
[18] [ka]-li lû-mes-gaz-ka er ir-gata [19] ku(?)
er am-bi û la-ku-ma [20] ... ud a er a-ni-ta ii [21] ...
bi(?) ya-nu a-sar ir-ri-bu [22] tum a-na sa-a-su za-
bat [23] ku(?) ù âa-ni me bar-za [2^]
si-ra-ni sà-me [26] la-si
Verso,
[26] ïb-kur-ra-mes [27] bi-ma(?) [28] .
.... sa(?) a me di(?) pa(?) la-a [29] na(?)
a-na ya-si [3o] su-nu ka mat mat mes [3i]
ri-mes kan(?)-mes tu-za-na [32] [lu] mes kas-ta-ti
a-na da-gal [33] mes û an-nu-us [34] i-na-an-na
CORRESPONDANCE DAMÉNOPHIS. 139
en-ni-ib-sa-at [35] mat ki sâr ù er su-mu-ra [36] er ma-
za-ar-ti-ku-nu a-na lû-gaz-mes û qa-la-ta [37] us-si-ra sab
meskas-ta-ti [38] ra-ba û tu-sa-bi-ir [4.o] a-ya-bisâris-tu
[4i] gab-bi mat-su ù [4^2 ] ti-ni-ib-su ka-li [43] mat mat
mes a-na sâr- ri sa-ni-tam [44] at-ta en gai u-ul [45] ta-
qa-da-mi es-tu [46] si-ip-ri an-nu-u
TRADUCTION.
Recto,
Rib-Addi dit au seigneur du monde, roi grand, roi guer-
rier : Que la dame de Gubla donne la puissance au roi , mon
seigneur; je me jette sept et sept fois aux pieds de mon sei-
gneur, mon soleil. Le roi est informé que la puissance hostile
d' Abd-Asirta contre moi la ville qu'ils ont soule-
vée (?) contre moi puisque lui (Abd-Asirta) le
chien , il est entré dans toutes les villes du roi , mon soleil. . .
au roi du pays de Mitana et au roi du pays de
Kasse, lui qui a pris les pays du roi pour lui; maintenant
réunis tous tes guerriers pour reprendre la ville de Irgata , la
ville de Ambi cette ville le lieu
où il est entré reprends-le-lui
Verso,
des chevaux à moi des pays
des troupes d'archers pour confier (?) mainte-
nant il s'est emparé du pays du roi, de la ville de Sumura et
de vos villes fortes. Et tu as dit : J'enverrai des troupes d*ar-
chers en grand nombre et tu briseras les ennemis du roi (en
les chassant) de ce pays et tu ramèneras tous ces paysan roi.
Enfin toi, grand soigneur, ne te formalise pas de cette lettre.
140 JUILLET-AOÛT 1801.
75
TRENTE-CINQUIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[i] [J] an-im ik-bi. . . [2] na sàr mat mat
ki-am(?) [3] [sàr ta]-am-ha-ra an nin [4] sa(?)
er gub-la ti-di-in [5] [ag-ga] a-na sàr-ri en-ya [6] [a-
na] gïr-mes en-ya an-par-ya [7] vu su vu a-an am-ku-ut
li-ma-ad [8] i-nu-ma is-tu ka-sa-ad [9] [ a-ma(?)-an ap-
>a a-na muh-ya [10] ka-li lû-mes gaz-mes na-at-nu
11] pa-ni-su-nu a-na ya-si a-na [12] ka ù bi-i | nït a-si-ir-
[ta] [i3] ù ï-es-me en-li [i4] a-mâ-te-mes nit-su
ù [i5] lû-mes ma-za-ar-ta a [16] na-za-arer
sâr a [17] a-za sab-mes kas-ta-ti [18] smn-
ma ya-nu sab-mes bi [19] ù en-ni lu(?) sii ka
[20] mat-mes a-na lû-mes gaz-mes si-me
Verso,
[21] is-tu za-bat er ba(?)-ar(?) [22] a-ua bi-i [ nït a-si-ip-
ta [28] û ki-na-na tu-ba-u-na(?) [2^] i-bi sa er gub-la û
[26] er be-ru-na-ki û en [26] ka-ii mat-mat-mes a-na lû-
mes gaz-mes [27] 11 er-ki-mes ir-ti-hu a-na ?
[28] ù tu-ba-u-na la qa-na(?) [29] es-tu qa-at sàr-ri ï-ï-
si ? [3o] en-li lûmes ma-za-ar-ta [3i] a-na 11 er-
ni-su a-di a-zi [32] qas(?)-ta-ti û mi-im-ma [33] ï-
da-na-ni a-na a-ka-li mat [ 34 ] ya-nu mi-im-ma a-na ma .. . .
si-na-nu [35] ki-ma hu sa i-na lib-bi [36] bu-ha-ri ù ki-
lu-bi sa-ak-na [37] ma a-na pa-ni-su [38] .....
da(?)-la-ki sa-ni-tam [39] ia-a i-li-e [ào]
la-qa-ya es-tu [ài] na-ak-ri-su [42] en-ni-
ib-sa-at [43] mat-ki-mes [44] tur-J [nït]-a-si-
ir-ta
CORRESPONDANCE D^AMÉNOPHIS. 141
Sur le bord,
[45] [nït] ur-ku ù [46] ma mat-mat-mes sàr-ri a-
na [A'j] su. ... .
TRADUCTION.
Recto.
Rib-Addi dit au seigneur du monde roi guer-
rier : Que la dame de Gubla donne la puissance au roi , mon
seigneur. Je me jette sept et sept fois aux pieds de mon sei-
gneur, mon soleil. Apprends que depuis qu*Aman-Appa est
venu près de moi , tous les combattants se sont tournés contre
moi(?) ^ pour se ranger avec obéissance du côté d* Abd-Asirta ;
que mon seigneur écoute les paroles de son serviteur
et (envoie) des troupes de garnison pour garder la ville. . .
... de fortes troupes d'archers S'il n*y a pas
d'archers et le seigneur les pays
aux combattants (rebelles) Écoute
Verso et bord.
de la prise de la ville de Baar(?) par ordre d'Abd-Asirta;
et certes tu viendras de la ville de Gubla et de
la ville de Beruna. Et tous les pays aux
soldats (rebelles) qui ont troublé ces deux villes et tu
viendras (?) par(?) la main du roi; qu'il expédie
des chefs de garnisons à ses deux villes, avec de fortes
[troupes] d'archers et qu'il nous donne quelque chose pour
' Littéralement : «ont donné leur face à moi»; comparez lexpressioii
hébraïque KlilH ^""K^ '>2^'nH înK (Lévilique, xx, 3).
142 JUILLET-AOÛT 1891.
la subsistance du pays. Il n y a rien pour nous
sommes comme un oiseau qui est enfermé dans un fdet ou
dans une cage devant lui Puis
il ne montera pas de(?) cet ennemi. . . .
les pays ont été pris par les fds d*Abd-
Asirta, serviteur du chien, les pays du roi sont à lui.
76
TRENTE-SIXIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[i] I ri-ib-id-di ki-bi-ma [2] a-na sàr be-li-ya a-na ki-ta
[3] gïr-mes be-ya vu ù vu am-ku-ut [4] i-nu-ma sa-bar
be-li a-na is-ku-ma (?) [ 5 ] is-tu mat mes za-Iah ( .►^j-bi û is-tu
[6] er-ki u(?)-ga-ri-te tu-lï(?)-ku-na [7] la-a-mi-i li-u us-sar
[8] is-rit-mes-ya a-na as-ra-nu [9] i-nu-ma nu kur-tum ]
a-zi-ri [10] it-ti-ya ù gab-bi lû-mes ha-za-nu-tum [11] sal-
mu-su ki lib-bi-su-nu [12] ti-la-ku-na is-rit-mes-su-nu
[i3] il te-lï-ku-na hi-si-ih ta-su-nu [i4] sa-ta mi-nu-um
ya-di-nu [i5] [ga(?)]-am-ri-ma ii ba-la-lam [16] sàr a-na
lû-mes ha-za-nu-ti ib-ri-ya [17] û a-na ya-si la-a-mi
[18] ya-di-nu mi-im-ma û pa-na-nu [19] a-na lu a-bu-ti-
ya i-sa-ru [20] is-tu è-gal-mes kû-par mes [21] û mi-
im-mu a-na ba-la-ti-su [22] ii ï-si-ru be-li sab-mes
[28] a-na sa-a-su-nu il a-nu-ma [2^] a -na-ku . as-bu-ru a-na
be-li-ya [26] a-na sab-mes ù sab-mes ma-za-ar-tu [26] la-
a tu ù [27] mi-im-mu mi [28] ï-da-
nu [ya]-a-si [29] ya am [3o] a-
na-ku tar [3i] sàr be-li u
Sur le bord.
a\ sar a-na iu-mes mi-si gab-bi ia(.^)-na u ya(t*)is mes sar
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 143
[b] ta-di-nu-ni a-na tur-mes nït a-si-ir-ti [c] u ma-a-ti ta-
di-nu-ni tur-mes J nït a-si-ir-ti [d] a-na sàr-ri da-an-ni û
ki-na na-darnu.
Verso,
[3i hi$] il u-iz(?) [^2] ki a-na-za-ar [33] sa-
bar-ti [34] la-ku-mi ma [35] tur J nït a-si-ir-
ta su-nu [ 36 ] er ki gu-ub ni [ 3^ ] a-na ya-a-si
ù ti [38] lu tur si-ri-ya a-na .... li-ya [39] sab-
mes la-a ï-sa [4o] ù lu tur si-ip-ri [/|.i] la-a
tu-sa-zu-na [4^] û us-si-ra-su qa. . . mi [43] sab-
mes ri-zu-ti sum-ma sàr [44] za-ir er-ki-ma û i-zi-
ba-si [45] il sum-ma ya-ti-ya u [46] i-pa-ta-ra-ni
mi-si [47] us-si-ra lii-ka pi(?) si [48] mi-
nu-mi la-a ï-da-nu [49] is-tu è(?) gai mi-im
[5o] a-na ya-si la sab-mes ha-[za]-nu [5i] ii i-sa-ra-
bu mat-mes [i-na] bil [52] as-ta-bar as-ta-ni la
[53] ya-tu-ru-na a-mà-tu [54] a-na ya-a-si za-ba-tu
[55] ka-li mat-mes sâr be-ya [56] ii qa-da be-li tu-tu-su-
nu [57] il a-nu-ma i-na na-tu [58] lu-na
sab-mes mat-mes ha-ti [59] ... ha-za-nu-ti er-ki gub-[la]
{60] il mi-lik a-na er [61] ii la-a-mi ï-is-mi, « . . .?
TRADUCTION.
Recto,
(Moi) Rib-Iddi, je dis au roi, mon seigneur ; Je me jette
«ept et sept fois sous les pieds de mon seigneur. Mon seigneur
me fait dire : Envoie les forces des pays de Zalahhi(?) et de la
ville de Ugarit ; qu elles viennent renouvelle nos
approvisionnements. Voici Aziri est mon ennemi (?) et tous
les liommes de garde (?) lui veulent du bien. Tu prendras
144 JUILLET-AOÛT 1891.
leur approvisionnement et tu prendras leur fourniture
Pourquoi a-t-ii donné et le roi n'a donné de
vivres ni aux hommes de garde , mes amis , ni à moi. Et der-
nièrement le roi a envoyé à mes ennemis de T argent et tout
ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance , ainsi que
les troupes dont ils avaient besoin , et voici , moi , j'ai demandé
à mon seigneur des troupes et il ne m'a pas même accordé
des hommes de garde ; il ne m'a rien donné moi
le roi , mon seigneur.
Sur le bord.
Le roi aux hommes du roi
.... tu as donné aux fils d'Abd-Asirti et quand tu as donné
aux fils d'Abd-Asirti au roi puissant
donné.
Verso.
pour que je garde le fils d'Abd-Asirta
eux la ville de Gubla
à moi mon propre fils , n'a pas envoyé
de troupes et tu n'as pas laissé partir le messager
expédie-le. Si le roi envoie des troupes auxi-
liaires, l'ennemi abandonnera la ville et s'il vainc
expédie tes hommes il ne m'a rien donné du palais
à moi les troupes de garde brûleront
les pays par le feu. J'envoie demander et s'ils ne me
donnent pas des nouvelles et la prise de tous les pays du roi ,
mon seigneur et seigneur l'apprendra et
voici les troupes du pays de Hati , les gardiens de
Gubla, et un ordre à la ville et on n'a pas écouté.
CORRESPONDANCE D AMENOPHIS. 145
77
TRENTE-SEPTIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[i] [a-na] sâr-ri en-y a [2] an par-ya um-ma | ri-ib-an-im
[3] nït-ka-ma a-na gïr-mes en-ya [à] an par-ya vu su vir
ta-an [5] am-ku-ut ï-es-me sâr-ru [6] en-H a-mà-te nït
[ 7 ] ki-ti-su ma-ri-is ma-gal [ 8 ] a-na ya-si ga-ag kur-nu-tum ^
[9] y tur-mes nït a-si-ir-ta i-ri-bu [10] i-na mat a-bar-ra
a-sa-su-nu [11] ka-li mat-ki er su-mu-ra [12] û er ir-qa-
ta ir-ti-bu [i3] a-na lû-gal ù a-nu-ma i-na [là] er su-mu-
ra i-zi-za-ti [i5] i-nu-ma ma-ri-is lû-gal [16] mub nu-
kur-ti i-ti-zi-[ib] [17] er gub-la ù ya [18] | zi-im-
ri-da [19] J ya-pa-an-im ti-ya [20] a-nu-ma
ki a. . . . . ï-es-ta-pa-ru [21] lû-gal a-na sa-su-nu û. . .
[22] ..... ti-es ma na a-na sa-su [2 3] i-es-mi sàr-
ru en-li-ya [2/1.] [a] -mà-te nït ki-ti-su [26] us-si-ra be-la-
ta [26] ki-ma ar-bi-es a-na [27] er su-mu-ra a-na na-za-ri
Verso.
[28] ka-sa-ad sab-mes [29] qas-ta-at sâr-ri an-par
[3o] û ï-sa-am-ri-ni sâr-ru [3i] an-par lû-mes sa-ru-ta es-
tu [32] lib-bi mat-su sa-ni-tam ï-es-mi [33] sâr-ru en
a-mà-te nït-su [34] û-us-si lûmes ma-za-ar-ta [35] a-na
er su-mu-ra ù [36] a-na er ir-qa-ta sum-ma [37] en-na...
tu ka-li [38] lû-mes ma-[za]-ar-ti is-tu [39] er su-mu-ra
...au [4o] ï-it-ru-uz-za me-ni(?) [lu] en an par
mat-zun ù [^2] id-na-ni xx ta-bal [43] ïb-kur-ra-mes a-
na ya-si [/|4] û us-si-ra be-la-ta [45] ki-ma ar-bî-es
' Interversion pour ag-ga nu-hur-tam.
XVIII. 1 o
■ iir«iui.>iE .\4riu\«Lr..
146 JUILLET-AOÛT 189L
[46] a-na er su-mu-ra a-na [^7] na-za-ri se ka-li [48] lu
mes ma-za-ar-ti [49] sa-a ir-ti-hu mar-za [5o] û zi-mu-ru
lîi-mes [5i] i-na lib-bi cr sum-ma [5a] la -a sab-mes
qas-ta la-a [ 53 ] at ( ? ) ma ( ? )-ru-na û
Sar le bord.
[54] ya-nu er sa-a-ti îr-ti-hu [55] a-na ka. . . û ial-nin(?)
sab-mes qas-ta [56] i-ba-&a-at ka-li mat-meà [57] ni-
lï-ka a-na âar-rî
TRADUCTION.
Recto,
Au roi, mon seigneur, mon soleil, il est dit ceci : Moi, Rib-
Addi, ton serviteur, je me jette sept et sept fois aux pieds de mon
seigneur, mon soleil. Que le roi écoute la parole de son serri-
teur fidèle; je suis dans une profonde douleur. La puissance
hostile des enfants d'Abd-Asirta est entrée dans la Phénicie ;
ils ont soulevé en leur faveur toute la région de Sumura et de
Irqata contre le chef. Et maintenant la résistance (?) est orga-
nisée dans la ville de Sumura. Et le chef attristé résiste (?) à
TennemL La ville de Gubla » Zimrida
Yapa-Addi, mon maintenant j*ai envoyé le
chef chez eux. Ils ne Tout pas écouté que le rôi ,
mon seigneur, écoute les paroles de son serviteur fidèle ; qu'U
expédie des mercenaires (?) aussitôt que possible pour âecounr
la ville de Sumura.
Verso.
[J'attends] l'arrivée des troupes d'archers du roi soleil et
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 147
que le roi chasse les hommes du désordre (?) de son pays. De
nouveau je prie le roi d'écouter les paroles de son serviteur et
d'envoyer des troupes de garde à la ville de Suniura et à la ville
de Jrqata. Si toutes les troupes de garde de la ville
de Sumura a dirigé (?) seigneur, soleil
des pays, qu*il me donne ao attelages de clievaux et qui!
dirige des mercenaires aussitôt que possible iur la ville de
Sumura pour garder tout le pays. Et les hommes de garde
qui se sont soulevés, punis-les (?) et des honmies
dans la ville. Si les troupes d'archers ne
Sur le bord,
il n'y a pas ; cette ville s'est soulevée contre toi et les
.... les troupes d'archers . . . . ♦ envahit tous les pays
nous irons près du roi*
78
TRENTE-HUITIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto*
(Il ne reste que le tiers inférieur de la tablette.)
[i] um(?J [a] lû-meà ma*a-ru. .....
3^] »a-ad in-si [4] û da-lu si. . . . . [5] ù da-
i ma-a-ri [6] àu-ut ï-di ni^sa-su [7] û armi
kal(?) i-na na-nu-ma [8] su»ut-pi(?) be«la^at*&u-iti|
[g] i-nu-ma i-ka-si^is a-na^ku [10] lii-mes Ȉr(?) nu-si-tu i-
na ya-si [11] ù-»u*ut te-ela-at-sumu-ma [13] û li-im-lik
sàr nit-su [i3] li-si-ra ààr lii ra-bi-a-su [i4] wr
i-na aà-ri4u[-nu (?)] [i5] mi-tam is^ta-hi^d [16] . .
. . . ma ib mes i-ik-bi [17] èâr ni o-i
na nit
10.
J48 JUILLET-AOÛT 1891.
Verso.
[18] ad qa(?)a-na [19] si... su [26] .
....a-si [21] su... ï-is-mi-nu [32]. a nït
ma-â-di be-ni i-nu-ma [28] a-nu-mi li-im-na ï su
[24] a. . . tam sa-ru im-ma [26] a-na. sâr
en-ya a-mà te ï. . . mar [26] û a-mâ-te da-mi-ik sàr be-nî
[27] qa-be-te a-na sâr be-ni-ya us(?)-si-ra-mi [28] sab-
mes qas-ta-ti û ti. . .. . . as-ra-la [29] mi-kal(?) mi ï-ma-
lik ab-zi da-ni [3o] sab-mes qas-ta-at sâr be-ni-ya
[3i] te-ik-bu ab-ru-um [82] be-ni-ya
[33] sab-mes qas-ta-ti [34] ad
Sur le bord.
[35] ya-nu-mi-su a-na qa [36] si-i-
na na-[da]-ni a-na [37] lu
TRADUCTION.
Recto et verso.
les hommes et grand (?)
au sujet (?) de leurs mercenisures moi, les troupes
de marche chez moi et au sujet de leurs
.... et que le roi conseille son serviteur et lui envoie de ses
grands; qu'il remette à sa place des chevaux. ....
..... il a dit le roi au serviteur. . . . .; .
à il nous a entendus le serviteur
sincère du seigneur multitude au
roi , mon seigneur, des paroles et de bonnes .pa-
roles de mon seigneur, le roi dis au roi , mon sei-
gneur, qu'il envoie des troupes d'archers qu'il
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 149
donne des troupes d'archers ■, , tu as dit ...... w . .
mon seigneur *...... des troupes d* archers.
Sur le bord,
à ta main à .
79
TRENTE-NEUVIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[i] y ri-ib-[an-im] [2] [a]-na en [3] an
nin sa [4] ti-din ag-ga a-na [5] [a]-na
gïr-mes en-ya an [6] vu su vu a-an am-ku-ut
[7] . . . di-sum(?) en-li i-nu [8] nin-at er gub-la. .
[9] ... is-sa ri-it mes [10] sa. . . gi-
rib nu-kur sa sab gaz-mes [11] lit ya ga-am-ru tur
mes-su(?) sal-mes [12] sab. . . bit-mes i-na na-da-ni
[i3] mat ya-ri-mu-ta i-na. . . [i4] i-na ba-la-at zi-
ti [i5] ... ya sal da um(?) la te du(?) [16] ma-si. ... . .
as-sum ma-li [17] ... ri im as-ta-bar ar-si
[18] ta-ni a-na bit ma as-sum ta(?)-gi-ka-nu [19]
i-da-gal a-pi... mes... a [20] du-na li-es-mi
[21] te-me
Verso,
[24] ka [25] . . . sâr-ri en-ya J a. . . . .
[26] . . . er ir-qa-ta i-du-ku nït(?) [27] ... mes-ka a-na
..... ya-nu [28] sa ma a-na [29] ] nït a-si-ir-ta
si an [3o] iz-za-bat er ar ta [3i] u(?) an-
nn-us na-an-na [32] en-na(?) sa(?) ha-ti.....
160 JUILLET-AOÛT 18Q1.
[33] lî da Bar be4i [34] i-nu-ikia i-za-bat lar lia^U
[35] ka-lî mat-mat ku-ti-ti [36] sâr mat mi*-it-'ta-ni<'ma
[37] sârmatna-be(?)-ma [38] ... »àr sâr ra-bu . . . ?
[39] I nit a-si-ir [4o] ur-ku ï-lï [4i] is-sî-
ra [4a] . . . dan
Sar le bord,
[a] I a-bi(?) es [h] ra-ya-tam is
[c] par-ra a-na-ku a-na,
TBADUCTION.
Reclo.
t\ib-Addi dit au seignem* que la dame de Gubla
donne la puissance au roi, mon seigneur; je me jette sept et
sept fois aux pieds de mon Seigneur, mon soleil . « La
dame de la ville de Gubla au milieu de T ennemi, les
combattants La totalité de ses fils, de ses femmes
et des gens de sa maison , en donnant pays de
Yarimuta en pour sauver la vie, j*aî
envoyé je m'enfuirai (?) il se confie
qu'il écoute
Verso.
Le roi , mon seigneur ville de Irqata , il a tué
tes serviteurs pour. ^ « . . à Abd-Âsirta% ...,,...» il
prendra (?) la ville de Ar* » certes le prince de Hati
k . le roi , mon seigneur que le roi de
Hati pfendrii tous les pays de Kutiti et le roi du pays dç
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 151
Mittani, le roi de Nabema(P) ces grands rois, Abd-Asirta. .
chien , il montera et il enverra des troupes.
Sar le bord.
J'envoie à
80
QUARANTIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI»
Recto.
[i] [| ri]-ib-lia-ad [2] bi a-na en-su [3] .
.... mat-ki-zûn sàr gai [4] an nin sa er gu-ub-la [5] ti-
id-di-en din(?)-na [6] a-na sàr be-li-ya [7] a-na gïr-mes
en-ya an par-ya [8] vu su vu ta-an am-kut [9] lu-u i-di
sàr en-ya [10] i-nu-ma sal-ma-at er gub-la [11] sai-lat
ki-it-ti sa sàr [12] ù ag-ga ma-gal nu-kur-tum [i3] sa
çab-mes lu gax-mes [i4] muh-ya ù la-a a-kul(î)-me(?)
[i5] sar en-ya is-tu
Verso.
[16] er su-mu-ur-ki [17] . . . a en-ni-bu-us [18] a-
na sab mes lu gaz-mes [19] i-na lu pa-Arâ ( ? ) sar-ri [20] sa
i-su-u i-na er su-mu-ur [21] ba-da-ta-at er ki [22] a-nu-um-
ma ^ pa-ha ta [23] lu pa-Ara(?) sàr sa i-na [2^] er
su-mu-ur ki sa da-(?)-me (?) [26] bu-us-qu ( ?) ù ma-na-ru '
26] sa muh er gub-la [26] ïs-tu mat ya-ri-im-mu-ta
27] nu-bal-li-it [28] ag-ga-ma gai nu-kiu*-tum [29] sa(?)
' Le dernier mat fait peut-être partie de la ligne prëccdeuie.
152 JUILLET-AOÛT 1891.
nu û u-ul [3o] muli-me sàr is-tu [3i] hal-
ki-su
TRADUCTION.
Recto.
Rib-Haddi ^ dit à son seigneur, roi du monde , roi grand :
Que la dame de Gubla donne la puissance au roi, mon sei-
gneur; je me jette sept et sept fois aux pieds de mon seigneur,
mon soleil; que le roi, mon seigneur, sache que la ville de
Gubla, esclave fidèle du roi, est tranquille. De grandes
forces ennemies composées de nombreux guerriers (se
jettent) sur moi et je ne le roi, mon seigneur,
de
Verso.
la ville de Sumur nous ferons ces
troupes guerrières par le lû-pa-kâ ( .^) du roi qui a transporté ( ?)
dans la ville de Sumur les hadatât^ de la ville. Voici (?)
Paha le lu-pa-kà qui est dans la ville de Sumur . .
qui sont contre la ville de Gubla
du pays de Yarimuta nous faisons vivre (?). La grande force
ennemie de contre le roi de
* L*orthographe Haddi au lieu de Addi prouve la prononciation douce
du i^ cunéiforme que la plupart des assyriologues assimilent au ^ [kh)
pointé des Arabes.
* Serait-ce une faute pour halatât «les vivres»? On peut aussi songer à
madaiât «les tributs».
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 153
81
QUARANTE ET UNIEME LETTRE DE RIB-ADDI.
Recto,
[i] a-na [2] um-ma J ri-ib [3] am-ku-ut
de [4] en-ka si(?) [5] ti-di-mi
[6] pa-ni sàr-en [7] ta-as-bu-ra [8] si-en-
ni [9] sa er gub-la [10] ka-mes ù
[1 1] a-na ya-si ù [12] is-ka-da [i3] ù na-
ad [i4] ..... ba4a-tî [i5] sum
[16] ti-i-di [17] sa-a
Verso,
[18] a-na mi [19] ub-ri [20] na-
mu sa [21] ... ul ta-ak [22] ï-ï-si-ru-ma
[28] pa-ni sab-mes kas [2^] tu-sa-am-ri [2 5] is-
tu lù-mes [26] sum-ma mu-mes [27] ï-za-
na sab-mes [28] û in-ni [29] mat mat ki-
mes [3o] sum-ma qa [3i] ù ya-nu
[32] is-rit lû-me [33] . . . mes-ka [34] ...
a-di mu
Sur le bord.
[35] pal-ha-ti iû-mes hu-ub [36] ul-ti ma-ha-za-
na
154 JUILLET-AOÛT 189L
TRADUCTION.
Recto.
A ainsi : (Moi) Rib-Addi, je me jette
. . . que la dame de Gubla donne devant ie
roi , mon seigneur tu as envoyé de
la ville de Gubla tes à moi
la vie si tu sais
Verso.
à ami tu n*as pas
. . . qu'il expédie devant tes troupes de marche des
hommes, si les noms(?) des troupes
.... des pays si sinon
approvisionnement tes
jusqu'à
Sar le bord.
La crainte des hommes des villes
82
LETTRE ADRESSÉE X RIB-ADDI PAR SON PERE.
Recto.
[i] [ajnia y ri-ib-an-im [a] tup-ya ki-bi-ma [3] um-ma J
lu-gal sab-mes-at-ka-ma [4] a-bi-ka an-mes-nu [5] su-
lum-ka su-lum bit-ka [6] li-is-da-i-di(?) [7] kâ bu-u la>
a-mi [8] lï-ti-en-nu e-ri-ib [9] lû-mes sa er su-mu-ri-ki
CORRESPONDANCE D'AMÉKGPHIS. 155
[lo] ... ra-ki-ya mu-ta-nu-mi [ii] î-na er su-mu-ra-ki
[13] mu-ta-nu-u muli(?) [i3] lû-mes-u û i-na. . .
[là] ïb-mes ma-an-nu mu. . .? [i5j mub-lii ib-mes i-nu-
lua [16] la-B ta4a-ku
Verso.
1-7] îb-mes û u ba. . . fi8] ib-mes sar-rl [19] û u-ul-
a-a [20] hal-ku mi-im-mi [21] sàr a-ki u-ba-a-su-nu
[22] be-lu-su-nu siim«ma [28] sàr-ru en-si (?) ïb-mes
[24] bu-a-mi ïb-mes [26] sàr am-mi-niln-mi [26] te-ib
bu-su ki-su-ma [27] a-na nïl-mes e sàr [28] us-si-ra-am-
mi iû-mes [29] [a]-na na-za-ar er-ki [3o] ... iu-u sab-
ra-ti [3i] ... sàr muh-hi-ku-nu [82] ... sab-mes. . ,
i-na
5ttr le bord,
[33] ... ku^mu muh-hi gab. . .
tRADUCTION.
Recto.
A RIb-Addi, mon fils, il est dit ainsi [par] le chef de tes
troupes, ton père : Que nos dieux consolident (?} ta paix et la
paix de ta maison. La porte entrer des hommes
de Sumur. La peste ( P ) dans la ville de Sumur ; les pestiférés
les hommes et dans les chevaux qui
tu ne montes(?] plus à cheval
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 157
ki-ti sâr. .... [37] [be]-ni-ya an-nu-[um] us
[28] a-na è-gal a-na mi [29] la-a es-tap-pa-ar-ma
[3o] ... na-ni a-na ka-tu [3i] û es-tap-pa-ar i-na
[82] nu-kur ag-ga muh-ya. . . ? [33] û pal-lia-ti da
[34] la-qa-a er su-mu-ra [^^] mi-nu-qa-ma mi-im-
ma [36] a-na sa-^-su ki-na. . . * . [87] ud(?) da-an pa-
ni-su U [38] ... la ï-es-ta. .... [89] . . . ra-su
[4o] . . . ku
TRADUCTION.
Recto.
ne Ari depuis l'envoi (?) ....
la ville de Gubla maintenant envoie Aziru,
des troupes alors les dieux et
sinon la ville son ennemi
Verso.
le roi mon seigneur, voici
au palais je n'ai pas envoyé à toi
et j'ai envoyé contre la puissance ennemie qui m'at-
taque et la crainte. . ....... prendre la ville de
Sumur et tout ce qu'il a. . . devant lui il
n'a pas envoyé son messager (?) . .......
84
QUARANTE-TROISIÈME LETTRE DE RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[1] [J ri-ib]-an-im ik-bi [2] um-ma [a]-na sàr mat mat zun
158 JUILLET-AOÛT 1891.
[3] an nin sa er [4] [ti]-di-en ga-ag^
a-na [5] [be-li]-ya a-na gir-mes en [6] na-
ya VII su VII a-an am [7] i-di sàr-ri en*li
[8] [ag-]ga nu-kur«tam sa-a ? [9] []] nït a-&l-ir-ta
muh [10] ki ka-li er ki [11]
ma II er ki ir-ti-hu [la] ya-»î û su-nu-tam
i3] a a-nu-ma ki-ma hu [i4] . . ♦ i-na lib-bi hu-
la-ri [i5] [sa]-ak-na-at ki-na-nu ? [16] ku
i-na lib-bi er gub-ia ? [17] ï-es-me en-li a-
mâ-te [18] na-a-nu-ma i-na ? [19]
be-ru-na i-ba-sa-ti [20] ù
Verso.
[34] [a]-na-ku [35] i-ri-si. . . .
[37] [ki-ma] ar-hi-es ù [38] ma^za-ar-ta
TRADUCTION.
Recto,
Rib-Addi dit ceci au roi du monde : Qae la dame de Gubla
donne la puissance au roi, mon seigneur; je me jette sept et
sept fois aux pieds du roi , mon seigneur. Sache , ô roi , mon
seigneur, que la puissance hostile des fils d'Abd-Aàirta
contre toutes les villes ces deux villes , ils les ont
soulevées contre moi, et elles et voici, je suis
comme un oiseau qui est dans un filet ou dans une cage.
Comme nous dans la ville de Gubla
' ga-ag pour ag-gci; le scribe, habitué à récriture phénicienne qui se
dirige de droite à gauche, a renversé par distraction l'ordre de» caractères
onn^iibrmcs.
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 159
que le roi écoute les paroles à présent il a en-
vahi Beruna
Verso.
Moi je désire aussitôt que possible, . .
.... de garde
85
LETTRE ÉNUMÉaANT DIVERS OBJETS ENVOYÉS AU ROI.
Recto.
[i] u-nu-tu sa ik(î) [a] ... [ri-ib]-an-iila ù
a-na sa-lu [3] ma ii li-im a [4] da-
sû(?) bit(?) [sâr]-ru-ta [5] . . ► li-im J li-im me bi
[6] G ub gai G ub se-bu [7] i su bit ru
«(4)(?) [8] I gi(?) ba mat [9] . . . gi(?)
ku ku li [10] gi(?) ir [u] . . . ma ki se. .
... [12] ... nam(?) si-ti [i3] as-ku-ma
[i4] li [l5] xl(?)..... [16] ..
... as mat as(?)-ru [17] i gïr ii kû-gi(?) mu-lii
[18] ka XL su kû-gi(?) [19] ka. .
. . . si-na-sa [20] xUb iiii [21] xvsa
ba-li XV ma-ar [22] i sal nît nit-mes
[aS] ya-nu na-an-nu te-lik-si [a4] nït(?) |
tu-ra-na [a5] û li kû-par(?) mes [26] c kû-gi
[27] ba-lu [28] a-hu [39] dan-na
û [3o] la-a ï-bu-su
Verso,
[3i] it ta-da nit an [32] | i-a-zi-mi ri-sî
100 JUILLET-AOÛT 1891.
[33] sâr-ru a-na la-ki-si [34] ti-da-ga-iu pa-na. . . .
[35] ù a-na nït-an-im [36] sàr-ru us-si-ir u. . . ,
[37] a-na sa-se û [38] sàr-ru i-na sa-me. . . .
[39] la-a u-nam-di-nu [4o] a-nu-ma ka-li-u-nu. . . .
[4i] a-na ma-har sàr [ia] bi [43] .
. . . ru a-na sa-a-su [44] a-na en-ya u da-me-ik.
... [45] a-na lu tab(?) ga-ya
(La moitié inférieure du verso ne porte pas d'écriture.)
TRADUCTION.
Recto.
Les ustensiles que Rib-Addi et à
de la maison royale 100 ub grands, 100 uh petits,
1 su 1 gl bamat[^) i gi kakuli, 1 gi
60 1 g'îr 1 2 60
10 au milieu 3 1 5 . 1 5 . . .
1 servantes servitem^s sinon . . .
tu la prendras (?) ......... de l'argent
1 00 or ils n'ont pas fait
Verso,
est connu le serviteur lazimi le roi pour
la prendre tu confieras à lui et Abd-
Addi le roi envoie à lui
roi dans le ciel (?) ne donnera pas. Voici , tous les
ustensiles devant le roi à lui
à mon seigneur qu'il plaise (?) à mes
amis(?)
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 161
86
QUARANTE-QUATRIÈME LETTRE DE RIB-ADDl(?) AU ROI.
Recto,
[i] qa-at [2] sârbe-li [3] ..
. . . vii(?) û [4] i(?) âa be [5] ï
nït a-si-ir-ti i-nu [6] lib-bi-su-nu
[7] e-su-nu [8] ma-ti-i-su a-na [9] qa(?)
am-ma ku-mi-u [10] sab-mes sàr a-na* ., . .
[1 1] û ba>za-ni sâr a-na [^^1 ^ iû-mes pi-hi û
[ 1 3 ] i-na-an-na sa qa [ 1 4 ] lu-mes pa-kâ ( ?) tam sâr be
V . . . . [1 5] û ra zu-lû [16] sa ka-bu tam-ma
[17] tu(?) er e a-na [18] er ki be-
ru-naîr-ti-ha(î) [19] ù ti-ba-u-na si-la [20] .....
ki mi-si-a-ti si [21] ïï-ku-na i-nu-ma
[22] kam
5ttr le bord.
[a] tu a-na [h] lib-bi [c]
... û a-na [d] si i ii-na [e]
.... sa-su-nu û [f] la-a ï
Verso.
(La partie supérieure est brisée.)
[1] si [2] er [3] sâr. .... [4] sâr mat-
mes ha-ti i-nu-ma bar [5] a-na tur-mes nït-mes ur-
més ki na [6] ï-ha-mi-ta us-sir sab-mes
[7] sâr ù ï-lï-ki-na-nu si [8] ti-ni-bu-ùs ^ mat-mes a-
* ti-ni-bu-ai, pour ni-ti-ba-aS , inversion par inadvertance des deux pre-
miers signes.
xvin. 1 1
m JUI^LËT-AOÛT 1891.
na àâr be-ya [9] mi-ya-na-nu ur me^ ka-bu ium-ma
[10] y. . . ya-mâ-zi pal-ha-tu àar be [11] la-a la-ki-
àu-nu àum-ma sâr be. . . . . [12] i-ik-bu a-na lu gai er ki
[i3] a-na \û gai ei^ki ku-Bni-di-li [là] . . . iz a-
mi-la ku-na-nu ar [i5] a-na ya-si pa-nu-su-nu
[16] nu-ma-ti e-te-bu. .... [17]
a-na lû-mes bit [18] ..... me& ya ia [19]
ru bu-hi-ir [20] ..... bi-hi(?). .....
TRADUCTION.
Recto,
la main de le roi ^ mon seigneur ....
7 (?) et j qn*Abd-Asirti
leur cœur quand ils ...... . à les trempes
du roi et les gardiens du roi à et les çqhi*
mandants maintenant les là'pa'kà[?)
du roi , mon seigneur à la ville de Be-
runa il a soulevé et tu viendras
Toici
5ttr le bord,
à cœur à lui
eux ne
Verso,
(La partie supérieure est brisée.)
la ville le roi w . le roi du p^ys
de Hati voici aux fils des serviteurs des honunes
...-,. il a dépéché (?) , envoie des troupes »
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 163
. roi, il nous prendra tu restitueras
le pays au roi , mon seigneur les hommes , il leur
dit la crainte du roi, mon seigneur ils
ne sont pas allés (?) si le roi, mon seigneur il a
dit au ichef de la ville de KumidUi à moi devant
eux ils ont fait aux hommes du palais
mes assemble
87
QUARANTE-CINQUIÈME LETTRE DE RIB-ADDl(.I^) AU ROI.
Recto.
(Le commencement manque.)
[i] [a] muh-su ù [3] ma-gal a-di
ti-iz ki(?) [4] . . • i-bi-sa û i-nu [5] ta
tup-pa-mes a-na lu-mes ha. . . [6] û ti-ba-u-na i-bi-is
[7] sum-ma ya-nu sab mes kas-ta. . . . . [8] nu-na-nU a-
na za-ba-ti er [9] u ti-zi-bu-na za-bat mi-ni(?) [10] er ki-
mes gub-ub-li ù mi ... ? [11] ti-bu-na sab-mes kas-ta-tu a . . * ?
[13] i-nu-ma sa-bar-mi sàr be-li [ 1 3 ] a-nu-ma sab mes a-za-at
û ti-na [i4] ka-ya-bu-tu û ka-ma-mi [i5] ya-nu-mi
sab-mes kas-ta-tam la [16] tu-zu-u da-nu muh-nu
[17] ba-li azi çab-mes kas [18] sa-
bar-ti an-ni-ti [19] ku-mi lu la [30]
mi er-mes gub-ub-li [31] i-na ti-bu-na sab-meà
[33] ri-ib-ad-di
Sur le bord.
[a] mi na-nu i. . • • • ya [h] su-nu i-nu-ma
ya [c] nu-la-ku ù ya bi 1 [d]
la ku i-bi-ki er [e] bi-ï-ri sum-ma ni
[f\ is'rit mes
11 .
164 JUILLET-AOÛT 1891.
Verso.
[23] 9-na a sâr-mes pa-nu [24] ti as
du(?)-li [26] û at-ta la-a ti-zi-îb-bu [26] sum-ma ya-nu
çab-mes qas-ta-tam mu-rù-nu [27] û us-si-ra is-rit-mes ti-
li-ku-ni [28] qa-du an-mes ma ( ? )-da-ti a-na be-ya [29] la-
a-mi ï-ig-ba sâr be-li ? [3o] mi-di-la za-ab-ta-at pa(?)
[3i] û i-na-an-na tu. . . ba [32] lù-mes
tm* [33] sâr-me [34] sab-mes
[35] û..... [36] i
TRADUCTION.
Recto.
(Le commencement manque.)
Et. contre lui beaucoup jusqu'à ce
faire des lettrés pour les hommes de
garde et tu viendras faire (?), sinon
les troupes d!archers pour prendre la ville et tu
nous laisseras (?) prendre la ville de Gubla l'ar-
rivée des troupes d'archers que(?) l'envoi du roi,
mon seigneur, à présent les troupes qui sor-
tent (?) il n'y a pas de troupes d'archers. .....
contre nous les fortes troupes d'archers
cette missive les villes de Gubla
à l'arrivée des troupes Rib-
Addi.
5tt/' le bord.
nous eux voici la ville
. . . si approvisionnement.
CORRESPONDANCE DAMENOPHIS. 165
Versio.
A les rois et toi , tu n'abandonneras
pas s'il n'y a pas de troupes d'archers
et envoie des approvisionnements. Tu iras avec les dieux . . .
• ; à mon seigneur . le roi, mon seigneur,
n'a pas dit n'a pas été prise et maintenant tu ... .
.... les hommes (envoyés) (?) du roi des
troupes
88
LETTRE D'UN GOUVERNEUR AU ROI.
Recto.
[i] en-ya an-par-ya [2] [ki]-bi-ma [3] . .
. . . di-tar nït-ka nit ki [4] sap-li 11 er e se(?)
[5] ri-en-ya a-na gir-mes |(?) sâr [6] en-ya
an-par-ya an-mes-ya vu su. . . [7] û vii-it-ta-an am-ku-ut
[8] a-mur-me a-na-ku nït | sar-ri [9] [**] ur-ru-du
I sar-ra en ya [10] ... du ya a-na gir-mes-ya ki [11] ...
ti-ya is-tu da-ri | sâr-ru be. . . . . [12] ri û
bi [i3] du-na ....
Verso,
N iM?) _ W ^••••: [3] .....
na-bara bi [4] û li-]i-ma-ad J sar-ru ki... [5] û li-
di-en-me | sar-ru en [6] xxx lu mes qa-du i(?) lii
si um(?) en [7] a-na na-za-ri er ki. . . e-ti(?). . .
[8] û a-nu-um-ma ha-ra-ni-ya u-se [9] ^ pa-nu-ya
a-na i-ri-bi [10] a-na ur-ru-ut J sàr-ri en-ya
166 JUILLET-AOÛT 189L
Autre fragment.
[ i] ù [2] a-na i [3] J ya-ab-ru
[4] a-na ya-si. ... [5] hnl-ik u [6] û ï-im-ku-
ut [7] qa-dii y ka-pi [8] qa-^lu iis-meà
[9] qadu lù-mel [10] û bu-hi [11]
du
TRADUCTION.
Recto.
mon seigneur, mon soleil il est dit . . .
le juge(?) ton serviteur, serviteur fidèle
... en bas, les deux villes le roi, mon seigneur;
aux pieds du roi mon seigneur, mon soleil , mes
dieux sept et sept fois je me jette. Regarde , je suis le serviteur
du roi , ; au service du roi , mon seigneur, à mes
pieds mon depuis longtemps
le roi, mon seigneur
Verso.
que le roi que le roi l'apprenne
et qu'il donne 3o personnes avec un officier (?) pour
garder 1^ ville et alors je ferai un voyage (?) et je
tâcherai d'entrer dans le service (?) du roi, mon seigneiu*.
Autre fragment.
Yabru à moi mauvais .
CORRESPONDANCE i>*AMÉNOPHIS. t61
toiïdbé àVÊc Kapi avec le^ îrèptfë
. . avec les teMtfeé. .... . ; et a9semMe(?) .
r'.-t
89
QUARANTE-SIXIElilE LETTRE Dit RIB-ADDI AU ROI.
Recto.
[i] a-na en [a] îàr ta-anâi-ka-[ar] [3] . .
. . . ti-di-en ag-[ga] [4] en-ya [5] ya vit
su vu a-an am-ku-nt [6] i-di sar-Wi? en-li i-^nu-mà
[7] ^g^'fe^l nu-kur-tum sa' nït a-si-ir-ta [8] bar-U
ki ka-li er-ki-mes-ya [9] sa-a-sù er gul^la û er be-ni
10] ... ha a-naya-si û 11 er er [11] au ik-bi a-na
û-mes [12] ku-mi en-ku-nu û en-ni
[i3] lû-mes-gaz ki-ma er am-mi [i4] . .
. . . en-ni-ib-su ar.a-na [i5] zi. . . lu bar-ra
bar te ù muh [16]' au lu ti-suû
si-ir-da-nu [17] a-Wi ma-har [18] []]
nït a-si-ir-ta i-na bi-ma a-bi-es [19] su bar(?) nu-u
a-na ya-si a-nu-ma [20] ba-ti ù qa-la-ti i-na
[21] ya la-a i-li-e a-a [22] as-ta-bar a-na
è-gal [28] te-ru-na a-mà-tu [24] an am-
ma-ba-az [26] â^ya [26] û
[27] bi u-ul ga(?) [28] la ta-
as
Verso.
[29] ad II it an. . . , . [3o] mes qa&*ta-ti ù
[3i] u-ul ï-ma-ku-ta [82]
ya û ï-lï-ka-ni as [33] gai ù mi-na a-na lû-
mes [ 34 ] nu-ma ki-ma Iiu sa i-na lib-bi
[35] [hu]-ha*ri û ki-iû-bi sà-ak [^^] • • . su-mà su*nu
168 JUILLET-AOUT 1891.
i-nia lib-bi [Sy] ad(?) nu ai sa-la-nm ta bar
..... [38] ii i-ri-si ga-am-m [Sg] mes
bit mes-su-nu [do] ri-mu-ta [4i] ba-la-^t-
à-su-nu a-nu-ma [4a] ak-bi a-na sa-a-âu-nu
an [43] sab-mes qas-ta-ti i-nu-ma ti-du
[44] ya-nu û an-nu-u na-a-nu [45]
ya-nu a-na ii it-mes la-a-tu [46] mes qas-ta-
ti û i-ti-la [47] nït a-si-ir-ta û ïl-ti-ki 11
[48] ..... na-nu er su-mu-ra lû-mes [49]
a-nu-tum. . . ba-as-su ù-lû [5o] ar it-ti-nu-
mi [5i] su ku i-na i-di ya
[62] ma da-ga-lu. . . ta-zi [56] ..
. . . û [ 57 ] ù ki-na
[59] a-mâ-ti-su.
TRADUCTION.
Recto.
Au seigneur roi guerrier que la dame de
Gubla donne ia puissance au roi, mon seigneur; je me jette
sept et sept fois aux pieds que ie roi , mon sei-
gneur, sache que ia puissance hostile d^Abd-Aàirta
toutes mes villes à lui la ville de Gubla et la ville
de Beru. Contre moi, ces deux villes il a dit aux
hommes votre seigneur les combat-
tants , comme la ville d* Anuni à
contre les hommes en présence
d* Abd-Asirta à moi maintenant et tu as dit
ne j'expédie au palais et ap-
porter nouvelles frapper mon âme
Verso.
2 mois les troupes d'archers et mon
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 169
il viendra grand et quoi aux hommes
maintenant comme un oiseau qui se trouve dans un filet ou
dans une cage quand eux, au milieu(?)
8aluer(?) tout le désir leurs maisons
le pays de Yarimuta la vie de leur âme; main-
tenant j'ai dit à eux troupes d'ar-
chers que tu il ny a pas et ceci
est donné (?) il n'y a pas a deux mois
tu ne des troupes d'archers et montera Abd-
Asirti et prendra nons, la ville de Sumura, les
hommes ce et les hommes
.... avec nous il dans les mains.
Mon confier et et certes. . .
ses paroles.
90
LETTRE DE ZIlfRIDDI DE SIDON AU ROI.
Recto.
[i] a-na sâr-ri en-ya [a] an-mes-ya an-par-ya sa-
ri be-la-ya [3] ki-bï-ma [4] um-ma J zi-im-ri-id-di
[5] lû-ha-za-nu sa er zi-du-na-ki [6] a-na gir-mes en-ya an-
mes an-par sa-ri [7] »a be-la-ya a-na gïr-mes en-ya
[8] an-mes-ya an-par-ya sa-ri be-la-ya [9] vu sii vu ta-a-
anam-ku-ut [10] lu-u i-di sâr en-ya i-nu-ma [11] sal-ma-at
er zi-du-na-ki sal-lat-ti [12] sar en-ya sa i-din i-na qa-ti-ya
[i3] û i-nu-ma is-te-mi a-mâ-at [i4] sâr en-ya i-nu-ma is-
tab-bar a-na nit-su [i5] ù ï-ih-di lib-bi-ya ù [16] ï-sa-ki
saq-ya û en-nam-ru [17] 11 si-ya ù hi-na-ya * i-na sa-me
[18] a-mà-at sâr en-ya û i-di
' hi-norya pour inaya; le h se prononçait avec une aspiration très douce.
170 JUILLETAOÛT 18^1.
Verso.
[19] sâr i-nu-ma su-te-ra-ku i-na [ao] pa-ni çab
kaè-ta-ti sâr en-ya [21] su-te-ra-ku gab-ba ki-ma qa-bi sâr
en-ya [22] û i-di sâr en-ya i-nu-ma [28] da-na-at na-
kur-tum ma-gal muh-ya [a/i] gab-bi. . . a sa î-dm sâr.
[2b] i-na en-ni-ib-su [26] û lû-mes tur-mes
ù i-din-ni [27} sâr i. . . û lû-lim sa î-k-ak [28] i-na:
pa-ni çab-mes qas-ta-at sâr [29] a-na sa mn(?) er ix. . .,
zun sa eu-ni-ib-su [3o] a-na lû-mes sa-gas-mes [5i] û
ut-ta-ri-si-na i-na [82] qa-ti-ya û i-li-ya ra-si [33] sâr
en-ya ki-i-ma lû-mes a-bu-ti-ya [ 34 ] p»-na-nu-mn
TRADUCTION.
Recto,
Au roi, mon seignem*, mon dieu, mon soleil, roi, mon
seigneur, U est dit (ceci) : Moi Zimriddi, préfet de la ville
de Sidon, jeme jette sept fois sept fois aux pieds de mon sei-
gneur, mon dieu, mon soleil, aux pieds de mon seigneur, mon
dieu, mon soleil, roi des armées (?).
Le roi mon seigneur est informé que la ville de Sidon,
Tesclave qu'il m'a confiée, est tranquille.
En prenant connaissance de Tordre que le roi mon sei-
gneur m'a envoyé, mon cœur s'est rempli de joie, j'ai levé la
tête , mon visage et mes yeux se sont illuminés en entendant
l'ordre du roi, mon seigneur.
Verso,
Que le roi mon seigneur sache (aussi) que je me suis mis'
à la tête de ses archers, me conformant scrupuleusement à
son ordre.
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 171
Enfin, je porte à ia connaissance du roi, mon seigneur,
que les forces ennemies m* ont violemment attaqué. Toutes [les
troupes P] que le roi, mon seigneur, m'avait remises se sont
rendues (?) pendant le combat. C'étaient des jeunes gens ( ?).
Que le roi me donne des hommes qui soient capables de se
mettre à la tète de ses archers pour assiéger les villes qui
se sont rendues (?) aux combattants (rebelles) et je les re-
prendrai aussitôt.
Puisse la bienveillance du roi, mon seigneur, s'étendre sur
moi , comme elle s'est étendue autrefois sur mes adversaires ( ?).
91
LETTRE DE RABIMUR DE GUBLA AU ROI.
Recto.
[i] [a-na] sâr en-an-par-ya um-ma [a] er gub-ia sal-lat-
ka um-ma [3] an-ra-bi-mur nit-ka-a-ma [4] gïr-mes en-
ya an-par vu vu am-kut [5] la-a ï-ku-u sàr en-ya [6] i-
na er gub-la sal-lat-su [7] er sàr-ri is-tu da-ri-ti [8] sa-ni-
tam a-na mi-ni i-si-ir sar-ru [9] i-na J a-zi-ri ii ï-bu-su
[10] ki-ma lib-su a-mur J a-zi-ru J a-du-na sàr mat ir-qa-ta
[11] da-ak sâr mat am-mi-ya [12] û sâr mat ar-da-ta
[i3] û lû-gal da-ak û la-qa [i4] er-mes-su-nu a-na-sa-su
[i5] er-su-mu-ra a-na sa-su [16] er-mes sar-ri J en er gub-
la [17] iz-zi-la-ab(?) sàr-ri [18] sa-ni-tam a-mur er su-mu-ra
[19] [da]-ak er ul-la-az-za pa-la sa [20] sa-zab a-mur ar-
na-ma [21] bu-us J a-zi-ru [22] as iu*-ru-
bi-su [28] mu'hi-sa ar-nu.
Verso,
[24] nu is-si-ir lû-mes [26] ra J i-ta-ka-ma
[26] da-ak ka-li [27] . . . mat-mes am^ki mat-mes
172 JUILLET-AOÛT 189L
sâr-ri [a8] û i-na-an-na is-si-ir [29] lû-mes-su i-na a-ba-at
kur-kur-mes [3o] am-ki û ki-ki sa nab-la [3i] a-i-bu-su
sâr mat ha-at-ta [3a] û sâr mat na-ri-ba [33] û.
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, (mon) seigneur, (il est dit) ceci : La ville de
Gubla est ton esclave.
Moi , Il-rabi-mur, ton serviteur, je me jette sept fois sept
fois aux pieds de mon seigneur, (mon) soleil.
Je salue (?) le roi, mon seigneur, dans la ville de Gubla,
son esclave , la ville du roi depuis longtemps.
Puis , le roi , mon seigneur, pourquoi a-t-il favorisé Aziri en
lui accordant ce qu'il désirait? Voici, Aziri, avec Aduna-sâr'
du pays d'Irqata , a tué le roi du pays d'Ammiya ^, le roi du
pays d'Ardata avec (ses) grands; il les a tués et il s'est em-
paré de lem*s villes ; la ville de Sumura a eu le même sort.
De toutes les villes du roi, celle de Gubla reste (?) seule dans
ton pouvoir.
Puis, regarde, la ville de Sumur est ravagée, la ville
d'Ullaza est perdue sans secours(?); regarde, Aziru a commis
des crimes par-dessus (?) les (autres) méfaits.
Verso,
a dirigé (?) les hommes Tous les pays d'Am,
les pays du roi. Maintenant , qu'il a dirigé ses hommes pour
* La forme phénicienne de ces noms est "ITJ^ishéb. ^^^ et "^^-^-^j^sï
héb. •lt^"^?'lN synonyme de •fJ^Ç-^^'lN.
' Ce nom est écrit Ammi dans la lettre n* 89 et Am sur le verso de la
présente lettre ; c est sans doute le pays de Am dont parlent les inscriptions
égyptiennes; la forme sémitique correcte semble avoir été : U^ «peuple».
CORRESPONDANCE DAMÉNOPHIS. 173
détruire les ennemis des pays d'Am avec la rapidité de la
flèche ainsi que ses ennemis , le roi du pays de Hatta et le roi
du pays de Nariba(?) et
92
LETTRE DU GOUVERNEUR (?) DE GUBLA
AU GOUVERNEUR D'ABfURRA.
Recto,
[i] [a-na lu] er a-mu-ur-rà ki-bï-ma [a] ... sâr en-ka um-
ma-a lu er gub-ub-la [3] ... um-ma sa a-bu-su i-na ba-a-
bi it-ta-zu-uk-su [4] ... ga-an-ni ù su-ri-ba-an-ni in-na er
ki-ya [5] ... na û u-tam-ti-na-ak-ku an-nu-u mi-im-ma
ma-ad(?) [6] ... ya-nu it-ti-ya su-u ki-na-an-na ik-ba-
ak-ku
[7] [a-mur] ad-da da-sa-pa-ar a-na sâr en-ka [8] ... ma-a
nit-ka a-na-ku ki-i gab-bi lû-mes ha-za-nu-te-mes pa-nu-ti
[9] ... i-na lib-bi er-ki-su û te-ib-bu-us hi-e-da [10] ...
ad-ki-e lu ha-za-an-na sa sis-su i-na ba-a-bi [11] is-tu er-ki-
su it-ta-zu-uk-su
[12] û i-na er zi-tu-na a-si-ib û da-ad-da-ti-in-su [i3] a-na
lû-mes ha-za-nu-u-ti ki-i te-e-mi-î-ka [i4] u(?)-ul ti-i-ti za-ar-
ru-ud-da sa lû-mes
[i5] sum-ma nït sa sar ad-da ki-i ki-it-ti [16] am-me-ni la-a
da-a-ku-ui kar-zi-i-su a-na pa-ni sâr en-ka [17] um-ma-a lu
ha-za-an-nu an-nu-u il-si (?)-an-ni um-ma-a [18] li-ga-an-ni
a-na ka-a-sa û su-ri-ba-an-ni i-na er-ki-ya
174 ' JUILLET-AOÛT 1891.
[19] û sum-ma te-ib-bu-us ki-i ki-it-ti û ul ki-i-na [ao.] gab-
bi a-mâ-te-meâ sa às-pur muh si-na>ta. . . um-zna i^àr
[ai] sal-zu-uz um-ma-a ia sal-mu gab-bu sa kib(?)-bu-u
[22] û a-nu-ma lu îs-mi um-ma-a gir-ba-a-da it-ti iû-er-ki-it
sa [28] gàr-zun-bi it-ti a-ha-mi-is da-ag-ga-a-at û kî-i-na
[24] am-me-ni te-ib-bu-us ki-na-an-na am-mi-ni gîr-ba-a-da
[26] it-ti iû sa lu iz-zi-il it-ti-su û &um-ma [26] te-te-bu-
us ki-i ki-it-ti û da-am-rat te-im-ka û te-im-su [27] i-ya-nu
la-a sem ad-da a-na(?) a-ma-te-mes sa te-ib-bu-us ul-tu pa-
na-nu [28] mi-nu-u in-ni-[ir PJ-sa-ak-ku i-na lib-bi-iu-nu
[29] û u-ul it-ti sâr en-ka ad-da
[ 3o] a . . . a-nu-ut-ti sa . . . at am-ma du-ru a-tam (?) sa su rù (?)
[3i] a-na lib-bi i-sa-ti a-tam na-za-ru(?) u-ba(?)-u-ka n ga-
tu(?) [32] û ad-da ini-im-ma da-ra-am ag-gis
[33] û sum-ma te-ib-bu-us nït-da a-na sâr en-ka [34] û
mi-na-a-sa u-d ib-bu-sa-ak-ku sâr a-na gà-a-te
[35] sum-ma as-sum mi-im-ma da-ra-am e-bi-si an-mu-ut-ti
[36] û sum-ma da-sa-ag-ga-an an-mu-u-ti a-inâ-te-meS
[37] za-ar-ru-ut-ti i-na ii-bi-ka û i-na ha- . -zi-in-ni [38] àa
sar darma-at qa-du gap-pa ki-im-ti-ka
[39] û e-bu-us nît-da a-na sâr en-ka û bal-da-da [do] û
te-i-ti ad-da ki-i sâr ia(?)-a ha-si-ih [4i] a-na mat ki-na-ah-
hi gap-pa-sa ki-i i-ra-u-ub
[4:i]
[43
û ki às-pur um-ma-a lu -ma- sir -an -ni sar én-ya
mu-hi sa-ad-da an-ni-da û lu ul-H. . .? [44] i-na àa-
1
CORRESPQNÏ)A|NCE DAMÉNOPHIS. 175
at-ti sa-JÛ-ti a-ii# ma-har àâr en...? [4 S] ya-nu-um-ma
tur-ya ma-ri-ya a . . .
Verso.
[46] û a-nu-ma sâr-en-ka i-te-iz-pa-ak-ku [^7] mu-hi-ti àar
at-ti an-ni-ti ki-î sa kib(P)-bu-u [48] al-ga ad-da sum-ma
tur-ka su-pur [49] û da-mar sâr sa gab-bi mat mat-2un i-
bal-lu-du [5o] a-na a-ma-ri-su û la(?)-a da-rî-is um-ma-a
[5i] lu ma-sir mu-hî sa-ad-da an-ni-da ab-bu-na-na
52
53
a-na a-la-ki a-na ma-har sar en-ka ya-nu-um-ma
tur-ka us-se-ir a-na sàr en-ka ki-i-mu bàt-ka [54] i-
ya-nu li-il-li-ga
'55] û a-nu-ma sâr en-ka is-mi ki-i as -pur a-na sâr
56] um-ma-a u-ma-sir-an-ni sâr en-ya ] Ha-an-ni [57] lu
tur-kin sa sâr sa-ni-ya-nu [58] û u-se-bi-ii lûmes a-ya-bi-e
sa sâr a-na qat-ti-su [59] a-nu-ma it-ta-al-ga-ak-ku ki-i sa
kib-bu-u [60] il su-bi-la-as-su-nu-ti ù J en la-a te-iz-zi-ib
61] î-na lib-bi'Su-nu a-nu-ma sàr en-ka ul-te-bi-la-ak-ku
6a] su-mu sa lû-me§ a-ya-e^ sa sàr i-na lib-bi dub-bi
[63] a-na qat(?)-ti [ Ha-an-ni lu tur-kin sa sâr [64] û sU-
bi-la-as-su-nu-ti a-na ââr en-ka [65] ù | en la-a té-iz-iî-îb
i-na lib-bi-su-nu [66] û sar sar urud lu-u sa-àk-nu i-na
. . . gïr(?)-mes- su-nu [67] a-mur lu mes sa tu-se-ib-bi-il
a-na sâr en-ni-ka [68] J sa-ar-ru qa-du gab-bi tur-mes-su
[69] I tn-u-ya [70] ] li-e-ya qa-du gab-bi tur-meS-su
[71] y pi-is-ya-ri qa-du gab-bi tur-mes-su [72] lu ha-at-nu
sa I ma-an-ya qa-du tur-mes-su [73] qa-du nin-més-ti-su
as-sa-te-e-su [74] lu pa-ma-ha-a sa ha-an-ni-pa i-te-e-i-bit
[75] sa su ù pa-a-ra il-da-na-az [76] ] da-a tu-ti-i
' Faute pour a-ya~bi.
176 JUILLET-AOÛT 189L
[77] pa-a-lïi-ïi-ina [78] J ni-im-ma-hï-e lu ha-pa-du i-na
mat a-har(?)-ri
79] û lu-u ti-i-ti i-nu-ma sa-lim sâr ki-ma an-par-as
80] i-na an-sa-me-e sab-mes-su is-kil-hbat-mes-su ma-a-du
81] i-na mat mnh-tim a-di mat-mat(?)-ti si-it an-par-as
82] [a-na] e-ri-bi an-par-si ma-gai sid-mu
TRADUCTION.
•
Recto.
Au gouverneur de la ville d'Amurra, il est dit ceci : Au
nom du roi, ton seigneur, [moi,] homme de Gubla, .....
que son frère a mis(?) à la porte, je te dis : Prends-moi et
fais-moi rentrer dans la ville, et je te donnerai tout ce qui
se trouve (?) près de moi; je te le dis en vérité.
Regarde , tu as envoyé dire au roi , ton seigneur, ce qui suit :
« Je suis ton serviteur, traite-moi comme tu as traité les an-
ciens préfets » et tu commets des crimes dans ses villes; tu as
réuni les hommes de marche de cdiui que son frère par la
porte a fait sortir (?) de la ville.
H reste dans la ville de Sidon et tu lui donnes les hommes
de garde qui suivent tes ordres; ne connais-tu (?) pas la ré-
bellion (?) des hommes (?)
Si tu es vraiment le serviteur du roi , pourquoi ne le dé-
nonces-tu pas devant le roi ton seigneur en disant que ce
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 177
préfet m*a chassé. Je te le répète : Prends-moi auprès de toi
et fais-moi entrer dans ma ville.
Et si tu agis fidèlement et non conmie dans tons les
ordres (?) que je t*ai fait parvenir, aide(P) le roi et ne
transgresse (?) aaaine des paroles qu'il a prononcées (?).
Et voici, on a appris que tu t'es rapproché des hommes
des villes de provision, qui combattent les uns avec les
autres. Pourquoi agis -tu ainsi, pourquoi t'entends-tu avec les
hommes qui ont le lu izzil avec eux ? Et si tu agis fidèlement,
conforme (?) ta parole à la sienne , sinon tu n es pas sincère ( ?).
Les actes que tu as faits autrefois (?), que t*a dans
leur cœur ? Certes tu n'es pas avec le roi , ton seigneur.
au milieu du feu il te convient de garder (?)
et tu [fais ?] tout ce que tu aimes le plus.
Et si tu veux faire acte de soumission au roi , ton seigneur,
qu'est-ce que le roi ne t'accordera pas en récompense ? ( Mais )
si tu veux agir ainsi pour quelque but (secret) et si tu ac-
complis ces actes, la rébellion est dans ton cœur et, par les
du roi , tu mourras ainsi que toute ta famille.
Soumets-toi au roi , ton seigneur, et tu vivras , et sache , toi ,
que le roi ne veut pas ruiner tout le pays de Kinahhi.
Car(?) j'ai envoyé dire : Laisse-moi, roi, mon seigneur, sur
cette montagne et je me rendrai l'année prochaine en pré-
sence du roi , mon seigneur; je n'ai pas d'enfants
xvm. 2 1
17« JUILLETAOÛT 1891.
Verso.
Voici, le roi, ton seigneur, fa placé sur cette montagne
comm^ il te l'avait promis (?). Va toiTméqie, ou biei) eayoie
ton (ils et tu verrajsle roi^ont la viie vivifie tous le^ p^ysr pour
toujours. Je to le dis : liaisse 1^ sommet de cette montage,
afm(?) de te rendre en présence du roi, ton seigneur;
sinon expédie ton fils vers le roi, ton seigneur; n as-tu pas
de 4^^Çi)dapt qui puisse s'y rendre ?
'■—■I ■■■■^■y I ■■! ^w n <n ■■■■■■ ^■■^— ^mm ■ ■ I— . » . — ■-^. ■■. , m'^mm ■ -m ■> ■ ■■ ■■ ■ w^ ■ ^^
Et maintenant le roi , ton seigneur, a entendu ce que je lui
ai envoyé dire , savoir: Envoie -moi, roi, mon seigneur, Anni,
le messager du roi , pour la seconde fois , et je livrerai les en-
nemis du roi dans sa main; alors je partirai comme ^ a étë
dit ; amène-les donc et ne laisse pas un seul d'entre eux , et
qu'ils soient chargés de chaînes d'airain aux pieds. Regarde,
(voici) les hommes que tu dois expédier au roi, ton sei-
gneur : Sarrù avec tous ses enfants; Tuya; Leya avec tous
ses enfants ;< Pisyari avec tous ses enfants; le gendre de
Manya avec ses fds, ses sœurs et ses femmes; Pamaha qui a
fait périr Hannipa, et qui est surnommé Paara; Daa, épouse
de Palûma; Nimmahè, lû-hapadu en Phénicie.
Sache que le roi est parfait comme le soleil dans le ciel;
ses troupes et ses chars sont nombreux dans le pays haut et
dans le pays bas, au lever du soleil et au coucher du soleB.
Nombreuses salutations.
93
LETTRE DE SARATA D'ACCA AU ROI.
Recto,
[i] a-na sàr-ri en-ya an-par is-tu sa-me-e [a] ki-bi-ma
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 170
[3] um-ma ] sa(?)-ra-ta [4] lu er ak-ka nït sa sar-ri
[5] ip-ri sa gïr-mes-su u qa-qa-ri sa ka-ba-si-su [6] a-na
gïr-mes sàr en-ya [7] an-par îs-tu sa-me-e [8] vii-su vii-
ta-an [9] us-hï-di-in [10] i-na p^-an-te-e *^^ ba-at-nu-ma
[11] û si-ru-ma *^ zu ( ? )-uh ( ? )-ru-ma [12] ma-an-nu lu ù-
laiii(P) [[3] û sa-bar sâr
Verso,
[i4] en-su a-na sa [^5] " la-a ï-is-mi [16] ki-ma
sa ï-uz-zi [17] is-tu bi-i [18] an-par is-tu [19] sa-
me-e ki-na-an-na [20] ï-uppa-su ( ? )-mi
TRADUCTION.
Recto,
Au roi, mon seigneur, soleil du ciel, il est dit ceci : Moi,
Sarata, homme d'Akka, serviteur du roi, poussière de ses
pieds et sol qu'il foule, je me jette sept fois sept fois aus
pieds du roi , mon seigneur, soleil du ciel , en me roidant le
ventre et ie dos (dans la poussière).
Quel estrhonmie qui
Verso,
n écouterait pas Tordre envoyé par son seigneur? Comme le
ciel obéit à l'ordre du soleil céleste , ainsi je ferai.
1-2
180 JUILLET-AOÛT 1891.
94
PREMIERE LETTRE DE ZATADNA D'AGGA AU ROI.
[i] a-na sâr en [a] an-par iâ-tu an[-e] [3] ki-bï-
ma [4] um-ma f za-ta-ad-na [5] lu er ak-ka-ki nit-ka
[6] nït sa sàr-ri [7] û is-mes sa 11 gïr-mes-su [8] ki-
mes sa ka-pa-si [9] a-na gir mes sâr-ri [10] en-ya an-
mes-ya [11] an-par is-tu an se*me [12] vii-su vu iaa-an
[i3] us-hï-di-in ù [i4] ka-ba-tu-ma [i5] û si-ru-ma
[16] sa ya-as-tab-bar sàr [17] be-ni-ya a-na nit-su [18] ï-
is-ti-mu ù [19] a-na bî sa pi(?)-as(?) [20] en-ya u-se-
si(?)
TRADUCTION.
Au roi, mon seigneur, soleil du ciel, il est dit ceci : Za-
tadna\ homme d'Akka, ton serviteur, serviteur du roi et
poussière de ses pieds , sol que foulent ses pieds , je me jette
sept fois sept fois aux pieds du roi, mon seigneur, mon dieu,
soleil du ciel, (en me roidant] le ventre et le dos (dans la
poussière).
J'ai entendu ce que le roi , mon seigneur, a envoyé dire à
son serviteur et il sera fait conformément à Tordre envoyé
par mon seigneur.
* Visiblement le nom phénicien pK^HlS «ie diea Cad est seigneur».
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 181
95
DEUXIEME LETTRE DE ZATADNA D'ACGA AU ROI.
Recto.
[i] a-na y Sâr-ri en-ya [2] an-par is-tu an-sa-me-e [3] um-
ma y za-ia-^d-na lu er ak-ka-ki [4] nït-ka nït ] sâr-ri û
[5] is-mes sa 11 gir-meâ-su ki-mes [6] sa ka-ba-si-su a-na
ii-gir-mes [7] sâr-ri en-ya an-par is-tu [8] an-sa-me vu
su vn ia-a-an {9] us-hï-di-in û ka-ba-tu-ma [10] *^ û
si-ru-ma
[11] ï-is-me Sàr-ru enrya [12] a-mâ-at mt-su dan-ya
as-da [ 1 3 ] pa-ta-ar is-tu ... [ 1 4 ] []] nam-y a-mâ-za tur . . .
[i5] it-tij su-ta-as(P)... [16] sàr-ri i-na er . . . [17] pa-]a
ï-qa-bi mi-im-mi. . . [18] ... sa-su tu-uz-za. . .
Sur le bord.
[36] ... kâ su û li-il-su
Verso.
sab-mes sâr en-ya i-ba ... [20] it-ti-si i-na erma(?)-bu-ma . » .
[21] la a-qa-bi mi-mu a-na sa-su. . . [22] û i-ib-tu-ra a-na
mu-hi-ya [2 3] ù a-nu-ma [2^] ya-as-bu-ra su-ta [26] a-
na ya-si i-din-me [26] J zi-ir-dam-ya-as-da [27] a-na
I nam-ya-mâ-za û la-a [28] i-ba-si na-da-an-su [29] a-
mur-me er ak-ka-ki [3o] ki-ma er ma-ak-da-ni-ki [3i] i
na mat mi-is-ri û la-a [ 32 ] ti-ma sàr-ru [33]
û ï-ir-bu. . . [34] muh-ya ù lu-u [35] . v . ♦ . ra
sâr en-ya
182 JUILLET-AOOT 1891.
TRADUCTION.
Recto et bord.
Au roi , mon seigneur, scdeil du ciel , il est dit ainsi : Moi ,
Zatadna, homme d*Akka, ton serviteur, serviteur du roi et
poussière de ses pieds, sol qn*il foule, je me jette sept fois
sept fois aux pieds du roi, mon seigneur, soleil du ciel, (en
me roulant) le ventre et le dos (dans la poussière).
Que le roi , mon seigneur, écoute la parole de son serviteur
ouvrir Namyamaza fils
avec Suta roi , dans la ville tout ce que
tu lui est
Verso,
Les troupes du roi , mon seigneur, viendront avec elle dans
la vUle de Mabuma je n ai rien dit à lui et il s'est
jeté(?) sur moi, et voici, il Ta envoyé à moi; il a donné Zir-
damyasda à Namyamaza et ce don n'est pas (légal). Regarde,
la ville d'Akka , ainsi que la ville de Magdani ^ dans le pays
d'Egypte et ne le roi et il entra
contre moi le roi , mon seigneur
96
LETTRE DE NAMYA-MAZA AU ROI.
[i] a-na J sàr-ri [a] be-li-ya [3] ki-bi-ma [4] um-
' Magdani est la ville de plIlD ou n"î3C que la Massore fait prononcer
Mtçjiddôn ou Mecf'uldô.
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 1S3
ma I nam-ya-mà-za [5] nït-ka is-me» ip-ri [6] sa gïr-
mes-ka û [7] ki-mes sa ka-pa-zî-ka [8] is-sal-lat-za sa
a-sa-bi-ka [9] ki ib-da ù gi-is tab-bi [10] sa gir-mes^ka
[11] a-na girnaoes | sar en-ya [13] an-par la-a2-laes
[i3] *^^ lî-me-ma [i4] vu su a-na pa-^i [i5] tïi ta-aannî
am-kut [16] be-li^mi an^par [17] i^na an âa-me a
[18] ki-ma a-za-i an-par-mes [19] is-tu sa-me kî-na^an-oa
[20] tu-bar-u-na nït-mes [21] «.. a-za-i a-màrte-mcs
[22] is-tu kam-ka [23] ù bi-i be-li-su-iiu [ 2^4 ] a-nu-nwt
a-na-ku qa-du [26] sab-mes-ya ù is-kil + bat-mes-ya
[26] a-du sis-mes-ya [27] ii qa-du lû-mes sa-gaz-mes *^^
^ya [28] û qa-du [29] lûmes si-te-ya [3o] a-na pa-ni
sab-mes qas-ta ^^ te
tRADUCTÏON.
Au roi, mon seigoeur, il est dil ceci : Moi^ Nafiftyànlaift ,,
ton serviteur, poussière de tes piâds ei soi que tu foiileit,
planche (?) de ton siège, escabeau de tes pieds, je me jette
sept fois sept fois aux pieds du roi , mon seigneur.
Seigneur, soleil du ciel , tu éclaires tes serviteurs , conmie
le soleil du ciel; j'ai écouté Tordre (pii vient de la personne
et de la bouche de notre seigneur, voici, moi avec mes
troupes et mes chars , avec mes frères et mes combattants ,
ainsi qu'avec mes auxiltaires(P), nous sommes allés à la
reûcontre de» troupes d'archers.
97
LETTRE D'ABDASRATUM AU FOI.
Recto.
[1] a-na sar an-sab en-ya [2] um-ma J nït-an-as-ra-tum
[3] nït-qa ip-ri sa gîr-zun [4] a-na gïr-zun sar en-ya
184 JUILLET-AOÛT 1891.
[5] VII su û VII in am-kut [6] a-mur a-na-ku nit sar û
[7] ur-ku sa bit-su û [8] mat a-har-ri gab-ba-su [9] a-na
sâr en-ya a-na-za-ar-su [10] ag-bi as-ta-ni a-na f pa-ha-na-te
[11] iù pa-kà(?) -ya li-qa-mi [12] sab-mes be-ia-tim a-na na-
za-ri [i3] lu zun sâr(P) a-nu-magab-bi [id] sar... ta sar
sab-mes har-ri [i5] ki. . . ? sa-nim mat a [16] a-na
ha-ba-lim(?) is-tu [17] ... va u su [18]
sâr en-ya [19] (a-na)-za-ar [20] ha-
na [21] i-is-da-su sâr-qa ... ?
Verso.
[22]
sum-ma la a-na-za-ar [26] er sormu-ri er ul-la-za
[2d] i-nu-ma lû(?) kâ-ya [26] i-na si-nam-ti sâr an-sab
[26] u a-na-ku si-kin-tar se-e [27} ta er su-mur û gab-bi
[28] mat-sun a-na sâr an-sab-ya [29] f^'J^ a-na-za-ar-su
[3o] ù Sâr en a-lu-ru mâ-da [3i] ù ï-ib-âu id id-î-na-su
[ 32 ] y pa-ba-na-te lu pa-kâ ( ? j-ya
TRADUCTION*
Recto.
Au roi lumière , mon seigneur, il est dit ceci :
Moi, Abdasratum, ton serviteur, poussière de tes pieds,
je me jette sept fois sept fois aux pieds du roi, mon seigneur.
Regarde, je suis le serviteur du roi, le chien de sa mai-
son , je garde tous les pays d'Aharri pour le roi mon seigneur.
Je Tai dit et jeTai répété à Pahanate mon lu'pa-kà(^). Prends
les troupes royales pour sauvegarder les hommes du roi , voici
tous les roi les premières troupes
pays pour détruire (?) le roi,
mon seigneur
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 185
Verso,
Si je ne garde pas la ville de Sumuri et celle d'Ullaza ,
voici mon Zâ-pa-Ârâ(P) dans du roi lumière et moi
tous les magasins de blé de la ville de Sumuri et de tout le
pays je les garderai pom* le roi, ma lumière, mon seigneur;
et le roi , mon seigneur, beaucoup de ...... . et Faction . . .
dans la main de Pabanate mon In-pa-kàC^),
18Ô JUILLET-AOUT 1«91.
NOUVELLES ET MELANGES.
BÉPONSE À QUELQUES CRITIQUES formulées par M. J. Oppert dan»
l'article intitulé : Un annuaire astrûnomi<iae babylonien, JoumaJt
asiatûfRe, t. XVI, n. 3.
L'illustre professeur attaque tout d'abord mon interprétation
des faits astronomiques relatés dans la tablette n" 4oo des
inscriptions de Cambyse (Zeitschrift Jur Assyriologie , V,
p. 281 et suiv.); puis il me prend à partie au sujet des Ephé-
mérides lunaires babyloniennes. C'est dans mon ouvrage :
Astronomisches aus Babylon que j'ai indiqué le sens qu'il
convient d'attribuer aux données numériques relatives aux
jours voisins de la nouvelle et de la pleine lune qui compo-
sent ces éphémérides.
Je me bornerai dans ma réponse à relever quelques faits :
1° M. Oppert semble supposer que j'ai prétendu donner
une sachliche Erklàrung de tout le texte de la tablette men-
tionnée ci-dessus. Je dois faire observer à ce propos que ce
titre ne se trouve qu'en télé de ma note; et quand, à la fin
de cette note , j'en viens à parler des données relatives aux
éclipses, je fais expressément cette remarque que jusqu'au
jour où nous serons en possession d'un grand nombre de
bonnes observations d'éclipsés , il ne pourra être question de
l'interprétation proprement dite de cette partie des textes.
Mes déterminations de dates ainsi que ma traduction du
texte concernant les planètes ont été reproduites par M. Op-
pert, à part quelques modifications de peu d'importance que
le savant professeur a cru pouvoir y introduire Malheureu-
sement trois de ces modifications (p. 53o, 1. 19, 1. 28, et
p. 53 1, l. 2) ne sont pas « une traduction selon les faits».
NOUVELLES ET MELANGES. 187
2^ Je passe à l'interprétation des épliémérides lunaires
pour les jours voisins de la nouvelle et de la pleine iuae. J'ai
l'avantage de pouvoir en appeler ici à l'autorité d'un astro-
nome qui n'est pas inconnu à M. Oppert, le docteur Edouard
Mailler. Dans l'analyse qu*il a faite de mon Astronomisches
aus Babylon \ M. Mahler ne témoigne guère d'indulgence pour
les fautes d'impression, ni pour les erreurs de calcul qui
m'ont échappé; mais c'est dans les termes les plus élogieux
qu'il s'exprime précisément au sujet de mon interprétation
des éphémérides lunaires. Naturellement M. Qppert peut
ne pas être de son avis, mais ce n'est pas sans un profond
étonnement que je lis à la page 52d de son article : kII (le
P. Ëpping) n'a traduit que le mois de nisan d'une seule an-
née »
Or quarante-deux grandes pages (p. 4S à 86) de mon ou-
vrage sont consacrées aux données lunaires dont il s'agit ict ;
chaque donnée babylonienne y est compaj^ée à la valeur
correspondante fournie par le cakid. C'en était assez, nae
semblait-il, pour orienter le lecteur attentif. Traduire le seul
mois de nisan des nouvelles tablettes dont j'aurais à psurler
suffirait désormais; donner tout au long celle de tous les
mois n'eût été qu'une répétition superflue.
3° Enfin une observation m'est encore adressée à la
page 626. En voici les deux premières phrases : «Ce sont
sans doute ces difficultés qui ont engagé le P. Epping à ne
pas insister sur la traduction de cette partie du texte. Même
une sachliche traduction était impossible. »
J'ai le regret de constater que mon honorable critique est
dans l'erreur. Les difficultés auxquelles il fait allusion de-
vraient se trouver dans les passages suivants : «Nisan 27 (et
non pas 28) dir ina 16, et marches van 26, 26. » Or les po-
' Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft. Jahrgang 1890,
p. -18.
188 JUILLET-AOÛT J891.
sitions réelles de la lune , calculées pour lesjours indiqués, se
traduisent comme suit :
«Le 27 nisan (= 2 mai -5a 2), le croissant fut visible pen-
dant i4* 5' {= 56" 20") avant le lever du soleil.
«Le 26 marchesvan (=23 septembre), le croissant fut
visible pendant 27" 5' (= i^ 48" 20*) avant le lever du so-
leil. »
On voit donc que même une sachliche Vehersetzung sou-
tient la comparaison avec tout autre système de traduction.
Mais afin de faciliter Tappréciation des deux dernières
phrases de la même observation de M. Oppert, il est néces-
saire d'indiquer en deux mots le sens que j'attribue aux don-
nées numériques babyloniennes. La donnée numérique qui
précède (suit) la nouvelle lune — par conséquent, celle de
la fin (du commencement) de chacun des mois — donne en
degrés — 1" = 4" — l'intervalle de temps qui sépare le lever
(coucher) du soleil, du lever (coucher) de la lune. Les don-
nées nimiériques relatives aux jours voisins de la pleine hine
donnent, également en degrés, le temps qui s'écoule entre
le coucher du soleil et le lever de la lune , ou bien entre le
lever du soleil et le coucher de la lune. Dans mon livre As-
tronomisckes aus Bahyhn, se trouvent mis en regard, d'un
côté, chacune des valeurs numériques babyloniennes pour
trois années , et de l'autre les résultats de mes calculs.
Or voici l'avant-demière phrase de l'observation de M. Op-
pert : « La réduction du degré à 4 minutes de temps nous
parait indiquée pour les ascensions droites et les longitudes
terrestres , mais elle est hors de propos quand il s'agit du
cours de l'a lune , et astronomiquement fausse. »
Il n'est pas un astronome qui puisse , sans sourire , lire cette
phrase et la rapprocher de ma précédente indication. «Le
degré pour le mouvement de la lune, poursuit M. Oppert,
n'est pas de 4 minutes , mais d'une heure et trois quarts , en
moyenne^ et comme c'est une moyenne en réaHté fort va-
NOUVELLES ET MELANGES. 189
riable , personne n'a songé à convertir les degrés parcourus
par ia lune en minutes temporaires. »
Il est de toute évidence que le savant académicien , dans sa
polémique contre mon interprétation , est resté en dehors de
la question.
P. J. ËPPING.
M. Oppert nous a prié d'insérer la réponse suivante aux critiques
qui lui sont adressées dans l'article précédent. En faisant droit à sa
demande, nous considérons comme clos un débat désormais sans
intérêt pour les lecteurs du Journal asiatique.
(Note de la Rédaction.)
yel depuis deux ans, dans différents articles du Journal
asiatique, de la Zeitschriftfâr Assyriologie et des Comptes Ten-
dus de l'Académie des sciences, hautement reconnu ce qui,
dans l'interprétation des textes astronomiques, appartient au
P. Epping : c'est surtout la lecture des groupes désignant le
solstice et l'équinoxe et la iixation exprimant les douze signes
du zodiaque. Les textes qui ont .révélé ce fait au P. Epping
étaient, il est vrai, entre ses mains depuis dix ans au moins;
nous les connaissons depuis trois ans. La tablette du règne
de Cambyse (Str. n° 4oo) qui est au Musée britannique de-
puis 1882 , et dont j'ai eu connaissance par la publication du
P. Strassmaier en août 1890, na'a convaincu, sans l'aide du
calcul, que l'interversion proposée par le P. Epping au sujet
des planètes Jupiter et Mercure était fondée, et que les
raisons étymologiques et philologiques que j'avais proposées
ne pouvaient être maintenues en présence des faits scienti-
fiques.
Pour le reste, le P. Epping reconnaît qu'il doit «aux as-
syriologues » , c'est-à-dire à M. Sayceet à moi, la somme des
lectures et des interprétations astronomiques : parmi celles-
là, il y en a même plusieurs quil n'a pas encore pu utiliser.
Hincks et Sir Henry Rawlinson avaient déjà reconnu quelques
termes , tels que la dihorie éclipse et quelques autres de moin-
190 JUILLET-AOUT I89L
dre importance; mais la fixation des mois, des régions dii
soleil, de devant, arrière, au-dessus, au-dessous , journée , jour,
nuit, soir, matin, crépuscule, cuîmination , midi, minuit, lever,
coucher, apparition héliaque, disparition héliaqne, conjonction,
opposition, syzygie, quartier, croissant, droite, gauche, temps
juste, heure, minute, doigt de V éclipse, degré, horizon, nœud
de la lune, point nodal, milieu de V éclipse, observation, éclipse
égale à defectus, explication astrologique et bien d*autres en-
core ne sont pas de P. Epping , mais en très grande majorité
de moi.
Le P. Epping a accepté mes lectures des mots : Soleil, Lune,
Vénus , Saturne, Mars, ce dernier non sans contestation , puis
la désignation de mainte étoile, telle que Sirius, Castor, Pol-
lux , Antarès, Régulus, sans compter celles dont il ne trouve
pas l'occasion de s'occuper, telles que la Tramontane, les
étoiles d'Orion, Achaman, Canope et d'autres.
Ces constatations m'ont paru nécessaires pour que le lec-
teur puisse juger avec équité les réclamations du P. Epping.
Je lui reproche de ne pas se soucier suffisamment du sens
que le texte a voulu exprimer et de proposer une autre ver-
sion qui ne l'embarrasse pas. Je maintiens ce que j'ai dit à
ce sujet.
Quant à l'explication des éphémérides lunaires, M. Ep-
ping s'étonne de ce que je suspende mon jugement. Mais lui-
même dit (ZA. vol. V, p. 282) : «Naturellement le dernier
mot sera dit par le calcul détaillé que je laisse volontiers aux
astronomes qui s'intéressent au cours de la lune. »
11 n'est pas exact que les documents donnent toujours rai-
son à la théorie du P. Epping, qui traduit par « degré » ce qui,
je crois, jusqu'à nouvel ordre, signifie 0 heure». Dans la te-
neur actuelle, je mainliens mes réserves : ainsi, par exemple,
cette unité tetnporaire de quatre minutes, nommée le degré,
nous parait petite pour les époques anciennes.
Je constate que le calcul n'établit pas encore que a coucher »
veut dire «coucher de la lune avant le lever du soleil» et
«lever» «coucher de la lune après le lever du soleil» (ZA.) ;
NOUVELLES ET MELANGES. 191
on ne i*a pas appliqué au document qui nous occupe. Je ne
sais donc pas jusqu'à quel point celte interprétation est dé-
fendable; ce que je sais, c'est que la première ligne est mal
comprise dans l'écrit signé par le P. Epping (ZA. vol. V,
p. 281 et suiv.), puisque le signe «lever» est traduit par
5o (adar) et que le mot «phase» est rendu par «nuageux».
Pour le 1 8 adar de l'an 7 de Cambyse , il y a : « Coucher et
lever n'eurent pas lieu. » Sans autre explication , le P. Epping
traduit : « 11 n'y eut pas coucher de la lune avant le lever du
soleil et coucher de la lune après le lever du soleil. » Le sens,
selon nous, semble être que le lever et le coucher d'un astre
eurent lieu sans intervalle, en même temps que le coucher
et le lever de l'autre.
Et en outre que veulent dire les chiffres laissés en blanc
par le savant jésuite quand ils se trouvent avant les termes
d'opposition et d'obscurité?
Le P. Epping, d'après ce qui précède, traduit donc après
moi , et saufies exceptions indiquées par moi, ce n'est pas moi
qui suis les traces de mon contradicteur. Je traduis selon les
textes et non « selon les faits ». Mais comme j'ai déjà accepté
quelques-unes des modifications proposées par lui, je serai
toujours heureux d'accéder à ses opinions, si elles sont dé-
montrées admissibles, et je le ferai toujours, quand même
je n'y serais pas à l'avenir encouragé de son côté par des
procédés analogues.
J. Oppert.
Tables de concordance des dates des calendriers arabe, copte,
grégorien, Israélite, julien , républicain , etc. , établies d'après une
nouvelle méthode , par Emile Lacoine , sous-directeur de l'obser-
vatoire impérial de Constantinople. Un vol. in-8', Paris, Baadry
et C", 1891 , 80 pages.
La concordance des calendriers intéresse bien des gens
dans le domaine de l'érudition et dans celui de la pratique.
Donner une méthode qui permette de faire correspondre
192 JUILLET-AOÛT 1891.
avec exactitude les dates des divers cdiendriers à Taide d*c^>é-
rations élémentaires et rapides est un problème qui n*a eu
longtemps que des solutions imparfaites. M. Lacoine l*a ré-
solu avec beaucoup d élégance dans ses «Tables de concor
dance», dont la deuxième édition a récemment paru. Ces ta-
bles s'étendent depuis Thégire jusqu'à Tan aooode notre ère;
elles embrassent sept calendriers : l'arabe, le julien, le gré-
gorien , l'israélite , le copte , le calendrier financier ottoman
et la nouvelle hégire solaire; elles n'occupent que 65 pages
in-S**. L'indication seule de ces cliifBres commence T^oge du
livre, celle de la méthode le complétera.
Les tables ne donnent pas directement la concordance des
calendriers entre eux; elles réduisent les dates en quantièmes,
c'est-à-dire qu'elles font correspondre à chaque date un nom-
bre indiquant le rang du jour proposé dans la suite des jonrs
comptés , selon l'ordre naturel des nombres , à partir de celui
de l'hégire. Le quantième est en quelque sorte une commune
mesure de tous les calendriers. Il y a donc deux opérations à
faire pour trouver une concordance : la première consiste à
prendre le quantième de la date donnée; la seconde, à déduire
du quantième la date cherchée. Elles se font fort simplement
et une série unique de tableaux convient aux deux genres
d'opérations. En principe , chaque calendrier comporte deux
tables : l'une contient les millésimes, l'autre les dates an-
nuelles. La suite complète des millésimes est inscrite dans la
première , et en regard de chaque millésime est le quantième
du dernier jour de l'année précédente; dans la deuxième
sont disposés les mois et les dates mensuelles ayant en face
d'elles les dates annuelles, c'est-à-dire le rang du jour dans
l'année. On obtient le quantième d'une date en ajoutant an
quantième du millésime celui de la date annuelle. Ainsi le
a 5 mai i84o du calendrier julien a pour quantième 4448a 4
= 444678 + i46, parce que le dernier jour de l'année ju-
lienne 1839 était le 444678* à dater de l'hégire, et que le
26 mai était le i46' jour dans l'année i84o. On devine que
pour faire l'opération inverse, pour déduire du quantième
NOUVJELLES ET MÉLANGES. 193
une date dans tel calendrier, on cherche dans la table des
millésimes de ce calendrier le quantième approchant le plus ,
par défaut, du nombre donné, ce qui fournît le nombre
d'années pleines révolues, et que le reste représente le rang
du jour dans Tannée courante; la table des dates annuelles
donne le mois et la date mensuelle correspondant à ce chiffre,
tJn premier élément de complication vient s'ajouter à ces
notions , du fait de l'inégalité des années d'un même calen-
drier entre elles. Il est des années qui ont des jours interca-
laires , d'autres , des mois. Cela ne change rjen aux tables des
millésimes qui se bornent à ajouter au quantième, par chaque
année révolue, le nombre des jours qu'elle contient, sans se
préoccuper des inégalités qui surviennent dans cette progres-
sion ; mais cela apporte de la perturbation dans le^ tables des
dates annuelles , si les jours ou mois intercalaires ne sont pas
placés à la fin de l'année, car le rang de tous les jours qui
les suivent s'en trouve modifié. Il n'y a d'autre ressource que
de consacrer dans ces derniers tableaux une colonne spéciale
à toute année extraordinaire, à partir du premier jour inter-
calé. Pour le calendrier arabe dont le jour ajouté se place à
la fin de zilhidjé, le dernier mois , cette annexion est inutile ,
ainsi que pour le calendrier financier ottoman et la nouvelle
hégire solaire qui sont dans le même cas. C'est à titre de
simple renseignement que les années abondantes de ces ca-
lendriers sont imprimées en caractères gras dans les tables
des millésimes. Il en est encore de même pour le calendrier
copte, où les cinq jours complémentaires des années com-
munes et les six jours complémentaires des années abon-
dantes forment , sous le nom de Naçi, une espèce de 1 3* mois
écourté et ajouté à la fin des 1 2 mois réguliers de 3o jours.
Mais l'utilité de la remarque apparaît dans les calendriers
chrétiens et israélite. Le calendrier chrétien, qu'il soit jufien
ou grégorien, exige, à partir du 60' jour de l'année qui est
le 1"' mars dans les années communes, une seconde colonne
pour les années bissextiles dans lesquelles le 1 " mars et tous
les jours suivants sont reculés d'un rang. Cette colonne addi-
xvui. 1 3
iy/i JUILLETAOLT 1891.
lioimelle est imprimée en caraclcres gras , comme les millé-
simes des aimées bissextiles dans la table des millésimes. A
Taide de cette distinction typograpbique , Tœil saisit immé-
diatement les parties des deux tables qui se correspondent.
La chose est plus complexe pour le calendrier Israélite. On
se rappelle que ses années sont de deux genres : commmies
ou embolismiques , les premières ayant 12 mois dont le 6' est
adar, les secondes en ayant 1 3 ; leur mois intercalaire se place
le 6' sous le nom de adar I, tandis que le mois de adar, de-
venu le 7*, prend le nom de véadar. Il y a de plus, sous
cliaque genre, trois espèces d'années : la régulière, la défec-
tive qui a un jour de moins que la régulière, et l'abondante
qui a un jour de plus. Les mois sur lesquels se font la réduc-
tion ou l'addition d'un jour sont le 2' et le 3', hechvan et kislev.
\\ faut donc, eu égard à la formation de ces six espèces d'an-
nées, que la table des dates annuelles ait deux colonnes à
partir de hechvan, trois à partir de kislev, six à partir de adar.
Les colonnes sont distinguées entre elles ])ar les initiales du '
genre et de l'espèce de l'année à laquelle chacune d'elles con-
vient, et, dans la taille des millésimes, chaque année est
aussi affectée des initiales de son genre et de son espèce. Ces
signes établissent sans difficulté les relations entre les deux
tables.
Une autre particularité est commune aux calendriers ju-
lien , israélite et copte. Comme ils sont antérieurs au calen-
drier arabe, la date de l'hégire tombe pour chacun d*eux
dans le cours d'une année conmiencée; et cette date a le
quantième 1 , d'après le principe fondamental , alors que dans
les tableaux des dates annuelles c'est le premier jour de Tan-
née qui porte ce quantième 1 . Ces tableaux ne peuvent donc
pas servir pour les aimées où tombe la date de l'hégire; elles
exigent de petites tables spéciales partant du jour de l'hégire.
C'est ainsi que l'oh trouve une table de l'an 622 julien, com-
mençant le 16 juillet, une seconde, de l'an israélite 4382,
commençant le 3 av, et une autre de Tan copte 338, com-
mençant le 22 abid. Ce sont là les dates de l'hégire dans ces
NOUVELLES ET MÉLANGES. 195
trois calendriers. Rien de semblable ne se présente pour les
calendriers dont le point de départ est postérieur à Thégire.
L'ancien calendrier financier ottoman a été adopté en Tur-
quie le 2 5 zilhidjé i o86 de l'hégire , et il a continué à compter
ses millésimes à partir de celui-là. Donc la table qui le con-
cerne commence par l'an io86 et par le quantième 384837
qui est celui du 24 zilhidjé de cette même année. Le nouveau
calendrier financier ottoman ou nouvelle hégire solaire est ac-
tuellement en usage dans les administrations ottomanes.
L'auteur ne fait commencer la table de ses millésimes qu'en
Tan 1267 correspondant à l'an 1888 de notre ère, et il la
prolonge, comme toutes les autres, jusque vers Tan grégo-
rien 2000. Nous n'avons rien de particulier à dire sur le ca-
lendrier républicain, qui occupe trois courtes pages.
L'ouvrage de M. Lacoine permet aussi de trouver le nom
du jour d'une date donnée. Un indice placé en face de chaque
millésime, pouvant varier de o à 6, indique le rang, dans
la semaine, du dernier jom* de l'année précédente, le ven-
dredi étant pris pour premier jour de la semaine ; un second
indice , placé en face de chaque date dans le tableau des dates
annuelles, indique le rang de cette date dans la semaine, le
premier jour de la semaine étant cette fois de même nom que
le premier jour de l'année; puisque le nom de celui-ci est
connu par le premier indice, il est bien facile d'en déduire
la valeur du second indice. Gela se fait d'ailleurs immédia-
tement à l'aide d'une petite table qui sert pour tous les ca-
lendriers : on additionne les deux indices, et en regard de la
sonmie obtenue, cette table donne le jour cherché.
Dans la pratique , les dates musulmanes présentent parfois
avec celles du calendrier arabe des différences qui vont jus-
qu'à 2 ou 3 jours, en sorte que tel quantième , le i" chavml,
par exemple, correspondant d'après la règle au 21 mai 1890
grégorien, tombe en fait le 19 mai. Cela tient à deux causes :
d'abord certains auteurs placent l'hégire au jeudi 1 5 juillet 622
julien, et non, selon l'opinion généralement admise, au ven-
dredi 16 juillet. En second lieu, par lignorancç où ils sont
196 JUILLET-AOÛT 1891.
des règles précises de leur calendrier, la plupart des musu-
mans prennent pour premier jour du mois , surtout en vue
des grandes cérémonies religieuses, celui ou le croissant de
la nouvelle lune devient visible. Or la visibilité de la nouvelle
lune dépend de la position des lieux et de diverses circon-
stances atmosphériques, toutes causes qui n*influcnt pas sur
la règle astronomique de leur calendrier. Mais sHls ont soin
de joindre, à la date, le nom du jour, qui nest pas soumis
aux mêmes causes d*erreur, la concordance des quantièmes
peut être établie exactement en partant de celle des jours et
la date peut être rectifiée. Il était donc fort utile que dans
les tables de concordance on pût trouver le nom du jour de
toute date donnée.
Nous regrettons un peu que M. Lacoine ait été si sobre
de texte. Après une courte préface, il se borne à énoncer les
règles de l'usage des tables. Il aurait dû nous expliquer lui-
même sa méthode; elle est facile à découvrir, sans doute;
mais encore faut-il la chercher. 11 aurait pu aussi nous don-
ner une théorie sommaire de chaque calendrier; son livre y
eût gagné en intérêt et en clarté sans beaucoup augmenter
de volume. Mais< au point de vue pratique, ce petit ouvrage
ne mérite que des éloges. H n offre rien de comparable aux
règles de concordance compliquées et bizarres que conte-
naient naguère encore les meilleurs traités d'hémérologie.
La simplicité des méthodes paraît y êlre parvenue à son der-
nier terme, et nous ne doutons pas qu'il ne soit appelé à
beaucoup de succès.
Baron CaTiRA de Vaux.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 1^7
La Turquie d'Asie, géographie administrative, statistique, descrip-
tive et raisonnée de chaque province de l'Asie Mineure, par Vital
Cuinet. Paris, 1891, Ernest Leroux. Tome I, fascicides i et 11.
Le simple énoncé du titre de ce travail en indique l'kn-
portance et la richesse. Il a sa place marquée dans la biblio-
thèque de tous ceux qui s'intéressent aux progrès de la géo-
graphie; mais, à vrai dire, les diflBcdttés d'une entreprise de
ce genre ne peuvent être exactement appréciées que du petit
nombre d'orientalistes qui Ont fait une étude particfidière de
l'Empire ottoman. Il faut avoir eu à se servir de l'Annuaire
ofiBciel publié à Gènstantinople ou des quelques almanachs
(Salnamèh) qui paraissent, à intervalles irréguliers, dans deux
ou trois provinces, pour se rendre complexe la grande supé-
riorité du travail accompli par M. Cuinet.
Que dé louables efforts soient tehtés, depuis quelques 'an-
nées, par l'administration turque pour donner à ses rensei-
gnements statistiques plus d'ordre et d'exactitude , il serait
injuste de le méconnaître. Mais que de choses restent à faire ,
de préjugés à détruire , de résistances à vaincre pour recueillir
un ensemble de données dignes de toute confiance !
Ces difficultés, plus sérieuses encore pour une initiative
particulière, privée en grande partie de renseignements offi-
ciels, n'ont pas effrayé l'auteur de la vaste publication dont
nous sommes heureux de saluer aujourd'hui les débuts. Douze
années de voyage dans la Turquie d'Asie, relations ininter-
rompues avec des correspondants de province bien informés ,
contrôle judicieux des rares documents communiqués au pu-
blic par le gouvernement, étude attentive de tout ce qui a
paru sur la matière, relations de voyage, monographies spé-
ciales , etc. , telles ont été les principales sources d'information
que l'auteur a utilisées avec une critique persévérante autant
que sagace.
Son plan est large, régulièrement tracé et il le suit avec
une scrupuleuse fidélité. Qu'il nous suiTise d'en indiquer les
198 JUILLET-AOÛT 1891.
lignes principales : Division administrative. — Population,
dénombrement par races ou confessions. — Mœurs, usages
et origines des populations actuelles. — Ecoles, — Statis-
tiques commerciales. — Exportations. — Importations. —
Navigation. — Productions naturelles, industrielles, par
quantités et valeurs. — Agriculture. — Elève du bétail. —
Routes. — Fleuves. — Montagnes. — Mines. — Forêts. —
Salines. — Revenus du Gsc, etc.
Cette même classification , cette même abondance de ren-
seignements judicieusement choisis et présentés avec netteté ,
se retrouvent dans la description de chaque province et dé-
partement (Vilayet et Sandjac), Il est peut-être regrettable
que le groupement géographique ou simplement par ordre
alphabétique n'ait pu être adopté, mais les renseignements
fournis à Tauteur ne lui arrivaient pas avec une régularité
telle qu'il pût les coordonner et les publier en même temps.
Pour ne pas leur enlever leur cacliet d'actualité , il s'est décidé
à les mettre en œuvre au fur et à mesure qu'ils lui parve-
naient, en commençant par les provinces les moins connues,
partant les plus intéressantes. Le premier fascicule donne, à
la suite d'une courte mais substantielle introduction, la des-
cription en 2^0 pages des Vilayet de Trébizonde et d'Erzeroum.
Le fascicule ii, qui vient de paraître, comprend la province
d'Angora, les lies de l'Archipel et la Crète. Outre la carte
générale placée en tête de l'ouvrage, chaque province a sa
carte particulière , dressée à l'échelle de rôôTôuu s^vec l'indica-
tion des subdivisions administratives.
On peut juger par là de l'étendue des recherches qu'exige
un pareil travail et des services qu'il est destiné à rendre à ia
géographie, à l' ethnographie, à la statistique commerciale et
industrielle des provinces asiatiques placées sous la juridiction
du gouvernement turc. C'est en quelque sorte une révélation
faite à ce gouvernement, de l'état actuel des ressources et des
besoins de la portion la plus considérable de son empire et
aussi des améliorations qu'il devra y introduire sous peine de
déchéance. Puisse-t-il apprécier un tel service à sa juste valeur
NOUVELLES ET MELANGES. 199
et le reconnaître en facilitant la tâche de Fauteur par une
communication plus large et plus libérale des documents in-
dispensables à son achèvement !
Quoi qu'il advienne de la réalisation de ce vœu, nous tien-
drons le public savant au courant des progrès de cette bonne
et utile publication, et dès aujourd'hui nous adressons à
M. Cuinet nos remerciements et nos encouragements les plus
sincères. Son nom restera attaché à une œuvre durable et
d'une importance incontestable , qui prendra place au premier
rang parmi les travaux dont TOrient moderne est l'objet.
B. M.
Sous le titre de Dehestân-è-parsy ou « Ecole du persan » ,
Habib-efendi , dont le nom est avantageusement connu par
de nombreuses publications grammaticales et littéraires , vient
de faire paraître un Manuel de langue persane à l'usage de
ses compatriotes, dont nos écoles d'Europe peuvent tirer
aussi un excellent profit. Ce petit livre est fait sur le modèle
du Traité complet de grammaire auquel l'auteur a donné le
nom de Destour-è-soukhèn « Règles du langage » et qu'il a publié
il y a une vingtaine d'années. Il en est l'abrégé en ce sens
que les règles de la grammaire arabe et la plupart des para-
digmes empruntés aux poètes persans en ont été éliminés.
Mais, à plus d'un titre, le nouveau Manuel mérite d'être
considéré comme une œuvre originale destinée à compléter
celle qui lui a servi de modèle. — L'auteur a le don de l'en-
seignement. Son exposé est net, lucide, à égale distance de
la concision obscure et de la prolixité. Il n'embarrasse pas le
débutant par cet étalage de termes techniques et d'arguties
linguistiques qui encombrent la plupart des traités didactiques
dus aux Orientaux; enfin ses exemples sont toujours bien
choisis et, pour la plupart, empruntés à la langue courante.
200 JUILLET-AOÛT 1891.
Nous recommandons surtout aux futurs rédacteurs de gram-
maire persane les chapitres relatifs aux particules et aux mots
composés; il y a là maintes observations très fines qui pa-
raissent avoir échappé jusqu'à ce jour aux orientalistes qui
ont étudié le persan moderne au point de vue philologique
ou pratique. La collaboration d*un maître indigène, instruit
et expérimenté comme Test Habib , ne peut que leur être d*un
grand secours , et à cet égard aussi , nous devons remercier le
laborieux Mirza d'une œuvre qui mérite d'être connue hors
de l'enceinte des écoles de Téhéran et. de Constantinople.
B. M.
PUBLICATIONS NOUVELLES.
Recueil de lettres arabes manuscrites , publiées parO.Houdas
et G. Delphin, 2* édition. Alger, Jourdan, 1891, gr. in-8°.
De epistula pseudaristotelica 'srepi ^cLCFiXelas commentatio,
thèse inaugurale, par J. Lippert. Berlin, in-8*.
Eludes ouraloaltaïqnes , par Willy Bang (tirage à part du
Museon). Louvain, 1891, in-8*.
Diwân d'al-A}f,tal, texte arabe publié et annoté par le
P. A. Salhani, a' fascicule. Beyrouth, imprimerie catholique,
1891, gr. in-8°.
Le Gérant ;
Babbier de Meynard.
JOURNAL ASIATIQUE.
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
HISTOIRE
POLITIQUE, RELIGIEUSE ET LITTÉRAIRE
D'ÉDESSE
JUSQU'À LA PREMIÈRE CROISADE,
PAR
M. RUBENS DUVAL.
(suite.)
Ma^nou IV, 6 ans, 7-1 3 après J.-C.
Abgar V, pour la seconde fois, 87 ans et 1 mois,
1 3-5o après J.-C.
Ma^nou IV, second fils de Ma^nou III, règne
6 ans, de i an 7 à Tan i3 après J.-C. De retour à
Edesse, Abgar V reprend ensuite le pouvoir et le
détient pendant 37 ans et 1 mois, de l'an i3 à
Tan 5 G après J.-C.
En Tannée à 9, il faisait partie de la députation
parthe qui alla recevoir à Zeugma Méherdate, le
favori des Romains. Celui-ci venait revendiquer la
royauté détenue par Gozarte. Abgar le retint à
Edesse pendant plusieurs mois et lui fit perdre un
lyni. là
^■vaiaiUB ■AtioKAiia.
202 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
temps précieux. Il laccompagna ensuite pendant
son expédition en Âdiabène; mais» g^g^ ^ ^ cause
de Gozarte, il l'abandonna traîtreusement et sa re-
traite entraîna la défaite de Tarmée de Méherdate^
La légende dont nous parlerons sous le cha-
pitre V fait d*Abgar le pfemîer roi chrétien ; sa con-
version aurait eu lieu aussitôt après la mort de
Jésus. Mais, en fait, les rois d'Edesse n abjurèrent
le paganisme que près de deux siècles plus tard;
Abgar IX, le Grand, fut le premier d entre eux.
Abgar V eut-il aussi le titre de Grand? C'est fort
douteux. Gutschmid incline à le croire, en se fon-
dant sur un passage de la Chronique d'Édesse^ qui,
à propos de l'inondation de 201, mentionne : «La
source qui sortait du magnifique palais d' Abgar, le
grand roi ». Quoique cet événement eût lieu sous le
règne d' Abgar IX, qui porte effectivement sur les
médailles le titre de Msya\6s, le savant critique es-
time que ces mots « Abgar, le grand roi » désignent
Abgar V, Abgar IX n'ayant pas ce titre dans les
autres passages de la chronique. L'argtiment est
faible; on remarquera du reste que, dans la Doc-
trine d'Addai, Abgar V n'a pas d'autre épithèle que
celle d'Onkhâma « le Noir » et que ce héros de la
légende aurait certainement été qualifié de Grcmd,
si la tradition s'y était prêtée.
Le mythe qui met ce prince en relation avec
^ Tacite, Ann,, XII, 13 et 1^, où il est appelé : «Acbarus Ara-
bum rex».
* Daas Assémani, B. 0,,l, dgo.
HISTOIRE D'él^E:SS£:. WB
Jési*3 le rendit célèbre daos toiut IXJnient <€Jw?étien>
Les Anotténiens , dans le désir de faire i?e«ntEyater Iwr
Eglise au temps des Apôtres \ s'^douparèrent db oe
raythe et retravaillèrent Thistoire dAbgar suivant
leurs vues personnelles. Pour Moyse de Khorène^,
rhistoire de TOsrhoène ne commence (ju avec Abgar
Oukhâma. «Un descendant de Tigrane le Grand,
rapporte cet historien, Arscham, fils d'Artachès,
qui était monté sur le trône en 33 avant J.-C, eut
de longs démêlés avec Hérode, roi des Juifs, et
mourut s^près avoir régné 3o ans. 3w JGis Apfcar
(Abgar) lui succède et transporte sa capjitale de
Medzpin (Nisibe) à Edesse. A sa mort, son royaxjme
fut partagé en deux moitiés : Anané ou Ananoun
(Ma^nou), son fils, reçut Edesse; Sanatrouk, fils de
sa seeur, eut en partage TAiTOénie et TAdiabiène.
Bientôt Sanatrouk s'ec^pare du royaume entier H
f»it périr ou cbasse les descendants dApkar ; çqprè»
qfuoi il reconstruit et embellit Medz^pin. »
Moyse de Khorène^ et Assoghiz* racontent que
la deuxième année du règne d'Abgar, fils d*Aj>
scham , toutes les provinces dArménie devinrent tri-
butaires des Romains. Abgar avait reçu une partie
de la Pbénicie et de la Syrie , . à la coixditioo vdb «payer
un tribut aux Romains. Nous avons déjà dit (p. 1 1 3 )
que Moyse de Khorène avait fait de la reine Hél^e
^ Comp. cirdessHs, p. i rS.
* (Livre H, 26.
^ Livre 11, 36.
* H isi. universelle, l, b à.
204 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
la femme d'Abgar Oukhâma, tandis que la Doctrine
d'Addai donne à ce prince pour épouse Schaimat,
fille de Méherdate^
Mahiou V, 7 ans, 50-67 après J.-C.
A Abgar V succéda son fils, Ma^nou VI, qui
régna 7 ans, de 5o à 87 après J.-G.
Ma^nou VI, i4 ans, 67-71 après J.-C.
A la mort de celui-ci, Ma^nou VI, son fi:'ère,
monte sur le trône et règne ilx ans, de 67 à 71
après J.-G.
Abgar VI, 20 ans, 71-91 après J.-C.
Ma*nou VI eut pour successeur son fils , Abgar VI,
qui conserva la royauté pendant 20 ans, de 71 à
91 après J.-G. Ce prince fit construire le célèbre
mausolée dont la Chronique d'Édesse parie en ces
termes : «En Tannée 4oo (88-89 ^® J.-C.), le roi
Abgar construisit im tombeau en Thonneur de sa
mort^. »
* The Doctrine of Adam, p. 9. (Cf. sur ce nom Z. D. M, G.,
XXXV, 737; Jonrncd asiatique, 7* série, XVII, 182.)
* n est possible que ce mausolée fut le même que cdui dont
parle la Doctrine, p. A 9 (et Ane, Syr, doc., p. 21), où la légende
fait déposer le corps d'Addai : « Ce grand mausolée orné de scidp-
tures , où étaient ensevelis la famille Aryou et les ancêtres du roi
Abgar. » Dans cette hypothèse , il faudrait lire dans la Chronique :
cij^»3f ]%j^V c en rhonneur de sa &mille » , au lieu de : oiLoaor ]iA»9
« en rhonneur de sa mort » , expression assez étrange.
HISTOIRE D'EDESSE. 205
Interrègne de 18 ans, 91-109.
Immédiatement après Abgar VI, Denys place
Abgar Vil, fils d'Izate, qui règne 6 ans et 9 mois.
Mais nous savons par d'autres sources qu'im inter-
valle de 1 8 années sépara les règnes de ces deux
princes. Au commencement des Actes de Scharbil^,
observe Gutschmid, la quinzième année de Trajan
et la troisième année d' Abgar VII sont mises en pa-
rallèle avec Tannée 4i6 des Séleucides. Dans les
Actes de Barsamya qui font suite aux Actes de Scharbil,
ces mêmes dates sont reproduites, avec la mention
du consulat de Commode et de Gerialis en plus,
mais Tannée d' Abgar n est pas indiquée. Ce synchro-
nisme n'est pas rigoureusement exact : Tannée 4 1 fr
des Séleucides répond à Tannée io5 de notre ère
(octobre lo/i- octobre io5); le consulat de Com-
mode et Gerialis eut lieu en 106; et la quinzième
année de Trajan tombe en 112. Nous verrons plus
loin qu' Abgar VII régna effectivement à Tépoque de
Trajan, et que son règne dut prendre fin au mois
daoût 116, après Texpédition de Lusius Quietus,
le lieutenant de Trajan. En se reportant donc de
6 ans et 9 mois, durée de son règne, en arrière,
on arrive à Tautomne de Tannée 109, où ce règne
a dû commencer. La troisième année d' Abgar VII
répond ainsi à Tan 1 1 2 et à la quinzième année de
' Cureton, Ane, Syr. doc, p. 4i.
20e SEPTEMBRE-OCTOBRE 1801.
Trajan. C est par suite d'un calcul erroné que Tan-
née Iii6 des Séleucides a été comprise dans ce
synchronisme ^ Gutschmid semble avoir rencontré
juste quand il cherche la cause de cet interrègne
dans le récit de M oyse de Khorène relatif à Sana-
trôuk. Gomme nous l'avons rappdié précédemment
d après Moyse, Sanatrouk, qui avait reçu en partage
rArménîe et l'Adiabène, s'empara d'Édesse et sup^
planta les princes légitimes de l'Osrhoène. Bien que
cet historien soit peu digne de foi, son r^t peut
avoir un fondement historique. Il semble recevoir
une confirmation du nom d'Izate , le père d'Abgar VII ;
on sait en effet que la famille d'Itàte régnait sur
l'Âdiab^e au commencement de notre ère. Suivant
Suidas \ Abgar VIII avait acheté son royaume de
PaCore moyennant une forte sonmie d'argent. •
Abgé^r VII, 6 ans et 9 mois, 109-1 16.
Âbgar VU, fils d'Izate, règne 6 ans et 9 mois,
de 109 à 116. Sous ce prince eut lieu l'expédition
de Trajan, qui mit fin au royaume nabatéwi de
Pétra et à toutes les petites principautés établies près
de l'Euphrate et du Tigre. Abgar se concilia la fa-
veur de Trajan , auquel il envoya une députation lui
offrant son royaume. Il s'excusait en même temps
de ne pas se rendre en personne auprès de Tempe-
* Gomp. Gutschmid, loc. ciu, p. 17.
* Sous càyi?Tif , cf. Gutschmid, loc, cit., p. 25.
HISTOIRE D^ÉDESSE, 207
reur par crainte des Parthes^ Quelque temps après,
lorsque les princes d'Arménie et de Mésopotamie
firent leur soumission, Abgar se dispensa d'aller au
camp de Trajan, mais il se fit représenter par son
fils Arbandes , qui était dans la fleur de 1 âge et qui
devint le favori de l'empereur. A la fin de l'au-r
tomne, Abgar lui-même se porta à la rencontre de
Trajan , qui revenait hiverner en Syrie , et lui oflrit
des présents de valeur : deux cent cinquante che-
vaux avec un nombre égal d'armures pour chevaux
et cavaliers, et six mille flèches. Trajan accepta seur
lement trois cuirasses et fut l'hôte d' Abgar à Édesse^.
En 1 1 5 , Abgar accompagna l'armée romaine pen-
dant l'expédition dirigée contre Sporakès, le phy-
larque d'Anthemusia , qui avait refusé de se sou-
mettre^. La même année toute la Mésopotamie fut
soumise à l'empire romain» Mais, en 1 16, pendant
que Trajan était retenu près du golfe Persique, les
princes subjugués relevèrent la tête et cherchèrent
à reprendre possession de leurs royaumes. Lusius
Quietus et Maximus furent expédiés de Babylone
contre eux. Maximus échoua ; mais Lusius mit en
^ Dion Cassius, liXVIU, i8, et Suidas, cités par Gutschmid,
loc, cit.^p. 25. Gutschmid fait commencer à la fin de Tautomne ii3
l'expédition de Trajan , qui se continua pendant les années ni,
II 5 et 1 16. Mommsen, au contraire, dans le 5* volume de sa Robt
mische Geschickte, p. 398, fixe à l'automne ii4 le début de cette
campagne , qu'il partage entre les Années 1 1 5 et 116.
^ Dion Cassius , LXVIII ,21; Suidas , sous ÈSeaau.
^ Dion, loc. cit.; comp. Gutschmid, loc, cit,, p. a6, qui rap-
porte les divers passages de Suidas relatifs à ces événements.
Î08 SEPTEMBRE-OCTOBRE 18Q1.
déroute les rebelles, reprit Nisibe, assiégea Ëdesse,
qu'il mit à feu et à sang après s en être emparé ^.
Ainsi finit au mois d août i 1 6 le règne d'Abgar,
dont il nest plus question. Ce prince périt sans
doute lors de la révolte de la Mésopotamie contre
les Romains, dont il était Tallié^.
Interrègne de a ans, 116*118.
Après Abgar VII suit un interrègne de 2 ans,
pendant lequel les troupes romaines occupèrent
sans doute TOsrhoène ^.
Iloor on laloud et Pharnataspat ou Parthamaspat ,
^ ans et 10 mois, 118-122.
Parthamaspat seul, 10 mois, 122-123.
La liste de Denys mentionne ensuite Ilour ou
laloud Pharnataspat, qui régna 3 ans et 10 mois et
auquel succéda Pharnataspat. Selon Gutschmid celui-
ci n est pas différent du prince Parthamaspat, Ilapd-
aïKKTTTohrts ou TIap6e(JLa(r7rdlTrjs , que Trajan mit à la
tête des Parthes*. Hadrien, en renonçant aux con-
1 Dioii,LXVIII,3o.
' Voir Gutschmid , loc, cit., p. 27.
' Les Actes de Scharbil et de Barscurda [Ane. Syr. doc., de
Gureton) font en effet commencer sous Trajan l'occupation d'Ëdesse
par les Romains. C'est ainsi qu'il faut aussi entendre le passage
de Barhehrœus (Chron. syr., p. 67; Histoire des Dyn., p. 121)
qui place à la 4* année d'Hadrien la fin du royaume d'Édesse. Seu-
lement, comme le remarque Gutschmid, Barhebrasus a descendu
cette date d*une olympiade.
^ Dion, loc. cit.; Jean Malala, I, 352, 357; Gutschmid, loc,
cit., p. 28.
HISTOIRE D*£DESSE. 209
quêtes de son prédécesseur au delà de TEuphrate,
laissa les Parthes rappeler leur ancien roi et Phar-
nataspat ou Parthamaspat reçut en compensation le
gouvernement des peuples voisins. Il semble donc
que le successeur d*Abgar VII, dont le nom incer-
tain peut être prononcé Ilour ou laloud, aurait
régné sous lautorité de Parthamaspat pendant 3 ans
et lo mois, et que ce dernier lui aurait succédé,
comme roi d*Edesse, pendant lo mois^
Ma^nou Vn, 16 ans et 18 mois, laS-iSg.
Après Parthamaspat , l'ancienne dynastie reparaît
à Edesse avec Ma*nou VU , fils dlzate et sans doute
frère d'Abgar VU. Ce prince règne 1 6 ans et 8 mois,
de 1 23 à 139.
Ma'nou VIII, 24 ans, iSg-iGS.
Wâël, 2 ans, i63-i65.
n a pour successeur son fils Ma^nou VUI , qui régna
2 II ans, de 139 à i63, puis se retira chez les Ro-
mains, n est remplacé à Edesse par Wâël, fils de
Sahrou, qui occupe le trône pendant 2 ans, de 1 63
à i65. Celui-ci avait été imposé par les Parthes,
devant lesquels Ma^nou s était enfiii. Quoiqu'il ait
embrassé le parti parthe , Wâël appartenait à la dy-
nastie nabatéenne , comme l'indique son nom arabe
^ Gutschmid remarque que les monnaies des rois d'Édesse , que
l'on croyait de cette époque, sont d'une date beaucoup plus basse.
Ni les monnaies elles-mêmes ni l'état politique d'Édesse ne com-
portent une tdle attribution.
210 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
S
Jtjl^, Oiézkos, assez fréquent dans les inscriptioDS
du Sinaï et du nord de TArabie^, Le nom du père,
Sahrou, est également nabatéen^.
On possède de ce roi des monnaies de cuivre
qui ont été publiées par Scott ^. Elles portent sur la
face une tête d*honmie tournée à gauche et décou-
verte. Une légende syriaque, Ai^a i^sArr) «le roi
Wâël » , se trouve à droite et à gauche de la tête. Sur
le revers de 1 une d'elles est figuré un temple vu de
côté avec deux colonnes. A l'intérieur du temple,
un objet oblong sur une table. De chaque côté, une
légende syriaque douteuse^. Sur le revers dune
autre médaille, on voit le buste dun roi parthe, à
gauche, avec la tiare, «Ce roi, dit Gutschmid*, est,
à n'en pas douter, Volagase III (nov. 1 48-191),
comme on peut s'en convaincre en comparant un
tétradrachme de ce prince publié par Percy Gard-
ner^. » Cette monnaie a été frappée avant i64, an-
née où eut lieu la conquête de la Mésopotamie par
Lucius Verus.
Lucius Verus marcha contre les Pàrthes et pé-
* Voir Euting, NabaU Inschr., Register; Z. D. M, G,, III, 188
et iio; XIV, 4io, 46o-46a; Caussin de Peroeval, Hist. antéisla-
mique des Arabes, I, 69, 190; II, 333 ; III; 5, i3o, ai2; Renan,
Journal asiatique, 1882, p. 18; Waddington, Inscript, grecques de
la Syrie, n" 2496.
« Cf. Z, D. M. G., m, 139; XIV, 424; XVII. 58i.
^ Dans le NumisnKitic Chronicle, i856, t. XVUL
^ Peut-être le mot oi^ «dieu». (Voir ci-dessus, p. i3i, note a.)
* Loc, cit» , p. 3o.
® The Parthian coinage, pi. Vil, 8.
HISTOIRE D*ÉD£SSE. SU
nétra en Mésopotamie en i63. Mais ce ne fut
qu'en i64 que la conquête de cette province fiit
achevée. Edesse fut assiégée; les habitants massa-
crèrent la garnison parthe et livrèrent la ville aux
troupes romaines ^ L'année suivante, la paix fut
signée entre les Parthes et les Romains ; aux termes
du traité de paix, TOsrhoène passait dans la clien-
tèle romaine '^.
La monnaie de Wâël, à lelïîgie de ce prince et
de Volagase III, confirme la chronologie rectifiée
par Gutschmid, qui place les deux années du règne
de Wâël entre i63 et i65- Wâël fut mis sur le
trône d'Edesse par Volagase, qui chassa Ma'^nou,
lami des Romains, et imposa une garnison à la
ville. La défaite des Parthes et là conclusion de la
paix mirent fin au règne de Wâël.
Les monnaies de Wâël sont les plus anciennes
que l'on possède de TOsrhoène , si Ion excepte quel-
ques types au nom de Ma^nou. Scott a publié une
médaille de ce genre dans le Numismatic Chronicle * :
figure à droite avec le bonnet conique orné d'un
grènetis de perles et d'un diadème; au revers la
légende : v^Aisn ftv\,*y3 « Ma^nouleroi ». Scott tenait
cette médaille pour postérieure à celles de Wâël et
la plaçait au temps de Pesc^mius Niger. Mais Gut-
' Lucien, De conscrib. Hist., 22; Procope, De bello Pers,, II,
12.
^ Chron. d'Edesse, dans Assémani, B, 0., I, Sgo; Capitoiin.
Veras, 7. (Gutschmid, loc. cit., p. 29.)
^ Tome XVni. p. 20, pi. I, 5-6.
212 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
schmid fait observer que le prince qui régnait à
Édesse à l'époque des Pescennius était un Abgar et
non un Ma^nou. Il est donc vraisemblable que cette
monnaie fut frappée pendant la première partie du
règne de Ma^nou VIII, avant Tannée i63.
Après la conclusion de la paix de 1 65 qui plaçait
rOsrhoène sous la suprématie de Rome , on s attend
avoir MaWu VIII, lami des Romains, (pikopdpms
(sur les monnaies), revenir à Edesse, doù lavait
chassé son rival Wâël. La liste de Denys ne men-
tionne en effet aucune interruption entre Wâël et
Ma^nou , de retour à Edesse. Cependant une monnaie
du Cabinet des médailles de la Bibliothèque natio-
nale porte sûrement, d'après les investigations aux-
quelles Gutschmid s est livré , sur la face , la tête de
Lucius Verus avec la légende OYPOC; et sur le re-
vers, une figure barbue couverte de la tiare, avec
la légende ABrA[POC]. Cette médaille confirme lat-
tribution qui avait été faite à Tépoque de Lucius
Verus dautres médailles du même type.
Abgar VUI, 2 ans, 165-167.
Il est donc certain quil y a eu à Edesse un Abgar à
ce moment-là. Gutschmid suppose que, à raison de
la rareté de ses monnaies, ce prince a dû régner
peu de temps; il lui assigne 2 ans, de 1 65 à 1 67 ^
^ Gutschmid rappelle encore [loc, cit., p. Sa) que Capitolin
[Anton,, p. 9) mentioane un roi Abgar du temps d'Antonin,
vers i55. La Chronologie de Denys place, en effet, Abgar, fils de
Ma'nou, entre i53 et 188; ce qui répond bien à Tindication d'un
HISTOIRE DT.DESSE. 213
Ma^nou VIII, pour la seconde fois, 12 ans, 167-179.
Revenu à Edesse, Ma^nou régna 12 ans, de 167
à 1 79. A cette seconde période de son règne appar-
tiennent des monnaies d'argent avec légendes grec-
ques. Ma^nou y est désigné souvent avec le titre
d'ami des Romains , (piXopcifÂOÏs, Sur la face est repré-
sentée la tête de Marc-Aurèle , ou de Faustina, de
Lucius Verus, ou de Lucilla; sur le revers, le nom
de Ma^nou avec divers emblèmes, mais sans figure.
On a nié que ces monnaies fussent originaires de
rOsrhoène, mais Gutschmid les a revendiquées,
avec raison selon nous, pour Ma^nou VIII.
Abgar IX, 35 ans, 179-214-
A Ma'nou VIII succéda son fils, Abgar IX , qui
régna 35 ans, de 179 à 21 4. Il prit part au soulè-
vement de la Mésopotamie contre Pescennius Niger
en 194. A la mort de Niger, les peuples révoltés
envoyèrent des députés à Septime Sévère, en pré-
tendant qu'ils avaient pris les armes dans son in-
térêt, mais ils se gardèrent bien de restituer les
Abgar sous Antonin et d'un Abgar sous Lucius Verus. Cependant
cette chronologie est battue en brèche, d'un autre côté, par les
événements que nous avons relatés précédemment. Gutschmid sup-
pose que l'Abgar d' Antonin aura été un prétendant, rival de
Ma'nou, lequel n'aura pu arriver au trône. On voit combien,
malgré les consciencieuses recherches du savant critique, la suc-
cession de ces petits monarques présente encore des points dou-
teux.
214 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
places dont ils s'étaient emparés, ainsi que le re-
marque Dion ^ En agS , Sévère pénétra en Mésopo-
tamie et soumit les rebelles. H ne fait pas de doute,
selon Gutschmid, que ceux-ci n'aient agi d'accord
avec les Parthes et qu'ils n'aient été secourus par
eux; telle est la cause de l'erreur de certains au-
teurs, qui disent « que Sévère vainquit Abgar, le roî
des Perses^». Suivant Mommsen^, les Osrhoéniens
et les Parthes avaient envoyé des secours à Pescen-
nius Niger et avaient pris parti poiu* lui contre Sé-
vère. Tel aurait été le motif de Fexpédition die ^
Sévère en Mésopotamie, et c'est dans ce sens qu'on
doit entendre la défection de rOsrhoèné et de l'Adia-
bène dont parie Dion. Lorsque ensuite les Parthes
envahirent la Mésopotamie, en profitant des luttes
entre Sévère et Albinus , Edesse conserva son auto-
nomie , mais le reste de la Mésopotamie fut occupé
par des gamisooas de soldats romaisis et réduk en
province romaine avec Nisibe pour capitsde^.En i^,
la guerre des Parthes ayant appelé de nouveau Sé-
vère en Mésopotamie, après la défaite d'Aibinufi,
Abgar se réfugia auprès de cet empereur, lui livra
en otage deux de ses fils et mit à sa disposition ses
nombreux et habiles archers. Il sut gagner la con-
fiance de Sévère et se rendit à Rome, où il fut reçu
^ Dans les Excer, Vrsin., p. ^iZ,
' Dion , LXXV, 2 , d'après Xiphilin.
' Ram. Geschichte, V, 409.
^ Voir Gutschmid, /oc. ciu, p. Zà ; .Mommsen , Bœm, Ge-
schichte, V, p. 4 10.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 215
avec une pompe qui rappelait la réception faite au-
trefois à Tiridate par Néron, dit Dion*. Procope^
fait le même récit, mais en le rapportant à Abgar V,
contemporain d'Auguste, sous l'influence de îa lé-
gende dont nous parlerons sous le cha|>itre v. Cet
atïteur ajoute que l'empereur trouvait un tel charme
dans le commerce d' Abgar qu'il ne voulait pas le
laisser retourner à Edesse. Lorsqu'il partit, il lui fit
préisenit d'un hippodrome poiu* sa ville.
Uanwée d' Abgar à Rome ne doit pas être anté-
rieure à fan 2 02 , pense Gutschnrid; peut-*être eut-
dle lieu <5ette année-ià même , quand on célébra avec
tant de solennité les Décennies de Sévère et les nooes
de son fils Antonîn (Caracalla) avec Plautflla.
A l'aiutomne de l'année 201 eut lieu la gracnde
inondation du Daiçân , qui laissa ^ne si vive fenpres^
sioti dans les esprits des Ëdesséniens et dont les
chroniques parient en détail : « En l'année 5 1 3 (des
Séleucides) , dit la Chronique d' Edesse^ y sous le règne
de Sévère et sofis le règne du roi Al^r, fils dai roi
Ma^nou, au mois de Teschrin II (novembre), la
source qui sort du grand palais d'Abgar le Grand
grossit et monta comme elle l'avadt fait précédera-
ment. Elle s'emplit et déborda de tous côtés. Les
cours , les portiques et les édifices royaux commaa-
cèrent à être envahis par les eaux. A cette vue, notre
seigneur le roi Abgar monta sur le terre-plein de la
^ Dion Cassius, LXXIX, 16.
* De bello Pers. , II , 12.
^ Assémani, B. 0., I, p. Sgo.
216 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
montagne qui domine son palais, là où se trouvent
les demeures des gens de service du gouvernement.
Pendant que les ingénieurs songeaient aux mesures à
prendre en vue de la crue des eaux, il tomba pen-
dant la nuit une pluie forte et abondante et le
Daiçan prit des proportions inattendues. Il arriva
des eaux étrangères , qui rencontrèrent les barrages
assujettis par de grandes poutres recouvertes de fer
et des traverses de fer qui les consolidaient. Alors les
eaux commencèrent à descendre dans la viUe par les
interstices des créneaux du mur. Le roi Abgar, qui
se tenait dans la grande tour, appelée Tour des
Perses, vit les eaux à la clarté des lanternes. Il
donna Tordre de lever les huit portes et barrages du
mur est ^ de la ville , par où sort le fleuve. Au même
moment les eaux renversèrent le mur ouest et péné
trèrent dans Tintérieur de la ville. Elles détruisirent
le grand et beau pdais de notre seignevir le roi et
entraînèrent tout ce qu'elles rencontraient sur leur
passage : les admirables et splendides constructions
de la ville; tout ce qui était proche du fleuve, du
sud au nord. Elles endommagèrent la nef de Téglise
des chrétiens. Il mourut dans cette catastrophe plus
de deux mifle personnes. Beaucoup furent noyés par
les eaux qui entrèrent subitement chez eux la nuit
pendant qu ils dormaient. »
Abgar prit des mesures pour éviter à lavenir de
pareils malheurs. Il défendit de construire des bou-
' Le texte porte par erreur : cie mur ouest» ()*d):ki0 IfOA.).
HISTOIRE D^ÉDESSE. 217
tiques à proximité du Daiçân; fit élargir le lit du
fleuve ; installa des gardes de nuit pour surveiller les
crues. Il se fit construire un palais d'hiver sur la
place de Tebhârâ dans la citadelle. Les nobles de la
ville imitèrent son exemple et acquirent des rési-
dences d'hiver auprès du palais royal.
Pour aider Edesse à se relever de ses ruines, le
roi fit remise des contributions arriérées aux habi-
tants de la ville et des bourgs environnants, et il
ordonna de ne pas percevoir les impôts pendant
cinq ans.
Le document officiel utilisé par la Chronicfue
d'Édesse pour la description de cet événement se
termine par la clausule suivante : « Maryabh , fils de
Schemesch, et Qayouma, fils de Magartat, les scribes
d'Edesse , consignèrent par écrit ce récit et le décret
d'Abgar; Bardin et Boulid, préposés aux archives
d'Edesse , les reçurent et les déposèrent dans ces ar-
chives, en leur qualité de schariré (ft)nctionnaires
assermentés) de la ville. »
La Chronique de Denys ^ décrit cette calamité
d'après un document différent, qui ne mérite pas le
même crédit. Selon cette chronique, l'inondation
n'avait pas été causée par la rupture du mur ouest ,
à fendroit où le Daiçân entrait en ville, mais par
fobstruction du courant à la sortie du fleuve du
côté est. Les matériaux charriés par les eaux et accu-
mulés le long du mur est auraient forcé les eaux à
^ Ed. TuUberg, p. 162.
i5
xviii.
218 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
rétrograder et à se répandre dans ia ville. C'est ainisi
qu'elles auraient pénétré dans les habitations et noyé
les habitants pendant leur sonnneil ; puis elles auraient
renversé le mur est ^ et se seraient écoulées dans la
plaine, en y entraînant tout ce qu'elles avaient enr
levé.
Denys place cette inondation à Tannée a 16
(2 31 3 2 d'Abraham), au lieu de aoi. Sa chronologie
se trouve encore en défaut sur ce point, puisque la
construction du palais d'hiver qu'Abgar fit élever
dans la citadelle après cet événement fut achevée
en l'an 206 d'après la Chronique d'Édesse^.
Il résulte de l'expression «l'église des chrétiens»^
dont se. sert le document de la Chronique d'Édesse
dans la description de cette inondation, que le
christianisme n'était pas encore la religion de l'État
en 201. Abgar, qui fut le premier roi chrétien, dut
donc se convertir après son retour de Rome.
Jules Africain séjourna quelque temps à la cour
d' Abgar; il fut témoin de l'adresse à tirer de l'arc
de Ma^nou, le fils du roi^.
^ n semble que ce récit différent du premier a été inspiré à son
auteur par l'ancienne erreur, qui se trouvait peut-être déjà dans le
document officiel, suivant laquelle c'était le mur ouest, et non le
mur est, qui avait cédé à la pression des eaux. (Voir ci-dessus,
p. 216, note 1.)
* B. 0., I, 393.
^ J. Afiric, Gestes, XXIX, éd. Thévenot, p. 3oo. L'étrangeté de
ce passage dans lequel Africain apparaît comme le maître de
Ma*nou dans l'art de lancer des flèches , a fait douter de l'attribu-
tion des xealoi à Jules Afiicain; mais Gutscbmid (loc, ciu, p. 36)
HISTOIRE D^ÉDESSE. 219
Ce roi fîit un esprit supérieur et] mérita^ie titre
de Grand que lui décerna Thistoire. Il aimait les
lettres et les sciences et fut un partisan éclairé de
la civilisation romaine. De son temps date l'essor de
la littérature éd€s;5énierine, et on peut dire syriaque,
comme nous le verrons sous le chapitre vir ci-après.
Il attira auprès de lui le célèbre gnostique Bardesane
(Bar-Daiçân)^ qu'il encouragea dans ses études. Sui^
vant le Livre des lois du pays, qui émane de l'école
de Bardesane^, Abgar, devenu chrétien, défendit,
sous peine d'avoir la main trahchée, la castration
pratiquée en l'honneur de la déesse- Taratha ; à
partir de cette époque^ ajoute ce livre, cet ancien
usage disparut de la province d'Édèsse.
On possède de nombreuses monnaies de la fin
du royaume de l'Osrhoène. Quelques-unes sont du
temps de Commode et portent seulemeait le nom de
cet empereur, excepté une monnaie de cuivre sur
laquelle on lit aussi Aêyapos t^aertXevs, En plus grand
nombre se trouvent des monnaies de l'époque de
Septime Sévère, sur lesquelles Abgar est désigné,
quelquefois par son nom seul, plus souvent avec
les prénoms qu'il avait pris en l'honneur de l'em-
pereur : L. ^lius Septimius Abgar. Gutschmid, qui
a examiné en détail ces diverses monnaies, se range
à l'avis général des numismates et rejette l'opinion
corrige ce passage de façon que c'est le Scythe Syrmos et non pas
Africain qui joue le rôle du Centaure dans l'éducation du jeune
prince.
^ Voir le Spicilegium de Cureton, p. 20; traduction, p. 3».
i5.
220 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
de Langlois^ qui distinguait, d après les figures,
plusieurs Abgar sous Septime Sévère. Sur quelques
types, Abgar a Tépithète de Grand, MsyaXés, titre
que Gutschmid attribue à la libéralité de l'empe-
reur. L'hypothèse de ce critique, suivant laquelle
Abgar aurait mérité ce surnom après la conquête
de la Sophène, nous semble douteus*^. On ne voit
pas en effet que la Sophène ait jamais été rattachée
à rOsrhoène,
Une monnaie porte : sur la face , une tête d'honune
barbu couverte de la tiare conique avec la légende
ASyapos (Saa-iXevs; sur le revers, une autre figure,
légèrement barbue , couverte d une tiare semblable ,
avec la légende MANNOC TTAIC. Sur un autre exem-
plaire , la tête de Ma^nou est imberbe ^. D après ces
deux monnaies, Ma^nou, le fils d' Abgar IX, avait
été associé au trône par son père ; mais on n a au-
cune monnaie de ce Ma nou seul et avec le titre de
roi. Gutschmid a montré que les pièces qui lui
avaient été attribuées sont à feflfigie soit d' Abgar IX,
soit de Sévère Abgar, dont nous allons parier.
* Numismatique de l'Arménie, p. 73.
* Gutschmid supposait que la Sophène avait été conquise par
Âbgar IX, sur la foi d'une légende qui fait périr Addai à Âghd,
où il aurait été mis à mort par Severos, fds d'Âbgar. Mais cette
notice est purement fictive. (Voir chap. v ci-après.)
* Sur cet exemplaire le nom est écrit AAANNOC au lieu de
MANNOC, erreur qui s'explique par le rare usage que les Edes-
séniens faisaient de l'écriture grecque. Bayer (Historia Osrhoena et
Edessena, p. i3o) cherchait un nom Alanus.
HISTOIRE D'EDESSE. 221
Abgar IX et Sévère Abgar X , conjointement , i an et 7 mois ,
On a des monnaies de l'époque de Caracsdla à
leffigie de cet empereur et de Sévère Abgar repré-
senté comme un tout jeune homme sans barbe.
C'est ce prince qxie Denys place à l'an aao3 d'Abra-
ham et qu'il fait régner avec son père à Edesse pen-
dant 1 an et 7 mois. Suivant Dion^ il se montra
d'ime insigne cruauté envers les habitants d'Edesse
sous prétexte d'introduire les mœurs romaines. Ca-
racalla, pendant son expédition en Mésopotamie,
attira traîtreusement Abgar qu'il fit charger de
chaînes et jeter en prison. Il s'empara ensuite de
rOsrhoène privée de son chef. Cet événement se
passa au commencement de l'année 216, car il est
mentionné par Dion ^ avant la captivité de la famille
royale d'Arménie, et on sait que l'épouse du roi
d'Arménie était prisonnière depuis onze mois à la
mort d'Antonin Caracalla (8 avril 217).
A Abgar Sévère , Gutschmid rapporte une inscrip-
tion grecque , trouvée auprès de la basilique de Saint-
Paul , à Rome , et relatant en vers élégiaques la mort
d' Abgar, âgé de vingt-six ans. Le tombeau où il re-
posait lui avait été élevé par son frère Antonin.
Tous deux étaient fils du feu roi Abgar ^. Nous
* Dion, Exe. Vales,, p. 746.
* Voir Gutschmid, loc. cit,, p. 36-37» suivant Dion, LXXVH,
12; LXXXVm, 27.
^ Corpus inscript, ^rœc,., ix° 6196.
222 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
sommes plutôt porté à voir dans ces deux princes
les deux fils d'Abgar IX, que celui-ci avait laissés en
otage à Rome ; telle est aussi Topinion de Bayer et
de Langlois^ L'Abgar auquel fut érigé un tombeau
à Rome n a pas le titre de roi , tandis que Sévère
Abgar parait avoir régné eflFectivement. Nous avons
déjà rapporté, d'après Dion, qu'il était cruel. La lé-
gende d'Abgar, dont nous parlerons sous le cha«
pitre V, parle aussi du fils d* Abgar, nommé Severos,
comme d un renégat qui, après la mort de son père,
persécuta les chrétiens. Dans cette hypothèse, Sé-
vère Abgar devrait être distingué de ses ^ deux frères
Abgar et Antonin, restés à Rome.
Mais une autre difficulté surgit. Denys, après
Abgar IX, mentionne Abgar Sévère avec son fils,
qui régnent ensemble i an et ^ mois; et ensuite
Ma^nou , son fils , qui occupe le trône pendant
26 ans. Sévère Abgar, qui, sur les monnaies, a lap-
parence dun jeune homme imberbe, ne pouvait
avoir un fils associé à son pouvoir, surtout quand
celui-ci apparaît comme un homme barbu. Gut-
schmid suppose qu'il faut lire dans la Chronique d^
Denys à Tannée 2 2o3 : « Régna à Edesse Abgar slvec
son fils Sévère, un an et sept mois»,* au lieu tie :
« Régna à Edesse Abgar Sévère avec son fils, un an
et sept mois ». Cette correction est assurément ingé-
nieuse , mais le rôle de Sévère Abgar demeiu'e bien
* Bayer, HisU Osrh., p. 178; Langlois, NumismaU de rAhaéni»,
p. 69.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 223
eflfacé et ne répond pas à celui que lui prête l'his-
toire, comme nous Tavons dit ci- dessus. Sur les
monnaies, du reste, il nest pas associé à son père;
supposer avec Gutschmid que celui-ci aura abdiqué
à son profit, mais en conservant le titre de roi qu'il
aurait refusé de laisser prendre à son fils , c est un
expédient qu^il paraît difficile d'admettre.
Ma^nou IX, a 6 ans, 2i6-34a*
L'année 2 1 & marque la fin du royamne d'Edesse ,
réduit par Caracalla en une province romaine. Il
avait duré trois cent quarante-sept ans. Cependant
Denys ajoute encore Ma^nou^ fils d'Abgar, et lui
assigne un règne de 2 6 ans. « Il est à supposer, dit
Gutschmid, que la liste que Denys avait sous les
yeux ne s'arrêtait pas là, mais sdlait jusqu'à la mort
du dernier membre de la famifie royale d'Edesse. »
Ma^nou, le dernier survivant des fils d'Abgar EX,
aurait donc vécu vingt-six ans après la captivité de
Sévère Abgar. C'est pour faire entrer ces vingt- six
ans dans les trois cent cinquante -deux ans, qu'il
indique pour la durée du royaume d'Edesse, que
Denys a reculé les règnes des rois précédents.
Ma^nou IX n'a donc eu de la royauté que le titre
sans la puissance.
Abgar XI, 2 ans, 242-244.
Cependant le royaume d'Edesse devait renaître
pour un court laps de temps sous Gordien III.
En 2 /n , Ardaschir, accompagné de son fils Sapor,
224 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
avait envahi la Mésopotamie et menaçait Antioche,
après s'être emparé sous Maximin (entre a36 et 238)
de Nisibe et de Carrhes ^ Gordien marcha contre les
Perses en 2/12 et reprit les villes dont ceiix-ci s'étaient
emparés. Cet empereur dut mettre à la tête d'Édesse
im descendant de la famille d'Abgar. On trouve en
eflFet des monnaies à leffigie de Gordien et d'un roi
avec la légende : AYTOK- TOPAI ANOCABTAPOC
BACIA6YC. Deux d entre elles sont particulièrement
intéressantes, parce qu'elles se rapportent, à en
juger par les emblèmes qui y sont figurés, à Im-
vestiture du nouveau roi par lempereur. Sur Tune
d elles , Abgar, tourné vers Gordien , tient une cou-
ronne de la main droite. Sur lautre, lempereur,
assis sur la chaise curule , tend la main droite vers
Abgar, qui lui présente une petite victoire^. Cette
royauté de circonstance n a pas dû survivre à Gor-
dien et aura fini avec lui en ilxk* On na pas de
monnaie du temps de Philippe ; dans toutes les mon-
naies postérieures , Edesse reprend le titre de colonie
[romaine).
Ce dernier Abgar paraît avoir fini ses jours à
Rome. Une inscription tumulaire trouvée dans cette
ville ^ nous fait connaître le nom entier de ce prince,
appelé Abgar Phrahate , et celui de sa femme , nommée
Hodda, à laquelle il avait élevé im mausolée. Voici
^ Voir Gutschmid, loc, ciu, p. 44; Mommsen, Rcmiische Ge-
schichte, V, 421 ; Nœldeke, Âufsàtze zar persischen GeschichU, 92.
* Voir Gutschmid, loc. cit, p. 45.
^ Voir Muratori, II, p. 665, n* 1.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 225
la teneur de cette inscription : «DM. Abgar Phra-
hates filius rex principis Orrhenorù Hodda conjugi
bene merenti fec. » Langlois voyait à tort dans cet
Abgar Phrahate le jeune Abgar mort à Rome à lage
de vingt-sîx ans, d'après Imscription mentionnée
plus haut (p. 221).
Telle est Thistoire de ces rois d après les notices
extraites des historiens grecs et latins et les indica-
tions fournies par les médailles. Il est très regret-
table que les auteurs syriaques nous aient transmis
si peu de chose sur Tépoque pendant laquelle Edesse
fut indépendante. Quelque fautive que soit la liste
de Denys, elle nen constitue pas moins un docu-
ment de première valeur, car sans elle nous n au-
rions que des notions confuses sur les rois d'Edesse.
Nous avons admis les rectifications proposées par
Gutschmid aux notices chronologiques de Denys.
Les critiques si judicieuses de ce regretté savant per-
mettent de considérer son travail comme définitif,
tant que de nouveaux textes , malheureusement peu
probables, ne viendront pas apporter de nouvelles
lumières.
Nous donnons ici la liste rectifiée par Gutschmid :
1. Aryou
2. *Abdou, fils de Maz'our
3. Phradascht, fils de Gebar'ou. . . .
4. Bakrou I", fils de Phradascht
5. Bakrou II, [ils de Bakrou, seul.. . 17 ans» 4 mois iia-gd
Dorée des règnes.
Epoque
■V. J.-C.
5 ans
132-127
7 ans
127-120
5 ans
120-ll5
3 ans
ll5-112
226 SEPTEMBREOCTOBRE 1891.
Epoque
Dnrëe des règnes. av. J.-G.
6. Bakrou II et Ma'nou 1*' 4 mois gd
7. Bakrou II et Abgar P', le Bègue. . . a ans, 4 mois 94-93
8. Abgar I*', seul a3 ans, 5 mois 92-68
9. Abgar 11^ fils d'Abgar i5 ans 68-53
10. Ma'nou II, le Dieu 18 ans, 5 mois 5a-34
11. Paqouri 5 ans 34-39
la. Abgar III 3 ans 39-36
i3. Abgar IV, le Rouge 3 ans 36-33
\h> Ma'nouin, TAristoloche 18 ans, 7 mois a3-4
Epoque
•p. J.-G.
1 5. Abgar V, le Noir, fils de Ma'nou ... 10 ans 4 aY.-7 ap.
16. Ma'nou IV, fils de Ma'nou 6 ans 7-13
17. Abgar Y, de nouveau 37 ans, 1 mois i3-5o
18. Ma*nou V, fils d'Abgar 7 ans 5o-57
19. Ma'nou Vï, fils d'Abgar i4 ans ^7-71
ao. Abgar VI, fils de Ma'nou 30 ans 7^~9^
31. Interrègne de 18 ans 18 ans 91-109
33. Abgar Vn, fils d'Izate 6 ans, 9 mois 109-116
33. Interrègne de 3 ans (occupation
romaine) 3 ans 116-1 18
34. l£doud(?) et Partbamaspat 3 ans, 10 mois ii8-i3a
a5. Partbamaspat seul 10 mois 133-1 23
26. Ma'nou VII, fils d'Izate 16 ans, 8 mois i33-i39
27. Ma'nou VIII, fils de Ma'nou 24 ans 139-1 63
38. Wâél, fils de Sabrou 3 ans i63-i65
39. Abgar VIU 2 ans 165-167
30. Ma'nou Vm, de nouveau 13 ans 167-179
3 1 . Abgar IX , le Grand , fils de Ma'nou. 35 ans 179-314
33. Abgar IX et Sévère Abgar, son
fils 1 an, 7 mois 3id-3i6
Durée du royaume, sous vingt-
buit rois, 3^7 ans.
33. Ma'nou IX , fils d'Abgar, roi titu-
laire 36 ans 3i6-a43
3d« Abgar XI, Pbrabate, fils de Ma^nou. 3 ans 343-344
HISTOIRE D'ÉDESSE. 227
CHAPITRE IV.
LE PAGANISME X EDESSE.
Ëdesse n^avait pas de dieu national; elle était adonnée au
culte des astres. — Temple du Soleil. — Les Edesséniens
chrétiens n avaient conservé quun souvenir confus des
dieux anciens. — Bel et Nébo. — Génies sidéraux. —
Athargatis. — Noms théopliores.
Edesse, à Tépoque du paganisme, n'avait pas un
dieu national, comme le lahvé des Israélites ou le
Camosch des Moabites. Elle était adonnée au culte
des astres, répandu dans la Babylonie et la Syrie.
Le dieu du Soleil, Schemesch, y avait un temple,
qui était probablement au nord de la ville, à en
juger par la porte désignée de son nom , porte de
Beith'Schemesch. Suivant Julien ^, Edesse était un
lieu consacré au soleil depuis les temps les plus an-
ciens. Les Edesséniens lui donnaient , comme dieux
parèdres, Monime et Aziz. «lamblique, ajoute-t-il,
suppose que Monime est Mercure , et que Aziz répond
à Mars : Oi tïjv ÈSsccrav oUovifTsSf isphv è^ aîSvoç
HX/ot/ yojplov , M-àvipiov avr^ Hoà A?,i^ov • mjyHaBiSpv-
ovaiv. AlvMs(70a{ ÇrjeTtv laixS\i)(p$j d)S b ^6vi[io$ fxèv
Èpfirjs etrjy Alt^os Se Apris^ ïlXtov 'uta.peSpoi, M. Frantz
Cumont a rejeté récemment^ cette identification de
lamblique. Il semble avoir prouvé qu' Aziz et Monime
* Orat., IV, p. 195, éd. Hertlein, 1875.
' hevue archéologique f 1888, p. qS-qS.
228 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
sont le Phosphoros et YHesperos des Grecs, cest-à-
dire Tétoile du matin qui précède le lever du soleil,
et rétoile du soir qui suit le coucher de cet astre.
Ce culte répondait , suivant lui , au culte de Mithra ,
qui aurait pénétré de bonne hernie à Edesse. Quoi
qu'il en soit, la triade divine est représentée sur
quelques monnaies d'Edesse par les trois étoiles qui
ornent la tiare des rois. Le croissant figuré égale-
ment sur la tiare royale est un indice que la divi-
nité lunaire était adorée à Edesse. Nous voyons en
effet, par un passage de la Doctrine d'Addai rapporté
ci-après (p. 229), que le soleil et la lune étaient au
nombre des dieux édesséniens. Le temple du soleil
se voit encore sur une monnaie d'Edesse ^.
Les Edesséniens chrétiens n ont conservé qu'un
souvenir assez confus des temps du paganisme. Les
auteurs syriaques ne connaissaient guère à Edesse
que Bel et Nébo, également deux divinités sidérales,
qu'ils identifiaient, le premier avec la planète de Ju-
piter, et le second avec la planète de Mercure^. On lit
dans l'homélie de Jacques de Saroug sur la chute des
idoles^ : «Il (le diable) installa à Edesse Nébo et
Bel avec beaucoup d'autres idoles^. » Dans la Doc-
trine d'Addai^, l'apôtre, prêchant le peuple, s'écrie :
* Voir ci-dessus , p. 210.
* Payne Smith , Thésaurus syr, , sous '^«k» et oaj .
» Publiée par M. l'abbé Martin dans la Z. D. M. G., XXIX,
p. 111. Cf. Assémani, B. 0.,I, 327.
^ Selon la soi-disant apologie de Méliton [Spicilegiwn syr,) de
Cureton, 26, i4» Nébo était adoré à Mabboug..
* The Doctrine of Addal, p. 24.
HISTOIRE DÉDESSE. 229
« Quel est ce Nébo , idole fabriquée , que vous adorez?
Et Bel, que vous honorez? H y en a aussi parmi
vous qui adorent Bath-Nical, comme les habitants
de Harran, vos voisins; et Tar'atha, comme les ha-
bitants de Mabboug; et TAigle, comme les Arabes;
et le soleil et la lune , comme d'autres tels que vous ^. »
Un peu plus loin^, la Doctrine raconte ce qui suit :
« Schavida et ^Abdnébo , les chefs des prêtres de cette
ville, voyant les miracles qu'il (Addai) avait faits,
s'empressèrent de renverser les autels sur lesquels
ils sacrifiaient devant Nébo et Bel, leurs dieux, ex-
cepté le grand autel situé au milieu de la ville. »
Ajoutons encore ce passage^ : «Les prêtres mêmes
du temple de Nébo et de Bel rendaient des hon-
neurs (aux prêtres chrétiens) en toute circonstance. »
Dans ces passages , Nébo et Bel semblent associés ,
partageant le même temple. On remarquera que le
grand autel situé au milieu de la ville échappa à la
destruction des autres autels. Il paraît en effet avoir
subsisté encore assez longtemps après l'introduction
du christianisme à Edesse. On y sacrifiait aux génies :
« Quel est donc ce grand autel, dit l'apôtre Addai ^,
que vous avez construit au milieu de cette ville, sur
lequel sans cesse vous faites des offrandes aux dé-
mons et vous sacrifiez aux génies? »
^ M. Philipps, confondant hrinê «autres» avec haranâyê «Har-
raniens», traduit à tort, p. 24 : «As the rest of the inhabitants of
Harran , who are as yourselves. »
* The Doct., p. 34.
•' Loc. cit., p. 5o, i5.
* The Doct., p. 26.
230 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Les génies, dans le cuite astrolâtrique, étaient
considérés comme des intermédiaires, au nioyeti
desquels les astres exerçaient sur la terre leur in-
fluence heureuse ou néfaste. C^était ordinairement
sur les toits plats des maisons, où ils résidaient,
quon les implorait ou quon les conjurait. Isaac
d*Antioche ^ se plaint, au v* siècle de notre ère, des
femmes qui faisaient encore des ofirandes à Vénus
sur les toits de leurs maisons. Dans la version sy-
riaque, dite Peschîto, du Nouveau Testament, le
démon de Tépilepsie , que Ion croyait agir par Tin-
fluence de la lune, est appelé Jîfc du toit, ]^j^ l>^,
traduisant le grec as\Yjvia?,6[jLevo$ ^, C'étaient probable-
ment aussi des génies sidéraux, ces génies auxquels
on faisait des offrandes sur le grand autel d'Édesse ;
et, comme à Antioche, leur culte se sera maintenu
encore pendant quelque temps après Tintroduction
du christianisme.
On ne doit pas nier que la déesse Tar'atha ( Athar-
gatis) ait eu des adorateurs à Edesse, si elle ny
jouissait pas d'un culte officiel et public. Nous avons
vu plus haut (p. 219) qu'Abgar IX abolit Tusage
de la castration qui se pratiquait dans la province
d'Edesse en l'honneur de la déesse TarVtha. Suivant
Moyse de Khorène^, Abgar Oukhâma transporta ses
dieux Naboc (Nébo), Bel, Patnicagh (Bath-Nical) et
» Ed. Bickell,I,p. 244.
^ Voir Revue des études juives , 1887, XIV, ^^•
^ Trad. de Langiois, II, 27.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 231
Tafata à Edesse, quand il quitta Medzpûi (Nisibe).
Les auteurs anciens sont d'accord pour faire de
Mabboug (Hiérapolis) le principal lieu du cidte de
cette déesse en Syrie. Lucien ^ donne d mtéressants
détails sur son temple dans cette ville. Le Talmad
de Babylone^ -plsiGe. Tar^atha à Mabboug. Jacques de
Saroug, dans son bomélie sur la chute des idoles
citée 'ci-dessus, et la Doctrine d'Addai associent éga^
lement les noms d.e Tar'atha et de JVIabboug, maist
la Doctrine laisse entendre que les divinités adorées
dans les villes voisines avaient. aussi, des clients à
Edesse. Lucien rapporte que, près du temple de la
déesse à Hiérapolis , se trouvait un étang dans lequel
on entretenait de grands poissons qui avaient leurs
noms propres. Xénophon ^ parle d'un fleuve où
vivaient des poissons sacrés. Il semble donc légi-
time de faire honneur à cette déesse de la vénéra-^
lion des Edesséniens pour les poissons de leur grand
étang, quoique les Musulmans rapportent aujour-
d'hui cette vénération à Abraham *. C'est sans doute
la réputation des étangs sacrés de Mabboug et
d'Edesse qui a été la cause de la confusion de ces
deux villes dans Strabon^ : vnépKetTai Se tov tsroTa-
fxoVf cryoivovs réTlapas Sté)(pv<Ta, î) Ba[€vxfjf ijv xaï
EtSecTCTOLv xa\ îepàv '&6\iv KokoSaiv, èv il TifiSat rriv
^ De Dea syria, XI-XII.
^ Aboda Zara, \i h.
^ Cyropédie, I, iv, 9.
* Voir ci-dessus, p. 92.
^ Éd. Didot, XVI, 1, /i8, p. 636.
232 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
^vplav B-ehv Trfv ATafyychiv. M. von Baudissin ^' ne
devait donc pas rejeter comme non fondée Topi-
nion de Meier ^, qui avait reconnu le culte de cette
déesse à Edesse.
Nous avons dit (p. 127) que, suivant un passage
du Spicilegiam syridcum de Gureton, on adorait en
Mésopotamie une juive nommée Koutbi, parce
quelle avait sauvé le roi d'Edesse Bakrou. Nous
ignorons à quel culte ce passage fait allusion. On
peut cependant en tirer un indice en faveur de l'in-
fluence juive en Osrhoène au temps du paganisme.
Dautres dieux avaient aussi leurs temples ou
leurs autels dans cette contrée, mais nous n avons
pas d'informations positives sur eux. Les noms théo-
phores des anciens documents syriaques apportent
une faible contribution à ces recherches. *Absamya ,
le serviteur de SamyUy et Barsamya, lejik de Samya,
feraient supposer un dieu5amja (laveugle?)'. *Abd-
nakhad^, le serviteur de Nakhad, et ^Abschadar, le
serviteur de Schadar^, rentrent peut-être dans cette
catégorie. On pourrait comparer avec ces noms les
suivants : Abdnébo « le serviteur de Nébo^ »; Scharbil
^ Studien, JI, p. 169, note 2, et p. 166, note 3.
» Z. D. M, G., XVIÏ, p. 582-583.
^ Cf. Nestlé, dans le Literar, Centrcdblatt , 1880.
* The Doctrine oj Addai, j8, 3.
* The Doctrine of Âddai, p. ult. Dans 'Abschelâma et 'Abschadar,
^Ab est sans doute contracté de 'Abd. Cependant Schodar ne devrait-
il pas être rapproché de Scharedou ( OA'Hje.) , Z, D, M, G. > XXXVI,
i45, par confusion  et "A?
^ Leboubna, comme l'a remarqué M. Nœldeke, est formé aussi
avec le nom du dieu Nébo; il est altéré de Nebobna « Nebo a édifié».
HISTOIRE DÉDESSE. 233
« Tenfant de Bel » ; Schamschagram « Schemesch a dé-
cidé » , qui se rencontre également dans les inscrip-
tions nabatéennes du Sinaï et de Pétra; Amatsche-
mesch «la servante de Schmesch», ae ryx-x-mi^,
AMACCAMCHC ^ et Barscïiemesch « le fds de Sche-
mesch » , xsnjL \ra ^, qui appartiennent au même
groupe des noms édesséniens.
^ Dans une inscription du u* siècle de notre ère, publiée par
M. Sachau (Z. D. M, G., XXXVI, p. id5).
* Dans une autre inscription publiée par Sacbau (ibid,, p. i63).
XYIII. 1 6
234 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
CHAPITRE V.
LA LÉGENDE D'ABGAR
ET LES LÉGENDES QUI Y ONT ÉtÉ RATTACHEES.
Lettre d'Abgar Oukliàma à Jésus. — Réponse de Jésus. — -
Evangélisation d'Edesse par Addai. — Aggai et Palout , suc-
cesseurs d'Addai. — Bénédiction d'Edesse par Jésus. —
L'Invention de la vraie croix. — Lettre d'Abgar à Tibère.
— Reliques de l'apôtre Thomas à Ëdesse.
Edesse fut la première ville chrétienne de la Méso-
potamie et , par l'influence qu'elle exerça autour d'elle ,
contribua puissamment à la diffusion du christia-
nisme en Orient. Elle devint bientôt un centre de
propagande où affluaient les esprits éclairés , que le
courant du jour poussait vers les questions reli-
gieuses. Tant de fortune ne pouvait échoir à une
humble communauté qui, composée d'abord d'un
petit nombre d'adeptes , se serait accrue par de lents
progrès dans un milieu païen et juif, indifférent ou
hostile. Non! Edesse, dès le principe, avait été mar-
quée du sceau des privilégiés et désignée par Jésus
lui-même pour recevoir la bonne nouvelle directe-
ment des apôtres du divin Maître. Tel est le sens de
la légende, désignée sous le nom de Légende d'Abgar,
qui se forma à Edesse vers le milieu du ht* siècle de
notre ère et eut un retentissement prodigieux en
Occident et en Orient. On en trouve des échos non
seulement dans tout le monde chrétien, mais aussi
chez les Musulmans.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 235
Les deux principaux textes pour Tétude de cette
légende sont la rédaction syriaque et la version
grecque d'Eusèbe, car tous les autres procèdent
plus ou moins directement de ces deux sources.
Telles sont notamment la version arménienne* et
deux rédactions grecques encore inédites. La version
d'Eusèbe, faite directement sur le syriaque, pré-
sente le texte le plus ancien ; elle est contenue dans
son Histoire ecclésiastiqae , I, j3. La rédaction sy-
riaque amplifiée que nous possédons sous le titre de
Doctrine d'Addai^ est sans doute du commencement
du V* siècle^.
Suivant cette légende, le bruit des miracles de
Jésus étant parvenu à Edesse*, le roi Abgar Ou-
* Intitulée : Laboubnia, Lettre d' Abgar ou Histoire de la conver-
sion des Edesséniens par Laboubnia, Kontemporain des Apôtres, et
publiée par ie P. Âiishan, à Venise, en 1868. Une édition moins
complète avait été donnée dans la Collection des historiens anciens et
modernes de l'Arménie, de Langlois^
* Publiée d'abord par Cureton,dans Ancient Syr, docum,, d après
deux manuscrits incomplets, et en 1876, d'après un manuscrit de
la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, par M. Philipps , sous le titre
de The Doctrine of Addai the Apostle,
^ Entre 390 et d3o, estime M. Tixeront, Les origines de l'église
d'Edesse et la légende d' Abgar (Paris, 1888); entre 36o et 390,
opine M. Lipsius, Die Edessenische Abgarsage, 1880, eiJahrb.fûr
protest, TheoLj 1881 et 1882. M. Zahn (Tatian's Diatessaron, An-
hang n, et Gœtting, Gelehrte Anzeigen, 1877) croyait retrouver
dans la Doctrine la rédaction primitive de la légende, qu'il plaçait
entre 270 et 290; il considérait comme des interpolations posté-
rieures les passages contradictoires avec ces dates.
* Dans la Doctrine, Abgar est mis au courant des mirades de
Jésus par une députation qu'il avait envoyée pour afiaires d'État à
Sabinus, le gouverneur romain de la Palestine, de la Syne et de
16.
236 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
khâma, qui était atteint d'une maladie incurable,
envoie à Jérusalem son courrier' Hannan avec une
lettre adressée à Jésus, en priant celui-ci de venir le
guérir. Jésus répond qu'il ne peut se rendre à Ëdesse ,
mais quil enverra au roi un de ses apôtres, quand
il aura achevé sa mission et sera remonté au ciel.
La lettre d'Abgar était conçue en ces termes :
« Abgar Oukhâma ^ à Jésus , le bon médecin , qui a
paru dans le pays de Jérusalem, mon seigneur,
salut! J'ai entendu dire de toi et de tes cures que
tu opères sans médicaments et sans plantes médi-
cinales; mais que, par ta parole^, tu fais voir les
aveugles et marcher les paralytiques. Tu purifies les
lépreux*; tu chasses les esprits impurs et les dé-
mons; tu guéris les possédés et ressuscites les morts.
la Mésopotamie, lequel se trouvait à Eleuthéropolis ou Beith-
Goubrin. (Sur ce Sabinus, comp. Josèpbe, Ant., XVII, lo, i; De
bello Jnd., If, 3, i.) Après avoir accompli sa mission, la députa-
tion suit la foule (jui se rendait à Jérusalem pour voir Jésus. Elle
séjourne treize jours dans cette ville et, à son retour auprès d'Abgar,
elle raconte au roi les faits dont eUe a été témoin.
^ Dans Ëusëbe, ta^^SpoiÂOS^ dans la traduction syriaque d'Eu-
. sèbe. Ane. Syr. doc, p. 2, \^"v\:r3w JL- , tabellarius «courrier»;
mais dans la Doctrine t^-S^Sjt K^'HJia*T\. , tabalarius « secré-
taire assermenté ».
* La plupart des manuscrits portent Abgar le toparque, mais le
surnom Oukhâma «le Noir» se trouvait primitivement chez Eu-
sèbe, comme le montrent la traduction latine de Rufln et la tra-
duction syriaque dans les Ane, Syr. doc. La suppression du mot
Oukhâma vient de ce (ju'il n'était plus compris ; certains manuscrits
écrivent en effet : ow;^ àfia. (Voir Lipsius, Die Edess. Abgarsage,
p. i5, notes.)
^ Kusèbe, moins bien : à ce que l'on dit.
* La Doctrine ajoute : et tu fais entendre les sourds.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 237
Lorsque j'ai appris sur toi tout cela ^ je me suis mis
dans Tesprit, ou que tu étais Dieu descendu du ciel
pour faire ces actes, ou que tu étais le fds de Dieu,
toi qui fais toutes ces choses. C'est pourquoi je tai
écrit pour te prier de venir chez moi^, afin que tu
guérisses une maladie dont je souffre. Car j ai appris
que les Juifs murmurent contre toi et veulent te faire
du maP. Je possède une ville petite, mais belle, qui
est suffisante pour nous deux^. »
La réponse de Jésus à Abgar est ainsi rapportée^ :
« Heureux es-tu , toi qui as cru en moi sans m'avoir
vu. Car il est écrit de moi que ceux qui me verront
ne croiront pas en moi, et que ceux qui ne me ver-
ront point croiront en moi. Quant à ce que tu
m'écris de venir chez toi, l'œuvre pour laquelle j*ai
été envoyé ici est désormais achevée et je vais re-
monter vers mon père, qui m'a envoyé^. Lorsque
je serai remonté vers lui, je t'enverrai un de mes
^ La Doctrine : ces grands miracles.
■^ La Doctrine ajoute : afin que je t'adore.
^ La Doctrine : J'ai encore appris que les Juifs murmurent contre
toi et te persécutent; qu'ils cherchent à te crucifier et songent à te faire
du mal.
* La Doctrine : gai suffit à deux personnes pour y demeurer en
paix.
^ Dans Eusèbe , cette réponse est donnée par écrit. Dans la Doc-
trine, elle est orale, sans doute pour éviter l'objection qu'une lettre
de Jésus, si elle avait été reconnue authentique, aurait figuré au
premier rang parmi les livres canoniques du Nouveau Testament.
* Dans Eusèbe : il est nécessaire que f accomplisse ici tout ce pour-
quoi fai été envoyé et, après lavoir accompli, je remonterai vers Celui
qui m'a envoyé.
258 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
dîscipies qui guérira la maladie dont tu souffres et
procurera la vie à toi et aux tiens ^. »
Après l'Ascension de Notre -Seigneur, Tapôtre
Judas Thomas envoie Addai^, un des disciples, à
Abgar. Addai descend à Edesse chez un juif origi-
naire de la Palestine , Tobie , fds de Tobie. Quand il
se présente devant le roi entouré de ses conseillers*,
il apparaît à Abgar illuminé d une auréole , qui est
invisible pour les autres personnes. Abgai' se pros-
terne et affirme sa foi en Jésus. Addai le guérit de
sa maladie, ainsi qu'^Abdou, fils d**Abdou, qui
souffrait de la goutte aux pieds. Tl prêche ensuite la
religion du Christ devant tous les habitants de la
ville , païens et juifs , convoqués en assemblée par
ordre du roi. Sa parole e^t écoutée avec recueille-
ment par les assistants , qui se convertissent en grand
nombre.
Ici se termine le récit d*Eusèbe, qui déclare
l'avoir traduit du syriaque, et qui en fixe la date à
l'année ilio des Séleucides (29 de J.-C), ancienne
^ Dans la Doctrine : et convertira à la vie éternelle tons ceax çaî
sont auprès de toi. Ta ville sera bénie et aucun ennemi ne prévaudra
plus contre elle,
^ Dans Eusèbe : Thaddée, Suivant qudques rédactions, Addai
arrive à Edesse et guérit Abgar du vivant même de Jésus. (Voir
Ane, Sjrr, doc, 111; Lagarde, Prœtermissomm libri duo, p. 98,
57; Salomon de Bassora, The book of the bee, éd. Budge, 107;
eomp. la légende des 3o deniers, rapportée sous ie chapitre soi-
ant.)
' Dans la Doctrine : os'^.^JO ^râ^lV»* litt. : c assistants de sa
séance» (comp. larabe jsjLi)« et non pas Those wko sat with
bended knies, comme traduit M. Philipps, p. 6.
HISTOIRE D'EDESSE. 239
date de la Passion ^ La Doctrine, au contraire , place
cet événement à Tannée 343 des Séleucides ou 32
de Jésus-Christ, suivant la chronologie qui a pré-
valu depuis Eusèbe.
La Doctrine poursuit plus loin la légende. Addai
construit une église avec Taisent que le roi met à
sa disposition. Schavida et ^Abdnébo, les grands
prêtres de la ville, accompagnés de leurs collègues,
Piroz et Danqou, renversent les autels sur lesquels
ils sacrifiaient devant Nébo et Bel, leurs dieux, à
Texception du grand autel situé au milieu de la ville ,
et proclament la vérité de la religion du Christ. Les
Juifs eux-mêmes acceptent cette religion de leur
plein gré et sans contrainte. La province entière de
la Mésopotamie et les régions adjacentes sont con-
verties à la parole de cet apôtre.
Aggai, le fabricant de chaînettes et de diadèmes
royaux , Palout , ^Abschelâma et Barsamya deviennent
les disciples d'Addai et étudient sous sa direction
l'Ancien et le Nouveau Testament, les Prophètes et
les Actes des Apôtres. Ils administrent Téglise con-
struite par Addai. Le peuple assiste en masse à la
prière de Toffice et à la lecture de TAncien Testa-
ment et du Diatessaron; il observe les fêtes reli-
gieuses et les vigiles.^ De nouvelles églises sont con-
struites dans les environs. Addai confère la prêtrise
à beaucoup de personnes. Des Orientaux se traves-
^ Le Cod, Medicœus ajoute 3 à la marge pour indiquer ia date
de 32 de J,-C. (Voir, sur ces dates, Gutschmid, Untersuch,, p* ii.)
240 SEPTEMBRE-OCTOBRi: 1891.
tissent en marchands pour pénétrer en pays romain
et être témoins des miracles opérés par lapôtre.
Ceux qui s'attachent à ce maître en qualité de dis-
ciples reçoivent Tordre de la prêtrise et retournent
catéchiser leurs concitoyens de T Assyrie. Ils fondent
en secret des églises et se cachent des adorateurs du
feu. Narsai, le roi des Assyriens, informé des actes
d'Addai, prie Abgar de lui envoyer cet apôtre, ou
de lui mander tout ce dont il a été témoin à Edesse.
Abgar lui envoie par écrit Thistorique détaillé de sa
conversion.
Quelques années s'étant écoulées, Addai tombe
malade et sent venir sa fin ^ Il appelle Aggai et, en
^ La version arménienne, dans le désir de rattacher aussi aoi
Apôtres riîiglise d'Arménie , laisse entendre qu Addai avait conçu le
projet de visiter les contrées de l'est et de l'Assyrie. Suivant un
passage d'un manuscrit syriaque dans les Ane. Syr. doc, de Cure-
ton , p. lie, Addai aurait été tué en Sophène , à Aghel , par ordre
de Severos, fils d' Abgar, qui était retourné au paganisme. Il y a là
une tradition arménienne qui , en confondant Addai avec Aggai et
en changeant le lieu de la scène, faisait bénéficier l'Arménie du
martyriumde l'apôtre. (Cf. Gutschmid, Untersnch, p. 16.) Suivant
un Acte des martyrs orientawv, publié par Hofimann dans ses
Anszûge ans syr. Acten pers. Màrtyrer, p. 46, la conversion de
Karkha de Seloukh dans le Beith-Garmai aurait été faite par Addai
et Mari. C'est une nouvelle extension de la légende. Les Actes de
Mari, publiés par M. Abbeloos, na mentionnent que Mari seule-
ment. Salomon de Bassora ( The book of the hee, éd. Budge, p. 1 aS ;
cf. Ane. Syr. doc, i63) fait mourir Addai à Aghel; il est mis à
mort pîup Hérode, fils d'Abgar. Suivant Barhebraeus [Chron, eccL,
III, I, p. 1 1), Addai quitte Édesse pour l'Orient avec ses deux dis-
ciples Aggai et Msuri. C'est à leur retour qu' Addai est mis à mort
par le fils d'Abgar. (Comp. aussi Mari ibn Soleimân et Amr ihn
Mattâ , dans Assémani , B. O., lîl , 11 , p. xi et xni. ) Selon Moyse de
HISTOIRE D'ÉDES.SE. 241
présence de son clergé , il le fait directeur de Téglise
à sa place. 11 ordonne prêtre Palout, qui était diacre,
et élève au diaconat ^Abschelâma, qui était un
scribe. Ensuite il leur adresse ses dernières instruc-
tions et leur recommande notamment de lire dans
les églises la Loi, les Prophètes, l'Evangile (le Dia-
tessaron) , les épîtres de saint Paul, que Simon Pierre
leur a envoyées de Rome, et les Actes des douze Apô-
tres, que Jean, fils de Zébédé, leur avait adressés
d'Ephèse; ils devront s'en tenir à ces livres à Tex-
clusion de tous autres. Trois jours après, le i k mai,
Âddai rend le dernier soupir. Il est inhumé dans le
splendide mausolée de la famille d'Aryou , Tancêtre
du roi Abgar.
Plusieurs années après la mort d'Abgai% un de ses
fils, qui ne s'était pas converti à la vraie religion,
donna à Aggai Tordre de lui faire des diadèmes d'or.
Sur le refus de celui-ci , il ordonne de lui briser les
jambes et cet ordre est exécuté pendant qu'Aggai
expliquait les Ecritures dans l'église. Aggai, sur le
point de mourir, conjure Palout et ^Abschelâma de
l'enterrer dans l'église. Son vœu est exaucé, mais il
était mort trop rapidement pour avoir pu imposer
les mains à Palout, qu'il avait désigné pour son suc-
Khorène (II, 3.4), Thaddée (Addai) se rend auprès de Sanatrouk
qui régnait en Arménie et le convertit; mais ce roi étant retombé
dans le paganisme, il fait périr Thaddée et ses compagnons dans
le pays de Schawarschan (Artaz). Enfin, dans la Doctrine des Apô-
tres [Ane. Sjr. doc., p. 34) , Edesse, avec toutes les villes de la Mé-
sopotamie ou avoisinant la Mésopotamie, est convertie par Addai,
tandis que Aggai évangélise les contrées de l'Orient et du Nord.
242 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
cesseur. Celui-ci se rend donc à Antioche et est
consacré par Sérapion, évêque de cette ville. Séra-
pion avait reçu l'imposition des mains de Zéphirin,
évêque de Rome et successeur de saint Pierre, qui
tenait son autorité directement de Notre -Seigneur.
Le livre se termine par la déclaration que les
Actes d'Addai l'apôtre ont été rédigés par Laboubna,
fds de Sennac, fds d*^Abschadar, le scribe royal, et
scellés par Hannan, le tabularlus assermenté du roi,
lequel les a déposés dans les archives. C*est à une
clausule analogue que fait allusion Eusèbe quand il
dit qu on a dans les archives d'Edesse le témoignage
écrit des événements qu'il raconte, et que de ces
archives ont été tirées les lettres d'Abgar et de Jésus
qu'il a traduites littéralement.
Le caractère légendaire des Actes d*Addai est géné-
ralement reconnu aujoiu'd'hui. Il ressort évidem-
ment du passage de la Doctrine relatif à la consécra-
tion de Paiout par Sérapion d' Antioche. Suivant la
Doctrine y Sérapion, qui fut évêque de 190 à aao,
aurait été consacré par Zéphirin de Rome, 198 ou
1 99 à 2 1 «7 ; Tanachronisme saute aux yeux. Un se-
cond anachronisme aussi frappant, c'est de faire
vivre Paiout du temps d'Addai, qui lui confère
l'ordre de la prêtrise. Paiout ne pouvait être à la
fois contemporain de l'apôtre au commencement
du i"* siècle, et de l'évêque d' Antioche à la fin du
n* siècle. Ces anachronismes sont voulus et ne sont
pas le résultat d'interpolations postérieiu'es, conmie
on l'avait cru d'abord. Ils appartiennent, comme
HISTOIRE D'ÉDESSE. 243
partie intégrante, à la légende d*Abgar, dont l'objet
était de faire remonter aux apôtres l'origine de 1* église
d'Édesse , et de rattacher en même temps cette église
à l'église de Rome^ Palout est un personnage his-
torique qui vivait au temps de Sérapion d'Antioche
et du roi Abgar. Mais ce roi est non pas Abgar V,
dit Oakhâma, mais Abgar IX, le Grand, qui fut en
réalité le premier roi chrétien. Gutschmid a très
bien vu que c'est à ce dernier que se rapporte le
voyage à Rome, que Procope, sous l'influence de
la légende, place au temps d' Abgar Oukhâma^.
C'est au retour de ce voyage, postérieurement à
l'année 202 , qu' Abgar IX embrassa le christianisme.
Le nom d'Augoustin (Augusta) que porte la mère
d' Abgar dans la Doctrine convient à l'époque d' Abgar
le Grand, qui, comme le remarque Gutschmid^,
avait donné à ses fds les noms d'Antonin et de Sé-
vère en l'honneur de l'empereur Septime Sévère.
Le fils du premier roi chrétien, qui fit périr Aggai,
est Severos , qui régna quelque temps après Abgar IX
et fiit connu pour sa cruauté ^.
La légende d' Abgar a dû se former à Edesse vers
* Voir Ncddeke, Literar. Centralblatt, 1876, n* 29; Nesde,
TkeoL Literaturzeit. , 1876, n" 25; Lipsius, Die Edessenische Ab-
garsage, 1880; Tixeront, Les origines de l'Église d'Edesse et la
légende d' Abgar. L'abbé Martin, dans un opuscule intitulé: Les
origines de l'Eglise d'Edesse, a voulu soutenir encore la véracité de
cette légende.
* Gomp. ci-dessus, p. 21 5.
^ Untersuch. , p. 1 4.
* Comp« ci-dessus, p. 221 et p. 2^0, note 1.
244 SEPÏEMBKE-OCTOBRK 1891.
le milieu du m*' siècle, assez longtemps après le
règne d'Abgar IX, qui prit fin en 2 1 6. Elle ne peut
être postérieure à ce siècle, car Eusèbe nous la trans-
met comme une tradition officiellement reconnue
et attestée ^
A la légende d'Abgar ont été rattachées par la
Doctrine quatre autres k'gendes dont nous devons
dire quelques mots , savoir : la Bénédiction d'Edesse,
le Portrait de Jésus, l'Invention de la vraie croix et
la lettre dWbgar à Tibère.
La bénédiction d'Edesse se déduisait facilement
par la réflexion des premiers mots de la lettre de
Jésus à Abgar ; Bienheureux es -tu, . . Ces paroles
renfermaient ime sorte de bénédiction dont il était
juste de faire profiter la ville d'Abgar^. Cette lé-
gende que les auteurs syriaques aiment à rappeler
et qui devint également célèbre dans TOccident est
postérieure à Eusèbe qui l'ignore. La Doctrine d'Addai
la formule en ces termes à la fin de la lettre de
Jésus : « Ta ville sera bénie et aucun ennemi ne pré-
vaudra plus contre elle. » Il y est fait allusion dans ie
soi-disant Testament de saint Ephrem^. La pèlerine
franque qui visita Edesse h la fin du iv* siècle , croit-
^ M. Tixeront prend le dernier tiers du m* siècle, époque à
laquelle M. Zahu fixe la rédaction de la Doctrine. M. Lipsius s'en
tient à la première moitié du siècle, avant 282 , date de la tranda-
tion des reliques de l'apôtre Thomas à Edesse. M. Matthes (Die
Abgarsage auf ilire Fortsetzung) tend à remonter encore plus haut,
au moins pour les lettres de Jésus et d'Abgar.
^ Voir Lipsius, Die Abcjarsage, p. 7.
•'* Voir S. Ephraerâ, Opéra, 11, 899; et ci-après, chap. ix.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 245
on , reçut des mains de l*évêque de la vilie une copie
de la lettre d'Abgar à Jésus et de la lettre de Jésus à
x\bgar. Cette dernière renfermait la bénédiction. La
sainte femme remarque que cette copie était plus com-
plète que celles qu'on possédait en Occident : « Nara
vere ampliiis est quod hic accepi^» L'évêque lui
raconte un miracle opéré par la vertu de la lettre
de Jésus. Quelque temps après que cette lettre eut
été remise à Abgar par Hannan , le courrier, dit-il ,
les Perses vinrent assiéger la ville. Abgar se rendit à
la porte de la ville avec la lettre ouverte et invoqua
le secours de Jésus. Aussitôt d'épaisses ténèbres s'in-
terposèrent entre les Perses et la ville dont elles leur
masquèrent la vue^.
Le 1 7 septembre 5o3 , Cawâd campe sous Edesse
qu'il entoure avec une nombreuse armée. Les portes
de la ville restent ouvertes; néanmoins il ne peut
entrer à cause de la bénédiction qui est un obstacle
insurmontable ^.
«La fin de la lettre qui contenait la bénédiction,
dit Procope^, est ignorée des auteurs qui écrivirent
^ S. Silviœ pere^rinatio t p. 68.
^ Ce récit fait une allusion évidente au siège d'iidesse, par
Cawad, en 5o3. Le voyage de la pèlerine est donc postérieur à
cette date. (Comp. plus haut, p. 9 5 et p. 101, note 5.)
^ Voir Josué le Stylite, éd. Wright, chap. lx. (Comp. chap. v.)
Parmi les auteurs syriaques qui parient encore de cette légende,
voir Jacques de Saroug, dans les Ane, Syr. doc. de Cureton,
p. i54; Barhebraeus, Chron. eccL, III, 126. Les Actes de Mares ^
éd. Abbeloos, p. 16, suivent la Doctrine.
* De bello Pers. , 11, 12, éd. Dindorf, p. 208-209.
246 SEPTEMBRE-OCTORRE 1891.
rhistoire de ces temps, mais les Édesséniens pré-
tendaient que cette bénédiction se trouvait dans la
lettre. Dans cette conviction , ils plaçaient cette lettre
devant les portes de la ville comme un paUadium,
qui les dispensait d*un autre moyen de défense.
Pour éprouver la véracité de cette croyance, Chos-
roès mit le siège devant Edesse , mais , frappé d'une
fluxion de la face, il se retira honteusement. » (Voir
ci-après, chap. ix.)
Cette légende a pris naissance à Edesse pendant
le laps de temps qui sépare Eusèbe de saint Éphrem,
c'est-à-dire vers le milieu du iv* siècle.
La légende du Portrait de Jésus, que Ton trouve
également dans la Doctrine, n a pas eu un grand re-
tentissement dans la littérature syriaque. La Doc-
trine rdcpiporie que Hannan, le tabalarias assermenté
d'Abgar, qui était en même temps le peintre du
roi, peignit le portrait de Jésus avec des couleurs
choisies, au moment où le Sauveur lui remit la
lettre pour Abgar. Le roi Abgar reçut avec joie ce
portrait et lui donna une place d'honneur dans une
des salles de son palais.
Cette légende, peu répandue en Syrie, fut re-
cueillie et développée par les auteurs grecs. Mais Eu-
sèbe, la pèlerine franque et Procope n'en parient
pas. Evagrius attribue à la puissance de ce portrait
l'insuccès du siège tenté en bàk par Chosroès. (Voir
chap. XI, ci-après.)
Dans les rédactions postérieures , le portrait n'est
plus l'œuvre d'un artiste; comment une œuvre hu-
HISTOIRE D'ÉDESSE. 247
maine pourrait-elle opérer des miracles? Il émane de
Jésus même. Le peintre Hannan ne peut arriver à
saisir les traits de Jésus , soit à cause de Téclat sur-
naturel de la divine face, soit à cause des transfor-
mations continuelles qu'elle éprouvait. Jésus prend
alors la toile des mains du peintre et se l'applique
sur le visage dont elle garde l'empreinte. Selon d'au-
tres textes, Jésus se lave la figure avec de l'eau et
s'essuie avec la toile du peintre ou un linge ordi-
naire; c'est ainsi qu'il y imprime ses traits ^ Suivant
Cedrenus et le Pseudo-Constantin, Abgar avait fait
placer le portrait au-dessus de la porte de la ville
dans la niche où se trouvait auparavant la statue
d'un dieu du paganisme. Le petit-fils d' Abgar, qui
était retourné à l'idolâtrie, veut le faire disparaître.
L'évéque de la ville, pour déjouer ce dessein, place
une lampe allumée dans la niche qu'il fait murer de
manière à en masquer la vue. Lorsque Chosroès mit
le siège devant Edesse, l'emplacement de la niche
fut révélé en songe au soi-disant évêque Ëulalius,
qui retrouva le portrait et la lampe encore allumée.
Par la vertu de ce palladium, les efiForts de Chos-
roès échouent honteusement, et le roi des Perses
est obligé de se retirer.
^ Voir Lipsius, Die Edéss. Abgarsàge, p. 54 et ëuiv^; Matthes,
Die Abgarsaqe auf ihre Fortsetzung , p. 4a -43; Tixeront, Les ori-
gines de l'Eglise d'Edesse, p. 53 et suiv., où on trouvera énoncés
les textes relatifs à cette légende et à se9 rapports avec la légende
latine de sainte Véronique, et à la translation du portrait de Jésus
d'Édesse à Constantinople et ensuite à Rome.
248 SEPTEMBHE-OCTOBRE 1891.
La lettre de Jésus et le portrait sont transférés à
Constantinople sous l'empereur Romain I", en 944.
D existait plusieurs copies du portrait ^, qui avaient
toutes des vertus miraculeuses. L'une d'elles se trou-
vait à Hiérapolis (Mabboug) et fut envoyée à Con-
stantinople sous Phocas (963-976). Une autre avait
été faite à l'intention du roi des Perses, qui avait
demandé l'original pour chasser im démon dont sa
fdle était possédée. Mais, parvenue à la frontière,
cette copie est ramenée à Edesse. Cette anecdote
rappelle le passage de la Doctrine, dans lequel le roi
des Assyriens, Narsai, demande à Abgar de lui en-
voyer l'apôtre Addai et se contente finalement du
récit de ses ciu*es qu' Abgar lui fait tenir.
Le portrait de Jésus n'a qu'un rapport éloigné
avec la statue de Jésus à Panéas (Césarée de Phi-
lippe), mais la légende latine de sainte Véronique
les a confondus ensemble. Dans cette ville, on voyait
devant la porte d'une maison, sur une console de
pierre , un groupe en bronze représentant un homme
de haute stature, couvert d'un manteau et tendant
la main à une femme agenouillée , qui semblait im-
plorer son secours ; à ses pieds était une plante mé-
dicinale. On a vu dans ce groupe Esculape, le dieu
* Zacharie de Mitylène, dans Land, Anecdota syricu:a, El,
p. 324, contient une version toute différente de cette légende.
(Voir Lipsius, Die Edess. Abgarsage, p. 67, note 1 ; Nestlé, Gôtting,
gelehrte Anzeigen» 1880, p. 1626 et suiv.; Nœldeke, Jakrb. fur
protest. TheoL, 1881, p. 89 et suiv.; Tixeront, IjCS origines de
l'Eglise d' Edesse, p. 122.)
HISTOIRE D^ÉDESSE. 24«
de la médecine^; mais, suivant Eusèbe, le monu-
ment représentait Jésus et la femme hémorrhoïsse.
11 est digne de remarque, comme le fait observer
Lipsius, qu'Addai est indiqué dans la Doctrine
comme originaire de Panéas.
Les Actes de Mari seuls entre tous les textes syria-
ques relatent cette légende sous ses diverses formes^.
L'importance que la bénédiction de Jésus prit en
Syrie explique le peu de progrès qu y fit la légende
du portrait.
Le récit de Tlnvention de la vraie croix forme
un hors-dœuvre dans la Doctrine et apparaît inter-
calé au milieu du sermon prêché par Addai devant
le roi Abgar, comme une sorte d'aggada : «Je vais
vous conter, dit Tapôtre , ce qui arriva à des per-
sonnes qui, comme vous, crurent que le Messie
était le fils du Dieu vivant. » Lorsque Claude Césai\
que Tibère avait créé le second de V empire , alla com-
battre les rebelles de TEspagne^, Protonice, son
épouse, instruite par saint Pierre des miracles de
Jésus, fut prise du désir de visiter les lieux saints.
Elle se rend à Jérusalem avec ses deux fils et sa
* Bernard Slark, cité par Lipsius, Die Edess. Abgarsage, p. 63.
* Acta S. Maris, éd . Abbeloos , p. i3-i5. Barhebrœus mentionne
simplement le portrait de Jésus fait pour Abgar dans sa Chronique
syriaque. Mais, dans la traduction arabe qu'il a faite de cette chro-
nique [Historia compendiosa Djnastiarum) ^ P* 7^» il ajoute que,
suivant d'autres auteurs, Jésus avait essuyé son visage avec la
toile du peintre et y avait laissé ses traits imprimés.
^ Il s'agit de la révolte de Galba contre Néron. (Voir plus loin
la lettre d'Abgarà Tibère, p* 253-254.)
xviii. 17
ltt»alllKU> lATlOilALB.
SôO SEPtEMBRE-OCTOBRE 1891.
fille qui était vierge. A son «rivée, elle est reçue
avec de grands honneurs et descend dans le grand
palais d*Hérode, où Jacques, le directeur de Téglise
de Jérusalem , vient lui rendre visite. Elle prie Jac-
ques de lui montrer le Golgotha, la croix sur la-
quelle le Christ a subi la passion et le tombeau où
il a été inhumé. Jacques répond que les lieux saints
sont en la possession des Juifs qui empêchent les
Chrétiens d'en approcher. Elle mande aussitôt
Oniâs, fils de Hannan, le prêtre, Gédalia, fils de
Caïphas, et .luda, fils d'Abdschdom , les chefs des
Juifs, et leur intime Tordre de livrer à Jacques te
Golgotha, le tombeau et le bois de la croix. E3ie
veut présider elle-même à la prise de possession de
Jacques. Dans le tombeau, elle voit trois croix qui
étaient celles de Notre-Seigneur et «kes deux larrons.
Au moment même , sa fille tombe morte sans cause
apparente. Protonice supplie Dieu de lui rendre sa
fille, afin que son saint nom ne devienne pas un
sujet de dérision pour ses ennemis. Mais son fils
aîné explicpie que cette mort fortuite doit plutôt
tourner à la gloire de Dieu, qui s'est servi de ce
moyen pour révéler la vraie croix confondue avec
les deux autres. Approuvant cet avis, la reine prend
une croix, la pose sur le cœur de la jeune fille qui
demeure inerte. L'épreuve renouvelée avec une autre
croix ne donne encore aucun résultat. Mais, à peine
la troisième croix a -t- elle touché le corps que la
jeune fille revient à la vie et se relève. Protonice,
confirmée dans sa foi , remet la vraie croix à Jac-
HISTOIRE D'ÉDESSE, 251
qaes et lui ordonne de construire sur le Goigotfaà
et le tombeau du Christ un grand édifice qui ser-
vira au culte et aux assemblées des fidèles. E^e ra-
mène sa fille, le YÎsage découvert, par les rues de
Jérusalem , afin de rendre public ce miracle qui fait
la joie des Chrétiens et la honte des Juifs et des
païens. De retour à Rome, Protonice fait connaître
le miracle à Claude, <|ui ordonne l'expulsion des
Juifs de l'Italie. « Le récit de Tlnrention de la croix,
cgoute Addai, a été rédigé par Jacques, directeur
de leglise de Jérusalem , qui en avait été le témoin
oculaire, et adressé par lui aux autres apôtres% »
Tel est dans la Doctrine le récit de llnventioïï de
la croix, tandis que., selon la tradition admise par
les églises grecque et latine, cest sainte Hélèn«^ mère
de lempereur Constantin, qui retrouve la vraie
clt)ix. Par quel point de contact ces deux légendes
se touchent-belles? C est ce qu'il est diflRcile d'étaUir
à dé&ut de traits communs un peu saillants. Peut-être
les Syriens ont-ils confondu Hélène, la mère de Con-
stantin, avec Hélène dAdiabène, la reine juive , qui,
selon Josèphe , séjourna à Jérusalem et y construisît
un célèbre mausolée. Cette hypothèse explique pour-
quoi dans le récit syriaque llnvention de la croix est
rapportée au i^ siècle de Tère chrétientie et attrUmée
à réponse de Claude. Mais quel est ce nom de Pro-
tonice donné à celle-ciP On ne saisit pas bien à quoi
il se rapporte dans la légende ^ ; mais il ne fait pas
^ Noeldeke [Liter, Ce9ir€dblaUi i&j%, p. 937) voit dans e% nom
une allusion à Yèv tot^t^ vUa de la vision de Constantin. M« KalMi
>7-
252 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
de doute qu il soit grec par sa forme. La légende
serait donc d'origine grecque et n'appartiendrait pas
au cycle des légendes d'Édesse. Elle remonte sans
doute au commencement du v* siècle et elle est un
peu postérieure à la légende d'Hélène ^.
Les deux légendes, mises en regard, formaient
une contradiction choquante. La conciliation ne
tarda pas à se faire. On supposa que la vraie croix,
trouvée par Protonice sous Tibère, était tombée sous
Trajan entre les mains des Juifs, qui lavaient en-
terrée à son ancienne place ; puis , qu'elle avait été
découverte une seconde fois par sainte Hélène.
Diverses rédactions syriaques de ces légendes
nous sont parvenues dans plusieurs manuscrits.
M. Nestlé les a recueillies et publiées dans un opus-
cide intitulé : De sancta crace (Beriin, 1889).
Un des derniers épisodes de la légende d'Abgar
dans la Doctrine, c'est la correspondance d'Abgar
avec Tibère. Après avoir parlé de la députation en-
voyée par Narsai, le roi des Assyriens, à Abgar^ cet
(Gôtting, Gelehrte Anzeigen , 1877, p. 177) adopte ia leçon Petrordca
d'un manuscrit , qu'il explique par « victoire de Pierre •. M. Tixe-
ront [Les origines de l'Eglise d'Edesse, p. 187) s'en tient à Proto-
nice qu'il décompose en 'Btparo-vixrt « première victoire » , c'est-à-dire
«première exsdtation de la croix», par opposition à la seconde
invention attribuée à Hélène.
^ Voir Tixeront, lac. cit., p. 178 et 190.
* Moyse de Khorène (II, 33) donne le texte de la réponse
d'Abgar à Narsès. Le roi d'Edesse annonce à cdui-ci, au liea
d'Addai, un de ses principaux compagnons appdé Simon. Dans
une autre lettre, Abgar recommande encore Simon à Ardaschès,
roi des Perses.
- HISTOIRE D*ÉDESSE. 253
apocryphe continue en ces termes : « Abgar n ayant
pu pénétrer en pays romain et se rendre en Pales-
tine pour tuer les Juifs , qui avaient crucifié le Christ ,
il adressa à Tibère César une lettre ainsi conçue :
« Abgar le roi à notre seigneur Tibère César, salut!
« Sachant que rien ne doit être celé à ta Royauté, je
« fais savoir par écrit à ta redoutable et puissante
« Souveraineté que les Juifs sous ta dépendance , qui
« habitent la Palestine , se sont assemblés et ont cru-
« cifié le Christ, qui n avait commis aucun crime,
« mais qui faisait en leur présence des prodiges et
« des miracles et ressuscitait même des morts parmi
«eux. Au moment où ils le crucifièrent, le soleil
«s'obscurcit, la terre trembla, toutes les créatures
« furent agitées ; on aurait dit que chez eux , par cet
« événement, le monde entier et ses habitants allaient
«prendre fin. C'est pourquoi ta Royauté sait ce
« qu'elle doit ordonner contre le peuple juif, qui a
« agi ainsi. »
Tibère répond : « J ai reçu et on m'a lu la lettre
de ta Fidélité au sujet de ce que les Juifs ont fait
avec la croix. Pilate, le gouverneur, avait également
mandé par écrit à mon préfet Olbinus ' les faits dont
tu m'entretiens. Mais, comme la guerre contre les
habitants de l'Espagne, qui se sont révoltés contre
* Gutsclimid [Vntersnchungen , p. i3) remarque que Olbinus est
une erreur pour Sahinns (voir ci-dessus, p. 2 35 , note 4 , et ci-aprèd ,
p. 2 55), erreur facile dans l'écriture grecque : OABINOC et
^ABINOC. Cette légende dans la Doctrine procéderait donc d'un
original grec.
254 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
moi, a lieu en ce moment ^ je n'ai pu m*occuper
de oette affaire. Je suiâ résolu, lorsque j aurai la paix,
à appliquer la loi aux Juifs, qui noufc pas agi con-
formément à la loi. C'est pourquoi j'ai remplacé Pi-
rate que j avais fait gouverneur de la province, et je
lai congédié honteusement. Il était en effet sorti de
la loi, avait fait la volonté des Juifs et avait crucifié,
pour plaire aux Juif&, le Christ qui, à ce que j'ap-
prends, au lieu d'être crucifié, méritait d'être Imv
noré et adoré par eux , surtout îorsqu'iisi voyaient de
leurs jreux tout ce qu'il faisait. Toi , selon ta fidélité
envers moi et suivant ton alliance sincère et celle de
teâ pères, tu as bien fait de m'écrire cette lettre. »
Ahgar accueillit avec honneur Aristide le député
de Tibère et le renvoya avec des présents. La paix
signée, Tibère fit tuer les Juifs de Palestine, et la
nouvelle de leur châtiment réjouit Abgar.
La version arménienne de la Doctrine et Moys«
de KJiorène reproduisent cette correspondance aan6
différences notables. Mais fapocryphe intitulé : Dran-
âtus Mariœ présente une rédaction plus concise,
indépendante de& autres textes^. Abgar, qui avait
été guéri par Addai et qui aimait Jésua, est très
affecté quand il apprend que le Messie a été mis à
mort par les Juifs. Il marche contre Jérns^dem qu'il
^ Selou Gntschmid, loc. cit., pw i3« il s^agit du soidèvement
de Gdba en Ëspitgne coatre Néron ; on retrouve, le même trait 4aw
la légende de riaventioo do la vraie croix. (Voir ci^dossus, p. ad^.)
' Voir Wright, Joumal of saarâii LiUrature, janvier et axnl,
\865; Cureton, i4 ne. Syr. doc, p. iio (trad., p. iii).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 255
veut détruire, mais, arrivé près de TEuphrate, il
craint de s'attirer l'inimitié des Romains, en péné-
trant sur leur territoire. Il écrit sdors à Tibère une
lettre qu'il lui fait transmettre par le gouverneur
Sabinus. A la réception de cette lettre, Tibère de-
vient irrité contre les Juifs qu'il veut faire périr,
mais il n'est pas question d'une réponse à la lettre
d'Abgar. Cette rédaction est peut-être plus moderne
que celle de la Doctrine^.
Dans la Doctriney c'est saint Thomas qui envoie
Addai à Edesse pour prêcher la Bonne nouvelle.
L'apôtre de l'Orient ne devait pas en effet demeurer
étranger à l'histoire d'Edesse. Suivant la Passio
Thomœ, les restes de cet apôtre auraient été trans-
portés à Edesse vers iSa. Cet apoci^he rapporte
qu'Alexandre Sévère, au retour de sa victoire sur
les Perses, réclama des rois des Indes le corps de
saint Thomas qui fut placé à Eldesse dans une châsse
d'argent. Suivant une autre tradition connue de saint
Éphrem, mort en SyS , les restes de l'apôtre auraient
été rapportés de l'Inde par un marchand et déposés
à Edesse. Enfin un troisième récit, adopté par la
Chronique d'Edesse^, place cette translation à Edesse
à l'année 3 9 4, sous Gyrus, évêque de la ville.
^ Tel est l'avis de Matthes, Die Abgarsage auf ihre Fortsetzung ,
p. Sa , et Tixeront, Les origines de l'Eglise d'Edesse, p. 73. L'hyptH
thèse contraire est admise par Lipsius, Die Edessen. Ahgarsa^,
p. 36; Die apokryph. Apostelgesch. , II, a* part., p. 19a.
^ Voir Assémani, B. 0., I, p. 899. Pour concilier ces données
rontradictoires, ou a supposé que la Chronique d'Edesse pariait
250 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
CHAPITRE VI.
LÉGENDES JUDÉO-CHRÉTIENNES.
Edesse au temps des patriarches. — Fondation de la ville par
Nemrod. — Lieux consacrés à Abraham. — Les deniers
de Judas et la tunique de Jésus à Edesse. — Tente de
Jacob.
Harran, la ville voisine d'Edesse, était identifiée
avec le Harran biblique où Térach et sa famille
s'établirent après avoir quitté Our en Chaldée^. D.
était naturel que la capitale de l'Osrhoène bénéficiât
des légendes que les apocryphes juifs et chrétiens
brodaient sur Thistoire biblique des anciens pa-
triarches. De même que, par une fiction ingénieuse.
d'un transfert d'une église à une autre , mais n entendait pas l'ar-
rivée de la sainte relique à Edesse. Les termes dont se sert la
Chronique ne se prêtent guère à cette combinaison. (Comp. Bic-
kell, S, Ephrœmi syri carmina Nisibena, p. i63, n' Aa, note i;
Lipsius, Die Apok. Apostelgesch. , I, p. i44 et suiv. , aa4 et 373;
II , 2" part. , Nachtrâge, p. 4 1 8-4 » 9 ; Tixeront , Les origines de VEglise
d'Édesse, p. i55.) Selon Salomon de Bassora, The book of tke hee »
p. 119, 8 , le marchand qui rapporte le corps de Tapôtre s'appdait
Haban. C'était le nom du marchand qui emmena Thomas aux
Indes ( voir Barhebracus , Chron. eccl, ^II,p. 6];ilyalàun mé-
lange des deux légendes.
^ Dans le Livre de l'abeille, de Salomon de Bassora [The book
of ihe bee, éd. Budge, p. 4i) ,1a ville biblique de Harran est placée
en dt-çà de TËuphrate. Cette donnée géographique est isolée dans
la httérature syriaque. M. Halévy a le premier, dans les temps mo-
dernes , soutenu que le Harran biblique doit être cherché dans la
Syrie cis-euphratique.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 257
l'église d'Edesse prenait racine aux sources mêmes
du christianisme, ainsi l'histoire d'Edesse fut rat-
tachée aux premiers temps des Hébreux*
La Mésopotamie et TAdiabène renfermaient vers
le commencement de notre ère un grand nombre
de Juifs qui entretenaient des relations commer-
ciales avec la Babylonie, dun côté, et la Palestine,
de l'autre côté^ Par leur intermédiaire, les légendes
juives circulaient dans tout l'Orient et étaient ac-
cueillies par les premières chrétientés, si pleines de
foi et de bonne volonté.
C'est dans la littérature pseudo-épigraphique que
Ton trouvait Edesse assimilée à Erekh de la Bible et
la fondation de cette ville attribuée à Nemrod.
Abraham avait séjourné à Edesse. Les Arabes ont
conservé cette tradition ; ils nomment le grand
étang Aîn-al-Khalil « l'étang d'Abraham » , comme
nous l'avons rappelé sous le chapitre l*'^ Le souvenir
d'Abraham s'est encore attaché à une fontaine qui se
trouve au sud de la ville , sous le mur, à l'endroit le
plus bas de la pente du Nimroud-dagh. Les Musul-
mans ont construit un sanctuaire sur cette source et
un chrétien ne doit pas en approcher. Ils racontent
qu'Abraham voulut immoler à cet endroit son fils
^ On pourrait tirer un grand nombre de témoignages du Talmud
et de Josèphe. La reine d'Adiabène et son fils Izate suivaient les
pratiques juives. Les anciens documents syriaques parlent souvent
des Juifs. C'est chez un juif de Palestine, Tobie, qu'Addai descend
à Kdesse. Le roi Bakrou avait été sauvé, disait-on, par la juive
Koutbi. (Voir ci-dessus, p. 127.) Nous verrons sous le chapitre sui-
vant que la chrétieiité d'Edesse fut d'abord judéo-chrétienne.
258 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Isaac et que, après le sacrifice, il surgit la fontaine
à la place du chevreau qui avait été substitué h fai
première victime^. Dans leur forme actuelle, les
légendes musidmanes ne remontent pas très haut,
mais elles procèdent. dune ancienne tradition natio-
nale, quoique la pèlerine franque, qui mentionne
les lieux consacrés aux patriarches à Hferran, n'y
fasse pas allusion.
Par une &ble, où. fimagination orientale montre
toutes ses ressources , on rapportait encore à Térach,
le père d'Abraham , les trente pièce» d argent remises
à Judas pour le prix de sa trahison. Les deniers, ra-
contait-on, avaient été frappés par Térach, qui les
avait donnés à son fils Abraham; ils avaient passé
ensuite aux Pharaons d'Egypte, puis à la reine de
Saba qui les avait apportés à Salomon. Après la
prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, ils avaient
été transportés à Babylone. Nabuchodonosor en avait
fait don aux rois Mages. Ceux-ci, en se rendant i
BetUéem, passèrent près d'Eldesse; ils les égarèrent
au bord d'une fontaine dans le voisinage de la ville.
Des marchands les trouvèrent et s'en servirent pour
acheter la tunique tissée d'une seule pièce, qu'un
ange était venu apporter à des pâtres. Abgar, mis
au courant de ces faits , se procure la tunique et les
deniers d'argent, et il les envoie à Jésus en recon-
naissance de la guérison que celui-ci lui a procurée.
Jésus garde la tunique et fait porter au temple les
^ Voir Sachau, Reise in Syrien nnd Mesopotamien , p. 197.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 259
deniers. Ce sont ces pièces que les prêtres remirent
à Judas ^
Selon Jules Africain^, la tente de Jacob, qui était
conservée à Edesse, fut brûlée par la foudre au
temps de Tempereur Antonin ^.
* Voir Lagardft, Prœterirdssornm libri dao, p. 94; Salomoa de
Bassora, Tke heok of the hee, éd. Budge, p. 107, 108.
* Dans les Kscerpta Eusebiana.
3 C'est-à-dire Hétiogahdle, dont le titre impérial était : Mvcvls
260 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
CHAPITRE VIL
LES PREMIERS TEMPS DU CHRISTIANISME
ET DE LA LITTÉRATURE X EDESSE.
Humbles débuis de la coiiiinunauté chrétienne d*Edesse. —
Cette communauté est composée jusqu'au m" siècle de
judéo-chrétiens. — Au m' siècle , elle se rattache à TÉglise
hellénique. — Version syriaque, dite Peschite, — Le Dia-
tessaron de Tatien. — L*EgHse chrétienne possédait une
version syriaque des Ecritures en 170. — Le gnosticisme
à Edesse à la môme époque. — Bardesane et son fils
Harmonius. — L'essor de la littérature syriaque coïncide
avec la propagation du christianisme et du gnostidsnie.
— La langue syriaque a reçu alors son développement
complet. — L'alphabet estrangélo.
Il n existe pas de document historique sur les ori-
gines de la chrétienté de l'Osrhoène. Nous avons vu,
sous le chapitre v, en étudiant la légende d'Abgar,
que le premier roi chrétien fut Abgar IX, qui abjura
Tidolâtrie postérieurement à Tannée 202, après son
retour de Rome. Mais, avant de devenir religion
d'Etat, le christianisme avait dû prendre racine et
s'acclimater en Osrhoène. Ses débuts semblent avoir
été modestes; il se propagea d'abord dans la com-
munauté juive, qui était considérée comme étran-
gère et ne jouissait pas d'une grande considération
dans le pays. Parmi les personnages de la cour et
les fonctionnaires que les anciens documents nous
font connaître, on ne trouve pas un seul nom juif.
Les prêtres païens , qui étaient naturellement hostiles
HISTOIRE D*ÉDESSE. 261
à une religion étrangère, étaient aux honneurs et
occupaient le second rang dans l'Etat, après le pou-
voir royal.
Les Actes de Scharhil^ font du grand prêtre
d'Edesse un portrait qui paraît être fidèle. Sur le
grand autel placé au milieu de la ville, ce pontife
préside aux sacrifices offerts en public aux dieux. Il
se distingue des autres prêtres par des vêtements
richement brodés ; un diadème surmonté d'une figu-
rine d'or orne sa tête ; tout ce qu'il ordonne est exé-
cuté avec empressement.
Les premiers chrétiens d'Edesse furent certaine-
ment des judéo- chrétiens^. La légende d'Abgar
semble avoir conservé quelque souvenir de lem*
origine. Addai, l'apôtre de l'Osrhoène, est originaire
de Panéas^; il descend à Edesse chez Tobie, un
juif originaire de la Palestine. A la parole d' Addai,
les Juifs se convertissent avec la même facilité que
les païens et n'hésitent pas à confesser la nouvelle
loi religieuse.
La version syriaque de l'Ancien Testament, dite
la Simple, Peschito, témoigne en faveur de cette ori-
gine. Les différentes parties de cette version ont cer-
tainement été traduites par plusieurs auteurs. Ces
* Ane, Syriac docnmenU de Curetou, p. 4i.
* Comp. Renan, Marc-Anrèle, p. à6o. M. Bonnet-Maury a ex-
primé la même idée dans la Revue de l'histoire des religions, 1887,
p. 269-283, mais sans la développer suffisamment.
^ n est vrai que le nom de cette ville semble avoir été indiqué
par la légende de la Véronique. (Voir ci-dessus, p. 107.)
26S SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
auteurs connaissaient la littérature juive et se sont
in^irés pour leurs versions des targoums u»tés flans
les synagogues ^ Ils ont également consulté la ver-
sion grecque des Septante. D*un autre côté, quel-
ques versets, comme Isaïe,vu, lÂ, et ik, 5, portent
un cachet chrétien incontestable. Cette version n*est
donc pas l'œuvre de chrétiens grecs ^, ni de Jui6^,
mais de judéo-chrétiens *.
Les Syriens ne savaient rien d exact sur la genèse
de la p€schip. Théodore de Mopsueste déclarait
qu'on ignorait quel en était 1 auteur^. Mais la lé-
gende vient toujours combler les lacunes de ITiis-
toire. Selon Jacques d'Edesse ^, cette version est due
à des interprètes qu'Addai et Abgar avaient envoyés
dans ce but en Palestine. Ichodad^ évèqae de Ha-
dath, rapportait que certains livre» de T Ancien Tes-
^ CTest un point bien établi pour le PeatâleaqBe par Perles, Me-
letemata Peschiterûana,
* Opinion admise par Hirzel , Kirsch , Gesenius , etc.
' Selon Perles, fdeleL Peschitoniana; Prager, De veîeris Testa-
menti versione ^am Pesckkîo vacant. M. Bttethgea'(l7nl0rjiu;ihiiii5fefi
ueber die Psalnwn nach der Petchita] a montré que les argumeats
tirés par Prager des titres des Psaumes n'ont pas «le poids pour la
question.
* Datbe, Psalterium syriacwn, prmf. xxv seq.; NoBldelce, Die
Alttestamentliche Literatar, p. 3 63. (Gomp. Renan, Histoire des
langues sémitiques, 4* édit. , p. 263; L'Église chrétienne, p. 287.)
^ In Sophoniam, 1,6, dans la nouvelle collection de Mai.
* D*après Moyse bar Képba, cité par l'abbé Martin, Introimction
à la critique da Nouveau Testament, p. 101 ; et d'après Bariiebmn
dans son commentaire sur le Psaume x. (Voir Lagarde, PrmtermiS'
ionun libri duo, 109, 92; Scbrœter, Z. D. M. G., XXIX, p. 262
et 280.)
HISTOIRE D*ÉDESSE. 263
tament avaient été traduits du temps de Salomon , à
la demande de Hiram , et que les livres les plus ré-
cents, ainsi que le Nouveau Testament, dataient du
roi Abgar ^ Enfin Bariiebraeus ^ résume les trois
traditions qui avaient cours : i° la Peschiio de TAn-
cien Testament datait du temps de Hiram et de Sa-
lomon; 2° elle avait eu pour auteur le prêtre Asa*
quand il avait été envoyé à Samarie par ie roi d'As-
syrie^; 3° elle avait été faite à Tépoque d'Addai et
d' Abgar, en même temps que la version du Nouveau
Testament.
Il est vraisemblable que la Peschito de TAncien
Testament fut faite vers k milieu du ii* siècle de
notre ère à Edesse même ^.
^ Voir Assémani, B. 0., III, i, a 1 1 et suiv.
^ Dans la préface de son commentaire intitulé : Le Magasin des
mystères,
^ Cette tradition est attribuée à Épiphane de Chypre par Za-
charie le Rhéteur ou son iaterpolateur, dans les Anecd&ta syriaca,
de Land, III, p. ii. Dans É{Hphane, éd. Petavius (Paris, 1622,
I, p. 23 ) , il est seulement &it mention du prêtre Esdras qui apporta
l'Ecriture sainte aux Assyriens.
* Méliton de Sardes, mort vers 170 de J.-C., en fait d^à men-
tion sous le nom de o 'LijpoSf dans une scolie sur Genèse xn, i3w
(Voir les scolies ajoutées à l'édition romaine [iSSy] des Septante.)
Bardesane connaissait sans doute cette version» {Voir Men, Bear-
desanes von Edessa, p. 19.) Prager {De veteris Testamenti syriaea
versione, p. 45) voit dans cette version un ancien Targoum à Tusage
des Juifs de l'Orient, dont la partie ia plus ancienne, le Penta-
teuque et les Psaumes , serait de la fin du n' siècle ou du com-
mencement du i" siècle avant J.-C Ce targoum aurait été accepté
par les Chrétiens vers ie iv' siècle de notre ère , au temps de saint
Éphrem. Cette opinion est restée isolée; elle ne tient pas compte
de l'élément chrétien dans la Peschito^
264 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Vers la même époque, ïatien composait en sy-
riaque, peut-être également à Edesse, Tharmonie
des quatre Evangiles intitulée : Le Diatessaron ^ Cette
harmonie suppose-t-elle Texistence préalable d'une
version syriaque des quatre Evangiles séparés?
M. Zahn soutient laffirmati ve , et il voit cette ver-
sion dans les fragments découverts et publiés par
Cureton en i858^. Dans de nombreux passages,
cette version concorde avec le Diatessaron de Tatien.
M. Bœthgen, frappé du caractère harmonistique de
certains passages de la version de Cureton, estime
que Tatien a composé son livre sur un original grec
et que la version de Cureton, faite également sur le
grec, a suivi, autant que possible, le Diatessaron,
Les recherches de ces savants étaient limitées, en
ce qui concerne ce dernier livre , à la version armé-
nienne du commentaire qu'en avait fait saint Éphrem.
Pour un nouvel examen de la question, on devra
tenir compte de la version arabe du Diatessaron pu-
bUée récemment par le P. Ciasca^.
* Zahn (Forsch, zur Gesclu des Neutestam, Canons, I Theil, Dia-
tessaron) a réfuté l'opinion que Hamack a émise dans Die UeberUe-
ferung der griechischen Âpologeten et suivant laquelle le Diatessca^on
aurait été composé en grec. (Comp. Baethgen, Evangelienfragmente ,
der griechische Text des Cureton schen Syrers, p. 90; et Tixeront,
Les origines de l'Eglise d' Edesse, p. 16.) Celui-ci prend pour la
composition de ce livre la période comprise entre les années 1 62
à 173. La Mésopotamie comme lieu de rédaction du Diatessaron
est indiquée par saint Epiphane.
* Voir Remains of a very ancient recension of the four Gospels in
Syriac.
^ Tatiani Evangelioram Harmoniœ (Rome, 1888).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 205
M. Zahn a montré par de nombreux passages
empruntés aux œuvres des premiers pères de TEglise
syriaque, Aphraate (en 3^o) et saint Ephrem (mort
en SyS), que Tharmonie de Tatien a été en usage
jusquà Rabboula, évêque d'Edesse (mort en 435),
qui en prohiba 1 usage dans les églises et les cou-
vents. Dans la pensée de M. Zahn, la version de
Cureton aurait éclipsé et fait tomber en oubli le
Diatessaron. Suivant M. Baethgen, le Diatessaron
aurait été le seul texte syriaque des Evangiles pen-
dant un siècle. Vers 260, parut la version publiée
par Cureton ^ Aphraate la connaissait, quoiqu'il se
servît généralement de l'harmonie de Tatien. En-
viron trente ans plus tard existait à Edesse, à côté
du Diatessaron y un texte des Evangiles très proche
de la Peschito et sorti d'une revision de l'ancienne
version de Cureton, qui la remenaît à l'original
grec, dont elle s'éloignait souvent^. La recension de
Rabboula, dont parle le biographe de cet évêque
^ M. Renan (Histoire des langues sémitiques, k* édil. , p. 26/i) a
rejeté i opinion de Cureton qui voyait dans les fragments retrouvés
|)ar lui \ô ieiLte des Xôyia, dont parie Papias. L'abbé Martin faisait
descendre cette version beaucoup plus bas; il croyait retrouver en
elle la version de Jacques d'Edesse (mort en 708), mais son hypo-
thèse n'a pas trouvé d'écho.
* Hilgenfeld (Zeitschr, fur Wissenschnft. TheoL, i883,p. 119)
considérait la Peschito et la version Curetonienne comme indépen-
dantes Tune de l'autre. Mais M. Wildeboer (De Waarde der Syr,
Evang, door Cureton ontdekt en uitgegeven) a rapproché de nom-
breux passages qui établissent les rapports eiistant entre elles.
(Comp. Baethgen, /or. cit,, p. 55.)
XVIII. 18
mraïaïai* A«-.i>i>tLi,
266 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
(voir ci -après, chap. x), en la qualifiant de ver
sion, ne serait pas la Peschito actuelle, puisque
saint Ephrem paraît avoir déjà connu celle-ci, mais
quelque travail personnel qui , comme tant d'autres
du même genre, serait aujourd'hui perdu ^.
Quoi quil en soit de ces difliciles questions, on
peut tenir pour un fait acquis que, en 1 70 de notre
ère , la Mésopotamie possédait une version syriaque
des Ecritures ^.
La première mention des communautés chré-
tiennes de rOsrhoène se trouve dans Eusèbe*, dans
Un passage où il est question du concile de TOs-
rhoène tenu vers 197 pour discuter la question pas-
cale. Le terme dont lauteur se sert, tsrapoiie/ai , laisse
entendre que ces communautés étaient déjà organi-
sées en paroisses gouvernées par un directeur qui,
* M. Nestlé, dans la Real EncycL de Herzog, 2* édit., vol. XV,
195, admettait que la Pesckilo était plus ancienne que le teste de
Cureton et que celui-ci constituait la revision de Rabboula.
* M. Baelhgen va trop loin quand il prétend (loc. ciu, p. 63,
note i] que la province de Beith-Garmai, à l'est du Tigre et au sud
du Zâb , avait déjà des chrétiens avant 1 70. Il cite , à l'appui de sa
thèse, Ho£Pmann, Auszûge aus sjr. Acten pers. Màriyret, p. d6, et
Ncddeke, Gœtting. Gelehrte Anzeigem, 1880, p. 873. Mais YAetê
des martyrs publié par M. Hoffmann parle seulement de la légoodi
qui attribuait à Addai et à Mari la conversion de Karkha de Se-
loukh. M. Nœldeke, qui a en vue l'évangâisation d'Âddai rqxxrtée
vers 170 par les critiques, émet comme une hypothèse doatease
(darf man vielleicht sdiliessen] l'idée qu'une communaaté chré-
tienne se serait établie dans ce pays vers 1 70. Nous avons va pliu
haut (p. liOj note 1) que la prétendue évangâisatioD par Addû,
des provinces du Tigre , n'était qu'une extension de la légende.
^ Ilist. eccl,, V, 2 3, 2 et 3.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 267
s'il n avait pas le titre d'évêcpie , en exerçait les fonc-
tions^.
Vers le milieu du if siècle, les Marcionites et
les Vsdentiniens , et peut-être encore d'autres sectes
gnostiques, comptaient des adeptes à Edesse. Avec
Bardesane surgit une nouvelle hérésie de même na-
ture.
Bardesane, ou plus exactement Bar Daiçân^,
-1»^;^, naquit à Edesse le ii juillet i54^, sans
doute de parents païens. D reçut une éducation soi-
gnée et fut le camarade d'enfance du prince qui de-
vint plus tard le roi Abgar IX, et dont il resta
Tami*. Suivant Barhebraeus ^, il devint chrétien et
fut baptisé après avoir abjuré le paganisme dans
lequel il avait été élevé par un prêtre de Mabboug.
Saint Ephrem, saint Ëpiphane et tous ses adver-
saires le représentent comme un génie éminent;
poète séduisant, habile dialecticien, il brilla dans
toutes les connaissances humaines cultivées de son
* Selon le Libellas synodicus, Mansi, Conc, I, 737 et 738, ily
aurait eu deux conciles en Mésopotamie, l'un comprenant les évêques
de rOsrhoène et de l'Adiabène, et Tautre composé de dix-huit évê-
({ues de la Mésopotamie pn^rement dite. Maïs ces données doivent
être rejetées comme erronées, car la division de la Mésopotanûa
en deux provinces ne date que de l'empereur Constance. (Voir ci-
dessus, p. 91, et Tixeront, Les ori^nes de lEglise d' Edesse, p, i4.)
' Suivant Barbdbraeus, Ckron, êccL, 1, d5, ilaivait reça ce nom •
parce qu'il était venu au monde sur les bords an fleave Daiçân.
^ Chronique d'Edetse, dans Assémxni , B. 0,,l^p. 889.
* Saint ÈipiphsiiMR, Hœres, LVI, 1.
^ Loc. cit., supra, note 2.
18.
268 SEPTËMBRE-OGTOBRE 1891.
temps. Il combattit le paganisme et écrivit contre le
dualisme de Marcion, mais il demeura attaché au
gnosticisme. Sa doctrine présente de nombreux
points de contact avec le système des Valentiniens,
quoiqu'elle dénote une conception plus élevée de
la divinité ^
Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici
le beau portrait que M. Renan en a tracé dans son
Mcux-Aurèle, p. A 3 6-4 3 9 : «C'était, si Ion peut
s'exprimer ainsi, un homme du monde, riche, ai-
mable, libéral, instruit, bien posé à la cour, versé
à la fois dans la science chaldéenne et dans la ctd-
ture hellénique , une sorte de Numénius , au courant
de toutes les philosophies , de toutes les religions,
de toutes les sectes. Il fut sincèrement chrétien; ce
fut même un prédicateur ardent du christianisme,
presque un missionnaire , mais toutes les écoles chré-
tiennes qu'il traversa laissèrent quelque chose dans
son esprit; aucune ne le retint. Seul, Marcion, avec
son austère ascétisme , lui déplut tout à fait. Le va-
lentinianisme , au contraire, dans sa forme orien-
tale, fut la doctrine à laquelle il revint toujours. Il
se complut aux syzygies des éons et nia la résurrec-
tion de la chair. L'âme , selon lui , ne naissait ni ne
mourait; le corps n'était que son instrument pas-
^ Voir Habn, Bardesanes gnosticas Syroram, primus hymnologas,
1819; Merx, Bardesanes von Edessa, i863; Hiigenfdd, Bardesanes
der letzte Gnostiher, i864; Langlois, dans les Histor, grœc, frag»
menta, de Didot, t. V, p. 63 et suiv.; Hort, dans le Diet. of ekrist*
biographie.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 269
sager. Jésus na pas eu de corps véritable; il s est
uni à un fantôme. li semble que, vers la fin <le sa
vie, Bardesane se rapprocha des catholiques; mais,
en définitive, l'orthodoxie le repoussa. Après avoir
enchanté sa génération par une prédication bril-
lante, par son ardent idéalisme et par son charme
personnel, il fut accablé danathèmes; on le classa
parmi les gnostiques, lui qui n'avait jamais voulu
être classé. »
On ne possède à peu près rien de ses écrits, si
l'on excepte le traité sur le destin que la tradition
lui attribue. Eusèbe a donné de longs extraits de ce
traité dans le 6* livre de sa Prœparatio evangelica.
Cureton en a retrouvé et publié le texte syriaque
en tête de son Spicilegiam syriacam sous le titre de
Livre des lois des pays, qu'il a dans le manuscrit
syriaque. Ce texte est vraisemblablement l'original
lui-même. La forme donnée à cet opuscule, qui con-
tient le récit d'un entretien philosophique de Barde-
sane avec ses élèves , ne permet guère de considérer
ce maître comme l'ayant écrit ou dicté. Les disciples
y parlent à la première personne, le maître n y figure
qu'à la troisième. C'est donc l'un de ceux-là, peut-
être Philippe qui était au nombre des auditeurs,
({ui a dû rédiger cet écrit. Mais s'il n'est pas de Bar-
desane lui-même, il rend exactement sa pensée et
ses paroles. Bardesane y défend le libre arbitre et
condamne le fatalisme astrologique des Chaldéens;
il ajoute d'intéressants détails sur les lois et les
mœurs des pays, qui semblent en dehors du sujets
270 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
mais qui ont valu au livre le titre qu'il porte dans
l'édition de Cureton.
Bardesane composa un traité astronomique dont
nous ne possédons qu'un court extrait conservé dans
la lettre de Georges , évêque des Arabes ^.
n passe aussi pour être l'auteur d'un livre d'his-
toire ou de mémoires sur l'Inde^, qu'il aurait rédigés
sur les indications d'une ambassade indienne de pas-
sage à Edesse , laquelle se rendait auprès de l'empe-
reur Héliogabale. Ces mémoires auraient servi, dit-
on, à la rédaction du Livre des lois du pays^. Eh
outre , il aurait écrit une histoire de l'Arménie dont
Moyso de Khorène fit usage*.
Selon Moyse de Khorène, II, 63, il ne passa pas
sa vie entière à Edesse. Il parcourut l'Arménie dans
le désir de la convertir au christianisme, mais, ayant
échoué dans cette tentative, il se retira dans un
château fort appelé Anium, où il écrivit son his-
' Dans ie Spicilegium syriacum, de Cureton, p. ai.
* Porphyre, De abstinentia, IV, 17, et De Styge, cité par Ilahn,
Bardesanes gnosticust 25, note 12.
' Dans le passage de Porphyre, mentionné pins haut, Tempe-
reur romain est appelé ô kpxampos^ c'est-à-dire « Hâiogal>ale ».
(Comp. ci-dessus, p. sôg, note 3.) Eusèhe (HisU eccles., IV, 3o)
croit que le Traité sur le destin était dédié à Antonin : ô 'apds Ày-
rcûvTvov îxav(!)raTos 'oepi eîifxpfiévns StdXoyos.
* Comp. Langlois, Histor. grœcor. fragmenta , éd. Didot,V, p. 63
et suiv. M. Renan, dans Marc-Aurèle, p. 433, note 3, pense que
l'auteur des Mémoires de l'Inde et de V Histoire de l'Arménie était dif-
férent de notre Bardesane, et que c'était sans doute un Bardesane
de Babvlone.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 271
toire dans le repos de la solitude et où il finit ses
jours ^.
Aussi grand poète que profond philosophe, il
inventa la poésie syriaque dont il se servit dans ses
homélies et ses hymnes. A l'exemple de David qui
fit cent cinquante psaumes, il composa, dit-on, cent
cinquante hymnes. T/est dans ces poésies qu il dé-
veloppait ses idées religieuses et philosophiques et
qu'il réfutait les systèmes des autres sectes. 11 réussit
tellement dans ce genre que saint Éphrem, pour le
combattre deux siècles plus tard , ne crut pas mieux
faire que de lui emprunter ses propres armes; il
composa dans ce but des hymnes et des homélies
poétiques. C'est par ce Père de 1 église syriaque que
nous sont parvenus quelques fragments des poésies
du célèbre gnostique^.
Bardesane mourut en 222, à lage de soixanle-
3
huit ans
Là réputation qu'il s'était acquise pour ses con-
naissances astrologiques le fit considérer comme
adonné aux sciences occultes. On lui attribua l'in-
vention d'un alphabet mystique et artificiel , qui fut
appelé de son nom alphabet bardesanien, mais qui
est certainement d'origine juive ^.
^ Cf. Barbebrapus, Chron. écoles., ï, 47.
* Voir S. Ephracmi Opéra syr., t. Il, tiymne 53, p. 553; 55,
557; et un bymne dans les Actes syr. de saint Thomas, Wright,
Apocryphal Acts, p. 274; Lipsius, Die Apocr, Apostelgeschickte , 1,
292 et suiv.
* Voir Barbebraeus, Chron. eccles., l^ 47.
* Voir Rubens Du val. Traité de grammaire syriaque, p. la.
27:2 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Son fils Harmonius , après avoir fait ses études à
Athènes, à ce que Ton rapporte, continua son en-
seignement à Edesse. li excella dans la poésie et
dépassa même son père par la séduisante harmonie
de ses hymnes.
Outre son fils, Bardesane laissa des disciples qui
répandirent sa doctrine. Cependant la secte gnos-
tique que Ton désigna sous le nom de Bardesanites
ne s'étendit pas au delà de la Syrie et, dans ce pays
même, ne jeta pas des racines profondes. On ne
voit pas qu elle fut un obstacle à Texpansion du
christianisme orthodoxe. Peut-être, au contraire,
fut-elle pour lui un aiguillon qui le fit sortir de
Tornière étroite où il était enlisé k Edesse, et elle
l'engagea à se rattacher à Téglise d'Antioche.
A Harran, le gnosticisme de Bardesane ne fit
guère plus de progrès, car la majorité des habitants
resta longtemps encore adonnée aux pratiques du
sabéisme. Et cependant les Harraniens auraient pu
s accommoder plus facilement de ses théories que
les prosélytes des apôtres du Christ.
Néanmoins les livres de Bardesane et de ses dis-
ciples acquirent une célébrité qui se maintint pen-
dant plusieurs siècles. Ils furent lobjet des réfuta-
tions ardentes des Pères qui écrivirent contjre les
hérésies. L'hérésie de Bardesane ne fut entièrement
extirpée d'Edesse qu'au v* siècle sous Rabboula.
(Voir chap. x, ci-après.)
Au commencement du m* siècle se produit dans
l'Eglise d'Edesse un profond changement. Jusqu'alors
HISTOIRE D'ÉDESSE. 273
celle église ne comptait qu un petit nombre de judéo-
chrétiens. Nous la voyons à ce moment- là rece-
voir une grande extension. Le roi et les person-
nages de la cour se convertissent au christianisme.
Palout, évêque d'Edesse, reçoit l'imposition des
mains de Sérapion d' Antioche. Par cet acte , l'Église
de rOsrhoène rompt les liens qui la rattachaient à
la Palestine et se déclare fille de TEglise hellénique.
En ce sens Palout est véritablement le premier
évêque d'Edesse, comme le disent les Actes de Bar-
samya ^ Addai et Aggai sont sans doute des person-
nages réels et ils ont dirigé l'Eglise pendant la se-
conde moitié du ii' siècle^, mais ils appartiennent
aux temps anciens. Le uf siècle avec Psdout inau-
gure une nouvelle époque de l'histoire de l'Eglise
d'Edesse.
Ce changement ne s'opéra pas sans résistance de
la part de l'ancienne communauté chrétienne, de-
meurée fidèle à ses institutions. Les Chrétiens
d'Edesse , qui acceptèrent l'autorité de l'Eglise d'An-
tioche, formèrent d'abord un groupe à part, dis-
tinct des judéo-chrétiens qu'ils n'absorbèrent qu'après
un temps assez long. Ceux-ci les appelaient Palou-
téenSy et marquaient par ce terme la distance qui
les sénarait d'eux ^.
* Ancient Syriac documents de Curelon, p. 72.
' Gomp. Tixeront, Les origines de l'Eglise d'Edesse, p. i45 et
suiv.
^ Suivant saint Éphrem, dans une lettre de Jacques d*£desse,
adressée à Jean le Stylite. (Voir Wright, Catal, of tke Sjr, ms,.
274 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
La seconde moitié du ii^ siècle marque Tessor de
la littérature syriaque dont Edesse fut un des foyers
les plus actifs pendant Tépoque des Sassanides. Cet
essor coïncide avec la direction vers les études reli-
gieuses qu'imprime aux esprits l'extension du gnos^
ticisme et du christianisme en Mésopotamie. L'in-
fluence de ces études donne, dès ce moment, à la
littérature syriaque le caractère ecclésiastique qu'elle
conservera jusqu'à la fin.
«Ce que Bardesane fut sans contestation, dit
M. Renan S c'est le créateur de la littérature sy-
riaque chrétienne. » Il créa surtout la poésie syriaque ,
qui, après lui, fut cultivée avec succès par son fils
Harmonius et, dans les siècles postérieurs, par dif-
férents Pères de l'Eglise syrienne : saint Ephrem,
Balai, Jacques de Saroug, Isaac d'Antioche, etc.
Mais quelque retentissement qu'aient eu ses œuvres ,
elles n'auraient pas suffi à faire de l'idiome édessé-
nien ce qu'il fut, la langue classique de tous les Sy-
riens depuis la Méditerranée jusqu'au delà du Tigre.
La version syriaque de la Peschito et le Diatessaron
de Tatien, qui jouissaient de l'autorité de livres ca-
noniques, eurent bien plus de part dans ce phéno
p. 600, et Journal of sacred Literatare, 1876, p. 43o.) Ce nom*
selon saint Ephrem , était donné aux chrétiens par les hérétiques.
M. Zahn ( Taiian's Diatessaron) entend par ces hérétiques les Mar-
cionites. Il est bien plus naturel d'entendre toutes les sectes dissi-
dentes qui ne reconnaissaient pas l'autorité d'Antioche , gnostiqaes
ou judéo-chrétiennes.
^ MarC'Aurèle, p. 4 4 3. (Gomp. Histoire des langues simitiqiies,
à^ édit., p. a 6].)
HISTOIRE D'ÉDESSE. 275
mène que les traités de Bardesane qui ne tardèrent
pas à être combattus comme hérétiques.
Nous avons vu plus haut que la version de la
Peschiio et le Diatessaron de Tatien existaient en
Syrie à Tépoque même de Bardesane. Mais alors
même que Ton contesterait cette date qui semble
acquise , il resterait encore Toeuvre du célèbre gnos-
tique pour nous montrer que la langue littéraire
était arrivée à Edesse, à la fin du n" siècle, au degré
de perfection qu elle ne devait plus dépasser. Telle
elle était à ce moment-là, telle nous la retrouvons
dans les siècles suivants. Le Livre des lois des pays^
qui, s'il nest pas de Bardesane lui-même, émane
sûrement de son école, ne laisse subsister aucun
doute à cet égard. Cette perfection n'a pas été at-
teinte d'un seul coup ; elle suppose une culture an-
térieure et un développement progressif, dont maJ-
heureusement nous ne savons à peu près rien.
Les monnaies à légende syriaque de Ma^nou et
de Wâël ont été frappées entre 160 et i65. (Voir
ci-dessus, p. 211.) C'est vers la même époque aussi
que M. Sachau place la plus ancienne des inscrip-
tions d'Edesse qu'il a publiées en 1882 ^ Mais l'in-
scription du sarcophage de la princesse Çaddan,
trouvé dans le tombeau d'Hélène auprès de Jéru-
salem , nous reporte au f siècle. La première ligne
de cette inscription est en caractères très voisins de
l'estrangélo et renferme le mot t<!Vv^\m qui est sy-
^ Dans la Zeitsch. der deat. morg. Gesell., XXXVI » i45.
276 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
riaque. L'histoire des alphabets néo-araixiéetis nous
permet, d'un autre côté, de jeter un coup d'œil sur
1 origine de la littérature syriaque. Tandis que, pen-
dant les derniers siècles qui précèdent Tère chré-
tienne, les transformations de lancien caractère
araméen suivaient en Babylonie et dans les pro-
vinces du Tigre leur voie à part, elles aboutissaient
dans les contrées cis-euphratiques à des alphabets
particuliers que Ton désigne sous les noms de na-
batéen, palmyrénien et hébreu carré. C'est à cette
branche que se rattachent directement l'estrangélo et
le caractère syro-palestinien si proche de celui-ci et
qui nous a été conservé dans un évangéliaire et dans
des hymnes. Il est digne de remarque que l'inscrip-
tion d'Edesse, dont nous avons parlé plus haut,
renferme des lettres nabatéennes , V ^ *] = x. j^ o ;
la lettre >| = cn affecte ime forme qui se retrouve
dans les inscriptions du Sinaï ; les autres caractères
sont conformes au type estrangélo. Excepté dans le
mot \=3, les lettres sont isolées. Cette inscription
est bilingue; on est surpris de la voir accompa-
gnée, à cette époque reculée (a' moitié du n' siècle) ,
d'une inscription grecque qui en reproduit littérale-
ment la teneur. La seconde des inscriptions de
M. Sachau^ est gravée sur Tune des deux colonnes
de la citadelle ; elle appartient à la dernière période
du royaume d'Edesse, entre 206 et 216. Les carac-
tères de cette inscription sont de l'estrangélo pur.
» Z.D. Jf. G.^XXXVI.p. i53.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 277
M. Pognon a copié dans les ruines de Palmyi^e une
inscription dont les lettres se rapprochent beaucoup
de l'ancien alphabet syriaque ^
n y a là, à nos yeux, des indices suffisants dune
influence de ia Syrie sur la formation de la littéra-
ture édessénienne, influence qui se trahit encore
dans la version de la Peschito et dans le Diatessaron
de Tatien. Cette littérature fut, d'un autre côté,
tributaire de la littératiu'e chaldéenne, comme le
remarque M. Renan ^ : «Une observation qui, ce
me semble, n'est pas sans importance, dit-il, c'est
que Bardesane se rattache directement à l'école
chaldéenne y comme le prouvent ses écrits et siu'tout
les réfutations de saint Ephrem. Ceci me confirme
dans l'idée qu'il faut chercher en Chaldée l'origine
de la littérature syriaque et que cette littérature
n'est autre chose que le prolongement de la litté-
rature nabatéenne. »
Suivant une tradition qui nous a été conservée
par Hassan bar BahlouP (fin du x* siècle) et par
Abdischo*, métropolitain de Nisibe ( fin du xiii* siècle ),
l'invention de l'estrangélo était attribuée à Paul bar
*Anqâ, l'Edessénien , auquel elle avait été révélée par
un don du ciel en l'honneur des Evangiles et pour
en faciliter la lecture. Nous ne savons quelle foi il
faut ajouter à cette tradition, ni cpiel était ce Paul
^ NoiT Journal asiatique, yiïn i884«p* SSg.
* Histoire des langues sémitiques. A* édit. , p. aSp.
'^ Voir Bar Bahlulis Lexicon syriacum, I, 216, 1.
* Voir Paul de Lagarde, Prœtermissorum lihri duo, 96, 3.
278 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
bar ^Anqâ d'Edesse. L'origine édessénienne de ce
caractère doit cependant être acceptée comme très
probable. A la fin du viii* siècle , cette écriture était
tellement altérée que Jean de Cartemin dut la re-
constituer d'après les anciens manuscrits pour les
copies de la Bible. C est probablement alors qu'elle
reçut le nom d'estrangélo, c'est-à-dire écriture des
Evangiles, par opposition à l'écriture cursive appelée
Serta^.
^ Voir Rubens Duval, Traité de grammaire syriaque ^ p, 7.
[La suite au prochain cahier,)
LE TRAITE DES RAPPORTS MUSICAUX. 279
i„i; Kiii.t ■■— Uffj
LE
TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX
ou
L'ÉPÎTRE k SCHARAF ED-DÎN,
PAR SAFI ED-DÎN 'ABD EL-MUMIN ALBAGHDADÎ^
PAR
M. LE BARON CARRA DB VAUX.
Le désir de connaître la théorie de la musique
arabe ne pouvait manquer de se manifester après
que le Livre des Chansons d'Abûl-Faradj Âlisbahâni ,
le célèbre Kitâb el-aghânî, eut été mis en lumière,
au commencement du siècle. Ce précieux recueiï,
qui venait se placer au premier rang parmi les pro-
ductions littéraires des Arabes, révélait le rôle im-
portant qu'avait eu la musique dans la plus brillante
période de leur civilisation ; il faisait sentir combien
il serait utile pour l'érudition moderne d'acquérir
une connaissance exacte des conditions de fart à
cette époque. Une telle étude n'était pas seulement
conseillée par tout Tensemble du livre qu elle eût
permis de mieux pénétrer; elle était commandée à
celui qui voulait en avoir une connaissance com-
plète, par les termes musicaux quU contient, signes
280 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
de modes, de notes, de rythmes, jusque-là incom-
pris. Kosegarten, élève de S. de Sacy, se donna la
tâche de publier en entier le Kitâb el-aghânit tâche
énorme qu'il ne put achever. Il avait jugé quune
théorie de la musique arabe serait à cette œuvre une
introduction nécessaire , et il lavait placée en tête de
son premier volume, le seul paru, en i84o^. Kose-
garten avait puisé aux bonnes sources. Si Ton néglige
deux livres qui lui ont été d'un faible secours : le Livre
des intentions mélodiques, par ^Abd el-Qâdir^, et le
Livre des périodes, par Khosrou ibn ^Abd Allah, lun
persan , l'autre turc , sa longue étude est tout entière
faite d'après Abu Nasr Alfârâbi , non moins excellent
musicien que philosophe renommé, mort en SSg
de l'hégire (gSo de J.-C), auteur d'un traité sur
les sons, leur nature, leurs intervalles, leurs varia-
tions avec les longueurs des cordes, sur les instru-
ments et les rythmes. Le travail de Kosegarten a
posé les bases de tout travail ultérieur sur l'histoire
de la musique arabe. Son auteur en eût tiré grand
parti en éditant le Kitâb el-aghânî. Il n'a pas tout fait
cependant; il a laissé des termes obscurs ; sa constante
préoccupation de montrer, avec Alfârâbi, dans quelle
étroite dépendance est la musique arabe vis-à-vis de
la musique grecque, et de rapporter les notions
arabes à des notions modernes, par l'intermédiaire
^ Alii Ispahanensis Liber cantilenarum magnus. éd. J. G. L. Kose-
garten, Greifswald, 18 do.
' Cet *Abd el-Qâdir, postérieur à Safi ed-Diii» tire plusieurs défi-
nitions de Tépître à Scbaraf ed-Dîn.
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 281
de cette origine commune, jette un certain trouble
dans Tesprit du lecteur. Sa rédaction latine , chargée
de longues citations arabes, embarrassée de termes
grecs inutilement rapprochés de désignations mo-
dernes, est d'une lecture assez fastidieuse. Nous avons
examiné un des deux traités de musique arabe que
possède la Bibliothèque nationale. Il nous a semblé
qu une analyse de ce traité , outre qu'elle apporterait
un peu de nouveau, ferait revivre sous une forme
plus accessible Tœuvre du savant allemand. Elle la
résumera et la simplifiera dans son ensemble, en
en différant sur quelques points et la complétant sur
quelques autres; car l'épître de Safi ed-Dîn est elle-
même une sorte d'abrégé et de remaniement du
traité d'Alfârâbi quelle cite, tantôt pour le .copier,
tantôt pour le contredire, toujours avec ^and res-
pect. Mais un laps de trois siècles sépare les deux
œuvres; il était impossible de ne pas sentir de lune
à Tautre au moins une légère transformation. Elle
est marquée surtout dans le choix des genres de mo-
dulations et des périodes que lusage préfère , et dans
la tendance des dénominations comme des théories,
à se dégager de la tutelle de lantiquité grecque pour
devenir purement arabes.
Safi ed-Dîn ibn Faqîr *Abd el-Mumin de Bagh-
dâd, appelé par Fakhr ed-Dîn «Ibn Faqîr d'Our-
miah», Horissait sous le règne du dernier khalife
abbasside, AlmuHasim billah. C'était un artiste de
grand talent. La Muse le sauva des fureurs des bar-
bares , si Ton en croit ce que Hadji Khalfa rapporte
xviir. 19
IMtBIMKIiU HATIOIALH.
282 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1691.
d'après le Habib es-Siyer ^ : « Lorsque Hûlagû , à la tête
des bordes mongoles, entra dans Baghdâd quil livra
au sac et au pillage , Safi ed-Dîn , à la faveur de sa
réputation, eut accès près de lui, et il joua du luth
avec tant dhabileté que le conquérant, séduit, donna
ordre de préserver sa famille et ses biens de la dé-
vastation générale. » Cela se passait en 656 de Thé-
gire (i 208 de J.-C.). Safi ed-Din était précepteur de
Scharaf ed-Dîn Hârûn , fils du vizir Schams ed-Dîn
Muhammed ibn Muhammed Aldjûni, préfet du
divan ; son traité des rapports musicaux prit le nom
de son élève, auquel il le dédia. Il composa plusieurs
ouvrages : une autre épître sur la musique ^, un
traité sur la prosodie, le rythme et les figures du
discours*. On ignore la date de sa mort.
Le manuscrit de Tépître à Scharaf ed-Dîn con-
servé à la Bibliothèque nationale porte le n** 984 du
supplément du fonds arabe. C*est .un volume de
cinquante^six feuillets, daté de Muharrem 897
(novembre 1491) qui na rien de bien particulier.
L'écriture en est correcte, sans prétention à la cal-
ligraphie; les titres sont à iencre rouge, et les ta-
bleaux de chiffires, dont il y a un grand nombre,
1 Hadji Khalfa, t. m, p. 4i3.
* Hcdji Khcdfa, t. IQ, p. 363, «)<iep, ^l^^ill iUU»^ en quinze sec-
tions.
' Biblioth. BodLsianm codicwn manuscr. oriait. CtttalogvLt, t» n«
GCXLTn. Tractatus ^^t>H^^3 ^tyU)^ ^jp^y^^ r^ ^ cl>^ scientiU
prosodiœ, rythmorwn et dictionis Jiguratœ ». Le traité sur les rapports
combinés est indiqué dans le même catalogue, t. I, citixxn, cin-
quante-trois folios , cinq chsq)itre8.
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 283
sont encadrés de raies droites ou circulaires tracées
à Tencre rouge , plus ou moins soigneusement. Ce
manuscrit est en bon état, ef tout porte à croire qu*ii
est une copie fidèle de Toriginal. Il est accompagné
de quelques ^oses marginales et précédé d*une
courte pièce de vers en langue turque.
Voici l'économie du tf aité de Safi ed-Dîn. L*ordre
qui y est suivi semble être commun à tous les docu*
ments du même genre; il plaît d'aiïïeurs à la raison.
Un premier chapitre fournit les notions physiques
sur la nature du son et les conditions dans lesquelles
il est produit. Le second chapitre s occupe des inter-
valles , définis par les rapports entre les deux sons
qu'ils séparent. H y a des intervalles qui ont des
noms; il y en a qui sont consonants, d autres dis-
sonants, biefti que les deux sons soient toujours
successifs; jamais il n est question d accord. On com-
pose entre eux et trois à trois, dans le troisième cha-
pitre, les intervalles étudiés dans le deuxième. La
réunion de trois intervalles définis par quatre sons
est appelée « genre de modulation », et ce genre , qui
forme la base de la musique arabe, n'est autre que
le tétracorde antique. Dans le chapitre suivant, les
genres sont à leur tour groupés entre eux; ils donnent
naissance à des périodes ayant ordinairement huit
ou quinze sons et s'étendant sur une ou deux octaves;
avec elles s achève le système mélodique des Arabes,
et de leur nona (;^^), la science de la musique a pris
le &ien : « science des périodes » (^l^iiï f^)' ^^ expo-
»9
284 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
sant ces combinaisons de sons et d'intervalles , lauteur
est amené à donner la description des différents in-
struments; mais il nen décrit avec détail quun
setd : le luth. Enfin la théorie de la rythmique,
complètement détachée de tout ce qui précède, car
ce que nous appelons aujourd'hui la phrase musi-
cale est inconnu dans ce système, occupe un cin-
quième et dernier chapitre. L analyse dans laquelle
nous allons maintenant entrer est détaillée; elle
équivaut presque à une traduction. Nous lavons ce-
pendant préférée à une traduction stricte , pour pou-
voir supprimer la plupart des tableaux, et afin d'at-
teindre, en usant de plus de liberté dans fexposition
et le style, à un maximum de clarté. On ne saurait
négliger rien de ce qui peut contribuer à rendre
plus accessible un sujet aride, tout de nomenclature
et de chiffres. Encore notre propre travail ne dis-
pensera-t-il pas ceux qui nous liront d un effort d'at-
tention soutenue.
1
« Le cheïkh, fimâm, le savant, lexcellent auteur
Abu Nasr Alfârâbi, — dit Safî ed-Dîn Albaghdâdi,
— énonce les propositions suivantes :
« Dans le choc de deux corps , il arrive que le corps
choqué s'enfonce sous celui qui le frappe s'il est
plastique , lui livre passage s'il est liquide , ou suive
son mouvement sans résistance aucune. Dans tous
ces cas , aucun son n'est produit dans le corps choqué.
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 285
— D'autres fois les corps résistent à ceux qui les
frappent : tels sont les corps durs quand la force de
celui qui choque est inférieure à la force de celui
qui est choqué. Alors un son peut être produit dans
le corps choqué. — Le choc sonore (f t*^') est le
fait d'un corps dur amené au contact dun autre
corps dur qu il presse par son mouvement. — L'air
rend un son quand il est cinglé par un fouet. »
Ces propositions suscitent des objections. De la
façon dont elles sont formulées , on peut inférer que
le son se produit toujours dans le corps frappé,
jamais dans celui qui frappe. Mais il se produit dans
fun ou dans l'autre , témoin le bruit que Ton entend
quand le chameau fait son djardjar. Les conditions
indiquées de la présence ou de l'absence du son ne
sont ni nécessaires ni suffisantes. Ce qui est vrai,
c'est que , dans le choc , si une résistance interrompt
la course du corps choquant, un son se produit, et
que s'il n'y a pas de résistance , on n'entend d'autre
bruit que celui du déchirement de l'un des corps
ou de tous deux , ou que le bruit que fait le corps en
se comprimant sur lui-même ou en se mouvant.
La condition que la force du corps choquant soit
moindre que celle du corps choqué n'est pas ab-
solue. Ces deux forces peuvent être égales, la pre-
mière peut surpasser la seconde.
La définition du choc par le contact de deux corps
durs n'est-elie pas contredite par la proposition qu'il
y a un son dans l'air quand un fouet le cin^e?
286 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
D ailleurs le son n'est pas dans Tair seul , puisque le
fouet coopère à sa production. Puis ne sait-on pas
que les simples chocs des courants aériens donnent
naissance à des sons? Et cette condition que le corps
choquant presse lautre par son mouvement est une
tautologie; on ne presse que par le mouvement. B
serait convenable de remplacer ce mot de presser
par celui de heurter : le fait de heurter suppose celui
de presser, et le fait de presser, considéré isolément,
a lièti après le contact établi, et ne produit pas de
son. C'est au moment du heilrt que le son se pro-
duit par la compression et la dilatation brusques de
fair au voisinage des deux corps. Cette première cou-
che d'air heurte la couche voisine , celle-ci en firappe
une troisième, et le mouvement parvient finalement
à celle qui est en contact avec les canaux auriculaires.
On entend dans toute direction parce que les vibra-
tions de Tair s'effectuent en cercles comme les ondu-
lations d'une eau calme où tombe une pierre. Mais
souvent on n'entend que dans certaines directions «
parce que, dans les autres, le vent s'oppose à l'arri-
vée du son.
n faut au son un temps appréciable pour par/enir
à l'oreille , s'il vient de loin. Regardez d'une distance
convenable un homme enfonçant un pieu; quand
vous entendrez le son , vous verrez sa main déjà re-
levée. Mais pour une faiMe distance, la rapidité de
la marche du son rend insaisissable le temps de sa
propagation. On le constate dans les battements sur
|[a seconde et sur l'inférieure , qui sont deux cordes
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 287
cha lath composées chacune de deux brins accouplés^
le brin d'en haut et le brin d'en bas sont frappés
successivement; pourtant on n'entend qu'un seid
son^
Kus durs sont les corps qui se choquent, plus
élevé est le son rendu, et inversement. Mais il ne
faut pas dire avec Alfârâbi que le son est plus aigo
quand le choc est plus fort. Cela n'est pas général,
et s'il en était aini^, on pourrait, sur une même lon-
gueur de corde, obtenir une gamme de sons, con-
clusion absurde. L'intensité du son, et non sa hau-
teur, s'accroît avec la force du choc. Cette règ^e
s'applique cependant aux instruments à vent, par
exemple à la flûte de roseau (f'^t); elfe n'est percée
que de huit trous , mais elle fournit plus de huit sons ;
les sons sont obtenus soit en soufflant avec plus ou
moins de force , soit en bouchant certains trous.
Le cheikh Abu Nasr Alfârâbi dit encore : « Le son
musical (iCjuJi) est un bruit («^^) simple , persistant
pendant un temps apprécia})le dans le corps où il
est produit. » Le cheikh Abu ^Ali Arraîs donne du
son musical une autre définition : « Le son est im
bruit ayant une durée appréciable et une certaine
hauteur», et plusieurs ajoutent : «produisant un«
sensation agréable ». D'après cette définition , le
' Il est clair qu'ici Safi ed-Din ne démontre pas tout à fait ce
qu'il veut prouver.
288 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
bruit serait le genre, et la spécification consisterait
dans son élévation , dans sa persistance et dans Tim-
pression agréable qu'il cause. Mais, il faut bien
Tobserver, tout bruit a une hauteur; le bruit est
comme la matière dont la hauteur est la forme; ils
sont inséparables l'un de l'autre. C'est une propriété '
du bruit que d'avoir url certain degré d'élévation et
de durer un temps appréciable. Quand on traîne un
corps sur la terre nue , il se produit un bruit dont
la hauteur varie avec la nature du corps et qui n'est
qu'une trépidation, non un son. 11 faut donc cher-
cher ailleurs ce qui distingue le son du bruit. Ce
n'est pas cette prétendue qualité du son, de plaire
à la nature; il y a, on le sait, des sons qui heurtent
le sentiment naturel. Mais voici la distinction que
nous établirons : Etant donnés deux bruits d'inégales
hauteurs, si l'on peut mesurer le rapport de leurs
élévations, dire par exemple qu'elles sont dans le
rapport de | , de | , de 2 , on décide qu'on a aflfaire
à des sons; sinon , ce sont des bruits. Nous définirons
donc le son musical : un bruit dont on peut mesurer
l'élévation dans son rapport avec un autre. Hors
cette condition , aucun bruit n'est apte à la compo-
sition mélodique.
Les différences d'élévation ou de gravité des sons
tiennent à diverses causes dans les différents instru-
ments. Plus de longueur dans la corde, plus d'épais»
seur, une moindre tension , sont des causes d'abais-
sement du son , ainsi qu'un agrandissement des trous
dans les instruments à vent, un élargissement du
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 289
canal dans la flûte de roseau, une distance plus
grande des trous à Tembouchure.
Le son se produit dans le gosier humain par le
choc brusque et violent de Tair contre les excava-
tions du larynx. Si le choc est trop doux, le son ne
se fait pas entendre. Dans les instruments à vent,
lair heurte les parois des canaux, rebondit en arrière,
heurte d'autres couches, et le son naît de cet en^
semble de brusques chocs. Quant aux cordes frap-
pées, elles entrent en mouvement, secouent Tair qui
les touche et, par leurs vibrations rapides, donnent
lieu au son qui s'évanouit à mesure que l'ébranle-
ment s'apaise.
Les sons ont des qualités qui constituent leur ma-
nière d'être ; ils sont clairs ou sourds , âpres ou suaves ,
purs ou rauques; et toutes ces qualités, inhérentes
aux sons, les distinguent des bruits. Ce qui est propre
encore aux sons musicaux, c'est l'impression qu'ils
produisent sur l'âme par l'effet de leur succession
suivant des modes choisis. L'âme sent naître en elle
la joie, la peine, la honte, l'orgueil. Quelque chose
réside dans les sons, qui correspond à ces impres-
sions. Une autre propriété spéciale aux sons est celle
de pouvoir être soutenus par des consonnes propres
à servir de signes et à créer un langage. Quelques-
unes de ces lettres sont désagréables , les emphatiques
ta y za, sady dad, le aïn, le ghaîn, le qafy à cause de
la dureté de leur prononciation. Nous en avons assez
dit sur ce sujet, et Dieu est « le plus savant! »
290 SEPTEMBRE-OCTOBRE IStfl.
Kosegarten a été très bref sur ces nations prélimi-
naires ; mais ce premier chapitre ne nous a pas paru
devoir être négligé. La discussion contre Alfârâbi est
intéressante et ne fait pas honneur au philosophe.
Safi ed-Dîn , beaucoup moins savant que lui , le dé-
passe par un peu plus d attention aux faits. Ce bien
petit incident de Thistoire de la physique a sa mo-
rale; il montre à quoi se réduit au fond la réforme
de* méthodes scientifiques dont les siècles modernes
se font gloire. Un continuateur célèbre d'Aristote
définit sans observer; un simple joueur de luth
à la cour d'un khalife dégénéré observe et le
réfute. Quelle distance plus grande y a-t-il de la
scolastique à Bacon ?
II
Safi ed-Dîn Albaghdâdi reprend la parole.
« On distingue douze sortes de rapports pouvant
e?dster entre deux nombres lorsqu'on compare le
plus grand nombre au plus petit. En voici la liste y
dont nous extrayons, pour le citer seulement, le
rapport d'égdité :
« Rapport du tout et d'ime partie : i +^, i +|- • • .
« Rapport du tout et de plusieurs parties : i + 1 ,
« Rapport du multiple : 2 , 3 , 4 , 5 . . . Dans cette
suite de multiples , on distingue le rapport du double ,
2 , et des rapports ayant pour formule NX2°, où N
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 291
est un nombre entier et 2* une puissance de a ,
comme 3, 6, 12, 24. • . C'est ià le rapport dune
puissance de 2 . »
Viennent ensuite : le rapport du double et de la
partie, le rapport du double et de plusieurs parties,
les rapports des multiples et de la partie , des mid-
tiples et de plusieurs parties, d'une puissance de 2
et de la partie, dune puissance de 2 et de plusieurs
parties. La partie est uniformément une fraction dont
le numérateur est lunité , et ce que Ton appelle plu-
sieurs parties est toujours une fraction dont le déno-
minateur est égal au numérateur plus 1 .
Dans les instruments à cordes , les sons varient avec
la longueur de corde qui entre en vibration. On est
ainsi conduit à définir les sons par les longueurs de
corde qui leur correspondent, et à appeler rapports
entre différents sons les rapports entre ces diffé-
rentes longueurs. Or, lorsque des sons diffèrent entre
eux, les uns étant graves, les autres aigus, si on ex-
prime par des rapports les distances qui les séparent,
on remarque que , parmi ces rapports , les uns sont
plus connus , plaisent plus à la nature , se font agréer
plus vite, tandis que lés autres sont dédaignés, dés-
agréables et heurtent le sentiment naturel. B en
résuite qu'il ne suffit pas d'associer deux sons quel-
conques de hauteurs diverses pour donner lieu à
une sensation qui flatte l'oreille ; mais l'oreille n'admet
que certains rapports , que les rapports nobles pour
ainsi dire ; ceux-là ont un charme secret auquel l'âme
se laisse aller, au lieu que les rapports vils lui causent
292 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
une sorte de blessure. Puisque certains rapports sont
plus nobles que d autres , les mêmes nuances se re-
trouvent dans toute composition de sons fvJuJb), c'est-
à-dire dans toute succession d^ deux ou plusieurs
sons de hauteurs différentes, non pas de même hau-
teur, car la répétition d'un son unique ne saurait con-
stituer une composition de sons. Toute composition
de deux sons différents s'appelle « intervdle » (oJiJ),
celle de plusieurs sons , a système » (jSt). Aifârâbi veut
que le système contienne plus de sons que le genre
( jmJL^) qui en contient quatre, mais la difficidté pra-
tique est déjà grande pour les maîtres de fart d'exé-
cuter des modidations en partant de quatre sons.
Les deux sons de tout intervalle sont consonants ou
dissonants, comme nous lavons vu. On dît donc
qu'il y a des intervalles consonants [flj'^)^) et des in-
tervalles dissonants f^U£i). Il en est de même des
systèmes. Lorsque les sons d'un système ont entre
eux des rapports agréables , on l'appeUe « modula-
tion » ((^). Le système est défmi : un groupement
de sons , et la modulation : un groupement de sons
différents et consonants. D'autres précisent la défi-
nition en disant que la modulation est un groupe-
ment de sons différents et consonants qui accom-
pagnent des paroles excitant dans l'âme une émotion
agréable. Et comme on ne voit pas bien ici de qudle
espèce de paroles il s'agit, on précise encore en disant
que ce sont des paroles composées selon les lois du
LK TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 293
mètre et appelées « poésies » (y^) » dites sur des temps
cadencés qui constituent le rythme (^Ub5ll). Quant à
la définition du cheïkh Alfârâbi : « la modulation
est un groupement de sons», elle comprend aussi
bien tout système dissonant.
Un intervalle, un système, consonants en eux-
mêmes, cessent de Têtre relativement à d'autres qui
les précèdent et ne les appellent pas naturellement.
De très petits intervalles venant après un grand
perdent la qualité de consonance qu'ils avaient étant
isolés.
Les rapports les plus beaux , les plus nobles , sont
d abord le rapport du double, puis le premier des
rapports de l'entier et de la partie , i + 1 . Le rap-
port du double est le premier et le plus important
de tous par sa parfaite consonance et le sentiment
de pleine satisfaction qu'on a en l'entendant.
Les intervalles se divisent en trois groupes : les
grands, les moyens et les petits. Les grands et les
petits sont en nombre indéfini, puisqu'on peut à l'in-
fini doubler ou diviser par deux. En fait, lorsqu'on
accroît successivement l'intervalle , c'est-à-dire le rap-
port qui le mesure, on arrive à n'avoir plus qu'une
longueur de corde insuffisante pour frapper, et avec
laquelle on n'obtient plus un son , mais un bruit in-
capable d'entrer dans la composition mélodique. Au
contraire , lorsqu'on diminue progressivement ie rap-
port, la longueur de corde qui sépare les deux sons
294 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
devient si petite qu'on n'en distingue plus les deux
extrémités lune de lautre. C est ce qui a lieu par
exemple pour les rapports de i + ^p ou de i 4-2^-
On ne peut faire de différence entre les deux termes
de l'intervalle , parce que celle qui existe est en des-
sous de ce que Ton est accoutumé d'observer. En
ce qui concerne les grands rapports, on na va pas
dans la pratique au delà du premier de la série des
puissances de 2, qui est Ix. La voix humaine dans
toute son étendue ne sort pas de cet intervaUe;
c'est ce dont tous les gens de l'art ont l'expérience.
Cette limite peut être dépassée par les instruments
à cordes et les instruments à vent. Celui qui est ap-
pelé le schâhrâd [:>yia\jSé), entre autres, dont Alfêrâbi
fait mention , a quatre octaves. ïï a été inventé par
Ibn el-Akhwas. Il est possible d'aller plus loin en-
core , mais non sans sortir d'une juste moyenne.
Calctdons maintenant les rapports qui existent
entre les extrémités des différents segments d'une
corde divisée, selon l'usage des anciens, en douze
parties égales. Sur la corde m-kb, marquons les points
de division a, b, c. . .
m a b c d e
f g h i k ka kh
et foriBons le tableau des rapports des longueurs
comptées depuis l'extrémité m jusqu'aux divers pcMnts
de division; chaque lettre y désigne, non le point,
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 205
mais la longueur de la corde depuis m jusqu'au
point.
kb i kb , 1 kb , i kb , i hb 5
ka 11 k 5 i ô h ^9 7
kb kb 2 kb *y kb . kb f,
-7=2 — = 2+7 -7 = 0 — e=4 T = "
J e b a c b .
ka 1 ka , 2 ka 3 ka , d ^a ,5
-7-=l+— -T-=l+- T=l+û — =1+- -7=1+^
k 101 9^ ^9 1 J "
ka 1 ka 3 ka 4y , 2 ka f^ , 1
7 = ^+5 T = ^ + 4 7 = ^ + 3 T = 5+^
k i k , 1 A; ,3
— -=! + - 'r==l+7 — =I+-
i 9/1 /i g 7
et ainsi de suite. On trouve par ce moyen tous les
rapports auxquels donne lieu la division aliquote de
la corde en 1 2 . L un quelconque de ces rapports
mesure l'intervalle des deux sons rendus par les deux
longueurs de corde entre lesquelles le rapport est
établi. Ainsi l'intervalle kb-d a pour rapport et pour
mesure 3 ; il est égal à tel autre intervalle comme jf-A,
bien que les segments de corde compris entre kb et
d,/ et 6 ne soient pas d'égaie longueur. Tout kiter-
valle a un nom. Les plus usités sont désignés par
des expressions techniques basées siu* ieiu* mode
d'emploi dans l'art, les autres ne le sont que par ie
rapport numérique qui les mesure ; on dit : « Tinter-
valle dont le rapport est de tant ».
Le premier en ordre de tous les rapports, avons-
nous dit, c'est le rapport du double; l'intervalle qu'il
296 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
mesure s appelle « intervalle du tout » ( JJuJ ^i JsJLfJ I).
Au premier rapport d une puissance de 2 , au rap-
port 4, correspond Imtervalle du tout doublé (jS
^jjAJy* JJul) ; au premier rapport du tout et de la par-
tie qui est 1 + 1 correspond Imtervalle des cinq
( (j<y> » 4? ^5 ) . L'intervalle des quatre est celui qui a pour
rapport i +| (20^ ' ^^)- On appelle «intervalle du
tout et des cinq » celui qui a pour rapport 3 ( J-Jul ^i
(jwJLit^) , et « intervalle du tout et des quatre » celui
dont le rapport est 2 + 1 (^Ji^t^ J^t y^\ Lmter-
vaUe de rapport 1 +| est connu sous le nom de « ré-
sonnant » (^>xxkJI); celui dont le rapport est 1+^ est
nommé « excès ou reste » (ilLkjUI, illJuJIj.Lequartdu
résonnant estrintervalledurelâchement(plLJ^ I «xSi).
Toutes ces dénominations seront expliquées dans la
suite.
Nous avons vu qu'il y a de grands, de moyens,
de petits intervalles. Parmi les grands, quatre sont
usités : Imtervalle du tout doublé qui est le plus
grand de tous, celui du tout et des cinq, celui du
tout et des quatre et l'intervalle du tout. Les inter-
valles moyens dont le nombre n'est que de deux,
selon l'opinion générale, sont ceux des cinq et des
quatre. Les intervalles moindres, comme ceux qui
ont pour rapport i+|, ^+\^ *+i» sont du nombre
des petits intervdles et sont appelés intervalles de
modulation (i^^' ^Uu^l).
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 297
Les intervalles de modulation se divisent à leur
tour en grands, moyens et petits. D après certains
savants, les grands intervalles de modulation sont
ceux qui, retranchés de l'intei^alle des quatre,
laissent un intervalle dont le rapport est moindre
que le leur. Si Ton admet cette définition , ils sont
au nombre de trois et ont pour rapports i +|»
1 +|, 1 +^. Les intervalles moyens de modulation
sont tels que si on les double et qu on retranche ce
produit de l'intervalle des quatre, on obtienne un
reste dont le rapport soit momdre que le leur. Il y
en a trois aussi, dont les rapports sont : i+^,
1 + 1 , 1 + 1 . Quant aux petits intervalles de modu-
lation, ils subissent encore cette division en grands,
moyens et petits : si on les triple et que , retranchant
ce produit de l'intervalle des quatre, on obtienne
im reste dont le rapport soit moindre que le leur,
ils sont comptés parmi les grands. Tels sont les six
intervalles de la formule i +^, depuis ] +70 j^^~
quà 1+75. Si on les multiplie par Ix et que, retran-
chant ce produit de l'intervalle des quatre, on
obtienne un reste dont le rapport soit moindre que
le leur, ils sont comptés parmi les moyens. Tous les
autres sont placés parmi les petits; ils forment les
petits d'entre les petits intei^alles de modulation , et
ils sont appelés les restes de modulation (ii^WiiJI
"y '
Comme beaucoup de classifications compliquées,
celle-ci se complique encore du dissentiment des
xvm. ao
MraiaKBis ■iriuMiL.
298 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1891.
auteurs. Le cheïkh Arraîs définit ainsi les grands
intervalles de modulation : Tout intervalle tel que
si, Tayant doublé, on retranche ce produit de Im-
lervalle des quatre, le reste obtenu soit un inter-
valle de moindre rapport que la somme des deux
intervalles retranchés; la définition , utile pour le cas
où la soustraction (IoUu»^t) est possible, vaut à plus
forte raison pour le cas où elle ne Test pas, car la
condition se trouve alors remplie avec excès. Dans
cette opinion, il y a dix grands intervalles de mo-
dulation dont le premier a pour rapport i + 1 et le
dernier i + j^, en ne sortant pas de la formule i +^-
Les moyens intervalles de modulation sont ainsi dé-
finis : tout intervîdle tel que si, Tayant doublé, on
retranche ce produit de fintervalle des quatre, le
reste obtenu soit d'un rapport plus grand que le
produit soustrait, et moindre que le double de ce
produit, n y a quinze de ces intervalles depuis celui
qui a pour rapport i + fj, jusqu'au dernier dont le
rapport est i + ^ • Les petits intervalles de cette
classe sont tels que si on les double et qu'on re-
tranche ce produit de l'intervalle des quatre, on
obtienne un reste de rapport plus grand que le
double du produit retranché.
Mais les maîtres de l'art simplifient tout cela dans
la pratique. Ils n'admettent que trois intervalles de
modulation, un grand ayant pour rapport i4-|,
un moyen ayant pour rapport i +ï^ et un plus petit
appelé « reste » [»i^Aàjt), Les modulations du genre fort
LE TUAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 299
sont uniquement composées de ces trois intervalles,
comme on le verra en son lieu. L'oreille, en effet,
confond ces très petits rapports à cause de leur
proximité ; elle permet d'employer le rapport i + 1
pour 1 +i ou pour i +^ ; le rapport i +y- remplace
tous les rapports moyens , et le reste , tous les petits.
Ces différents intervalles sont plus ou moins
consonanLs ou dissonants. L'intervalle du tout est
celui qui présente au plus haut degré la qualité
de consonance; les deux sons qui le limitent
semblent être de la même nature et chacun d'eux
peut être substitué k l'autre dans la composition
mélodique. Lorsqu'on fait vibrer une corde tendue
et que, partait d'une extrémité, on en diminue
progressivement la longueur, on obtient des sons de
plus en plus élevés; puis, quand on parvient à la
moitié de la corde , on rencontre un son plus élevé
que tous les précédents qui ressemble à celui de
la corde entière et peut lui être substitué dans les
modulations. Chacun des sons compris dans cette
première moitié est unique en son genre et aucun
autre du même segment n'est apte à le remplacer,
mais les deux extrémités du segment se rejoignent
comme si un cercle avait été parcouru, et il n'existe
en dehors de lui aucun son, soit dans l'autre moitié
de la même corde, soit produit par d'autres cordes
plus longues ou plus courtes, plus tendues ou plus
lâches, plus épaisses ou plus fines, dont un son de
ce premier intervalle ne soit l'identique ou ne
puisse knir lieu. Aussi Tappelle-t-on « intervalle du
20.
300 SKPTEMnRK-OCTOBRE 1891.
tout», c est-à-dire intervalle qui enferme tous les
sons.
Cette faculté de deux sons d'être substitués l'un
à Tautre n'existe pas seulement pour ceux qui sont
dans le rapport du double, mais aussi pour ceux
qui sont dans le rapport d'une puissance de 2 ; il est
donc permis de dire d'une manière tout à fait géné-
rale que l'intervalle du tout renferme tous les sons,
et que ceux qui sont en dehors de lui ne servent
qu'à l'enrichissement , à l'embellissement des modu-
lations; ils sont employés par préférence, non par
nécessité.
Parmi les intervalles dont le rapport est du tout
et de la partie, l'intervalle des cinq, i+|, présente
la consonance la plus parfaite; puis vient l'intervalle
des quatre, 1 +|; les intervalles moindres de la for-
mule 1 +^ sont d'une consonance plus faible; les
intervalles de modulation deviennent d'autant moins
consonants qu'ils deviennent plus petits, leur con-
sonance s'affaiblit jusqu'à ce que la différence entre
leurs deux sons cesse d'être perceptible.
La consonance (^L^'^l ) est de première ou de se-
conde espèce. La consonance de première espèce
(JJ^I ^lî^^l) est celle de tout intervalle qui ne ren-
ferme pas entre ses extrémités de son, étant avec
l'une d'elles dans le rapport du tout, ce qui signifie
simplement la consonance de tout intervalle dont
le rapport est plus petit que 2 .
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUS^ICAUX. 301
l^a consonance de deuxième espèce ( jUJl (^JùS\ )
est celle du système formé par un intervalle de
consonance première et un son étant dans le rap-
port I avec son extrémité aiguë, ou par le même
intervalle et un son étant dans le rapport 2 avec son
extrémité gravée Dans un tel système, on peut tou-
jours substituer Tun à Tautre les deux intervalles de
consonance première qui y sont contenus. C^est
ainsi que Tintervalle du tout et des cinq équivaut
pour Toreille à celui des cinq, l'intervalle du tout
et des quatre, à celui des quatre. Le double de Tin-
tervalle des quatre offre encore une consonance de
seconde espèce, parce que si on commence par
frapper (^^kiiUwt) la note aiguë, Toreille substitue
ensuite au son grave le son aigu qui est avec lui
dans le rapport |, et reçoit Timpression d'un inter-
valle résonnant. D'une façon analogue, l'intervalle
des quatre attaqué par la note aiguë se confond avec
celui des cinq, car frapper la longueur 3 puis la
longueur !\ équivaut à frapper d'abord la longueur 3
puis la longueur 2 , et ce rapport | est celui de l'in-
tervalle des cinq. Réciproquement l'intervalle des
cinq, dont on attaque d'abord la note aiguë, se con-
fond avec celui des quatre, car faire vibrer les lon-
' Cette définition, qui est celle du texte, devrait être plus géné-
rale d'après des exemples donnés. 11 faudrait dire peut-être : la
consonance de seconde espèce est celle du système formé par uii
intervalle de consonance première et par l'un des sons étant dans
le ra|>[)ort de \ ou de 2 avec l'une de ses extrémités.
302 SËPTEMBRE-OCTOBUl!: 1891.
gueurs 4 et 6 équivaut à faire vibrer les longueurs
4 et 3 qui sont celles auxquelles correspond Tinter-
valle des quatre* Tous les rapports du double et de
la partie, 2 +^, du double et de deux parties, 2 +^»
et beaucoup des rapports du tout et de plusieurs
parties , de la formule i + ^ , offrent des conso-
nances de seconde espèce. Par exemple, la conso-
nance des longueurs i i et 6 du rapport i + 1 équi-
vaut, lorsqu'on renverse l'ordre des notes, à celle
des longueurs 1 2 et 1 1 du rapport 1 +^. Il en est
de même pour les rapports de la formule 1 +^ où
71 est un nombre impair. La consonance des lon-
gueurs 1 2 et 7, par exemple, dans le rapport 1 -f-|,
équivaut, si Ton renverse Tordre des sons, à celle
des longueurs 7 et 6 du rapport 1 +|- Ce rapport
i-j-| est donc de faible consonance, comme le rap*
port 1+^.
On a pu remarquer quelle importance est donnée
à Toctave dans tout cet exposé, puisque Toctave,
c'est Tintervalle du tout. La quarte n'a pas une
moindre importance, on va en juger dans la consti-
tution des genres mélodiques; la quarte est ici Tin-
tervalle des quatre. La quinte est Tintei'valle des cinq.
Les intervalles du tout et des quatre , du tout et des
cinq valent respectivement Toctave et la quarte, Toc-
tave et la quinte. Quant à Tintervalle résonnant et à
celui qui est appelé « reste » , ils ne sont autres que le
ton et le demi-ton de la gamme dite « mélodique ou
pythagoricienne», au dièse de laquelle correspond,
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 303
mais sans exactitude, le quart du résonnant ou in-
tervalle de relâchement. »
Nous garderons dans ce qui va suivre les déno-
minations arabes, et nous abordons maintenant
l'étude des modulations.
III
Il est nécessaire, ayant d'exposer le groupement
des intervalles dans les genres mélodiques, de savoir
calculer le nouveau rapport qui mesure un inter-
valle après qu un autre lui a été ajouté ou en a été
retranché; déjà Tauteur aurait dû nous donner les
règles de l'addition et de la soustraction des inter-
valles, lorsqu'il a défini les intervalles de modulation,
il continue ainsi :
Ajouter (ôL^t) à un intervalle un autre intervalle,
c'est prendre l'extrémité grave du premier pour ex-
trémité aiguë du second, ou l'extrémité aiguë du
premier pour extrémité grave du second. C'est par
conséquent chercher une longueur de corde qui
soit à la longueur donnant le son grave du premier
intervalle dans le rapport défini par le second, ou
telle que la longueur donnant le son aigu du pre-
mier intervalle soit à la longueur cherchée dans ce
rapport donné. Le résultat de l'addition est exprimé
par le rapport de la plus grande à la plus petite des
trois longueurs.
Nous voulons ajouter à un intervalle dont le rap-
port est 1 +|, ^'t du côté grave, un autre intervalle
304 SEPTIiMBRIi-OCTOBRE 1891.
ayant même rapport. L'opération consiste à diviser
en trois parties égaies la longueur donnant le son
grave de l'intervalle proposé et à ajouter à cette
longueur une de ses parties. Soient a-b
Ç) L 2 1 6
-1 1 1 —
a h
l'intervalle proposé, c-b l'intervalle ajouté. Leurs
rapports sont tous deux |;^=|,| = |,etle rapport
cherché ^ est égal à leur produit i+|; ^=5x^=^3
'^ïï 9 •
Mais nous simplifions un peu. Voici le langage
de Safi ed-Dîn. Dans l'intervalle a-6, a représente
une longueur 3, b une longueur 4. Il faut prendre
le tiers de la longueur b; pour n'avoir que des en-
tiers, nous multiplions par 3 les chiffres qui me-
surent les longueurs a et 6 , ils deviennent 9 et 1 2 ;
le tiers de b est naturellement k , nous fajoutons à
b, 12 + 4=16, nous trouvons la longueur c. La
somme des intervalles est mesurée par le rapport de
la plus grande à la plus petite longueur, par le rap-
port?^.
Veut-on ajouter encore un intervalle de même
rapport, on multiplie par 3 chacun de ces nombres
et on ajoute 16 au dernier, on trouve 64, et la
somme des trois intervalles a pour rapport |y. C'est
toujours le produit des rapports : |^.
27 36 48 64
1 1 1 i-
a h c d
La méthode ne varie en rien si les intervalles sont
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 305
de rapports inégaux. La règle est celle-ci. On pose
les deux rapports donnés sous la forme de fractions.
Le produit des numérateurs (^^ilîiJt â*;mI^4 ) fournit
la plus grande longueur, celui des dénominateurs
(^^yLiJl iu^L2l), la plus petite. Le produit du dé-
nominateur du rapport correspondant à l'intervalle
grave par le numérateur de lautre donne le terme
moyen.
Ajoutons à Tintervalle de rapport i + 1 un inter-
valle de rapport i + | du côté aigu. i+| = |;
1+1 = g. Le produit /iX9 = 36 est le plus grand
terme, 8X9 = 27 est le terme moyen, et 3x8=24,
le petit terme. La somme des intervalles est mesurée
par le rapport ||= 1 +1.
24 27 36
— I 1 1 —
a 1+1 h i-h|
Faisons cette même addition, mais du côté grave.
Il n y aura de changé que le terme moyen qui sera
8x4 = 32. Le résultat de l'addition, quant au rap-
port qui l'exprime , reste le même dans les deux cas.
24 32 36
a i-Hj h 14-7 c
Doubler (ouuô) un intervalle, le multiplier ^ar
3,4... c'est l'ajouter 2,3,4... fois à lui-même.
Diviser {f^) un intervalle en deux parties égales.
ce n'est pas, comme l'analogie pourrait le faire
506 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
croire, lo partager en deux intervaHes de rapports
égaux, mais c'est en propres termes en prendre le
milieu. Ainsi Tintervalie des quatre, dont le rapport
est 1 + 1 , est représenté par les chiffres /i et 3 ; nous
les multiplions par i pour avoir un nombre entier
intermédiaire, lequel est 7, les autres étant devenus
6 et 8. Les deux intervalles déterminés par cette
opération ont donc pour rapport | = 1 + i et |
Retrancher (Juai) d'un intervalle un autre inter-
valle, par l'extrémité aiguë, c'est chercher le rap-
port de la longueur donnant le son grave dans le
premier à celle qui donne le son grave dans le se-
cond. Les extrémités aiguës des deux intervalles
coïncident. Faire la soustraction par l'extrémité
grave, c'est chercher le rapport de la longueur don-
nant le son aigu du deuxième h celle qui donne le
son aigu du preniier. Alors les extrémités graves des
deux intervalles coïncident.
Ici encore les trois longueurs sont exprimées par
des nombres obtenus de façon fort simple. La règle
est celle-ci* : si la soustraction se fait par l'extrémité
grave, multiplier (^ Vr^) 1® numérateur du petit
•
rapport , ([ui est le rapport soustrait , par le numérateur
et le dénominateur du grand, pour avoir les termes
exfrêmes, et le dénominateur du petit rapport par
le numérateur du grand pour avoir le terme moyen.
Si la soustraction se fait par l'extrémité aiguë, il
faut multiplier le dénominateur du petit rapport par
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 307
les deux termes du grand, pour avoir les extrêmes;
le produit du numérateur du petit par le dénomi-
nateur du grand fournit le terme moyen.
Retranchons , par exemple , l'intervalle qui a pour
rapport i +|^ de celui qui a pour rapport i+|» à\i
côté aigu. Nous réduisons les nombres fractionnaires
en fraction : | est le plus petit rapport, |, le grand.
D'après la règle, les termes extrêmes sont 3X2=== 6,
3 X 3 = g , le terme moyen , 4X2 = 8.
6 8 9
1 1 1
a
b
Les intervalles proposés sont sur la figure oa de
rapport |, b-a de rapport |, l'intervalle cherché est
c-by c'est le reste de la soustraction; il a pour rap-
port |.
Faisons la même soustraction par l'extrémité
grave. Les termes extrêmes sont cette fois : 4X2=8,
4 X 3 = 1 2 , le terme moyen , 3x3 = 9. Le rapport
cherché mesurant l'intervalle qui est le reste de la
soustraction est |. Comme pour l'addition, le ré-
sultat est le même dans les deux cas.
89 12
1 1 1_
ah c
Il serait immédiatement obtenu par la division du
grand rapport par le petit. | : | = |-
Dans tout système, les longueurs correspondant
aux différents sons seront exprimées, comme nous
308 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
venons de le faire , par des nombres ; il faudra avoir
soin qu'elles soient niesui'écs avec la même unité,
et quoiqu'une addition ou une soustraction ne porte
que sur deux de ces nombres, il ne faudra pas
manquer de multiplier tous les autres par le même
facteur qui aura multiplié ceux-là au cours de lopé-
ration.
Les intervalles de modulation sont tout d'abord
ordonnés sous Tintervalle des quatre; cet intervalle
est partagé en trois autres définissant quatre sons,
deux extrêmes et deux moyens; de là lui vient son
nom qui signifie : intervalle sur lequel on construit
une modulation de quatre sons. L'ensemble des trois
intervalles s'appelle « genre » (^j*»JL2w); ils ne peuvent
être tous trois égaux en rapport.
Il y a différents genres. Si l'un des trois intervalles
est d'un rapport plus grand que la somme des deux
autres, le genre est doux {{^)\ s'il n'en est pas ainsi,
y» ^
il est fort {Jsy*)' Dans tout genre, l'intervalle dont le
rapport est le plus grand peut être situé du côté
aigu, au milieu ou du côté grave, et dans chacun
de ces cas les deux autres intervalles ont deux posi-
tions relatives possibles. Donc un même genre com-
prend six espèces (oU^) lorsque les trois rapports
sont différents entre eux. Si deux des intervalles ont
des rapports égaux , le genre n'a plus que trois espèces
définies par les trois positions de l'intervalle restant.
Les deux espèces du genre doux dans lesquelles le
grand intervalle est placé au milieu s'appellent « non
LE TRAITE DES RAPPORTS MUSICAUX. 309
j j(i
ordonnées » (/oiâiuuo JLà) , les quatre autres s'appellent
«ordonnées» [Jnïki); de celles-ci il y en a deux
où les intervalles se trouvent placés dans Tordre de
grandeur de leurs rapports respectifs, on les dit
« ordonnées et continues » (JliLo), les deux dernières
sont dites « ordonnées et non continues » (jUcJU C^).
a
o
lO
O
es
es
O
es
1-^
b
O
•«^
o
iO
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p4
O
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ESPÈCES.
l
1
30
•+jr
'+T
Ordonnée.
Non continue.
'+à
'+^
■+T
Ordonnée.
Continue.
1
1
&
•+^
•+À
Ordonnée.
Continue.
'+I
•+îr
'+^
Ordonnée.
Non continue.
•H
•+7
•+À
Non ordonnée.
•+:,',
'+T
•+^
•
Non ordonnée.
Les qualificatifs « doux et fort » conviennent
chacun à plusieurs genres. Nous allons indiquer
comment on les forme et donner leurs noms. Le pre-
mier genre, genre normal {t^\)) , se forme en plaçant
--*
310 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
SOUS rintervaile des quatre le plus grand intervalle
de modulation, dont le rapport est i + J. Après
qu'on Ta retranché de Tintervalle descjuatre, il reste
un intervalle dont le rapport est i + ï^ ; nous le di-
visons en deux parties égales et nous obtenons deux
nouveaux intervalles ayant pour rapports i + ^ et
1 + jj. Nous avons ainsi les trois éléments du genre
normal faible (ouuâ^ î f^'P' )• ^^ tableau qui précède
renferme les six espèces de ce genre, indique leurs
noms, la place relative des intervalles et les nombres
obtenus comme nous lavons expliqué, qui mesurent
les quatre longueurs de corde correspondant aux
quatre sons. L'intervalle a-d est Tintervalle des quatre
dont le rapport, invariable, est i + |.
Nous nous abstiendrons de reproduire les autres
tableaux établis de la même manière; nous nous
contenterons de donner la mesure des intervalles
cpii constituent les différents genres , et les nombres
proportionnels aux longueurs de corde pour l'espèce
ordonnée et continue de chacun d'eux ^
Si, après avoir retranché de l'intervalle des quatre
celui dont le rapport est i +|^» îiu lieu de di\âser en
deux l'intervalle restant, on le partage en trois par-
ties égales et qu'on réunisse en une seule les deux
parties retranchées les premières par le côté grave,
on a le genre normal énergique (^X-i^t (-^l^J) dont
les trois rapports sont: i+J. *~l"i^' ^"^â's* L'es-
' Dans tous los o\imiij)1cs qiio nous donnons, on passo du grave
à l'aigu en allant de droite à gauche.
LE TRAITE DES RAPPOUTS MUSICAUX. 311
pècc ordonnée et continue en est ainsi dispo-
sée :
A5.i+^-/i6.i+.^. 48.1+1-60
a- b c d
Le genre coloré faible (v-juL2^^ll jjAll) est celui
dans lequel Tintervalle de rapport i +|^ ^st retran-
ché de l'intervalle des quatre, et le reste divisé en
deux, parties égales, ce qui donne les rapports i + ^s
eti+^.
171 • 1 +79 • 180 • l+-j^ • 190 • l+l • 228
Dans le genre coloré énergique (^Xw^l t^^l), le
même reste divisé en trois parties égales, les deux
premières de ces parties étant réunies, fournit les
rapports 1 + ^^ , ^ + in *
-f
20 . i+2^« 28 • 1+^ • 3o • 1+^. 36
En retranchant de l'intervalle des quatre le troi-
sième intervalle de modulation, dont le rapport est
1 +|, on forme le genre ordonnateur (^LDl) dont
les deux variétés s'obtiennent toujours par division
du reste en deux ou trois parties, et ont respective-
ment pour rapport la variété faible: i+|, 1+^5»
1 +^; la variété énergique : i+i, i+ïV> ^+h'
io5 • i+:pg • 1 1 2 • 1+^ • 120 • 1+^ • 1 ko
x\ •i+^« 22 «i+n" 24 •!+!• 28
(](\s trois fi^ènres sont de3 fjenres doux; avec le
• •
• M
312 SEPTKMBRE-OCTOBRE 1891.
suivant commence la classe des genres forts. Nous
continuons à suivre la série des intervalles de mo-
dulation de la formule i+^, et nous retranchons
de Tinlervallc des quatre celui dont le rapport est
1 +-^. Le genre ainsi formé s'appelle « interrompu »
( Juâ!Sult ^x^). Dans sa variété faible, ses deux petits
i'apports sont i + ^^ et i + î^ ;
78 . 1 +^ . 84 . 1 +^ . 9 1 . 1 +i . 1 o4
et Ton peut constater que le rapport i4-^ = | est
plus petit que le produit des deux autres : (1+]^)
X(i + j^) = |, ce qui, d'après la définition, classe
ce genre parmi les genres forts. Dans sa variété
énergique, ses deux moindres rapports sont • 1 + jHs 1
18 • i+7g*i9 • i+^* 21 . 1+7* 24
Le genre suivant est appelé a le second interrompu »
{ jliJt Ju^^t y^)' ï-'*espèce ordonnée et continue de
sa variété faible est :
iSgS •i+^*i728«i + ^» 1888 • 1+1 «2124
et pour sa variété énergique, elle est :
3483 • 1 +^ • 3888 . 1 +^ • 4 1 28 • i +5^ • 4644
Puis vient « le troisième interrompu «(Ju^aJcJH JLs^
lâi ^*^
eJUJI), dont les variétés, faible et énergique, sont
représentées, la première par cette suite :
33o • i+îV* ^60 • 1+^ • 396 . i*+|. 44o
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 313
la seconde, par cette autre :
Dans ce dernier genre , les quatre espèces ordon-
nées ne sont pas continues*
Les genres que Ton pourrait former en retran-
chant d'abord de Tintervalle des quatre un inter-
valle de modulation de rapport moindre que i+|
ne sont pas employés. Mais d'autres genres sont
formés en plaçant sous l'intervalle des quatre deux
intervalles égaux; les rapports employés deux fois .
sont successivement 1+7» i+g' ^"^"9» ^^^ genres
dans lesquels ils entrent s'appellent « genres forts avec
redoublement» (oUxAxJt ^i t^>>) et sont comptés,
dans l'ordre de ces rapports, premier, deuxième,
troisième. Ils n'ont, avons-nous dit, que trois es-
pèces. Si l'intervalle de moindre rapport, celui qui
reste après la double soustraction des intervalles
égaux , est du côté grave , l'espèce est dite « aiguë »
* • "^ ,.
(*Xr»^i); s'il est au milieu, elle est dite «séparée»
( Ju^jLLo ) ; s'il est du côté aigu , elle est dite a grave » ( Jàs* I ),
Les espèces graves de ces trois genres sont les sui-
vantes :
du premier :
48 . 1 +^ • 49 • 1 +7 • 56 . 1 + y • 64
du deuxième :
2^3 • 1 +2^ • 256 . 1 -f I • aSS • 1 +1 • 324
XVIII. 21
314 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
du troisième :
75 • i+^»8i • 1+1 • 90» 1+1 • 100
On obtient de nouveaux genres en plaçant sous
l'intervalle des quatre, au lieu de deux intervsdles
de rapports égaux, deux intervalles de modulation
consécutifs, c'est-à-dire ayant des rapports de for-
mules 1+^ et 1+^. En donnant à n les valeurs
•7, 8 et 9, on forme les genres suivis (Juâi*), que
Ton compte, dans cet ordre, premier, deuxième
et troisième. Ces genres ont six espèces, puisque
leurs trois intervalles sont inégaux. En voici les es-
pèces ordonnées et continues :
pour le premier genre suivi :
5/i . 1 +^ . 56 • 1 +1 . 63 . 1 +1 • 72
pour le deuxième genre suivi :
i35 • i+-f5 • 144 • 1+1 • 160 • j +^» 180
pour le troisième genre suivi :
33o •1+^» 36o • 1+75 • 396 • ! + !• 44o
Ce dernier genre se confond avec le troisième
interrompu dans sa variété faible , et lavant-dernier
avec le même dans sa variété énergique.
Enfin les genres appelés» séparés premiers »{ JuaiLt
JJI) sont formés par la soustraction de deux inter-
valles de modulation ayant pour formules 1+,^ et
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 31>
1+—^. Donnons à yi la valeur y, nous avons le
genre « séparé faible » (JudUii! v-uLJl) où l'intervajle
restant a pour rapport i+-^'
60 • 1 + 2^ • 63 • i + ^« 70 M+7 «80
Donnons à n la valeur 8, nous avons le genre
« séparé tempéré »( JJ^iJu^l JÇ^It Jyi,; jl ) , où le reste a
pour rapport 1 + ^ .
297 • 1+^ • 320. i+î^* 352 • 1+1 -396
Si nous faisions w = 9 , nous retomberions encore sur
le troisième interrompu, variété faible; il prend ici
le nom de « genre séparé énergique » (^XûS! JaûJuII).
Ce n'est pas tout ce qu il est possible d obtenir en
partant de l'intervalle des quatre. On peut mainte-
nant sous cet intervalle en enfermer quatre autres
définis par cinq sons. Cette opération se fait de dçux
manières. La première consiste à retrancher succefr-
sivement de l'intervalle dea quatre les intervalles
ayant pour rapports 1+72, ^^^-^ i + ïV»^^ x^lXt.
un intervalle dont le rapport est 1 + j^ • La figure
de ce système peut être présentée ainsi :
273. 1+^.288. i+^.3i2-i-h^.336. 1+^.364
X 1+1 X i+l X
X 1+1 -X
La deuxième manière consiste à changer, dans le
système précédent, l'intervalle de rapport i + ^ re-
ai .
3J6 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
tranché en troisième lieu en un intervalle ayant pour
rapport i + fj • L'intervalle restant a pour rapport
1 + f5 • Dans ce nouveau système , les rapports de la
plus grande longueur aux trois plus petites sont
assez simples, et la succession des cinq sons dans
cet ordre-ià produit un effet des plus agréables.
i365m+^«i456»i +|^«i56o»i+^.i68oM + î^»i82o
X 1+^ X
X 1+1 X
X 1+1 X
La permutation de ces quatre intervalles fournit
vingt-quatre espèces dont le manuscrit dresse le ta-
bleau. La plus célèbre de ces espèces et celle qui a
la plus belle consonance est celle que nous venons
de citer. Toutes les autres sont de consonance
-.î'.^
faible. Ce genre s'appelle « le premier isolé » (^yS-l!
45 il 1 ). « Le second isolé » ( jlîJl :)yJLt ) est une sorte de
cas particulier, parce qu'il n'est plus enfermé dans
l'intervalle des quatre; on l'obtient en enlevant au
système précédent l'intervalle dont le rapport est
i + ~ . « Aujourd'hui, dit l'auteur, les maîtres de l'art
appellent le premier isolé Isfahân (^14^1), et le se-
cond isolé, Râhawi (<ir3^l;), tandis que les anciens
appellent ce dernier a le lié » (-^^l). »
Tous ces genres dont nous venons de faire le dé-
nombrement ont ceci de commun, les deux isolés
étant mis à part, qu'ils sont composés de quatre
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 317
sons déterminant trois intervalles et que les deux
sons extrêmes sont dans un rapport invariable.
Or, parmi ces différents genres, les uns ont
une consonance parfaite, d'autres une consonance
moyenne, d'autres présentent un défaut de conso-
nance. Les genres doux, qui comprennent trente-six
espèces, sont d'une consonance défectueuse et leur
emploi est blâmé. Le genre ordonnateur est celui
d'entre eux qui est le plus supportable; le genre
coloré l'est moins; quant au genre normal, il est
fort loin d'être consonant. Parmi les genres forts,
le premier interrompu avec ses six espèces ol&eune
belle consonance, il est célèbre et fréquemment
employé ; il en est de même des quatre variétés sui-
vantes des genres interrompus ; mais la variété éner-
gique du troisième n'a plus qu'une consonance
moyenne qui le place entre les précédents et les
genres doux. Les genres forts avec redoublement
ainsi que les genres suivis sont consonants et très
usités. Les genres forts séparés ont une concordance
faible si on les compare aux autres genres forts, et
une concordance moyenne si on les compare aux
genres doux.
Certains de ces genres théoriquement différents
ont entre eux des ressemblances qiii les rendent
presque identiques pour l'oreille. Les trois genres
interrompus sont semblables respectivement et sui-
vant l'ordre de numération aux trois genres suivis.
Le premier genre fort avec redoublement ressemble
au deuxième et leurs espèces de même nom se cor-
318 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
respondent. Cependant le deuxième est plus agréable
que le premier parce que le reste est dans celui-ci
trop petit, ce qui en fait négliger l'emploi. Le troi-
sième genre fort avec redoublement est semblable
au deuxième genre suivi par suite de la proximité
des rapports i + | et i+|; pour des raisons ana-
logues , le premier genre suivi peut être substitué au
premier ou au deuxième des genres forts avec re-
doublement.
De même qu'on a formé un grand nombre de
genres en partant de l'intervalle des quatre, de
même on peut en former en partant de l'intervalle
des cinq, et de ces derniers les trois que nous allons
citer sont les plus célèbres et les plus employés. Le
premier est appelé « le genre petit isolé » [Jt^\ ^^i-L').
On l'obtient en divisant l'intervalle des cinq en deux
autres ayant pour rapports \ +\ et i + 1. L'inter-
valle dont le rapport est \+\ est subdivisé en deux
autres dont les rapports sont i +^ et i + g, et celui
dont le rapport est i + ^ est subdivisé en trois autres
qui ont pour rapports : i+jg, ^ +i^ ^^ i+^«
La figure indique l'ordre des intervaJles et les
nombres proportionnels aux longueurs de corde
donnant les sons qui les séparent.
252 - 280 - 3i5 - 324 - 55i - 878
. i+i . 1+1 • 1 + ^- i+iV- i + n-
x--i+i--x i+\ X
Ce genre est appelé par les maîtres de fart
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 319
dka-^S' JsixiLy . Si Ton retranche de ce système Im-
tervalle dont le rapport est i + ^ , il reste un genre
spécial formé de quatre sons et de trois intervalles
compris dans Tîntervalle de rapport i +|- et très
connu parmi les musiciens sous le nom de JsISill?^ .
Il ne change pas de dénomination quand on lui
ajoute deux sons et un intervalle de rapport i +1^?
parce que ces deux sons entrent avec lui, comme
on le verra, dans la période qui porte son nom^
jl est une seconde manière de partager l'intervalle
des cinq. Elle consiste à ajouter à l'intervalle des
quatre , divisé selon une espèce non ordonnée du
genre premier interrompu , un intervalle ayant pour
rapport i + 1 , et à subdiviser celui-ci en deux autres
ayant pour rapports i +^ et i +^ ou plus sou-
vent 1 + f3 et 1 + ^. Le genre ainsi obtenu eài
appelé par l'auteur « le grand isolé » ( Jàwll ^yHt), et
connu des artistes sous le nom de d^y « grand ».
En voici l'ordonnance :
224 — 234 — 262 — 273 — 3i2 — 336
X 1+1 --X-- 1+1 X
La troisième manière de former un système dans
l'intervalle des cinq consiste à retrancher d'abord
du côté grave l'intervalle dont le rapport est 1 + 1 ,
à le subdiviser en deux autres dont les rapports sont
' Voir p. 3io.
320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
1 +*^ et 1 + ^ et à subdiviser Imtervadle des qxiatre
restants selon le genre deuxième suivi. On obtient
cette disposition ;
35 10 -—3744 — 4i6o — 468o — 4860 — 5265
X--1+I X-- i+|--x
On pourrait aussi diviser l'intervalle des qxiatre
selon les deux variétés du genre premier interrompu
ou selon la variété faible du deuxième interrompu.
Toutes ces formes se confondent à Taudition.
«Qu'on ne croie pas, ajoute Safi ed-Dîn, que ces
genres soient les seuls que Ton puisse composer; on
pourrait en citer une foule d'autres, mais ce qui
précède suffit à un traité résumé. » Puis il revient sur
quelques définitions : si l'on définit le genre , la réu-
nion de trois intervalles sous l'intervalle des quatre,
on exclut les genres isolés ; si on le définit : un sys^
tème de sons dont les deux extrêmes comprennent
un intervalle moyen, on exclut le petit isolé, à moins
que l'on n'appelle « intervalles moyens » ceux qui
sont placés entre l'intervalle du tout et l'intervalle
dont le rapport est 1 + y. C'est là la définition juste
dont il ne faut pas s'écarter. Alors les intervalles de
modulation sont seulement ceux qui entrent dans
les genres forts, et c'est à juste titre, car si, comme
nous l'avons vu, les intervalles de rapports 1 +{,
1 + 1 et 1+1 sont d'un mauvais effet dans les mo-
dulations , pourquoi les appellerait-on intervalles de
modulation ? On peut donc définir ainsi les inter-
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 321
valies de modulations : ceux qui, pouvant être re-
tranchés deux fois de l'intervalle des quatre , laissent
un reste dont le rapport est moindre que le leur.
Les intervalles plus petits ne sont que des restes
(laSipUl c:>Uk^t) qui achèvent de remplir l'intervalle
«»•
des quatre.
IV
Chez les Grecs, le tétracorde et le pentacorde
formaient des systèmes imparfaits , s'ils n'étaient pas
groupés dans de plus longues périodes comprenant
une ou deux octaves. Ainsi chez les Arabes , les genres ,
qu'ils fussent construits sur l'intervalle des quatre
correspondant au tétracorde ou sur l'intervalle des
cinq correspondant au pentacorde, étaient des
portions de systèmes plus grands qui s'étendaient
sur l'intervalle du tout ou sur l'intervaJle du tout
doublé.
Lorsqu'on retranche de l'intervalle du tout l'in-
tervalle des quatre, il reste l'intervalle des cinq, et
si de ce dernier on retranche l'intervalle des quatre ,
il reste un intervalle dont le rapport est i + 1 et que
nous avons appelé « résonnant ». Nous appellerons
« première enveloppante ))(iCJulaJI JJ il 1) l'intervalle des
quatre retranché en premier lieu , du côté grave , et
« deuxième enveloppante «(iUAlaJl iCliuJl) l'intervalle
égal retranché en second lieu. L'intervalle résonnant
prendra le nom de « séparante » (iCX^UJl). L'arrange-
ment des deux enveloppantes et de la séparante dans
322 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Tintervalle du tout peut se faire de trois manières ,
selon que la séparante est au milieu ou à Tune des
extrémités. Les dispositions obtenues sont les sui*
vantes :
La séparsuite étant à 1 extrémité grave :
9»i+|»i2«i+|»i6«i+|«i8
La séparante étant à l'extrémité aiguë :
La séparante étant au milieu :
A ce premier intervalle du tout ajoutons-en un
second du côté aigu. Il renfermera aussi deux enve-
loppantes qui seront appelées, en partant du côté
grave , « troisième et quatrième enveloppantes » , et une
séparante qui sera appelée « séparante aiguë » (iiWjUI
iX^wilt), tandis que celle qui est dans le premier in-
tervalle du tout sera dite « séparante grave » [ùéo^\
JJiSill. Puisque trois arrangements sont possibles
dans chacun des deux intervalles du tout, neuf ar-
rangements le sont dans le système de ces deux in-
tervalles. Quatre de ces arrangements ont des noms
dans la pratique. Si les séparantes occupent toutes
deux le côté grave deleurs intervalles respectifs, lar-
rangement (oÛaûJI ) est dit le « séparé grave » ( JuajÛJH
JiSil I ) ; si elles occupent les deux côtés aigus , il est
dit « le séparé aigu ». Si la séparante grave est à lextré-
iii^
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 323
mité grave et la séparante aiguë à Textrémité aiguë ,
on rappelle «larrangement suivi »(JuâJCjtl), parce que
les quatre enveloppantes se suivent; les anciens lui
donnent le nom de « système de la réunion » (
©t^^t). Si les deux séparantes sont au milieu de
leurs intervalles respectifs , on dit que Tarrangement
est« à séparante moyenne »(^^la^yi iiL^t). Les autres
arrangements n'ont pas de nom dans la pratique.
Nous leur donnons à tous des noms formés du qualifi-
catif : « le séparé » ( JuaiLXl) , suivi d'un des adjectifs
aigu , moyen ou grave pour indiquer la position de
la séparante grave et dun autre pour indiquer la
position de la séparante aiguë. Les neuf arrangements
sont représentés ici :
Le séparé aigu :
8 — 9 —- 12 — 16 — 18 — 24 — 32
•i+i.i+i. 1+1.1+1., +1.1+1.
Le séparé aigu graA'e :
36 - /i8 - 64 - 72 - 81 - 108 - xklx
. , + |., + |., + 1.1 + 1., + ! . ,+1 .
Le séparé aigu moyen :
12 — 16 — 18 — 24 — 27 — 36 — 48
.,+!., + 1.1+1. ,+|.,+!., + i.
Le séparé grave :
9 — 12 — 16 — 18 — 24 — 32 — 36
M+|. i+i.i+l-i+l-i+i- !+!•
324 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Le séparé grave aigu :
72 — 81 — 108 — itili — 192 — 256 — 288
.,_f.i.,+i. .+|. 1+1 . ,+1. .+1.
Le séparé grave moyen :
18 — 2^ — 2y — 36 — 48 — 64 — 72
. , + 1. , +1., + !., 4.1. ,+l.,+l.
Le séparé moyen :
6 — 8 — 9—12 — 16—18 — 24
••+|-« + 5-> + |.i + |-i+|. 1+1-
Le séparé moyen aigu :
24 — 27 — 36 — 48 — 64 — 72 — 96
.,+1 . ,+|.,+i.,+i.,+i.,+i.
Le séparé moyen grave :
9—12 — 16—18—24 — 27 — 36
.,+i.,+i.,+i .,+1. ,+|.,+i.
Sous la première enveloppante plaçons lun des
genres que nous avons étudiés, puis ajoutons la se-
conde enveloppante divisée d'après le même genre
ou d'après tout autre; nous obtenons un système
de six intervalles et de sept sons qui est appelé « le
système défectueux » ((jâillll ^•^ ). H reste , pour com-
pléter le premier intervalle du tout , la séparante ou
intervalle résonnant. Celle-ci, ajoutée au système dé-
fectueux, porte à sept le nombre des intervalles et à
huit celui des sons , et achève de constituer « le sys-
tème complet grave «(jiî^l Iliuî ji^). C'est là une
période (;j^).
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 325
L'addition de la troisième enveloppante divisée se-
lon un des genres renferme sous l'intervalle du tout et
des guatre onze sons et dix intervalles. Ce système est
appeléparlesancienstt ensemble parfait »(J^li3l ^^),
dénomination mai choisie , qui conviendrait mieux à
l'intervalle du tout simple ou à l'intervalle du tout
doublé. Ajoutons à ce système l'intervalle résonnant;
le nouveau système obtenu comprenant douze sons
et onze intervalles embrasse un intervalle du tout et
des cinq. Enfin, par l'addition d'un quatrième genre
formé sous la quatrième enveloppante, la seconde
période (^j^) ou puissance [ïyi, pi. ^^yi, octave) est
complétée en même temps que l'intervalle du tout
doublé. L'ensemble contient dès lors quinze sons et
quatorze intervalles. Nous l'appelons a le système par-
fait « O^lûf^').
X
intervalle du tout
X
intervalle du tout X
• i+T r i+î
l+T • l+T ? 1+T r l-*-T
X syst. défectueux X
X système complet aigu X système complet grave X
X intervalle du tout et des quatre X
X
intervaJle du tout et des cinq
système parfait
Tous les sons ordonnés dans le système parfait ont
des dénominations en grec et en arabe. Celles qui se
326 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
rapportent à l'intervalle du tout grave ne changent
pas, mais celles qui se rapportent à Tintervaile du
tout aigu changent avec la position {^^) des sépa-
rantes, en ce que les sons de la troisième envelop-
pante sont dits « suivis » (Jyijciltl ) dans l'arrangement
suivi et «séparés» ( JuiaLlII ) dans tout autre. Ces dé-
nominations sont les suivantes en commençant par
le côté grave ^.
^ j»/.':^ ^< y
loUMjill iUAJiS* (^1^ (J^^^^ — {iTràTYj fiéfTûûv
'O'^ J y
,^ t,/^ ^< .^
y ^Wj^^-»^ ..y
* Nous avons été aidé pour la lecture des termes grecs par des
tableaux analogues reproduits par Kosegarten. On remarquera la
symétrie des noms grecs autour du milieu et l'altération notable
qu'a subir le premier de ces noms dans la transcription.
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 327
C'est ie système aigu grave qui est représenté ici.
La séparante de Imtervalie aigu ne prendrait pas Tépi-
thète de « moyenne » (^^^p!) dans ses deux autres
positions. Si elle était à l'extrémité aiguë, l'avant-
dernière note s'appellerait «^ISliil jJL*aiii. Quant à
la première note , elle s'appelle aussi ^jAfii! .
Les règles qui ont été posées font aisément com-
prendre comment on trouverait les quinze longueurs
de corde rendant les quinze sons du système par-
fait , selon les positions de ses enveloppantes et selon
les genres adoptés pour types de leur division.
L'auteur remarque que le nombre des genres sus-
ceptibles d'être employés s'est trouvé restreint par
ce qui a été dit du défaut de consonance de
quelques-uns et de la ressemblance de plusieurs
autres entre eux. Il se borne à en choisir douze et
à les disposer dans l'intervalle du tout grave , la sé-
parante occupant l'extrémité aiguë; le même genre
est d'ailleurs placé sous les deux enveloppantes. Le
lecteur, s'il le désire, fera les calculs pour les autres
328 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
cas. Le premier genre choisi est le premier inter-
rompu , variété faible ; il donne cette série :
32 — 36 — 39 — 42 — 48 — 52 — 56 — 64
X sépar. x deuxième enveloppantexpremière enveloppantex
Nous ne reproduirons pas les onze autres ta-
bleaux, où les genres employés sont : les variétés,
faibles du deuxième et du troisième interrompu,
les trois genres suivis, les trois genres forts avec re-
doublement et les trois genres séparés. Après ces
ligures en viennent douze autres représentant le sys-
tème parfait lorsqu'on dispose successivement sous
ses enveloppantes chacun de ces douze genres , dans
l'arrangement appelé « le séparé aigu ». Les quatre
enveloppantes sont divisées à la fois selon le même
genre. Voici la série des nombres et des rapports
dans le cas où le genre adopté est le premier inter-
rompu :
32 36 39 42 48 52 56 64
X quatrième enveloppante x troisième enveloppante X sépar. X
64 72 78 84 96 1 o4 1 1 2 — 1 28
X sépar. X deuxième enveloppante X première enveloppante X
Le musicien qui essaye les divers genres dans le
système parfait trouve que les genres forts avec rc-
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 329
doublement et le deuxième genre suivi donnent la
consonance la plus belle, la modulation la plus
agréable. Les genres isolés fournissent aussi de belles
périodes, mais leur emploi présente des particula-
rités. Le premier isolé place sous chaque envelop-
pante cinq notes qui semblent se fondre entre elles
à l'audition. Le grand isolé s'étend sur une envelop-
pante et une séparante; le second isolé et le petit
isolé sont trop petits pour remplir une enveloppante.
Nous indiquerons plus loin les périodes formées
avec ces genres spéciaux.
On appelle « racine » ( J-ï?^! ) le genre placé sous la
première enveloppante; quand on prend dune fa-
çon quelconque quatre sons consécutifs du système
complet , on obtient d'autres genres nommés « mers »
(t^)' P^i'c^ qu'ils occupent, pour ainsi dire, une
certaine contrée. Divisons par exemple les envelop-
pantes du système complet selon le deuxième genre
suivi :
h g f —e d — c b a
36o— ào5 — 432 — 480 — 5/10 — 576 — 640 — 720
Xsépar.x 2* enveloppante X 1" enveloppante X
La racine ou première mer occupe l'intervalle
grave a-d; la deuxième mer et la troisième, occu-
pant les intervalles des quatre b-e^ c-f, sont deux
autres espèces du genre choisi; la quatrième mer
d-g est, dans cet arrangement, identique à la pre-
XMIT. 3 2
mriIMIiKlS «ATidIkLB.
330 SEPTEMBRE OCTOBRE 1891.
mière, et dans le cas où nous nous sommes placés,
la cinquième mer e-h est identique à la seconde.
Des propriétés andogues existent pour dautres
systèmes dérivés d'autres espèces du deuxième
genre suivi ou des espèces du deuxième genre fort
avec redoublement. Les systèmes complets ainsi ob-
tenus s'appellent • périodes des mers » (j^^^^Jt iyt^ ou
[?] jUi*XJLft). Ils sont au nombre de sept, et c est seule-
ment à leurs intervalles que le nom de mer semble
être réservé. Si, dans les systèmes parfaits formés par
le redoublement de ces systèmes complets, on sé-
pare dune manière quelconque huit sons consécu-
tifs, on obtient chaque fois un intervalle du tout
auquel on donne le nom d'« espèce » (^^). Comme il
y a quinze sons dans le système parfait, il y a neuf
de ces espèces. Ces dernières définitions trouvent
leur raison d'être dans la construction des instru-
ments.
Les instruments à cordes peuvent avoii' de deux
à cinq cordes et davantage , si l'on veut. Le champ
des instruments à deux cordes embrasse une de ces
espèces dont nous venons de donner la définition.
Us ont une corde du bas ( jiîL^I (^i^) et une corde
du haut (J^t (i^>^)\ la première entière rend le
même son que les | de la seconde , la seconde vaqt
donc 1 -f- I de la première ; | de la corde du bas
suffit, avec \ de la corde du haut, à donner la série
des sons et à constituer l'intervalle du tout. Dans
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 331
un instrument monocorde, il faut évidemment em-
ployer, pour produire ie même résultat, une moitié
de la corde unique. Cette matière exigerait d*amplës
développements pour lesquels nous renvoyons, dit
Fauteur, à notre Livre des périodes {^'^^t v'^)-
Le plus célèbre et le plus parfait des instruments
à cordes, c*est le luth (^>^t). Il porte cinq cordes',
celle d'en haut est la grave (îft) ) et les quatre sui-
vantes sont la troisième (cuXUl), la seconde (^^i«ll),
rînférieure (yXl') et Taiguë (^12L). Ces cordes pas-
sent sur le chevalet (la^l) et sont probahlement réu-
nies à leur autre extrémité (vJb^I ). La relation qui
les unit est que la totalité de chacune d'elles rend
* Safi ed-Dîn a dit plus haut (p. 287) que la seconde et l'infé-
rieure étaient composées de deux brins accouplés. Il ne donne ici
aucun détail de construction ; mais on doit croire que les deux lignes
par lesquelles la figure représente chaque corde signifient ces
deux brins et que toutes les cordes sont ainsi dédoublées. La main
gauche soutenait la partie amincie de l'instrument , et les doigts
tournés vers le haut revenaient sur les touches. Le luth était tenu
incliné parallèlement aux cordes, la basse se trouvant en haut,
l'aiguë en bas.
Kosegarten dit, d'après Allarâbi, que les cordes étaient attachées
au chevalet, et qu'elles convergeaient à l'autre extrémité. Les figures
qu'il donne ne sont pas identiques à la nôtre; elles représentent
le luth à quatre cordes, à quatre touches ou à sept touches, et le
luth à cinq cordes à quatre touches. Il cite seulement le luth à
dix touches dont nous indiquons plus loin (p. 335) les nombres
proportionnels.
Safi ed-Dîn ne parle pas non plus ici du plectre; il en dit un
mot p. 352.
22 .
332 SEPTEMBRE. OCTORRE 1801.
le même son que les | de celte qui est située au-
dessus; la troisième vaut les | de la grave et ainsi
dés autres. Le système parfait est comprb entre
l'extrémité grave de la corde du haut et l'avant-der-
nière touche de la corde du bas. Le mdieu de cet
ensemble est situé en ^ , au neuvième de la corde dite
" seconde ■>, Le premier quart seulement de chaque
corde est employé à le produire, et encore la petite
longueur comprise entre l'avant- dernière et la der-
nière touche de la corde aiguë se trouve être en
excès.
1^' c J J ' ■> c '=' '
il
e.m, ^
J.L
.
,
.
=
a^i ^
15-
é
j±t
Z^
_!i_î5
«j
^^' ^
_£_
^
T
^
A.
^
■M ,
tl
J i
_ji
ï
j
i^
\
\
1
î
5
1
En se reportant aux notations de la figure où les
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 333
lettres désignent les touches , on trouve un intervalle
du tout doublé de ! à aJ et un second de c-; à^.
Ces touches ou marques sont des espèces de liga-
tures (^uuL^ , pi. (jjJuUw^) faites sur le manche ( *>sftLÎJî )
de l'instrument, fixes, destinées à servir de repères
à l'artiste pour la composition des modulations. Il
est d'usage en notre temps de placer sept marques
sous chaque corde. Cette construction se fait en
ajoutant deux fois l'intervalle de i + | ((;)^**>^'^^)
dans le sens direct , d'abord à partir de l'extrémité grave
de la corde, dans le sens inverse, ensuite à partir du
point qui en marque le quart, dans le sens inverse
enfin , à partir du quart de la corde compté depuis le
dernier point obtenu. Partant donc de !, nous divisons
la corde en neuf parties égales et à l'extrémité de la
première nous marquons à, et divisant de même la
corde à partir de ^ , nous marquons ^ . Les inter-
valles !-à, à-^, ont pour rapports i + |. La liga-
ture qui passe sous le point ^ s'appelle « l'index »
(iol!J^!) , celle qui passe sous le point^ , « Tannulaire »
[yf^\ ). Partons ensuite de ^, marque du petit doigt
(yâJkil), établissons en sens inverse deux intervalles
de rapport i + ^ , nous obtenons les points de di-
vision 5 et t-> . La marque » est la moyenne ancienne
(^^xiJ! iJa!L'^\ ) et la marque c-» est l'additionnelle
( jsj!Ji). Les sons correspondant aux quatre touches
334 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
I, 4->, », j, forment l'espèce aiguë du deuxième
genre fort avec redoublement. Divisons enfin la
corde à partir de lj en quatre parties égales; Tex-
trémité du premier quart se trouve reportée sur la
corde dite « troisième » en b; à partir de b et dans, le
sens inverse comptons successivement deux inter-
valles de rapport i + | , nous achevons la série des
touches par celle qui passe en 3 et que Ton appelle
« la moyenne de Zolzol » ( Jpj cJ^^) » et par celle qui
passe en g, laquelle est appelée « lexterne de Imdex »
(ibllJUl «i;.U^). Les cinq cordes sont divisées dans
les mêmes proportions; les ligatures passent sous
elles perpendiculairement comme le montre la fi-
gure.
Voici en résumé les intervsdles successifs obtenus
par cette construction :
U266 Ma ' IL ^ ^M A %M ^ IL Ma i, M« l
243 Z 243 J 2»» ^ 243 * 243 "^ 2'» E 243 • 248
Si Ion remarque que la fraction ||| est exacte-
ment le demi-ton , et la fraction |i^ , le dièse de la
gamme mélodique, on pourra immédiatement ex-
primer en signes musicaux modernes la série des
touches du luth.
Ce n'était pas là l'unique manière de disposer
les marques fixes sur le luth. L'auteur en indique
une autre qu'il dit être assez usitée de son temps
et il en reproduit la figure donnée par Alflirâbi.
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 335
Nous la répétons ici en commençant par i extrémité
grave. -
(^X&Ji a 20,736 -la corde eodtière;
iulLiMJt o.»»j? h 1 9,683 - rexteme de Tindex ;
"* •* <•*, ■'. a j . , .\ '. .■ , ^ .-
juLLmJI i^Kh-< c 19,584 - Texterne de Tindex;
J*'^ •
(jM^I (JcLm^, A^ILUI oUag c2 19,07a -lexteme de Tindex
'' Relative à la moyenne
« • ^^ ^ ^ t persane ;
JvJ\ Jxiïi, S^\:ZZ\ JJ^ e 18,816 -rerierne de Tindex
relative a ta moyenne
^^g deZoIzol;
iolL(J) / 1 8,433 - Tindex ;
< ^uT j r^'.
^Mà^W f^MhfÇ. g 1 7,496 - Texteme de la
^j»^ -^ «^ mpyenne;
jj*»jiJl Ja*M^ fc 1 7,408 - la moyenne persane ;
JJ^ ^^liSk^^ * 16,896 -la moyenne de Zol-
^ zol;
yâJb Âr 1 6,384 - Tannulaire ; '
y^JLâii. / i5,553 -le petit doigt.
Dans cette disposition , U y a un intervalle réson-
nant de c à h, de 6 à ^ et 4^ jf' à L La marque •<{
tient le milieu entre lextrémité a et la moyenne per-
sane, la marque e entre l'extrémité a et la moyeûtie
de Zolzol, la marque c ei>tre lsi'|nâme extrémité et
l^index^, la marque h entré TindeX et l'annidaire.
Les nombres de ce tableau proportionnels aux lon-
gueurs de corde permettent de vérifier ces reia-
tions« La moyenne persane ou ancienne est très em-
336 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891,
ployée de notre temps, dit le manuscrit, tandis que
i usage de la moyenne de Zolzol et de la marque
additionnelle est rare.
Quelle est maintenant la manière d'exécuter les
différents genres sur le luth à sept touches, le seul
dont notre traité s'occupe désormais? La rigueur
des théories va fléchir ici devant la pratique. On se
souvient qu il y a trois sortes d'intervalles de modu-
lation, les grands, les moyens et les petits. Sur
Imstrument, les grands intervalles de modulation
sont ceux qui sont constitués par deux touches qui
en comprennent deux autres enti*e elles ; tels les inter-
valles à-1 , »-4-> et y^ . Les moyens intervalles de mo-
dulation ne comprennent qu'une touche entre leurs
deux extrémités, comme ^-l, »-^, et les petits sont
constitués par deux touches qui se suivent comme
L^-] , ^-c-» . Désignons par des lettres ces trois catégo-
ries d'intervalles , par la lettre A les grands , par B
les petits, par C les moyens. Tout genre étant com-
posé de trois intervalles renfermés entre quatre sons
ne peut être formé de trois intervalles de catégories
différentes A,B,C, car un intervalle B serait encore
nécessaire pour compléter l'intervalle des quatre.
Il faut donc nécessairement employer deux inter-
valles de même catégorie. On ne doit pas en em-
ployer deux petits parce que le reste aurait un rap-
port plus grand que celui de leur somme, ce qui
caractérise les genres doux rejetés pour défaut de
consonance. Mais on peut employer deux intervalles^
A et leur ajouter un intervalle B; c'est le genre eip-.:
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 337
pelé « genre à deux tons » ((^^'^xal 3S) , qui, ordonné à
Tinverse [I^Sm), est AAB\ ou avec séparation des
intervalles égaux (UwaiJLo), ABA. 11 est permis aussi
de répéter un intervalle C et de compléter l'inter-
valle des quatre pai' un intervalle A, selon Tune de
ces trois espèces : CGA, ACG, GAG. Aux genres
forts se joignent les genres isolés. Le premier isolé
est de la forme BGGG et cen est Tunique espèce
usitée. En retranchant de ce genre le petit inter-
valle, il reste le deuxième isolé ou moyen isolé CGC.
Le petit isolé est du type BGG et on nen emploie
que cette espèce. Le grand isolé , compris sous Tinter-
valle des cinq, a la forme BGGAG. De ces types,
sept embrassent l'intervalle des quatre; un, l'inter-
valle des cinq, c'est le grand isolé; un embrasse
un intervalle dont le rapport est 1 +j, c'est le
moyen isolé, et un, un intervalle dont le rapport
est 1 + |, c'est le petit isolé. Ges dix genres ont leurs
noms, dont voici le tableau avec la notation des
touches qui servent à les produire :
^^-ABA ^»:>l
viU^^!-AAB ^*v'
o »^
ouAȔ^-CCA r^^'
' Dans ces notations, le côté aigu reste à gauche, le côté grave
à droite. C'est toujours par le côté grave que l'on commence à
former les genres.
338 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891
O'^Ç-CAC c>s'
yl4Uj-BCGC---2;»gJ
JsISiip)-BCC 3»gl
11 est aisé, d'après ce qui a été dit, d'indiquer les
touches qui donnent les huit sons du système com-
plet formé de I à g* en divisant les enveloppantes
selon l'un des sept premiers genres. Les tableaux du
manuscrit comprennent d'abord les sept cas où les
deux enveloppantes sont divisées selon le méttie
type. Rapportons un seul exemple, celui du premier
genre (^jjLùJJI) en ses trois arrangements :
Le séparé aigu , la séparante occupant l'extrémité
aiguë :
xséparantex 2* enveloppante X 1" enveloppante X
X-.-.-x-X- - — X— — X-X-«-«-X— •— •— X
Le séparé grave :
X 2* enveloppante x 1" enveloppante xséparantex
x-x— — x-«— -x-x— — X— — X— -r— y
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 339
Le séparé moyen ^ :
X 2* enveloppante xséparantex i" enveloppante x
X-X— — •-X— — X-«-« — X-X— — •-X— •-•-X
'^ y. «3s> b ^ ) :> I
H est à remarquer que rarrangement séparé aigu
formé avec le premier genre est identique à l'arran-
gement séparé grave formé avec le second , que le
séparé grave du système complet formé avec le troi-
sième genre est identique au séparé aigu du second,
et que la même identité se retrouve entre le séparé
grave du cinquième genre et le séparé aigu du qua-
trième.
Puis viennent sept tableaux indiquant les nota-
tions des modulations dans les soixante-trois système^s
complets obtenus en plaçant successivement les
sept premiers genres sous la première enveloppante
et ajoutant tour à tour à chacun d'eux tous les
genres cités ci-dessus, moins le dernier (^^^J^). Une
table rassemblant dix-huit de ces ensembles qui sont
dénommés et particulièrement employés résume les
* Notre gamme mélodique n'est autre que l'arrangement séparé
moyen du système complet dont les deux enveloppantes sont divi-
sées selon l'espèce grave du deuxième genre fort avec redouble-
ment :
cote aiini -— t t "t m t t cote craTe.
o 343 8 8 8 343 8 8 ^
Les Arabes l'exécutaient sur le luth , sauf des différences peu per-
ceptibles dans les deux intervalles aigus, sous le nom du genre
dont nous rencontrons ici la notation. La forme la plus simple de
cette notation est : B A A A B A A.
340 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
précédentes. En la transcrivant, nous ne donnons
que les intervalles, il serait facile de trouver la no-
tation des touches ^
CABGCAGG — JoiJlC,) ABAABAA (j^lLd
CCABCCAC—^ J;^ AABAABA ^^p,
ACCAACC-yliâ'jf^ AAABAAB JlU^
ACGACAC oO^ AGCACCA ov^Ç
ACACAGC (?);l^ ACACCAC 3^
CABCCCAC ow4^ AACCACC )jij^
CGAAGCA ^;'9^ BCCCACCA ^jl^]
AAGCACC ^JLLL BGCACCGA xJLt35
BGGAGCAC ^!^ AAGGCAC ^^tj
Ces ensembles, systèmes ou périodes ne sont pas
nécessairement exécutés en partant de la marque l ;
ils peuvent l'être en partant des dix-sept premières
marques depuis I jusquà u>; quant aux systèmes
complets qui commencent par ^ et par k:?, ils ne
sont que les octaves aiguës de ceux qui commencent
par I et par kj . Ces dix-sept cas possibles dont cha-
cun comporte une notation spéciale forment la ma-
tière de douze tableaux relatifs à douze périodes (jj^)
célèbres. Nous n'en reproduirons aucun , les principes
^ C'est sans doute par suite de quelque erreur de copiste qae
la période ^^\^**^ se trouve être pareille à la période jjijp -
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 341
donnés suffisant à les établir. Le nom d'enveloppante
(ajljJo) est appliqué dans ces tableaux à Tintervalle
du tout que Ton transpose sur Tinstrument. Les pé-
riodes qui y sont citées semblent avoir joui dune
grande vogue chez les Arabes, car on les retrouve
dans plusieurs traités. Ce sont les suivantes : JLli^,
(j^, ^1^), J^iJ^l iOXi), ^3!^, ^^15, ^
Les cordes peuvent être accordées autrement que
nous ne l'avons fait, sans aucune règle même, sans
que l'exécution des diverses périodes cesse d'être
possible. Cette remarque évidente n'a d'autre intérêt
que de nous rappeler le tour de force accompli par
Ishâq Zolzol jouant sur un luth désaccordé et obli-
geant le khalife Alwâthiq à reconnaître sa supériorité
sur son rival Mulâhiz ^
Le mouvement, le transport de la main sur
les cordes (JUujîll), avec les montées, les descentes,
les retours, les répétitions, fait l'objet d'un para-
graphe un peu trop concis, mais riche en ter-
mes techniques. La série des notes qui composent
une modulation peut avoir son point de départ
(î«xiî) à l'extrémité aiguë ou à l'extrémité grave.
Qu'elle soit ascendante («x^li») ou descendante
(kjli), c'est-à-dire qu'elle aille du son aigu au son
grave ou du son grave au son aigu , la série l'est d'une
» Kitâb el-Aghâni jUilî c^l^l^^, 1" partie, p. 67, Beyrouth, 1888.
342 SEPTEMBRE-OGTOfiRE 1891.
J ^ Q O^
façon continue et s appelle « série directe » ( JOûd^t
^ïjimlli)^ OU bien elle présente des retours (g^^),
soit quelle revienne au point de départ, auquel cas
elle est dite « fermée » (^Ja*J), soit quelle ne revienne
quau voisinage du point de départ, on la dit alors
« croissante » (o^jui). Le retour peut n'avoir lieu qu'une
seule fois, c'est « le retour simple » (:yJI g^JI), ou
être répété plusieurs fois , c'est « le retour répété »
LvyciLî); il peut ramener la série toujours au même
point de départ et Ton dit qu'il est « cyclique » (y JolU ) ,
ou la ramener à des points de départ différents , on
l'appelle alors « retour varié » (^JUa^). Si la série com-
prise entre deux retours successifs a toujours le
même nombre de sons , on dit que le retour répété
est « à rapports égaux » («.^JIâJÎ ^^^UJu) , et s'il n'en est
pas ainsi, on le nomme «retour avec différences»
(uUiî^). Que la série soit ascendante ou descendante ,
si elle reproduit exactement un type proposé, elle
est la « série directe suivie » (Juâ^l), mais si elle ne
donne les sons de cette modulation type que de deux
en deux , de trois en trois ou à de plus grands inter-
valles , elle est dite « série avec sauts » (yj!^) , et si quel-
ques notes sont touchées ( Jb) plusieurs fois de suite,
on dit qu'elle présente un « arrêt » (iUolïl ). La série peut
être composée de deux sons, de trois sons ou plus.
Lorsque , la série étant composée de deux sons , on
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 343
répète successivement et un même nombre de fois
chacun d'eux, elle est «à battements égaux» (JyCI'
^^^Lijull) , sinon , elle efet «à batiéinehts inégaux» (;^îx-B
-*^')- . . :. . ■> -„
Safied-Dîn donne, d après Alfôrabi, uii tableau
de ces différentes séries dont nous extrayons quelques
exemples. Soit a6cde/jf une série directe suivie, les
séries avec sauts seront, en sautant un son : ace g,
en en sautant deux : arfj, etc. Le retour au point
de départ effectué après un son, après deux sons
sans repasser par les notes touchées donne les sé-r
ries que voici : ahacadaeafaga; abcadeafga,
Il y a dans les tableaux suivants quelques expressions
nouvelles. La série (xUjJI) avec inflexion ((3lÊ*it J^)
est celle qui a des retours et qui ne passe pas d une
espèce de modulation à une autre; elle passe, en
revenant en arrière , par des notes déjà touchées ou
sautées : abcbadedafgfa; ou bien : acbaedagfa.
La série avec cycle («^Ijsjiiî Jii idÎJjl) présente des
retours au point de départ entre lesquels se placent
alternativement deux espèces {^y) de modulations
dont la seconde correspond à la première de Tautre
côté du point de départ. Désignons par ab'cd'efg'
cette seconde espèce , nous obtenons ces dispositions
suivant que un ou deux sons se trouvent compris
entre deux retours consécutifs : aba b'a ca c'a da
d* a ea eu, . . et abcab' cadead' e afgaf g'a. La
série à inclination (^lC«jl J^ AJUUt)est celle que ses
344 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
retours ne ramènent pas au point de départ et qui a
été appelée « série à retour varié » : abcbdec, ,. ; ac
hedgf. L'auteur ne dit rien de plus sur ce sujet et
nous laisse dans Tignorance en ce qui concerne la
transition de genre à genre, de système à système
et l'emploi des diflFérentes périodes dans la compo-
sition mélodique.
Jusqu'ici il n'a été question que de la mélodie.
Ce dernier chapitre apporte une notion nouvelle,
celle d'im élément qui est un auxiliaire indispensable
de la mélodie, le rythme.
Le rythme (^Uùilt) est une succession de batte-
ments (iCii) séparés par des temps ayant entre eux
des rapports fixés et occupant des positions déter-
minées dans des périodes égales; le sentiment est
l'exacte balance qui atteste la justesse des rapports
et l'égalité des périodes.
De tout ce que les anciens auteurs ont écrit sur
le rythme, nous ne rapporterons que les principes.
Toute prononciation lourde (JuiS t>\ljJ) suppose
deux chocs de la langue contre le palais, comme
dans tana. Entre ces deux chocs, il y a un temps
(^,U)) long (^), bref (jjj^) ou moyen (lalj^). Le
temps parvenu à l'extrême limite de la brièveté cesse
d'être perceptible ; on obtient alors un tremblement
LE TRAITE DES RAPPORTS MUSICAUX. 345
( jyk^y) ou un roulement (oux^as) ; tel le roulement de
deux mains exercées sur le tambour (J^ifiJt ). A ral-
longement, il ny a pas de limite. Ces extrêmes con-
viennent mal à la mesure des temps , mais lui terme
moyen est propre à cet usage- Celui qui prononce une
suite de syllabes lourdes leur donne à sa guise des
longueurs égales ou inégales; s'il leur donne des
longueurs égales, la cadence de sa prononciation
plaît. Répète-t-il de nombreuses fois ces syllabes de
même longueur, le goût exige qu'il en interrompe
parfois la suite par des temps plus longs; ce sont
eux qu'on appelle « temps séparateurs » ( Juoli). L'un
des groupes ( aASt) ainsi délimités a peut-être un batte-
ment de plus qu'un autre ; cela choque et il suffit de
l'essayer pour ne pouvoir l'admettre. Il n'est aucun
homme bien doué qui ne se sente heurté par de
telles fautes et qui n'éprouve du plaisir en entendant
une juste cadence.
On appelle « rythme uni » ( JuS^t /IjM^I) tout en-
semble de battements séparés par des temps égaux,
«rythme disjoint» (Ju^iJLI) tout ensemble de batte-
ments que séparent des temps inégaux. Certains batte-
ments sont si rapprochés que l'oreille ne pourrait en in-
troduire un autre entre eux ; c'est ce que le cheikh Abu
Nasr Alfârâbi appelle « le mètre rapide » (^V^^i h-j^\
Us comprennent entre eux un temps qui est le plus
petit des temps appréciables et dont on peut se faire
une idée en répétant aussi vite que possible : tximi
xvnr. 23
UtralXBKtB «ilTII>!IAI.B.
3/i6 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
tana tana. Désignons ce temps par la lettre A. Une
suite de battements que séparent des temps doubles
notons -les B, et notons C les temps du troisième
mètre, le mètre lourd-léger (^^^J' J^ ouiâ^), dont
les battements consécutifs sont espacés de telle sorte
que deux autres pourraient tenir entre eux. Il y a un
dernier mètre , le mètre lourd (^[Vy' J^) î ^i^tre deux
de ses battements on pourrait en intercaler trois. Son
temps est noté D. Le mètre léger est représenté par les
pieds [liiL les cordes) légers (ôU^ t^LÇiL) tan tan tan
où la syllabe tan est deux fois longue comme chaque
syllabe du mot tana du premier mètre. Le temps
dans le mètre lourd-léger est mesuré par la réunion
de deux syllabes tanan tanan valant ensemble trois
temps A, et dans le dernier mètre, par la somme
de trois syllabes tananan tananan, ce qui est lefa^ilan
de la prosodie. Le temps D vaut quatre temps A.
Le rythme disjoint que nous avons défini est de
plusieurs sortes. Selon que les temps séparateurs dé-
terminent des groupes de deux , trois ou quatre bat-
tements, on le compte premier, deuxième ou troi-
sième disjoint, et Ion ajoute à ce chiffre le nom du
mètre auquel appartiennent les groupes de batte-
ments. Le temps séparateur doit toujours être plus
long que les temps compris entre les battements des
groupes. Ces derniers n'excèdent pas le temps D.
Le rythme deuxième disjoint est Tobjet de cer-
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 347
laines observations spéciales. Les deux temps qui com-
posent ses groupes sont-Us inégaux , on le nomme « le
tripartit inégal » ( e>:^l ju»UicjLl ) , et « le tripartil égal »
(e^iUJî <^^UliLlt) dans le cas contraire. Lorsque le
plus court des deux temps précède l'autre , qu'il est
un temps A et l'autre, un temps B, le rythme tri-
partit inégal est dit « Tempressé » (e^xi^t); si le plus
court des deux temps est B , Tautre C , le rythme est
« le tripartit inégal léger » (v.juiiLl ) ; et selon que le plus
court des deux tejnps est C ou D , le rythme est appelé
« le tripartit inégal lourd-léger » ( JuJiilt ouÀâi.) ou « le
tripartit inégal lourd » ( JuxJt). Le léger et le lourd-
léger sont d'un emploi fréquent, mais l'usage de l'em-
pressé et du lourd est rare. Les Arabes appellent le
lourd" le second lourd »(âUJt Juiuîl), le lourd propre-
ment dit étant pour eux le lourd-léger; ils appellent
l'empressé et le léger el-mâkhouri (^j^^l^l). Lorsque
le temps le plus long précède le plus court, le rythme
tripartit prend le nom de ramai ( J^J)-
Après ces notions sommaires, indiquons quelques-
unes des combinaisons rythmiques que se trans-
mettent les maîtres de l'art. L'une est le cycle pre-
mier lourd (Jjl^i JuJuIl ^^«xji); il comprend onze
battements dont les temps valant seize temps A sont
disposés selon le rythme prosodique mafâ'ilanfa^ilun
mafta^ilun, LV? et Vm du prenriier au second mot, du
a3.
348 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
second au troisième, puis du troisième au premier
— car les cycles se succèdent indéfiniment — se
confondent en un seul battement. Dans la figure , les
points placés sous les consonnes représentent les
battements, et les lettres, les temps compris entre
eux.
• B «A-A* B • B «A-A» B «A* B «A*
On peut ne fi^apper que cinq battements et les
temps deviennent ceux qu'indique cette figure :
^^jê 0 i » Y i 4 Q V y ■» 0 ^ C I 4 t
D • B • D • C • C •
Le manuscrit donne deux figures disposées en
cercle , lune formée d'un seul cycle , l'autre de deux.
La seconde combinaison rythmique est le cycle
deuxième lom'd(3uJï JuJjiJIjoù deux périodes équi-
valent à une seule période du premier. Il est du type
mafailâtan mafâ'ilâtun; il comprend dix battements
que Ton peut réduire à six.
• B -B'A'B «A* B «B-A-B «A*
•B-C* G«B« G- G-
^/o J
Le cycle lourd-léger (JuJull obuUi*) est une troi-
sième combinaison dans laquelle le mot failun
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 349
quatre fois répété équivaut au cycle de la pre-
mière.
• B -A-A* B -A-A' B «A-A* B «A-A*
Le cycle ramai (JuiJ) comprend douze battements
du mètre rapide dont on fait tomber le deuxième,
le sixième, le huitième et le douzième. Il reste huit
battements présentant la disposition ci -dessous;
nous y ajoutons la disposition obtenue après la
chute de quatre autres de ces battements :
— • Q i ir ■» ^^^ I J^jt-JL_JL^
• B «A'A* B -B-A-A* B •
D • D • B • B •
D autres auteurs emploient pour paradigme de ce
rythme le moi fa ilâtan répété ; cela revient au même.
Le mot mufta'ilun répété donne un cycle identique
au ramai , mais qui est moitié moindre ; il a spécia-
lement le nom de « ramai léger » (J^^î ouÀâÉ.); il a
ceci de particulier qu'il suit mieux que le ramai la
coupe de certains vers.
Le rythme hazadj (^j4Jï) est simplement formé
de pieds appelés ^Xjj qui deux à deux forment un
cycle. Ce pied est celui qui a pour type tartan. Le
rythme obtenu est le premier disjoint rapide.
• •• • ••
• B -A* B «A*
liCs Persans ont de nombreuses mélodies sur un
350 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
rythme qui est le ramai redoublé ( J^JH vJ^Ui^). La
période de ce rythme composée de quatre îo\& fcti-
lâtan vaut vingt -quatre temps A et a seize batte-
ments.
• B «B-A-A* B -B-A-A* B -B-A-A- B «B-A-A*
Sur l'instrument autre que Imstrument à cordes»
où Ton frappe la mesure, on fait entendre les vingt*
quatre battements moins le premier et le dix-neu*
vième.
Les Persans ont aussi des rythmes inconnus ded
Arabes et même de la plupart d'entre eux. Le plus
connu est celui qu'ils appellent el-fâkhiti (^^Aâ*.UJî)*
Il comprend une syllabe tan et deux séparantes; ia
disposition en est celle-ci :
I) • I) • 13 • I) • D • B *
On y ajoute parfois une autre séparante :
• D • I) • I) • B • I) • I) • l> • B •
Il est alors dît « accru » [:>&\y\ ^^x^UJ!).
Ces différents rythmes peuvent se rencontrer dans
une même mélodie et leurs cycles se succéder les
uns aux autres* Les anciens compositeurs arabes nous
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 351
ont transmis beaucoup de mélodies où se rencontrent
des rythmes variés, sous la seule condition, presque
toujours remplie, quils soient mesurés {{j^)^); j'en-
tends par là que leurs périodes soient toutes équiva-
lentes en temps. Nous pouvons, par exemple, com-
poser le rythme d'une mélodie de deux portions
(c^lL) dont la première suivra le ramai redoublé et
la seconde , le second lourd. Trois cycles de ce der-
nier rythme seront en regard de deux cycles' du pre-
mier. En effet le ramai doublé vaut vingt-quatre
battements du mètre rapide et le second lourd en
vaut seize. Donc trois cycles de celui-ci en valent
deux de celui-là : 3xi6 = 2X24== /|8.
Il est donc bon de savoir que le cycle du deuxième
lourd est dans le rapport de | avec celui du ramai
redoublé. Le cycle du premier lourd est dans le rap-
port de I avec le même, de 2 avec le cycle du
deuxième lourd , de li avec le lourd-léger, de 2 + 1
avec le ramai, de 5-+- j avec le ramai léger, de 1 -f-|
avec le cycle dit ^pj^Ulî, et avec le même accru, de
1 + 7 . Les autres rapports de ces cycles entre eux
ne sont pas moins aisés à établir.
Ces notions sur la science du rythme suffisent à
qui voudra les développer de lui-même. Pour ter-
miner, nous allons indiquer, au point de vue pra-
tique, comment on apprend à exécuter certaines
modulations [çj^) faciles, laissant à l'étudiant le
soin de progresser par ses propres efforts.
Les cinq cordes du luth sont accordées comme
352 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
nous l'avons dit et l'instrument porte les sept
marques. Il faut commencer par s'exercer à frapper
une seule corde laissée libre, jusqu'à ce que la main
s'y étant habituée passe facilement d'une corde
libre à une autre» En frappant, on prononce de suite
tana tana et à chaque coup que la langue donne
contre le palais pour prononcer l'/i, on fait corres-
pondre un coup de l'instrument frappant (t->ly^l),
ouplectre [xJ^U\) ; le plectre descend pendant qu'on
dit ta, remonte lorsqu'on dit na, et effectue une
sorte de mouvement circulaire que l'on arrive à
rendre régulier. Mais si l'on veut descendre aussi
sur chaque syllabe zia, on est forcé de remonter
avec une grande rapidité, car il faut se réserver le
temps de redescendre. Et comme il est essentiel
pour le commençant de bien faire cette répartition
du temps, mieux vaut pour lui employer tout le
temps ta k descendre et tout le temps na à remonter*
Sur ce qui concerne la façon de tenir son in-
strument et l'endroit où il convient de frapper, l'élève
s'en rapportera à l'expérience des maîtres habiles ; il
y a d'ailleurs pour ces détails bien des pratiques di-
verses. Les exercices de doigté comportent six prin-
cipaux passages d'une touche à une autre. Ces pas-
sages dits « essentiels » (o^^^) sont, en commençant
par le côté grave, ceux de la marque additionnelle
à la moyenne ancienne, de l'externe de l'index à la
moyenne ancienne, de la même à la moyenne per-
sane, de l'index à la moyenne ancienne, de l'index
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 353
à la moyenne persane, de l'index à Tannulaire. La
corde libre ou la touche du petit doigt s'emploient
lune pour Tautre. Les anciens appellent ces six
passages «les six doigts» (^Ia^Siî). L'auteur, après
avoir donné les notations de quelques exercices avec
indication du rythme sur lequel ils doivent être étu-
diés, met fin à son traité.
Telle est dans son intégrité Tépître de Safi ed-Dîn
Albaghdàdi. Nous aurions voulu plus de détails en-
core, et c'est avec regret que nous voyons l'auteur,
après s'être beaucoup étendu sur les notions préli-
minaires , restreindre à l'excès le développement des
cpiestions plus difficiles, et n'arriver pas à une syn-
thèse qui nous aurait permis de saisir l'union, dans
une œuvre musicale complète , de tous les éléments
rencontrés épars dans son ouvrage. Les termes four-
nis par le Kitâb el-aciliâni ne sont pas tous élucidés.
Il y a de l'hésitation dans les définitions ; à côté de
celles que nous avons vues changer dans le cours
du traité , combien plus y en a-t-il qui se modifient
d'un artiste à un autre? Nous n'avons cependant pas
voulu dépasser notre auteur; lui faire sa place dans
l'histoire de la musique sortait de notre compétence ;
le compléter ou le corriger n'était plus de notre su-
jet. Mais il sera possible d'aller plus loin. Les Arabes
ont eu beaucoup d'ouvrages didactiques musicaux;
ils ont eu des recueils de chants notés; ce que nous
avons trouvé dans le livre de Safi ed-Dîn montre
354 SKPTEMBRE-OCTOBRE IC^I.
ce quêtait pour eux la notation; elle était aisée à
imaginer, dans leur système ; ils n'avaient plus qu'à
s'en servir, et ils Tout fait. Le Kitâb el-aghâni cite
plusieurs musiciens célèbres qui ont noté des chants
nombreux. C'est lahia de la Mecque, c'est Ahmed
son fils, ce sont les filles illustres de Médine, Badzl
et Danânir. Nous avons eu soin de transcrire , expli-
citement ou par énoncé, toutes les mesures néces-
saires pour reconstituer les périodes notées par
notre auteur et pour permettre leur traduction im-
médiate en langage musical moderne. Nous avons
fait quelques rapprochements qui s'imposaient; nous
avons montré que la série de htiit sons embrassant
une octave dominait déjà dans cet art, comme la
gamme dans le nôtre. La variété des sons, très
grande en théorie , a été de beaucoup réduite dans la
pratique , où le demi-Ion et le dièse seuls subsistent.
Le rythme avec toutes ses inégalités est très différent
de notre mesure. 11 asservit la musique au vers. Il
semble que la musique soit née comme un embel-
lissement du vers , et n'ait conquis sa liberté que par
la révolution qui transforma, en les simplifiant, ses
principes, et les condensa presque en une seule
mélodie fondamentale, la gamme, et en une seule
cadence, celle de battements séparés par des temps
égaux. Que de questions curieuses d'esthétique se
soulèvent! Qu'est le progrès en esthétique? Qui sau-
rait apprécier ce qu'on détruit dans une de ces ré-
volutions de l'art, en rapport avec ce que l'on crée.^
Mais ces questions restent en dehors du champ de
LE TRAITÉ DES RAPPORTS MUSICAUX. 355
ia science. Remarquons seulement qu un certain in-
térêt philosophique sunit à la curiosité archéolo-
gique pour faire désii:'er de nouvelles recherches sur
l'histoire des arts et en particulier sur l'histoire de
la musique. Peut-être retrouVera-t-on , ou sera-t-il
possible de reconstituer ces mélodies qui délectaient
les plus fins des Arabes. Quelque dilettante, peut-
être, apprendra un jour à sentii' comme eux, à l'au-
dition de ces archaïques chefs-d'œuvre, ce trouble
irrésistible qui s'emparait d'eux, ces violentes émo-
tions qui les transportaient, cette ivresse qui semblait
inspirée d'Iblis même, cette admiration qui faisait
payer 70,000 dînâ/s une esclave, qui répandait sur
les artistes la pluie d'or des khalifes, et courbait
les épaules de leurs pages sous le faix dies robes
d'honneur.
356 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1891.
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE,
À PROPOS D'UNE BROCHURE DE M. P. VIAL,
MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE AU YUN-NAN ^
PAR
M. G. DEVERIA.
Vers Tan 2^4 de notre ère , l\ous disent les his-
toriens chinois, les Lolos (Loulous ou Lô-man)
avaient pour chef un certain Mong-hou, qui avait
toute la confiance des barbares du midi de la Chine;
le fameux général chinois Tchou Ko-leang, après lui
avoir fait la guerre, fut fait prince de Lô-tien (prin-
cipauté ou marche de Lô); ce fut lui qui enseigna
aux tribus lolos à faire du feu ^.
Au VI® siècle, les Lolos se divisaient en Tsouan
blancs ou occidentaux (Pe-man) et en Tsouan noirs
ou orientaux (Ou-man). Leurs chefs se disaient issus
^ De la langue et de l'écritare indigènes au Yûn-nân, par M, Paul
Vial, missionnaire apo ioliquc du Yuii-nan, avec une pré&ce de
Doiii François Chamard, bénédictin. Angers, 1890... La rési-
dence de M. l'abbé Vial au Yun-nan se trouve sur le territoire de
la préfecture de Kiu-tsing Ibu.
^ Conf. M. II. Playfair, The China Review, vol. V, p. 92, et
AI. le marquis d'IIervcy de Saint-Denys, Ethnographie des peuples
étrangers, vol. 11, p. i47 et 202.
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE. 357
d un certain Tsouan-tsan , né sur le territoire qu'oc-
cupe actuellement la province du Chan-si. Tsouan-
tsan avait d abord gouverné pour la Chine le terri-
toire préfectoral désigné aujourd'hui sous le nom de
Kiu-tsing fou au Yun-nan; puis, ayant profité des
troubles de Tempire, il s'était rendu indépendant
vers fan 55o et s'était assuré la soumission des indi-
gènes sur une étendue de mille li. Le territoire dont
il était ainsi devenu maître devait comprendre une
paitie des provinces du Sse-tchouen , du Kouei-tcheou
et du Yun-nan. Les Tsouan reconnurent successive-
ment la suzeraineté de la Chine, celle du royaume
de Nan-tchao^ et celle des Tibétains. Pendant de
longues générations, les Tsouan noirs ou orientaux
ont mêlé leur race avec celle des Nan-tchao; ils
comptaient sept tribus parmi lesquelles celle de
Kiong ip ^ , dont le Tcha-lio^ ou chef se donnait, au
X® siècle, le titre de chef souverain de- tous les bar-
bares méridionaux [Man) des deux versants des
montagnes de Kiong et du midi de la rivière Ta-
tou ho^ [alias rivière T'ong), un des affluents de la
rivière Min, qui se jette elle-même dans le Yang-tze
à son passage dans la province du Sse-tchouen *.
^ Conf. G. Devéria, La Frontière sino-annamite , p. 120, note 1.
* ]§^ TJ j se prononce aussi Tsiu-K'o; c'est un titre et non pas
un nom propre.
^ Ethnographie des peuples étrangers de Ma Touan-lin , traduction
de M. le marquis d'Hervey de Saint-Denys, t. U, p. 271 et suiv.
* La contrée occupée dans le Sse-tchouen par les Lolos indé-
pendants, c'est-à-dire une superficie de 11,000 milles carrés, est
aujourd'hui appelée Lcang-chan ou Ta Le:mg-chan « montagnes des
358 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Les Lolos fixent le commencement du printemps
à la seconde hme ; ils croient aux esprits, ils honorent
les magiciens ; dans leurs superstitions , ils invoquent
Tun d'eux qu ils nomment Ta Hih-po (le grand Hih-
po); on rappelle aussi Paï-ma ou Pc'ma; les Loios
ont des livres dune écriture qu eux seuls peuvent
lire^
Les Tsouan du royaume de Ta-li >^ 3ffi ^ ont
conservé Tuçage des caractères tsouan. C est A-bhi
(ou Avi) P^ Pllt, descendant d'un chef de la tribu
hauts sommets», dénomination qui ne désigne pas qudque chaîne
ou quelque pic particulier, mais bien toute la région des Lolos,
district montagneux d'un bout à l'autre et contenant qudqoes
sommets s'élevant au-dessus de la ligne des neiges étemelles. Le
massif de Ta Leang-chan se trouve compris entre la rivière T 'ong
(ou Ta-tou ho) au nord, la préfecture de Yuê-hJ (Yuê-souei) et
celle de Ning-yuan avec la rivière Ya-long à roueat, Hoei4i tcheou
au sud, le Kin-cha Kiang (ou haut Yang-tze) et Lei-po tîng à
l'ouest, la rivière Min au nord-ouest. Seuls habitants de ce massif
montagneux qui semble être resté jusqu'ici leur principal centre,
les Lolos forment depuis des sièdes en plein territoire du Céleste
Empire une enclave encore aujourd'hui inaccessible aux Chinois.
Les Lolos du Yun-nan ne sont probablement c[ue des émigrés de
Ta Leang-chan. (Cf. Traveh and Researchesin the interior of China,
by T. Colborne Baber, Chinese Secretary of Légation, Peiing :
Royal geographical Society, supplemeiitary paper, vol. I, part I,
1882.)
^ Nan-tchoo pei K'ao «Histoire du royaume de Nan-tcfaao», K. ,
IV, p. 3o; Nan man tclii «Description des Méridionaux», K., I,
fol. 3 et /i.
^ Nom qui fut donné au ro\aume de Nan-tchao lorsque la famille
Kia (ou Touan) , succédant à celle des Muong, en devint souveraine
en 937. Kiu-tsing fou, qu'habite aujourd'hui M. l'abbé Vi^, en
était la capitale. En 969, la limite de cet État était, an nord, la
rivière T'ong (Ta-tou ho) au Sse-tchouen. Les Mongols le détrui-
sirent en 1262.
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE. 359
de Na-Keou ^ U^ du département de Ma-long dans
ie Yun-nan , qui en est 1 auteur. A-bhi se tint caché
dans une caverne pour faire des caractères tsouan;ces
caractères ressemblent aux anciens caractères chinois
appelés Ko-teou (en forme de têtards). C'est après
trois ans (de retraite) qull prgduisit un syllabaire
de mille huit cent quarante signes qui constituèrent
récriture appelée Wei-chou ?^ ^ (c'est-à-dire écri-
ture bonne, correcte). Les Tsouan s'en servent en-
core aujourd'hui ^ Telles sont les données que nous
fournissent les auteurs chinois.
C'est seulement, je croîs, en 1868, époque de la
* Yuan che lei pien «Histoire des Mongols», K., XLII, fol. 68;
Ta-Ming i t'ong tclii «Grande géographie impériale des Ming»,
K. > LXXX VII y fol. 1 2 ; Nan-man tchi « Description des Méridionaux » ,
K., I, fol. 4 et 29. Dans le Nan-man tchi, l'inventeur de cette écri-
ture est écrit A-ting | ""J".
La qualification de syllabaire ^ -pj: donnée à l'œuvre de A-bhi
est impropre : M. Vial affirme que la langue lolo ne comprend
que trois cents sons différents et que leurs caractères sont hiérogly-
phiques.
Ces mille huit cent quarante caractères inventés par A-bhi sont
donc mil liuit cent quarante mots ou symboles idéographiques qui
devaient suffire autrefois à l'usage de peuplades aussi peu civilisées
que l'étaient et que le sont encore les Lolos. Depuis lors les Lolos,
de plus en plus en contact avec les Chinois et avec des tribus de
races différentes, ont dû enrichir le vocabulaire de leur langue
d'un nombre de mots nouveaux excédant celui de leurs symboles
idéographiques; de là pour les Lolos la nécessité d'employer par-
fois phonétiquement leurs hiéroglyphes à la transcription syllabique
de mots qu'ils n'étaient pas appelés à figurer; ils perdent dès lors
leur valeur idéographique primitive pour ne plus exprimer qu'un
son. M. l'abbé Vial dit cependant qu'il serait facile, en confrontant
les caractères de même son , de les distinguer et de rendre à ch$lcu^
d'eux le sens qu'ils possédaient primitivement.
360 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
mission de MM. Doudart de Lagrée et Gamier, que
les Lolos , leur langite et leur écriture devinrent plus
spécialement Tobjet de l'attention des voyageurs.
Quelques-uns d'entre eux réussirent à se procurer
des spécimens d'écriture lolo et des collections de
mots sur lesquels, en Europe, on s'appliqua à for-
mider des hypothèses philologiques d'autant plus
hasardées qu'aucun des voyageurs qui nous fournis-
saient ces documents, ne sachant parler la langue
à laquelle ils étaient affectés, ne pouvait nous en dire
que trop peu de chose.
Un mémoire de M. l'abbé Paid Vial, intitulé De
la langue et de l' écriture indigènes au Yun-nan, vient
enfin pour la première fois nous fournir des éléments
sérieux d'appréciation.
M. l'abbé Vial , missionnaire apostolique au Yun-
nan, se trouvait depuis plusieurs années en contact
avec des Lolos de la tribu de Ngi-pa, dans la pré-
fecture de Kiu-tsing fou ; voidant entreprendre leur
conversion , ce vaillant missionnaire se mit à étudier
leur langue et leur écriture. Il est le premier qui ait
fait cette tentative, dictée par un zèle intelligent,
qui le place au rang de ses savants prédécesseurs du
siècle dernier, tentative couronnée de succès, qui va
élargir le champ des travaux des missions catho-
liques dans la Chine méridionale et suffit dès aujour-
d'hui ti rectifier les quelques appréciations trop hâ-
tives publiées juscpi'ici sur l'écriture et la langue
des Lolos.
LES LOLOS ET LES MIÀO-TZE. 361
Les tribus loios, dit M. Vial, sont aussi multiples
que l'étaient chez nous les tribus gauloises et, si leur
langue est la même quant au fond, la difficulté des
communications a midtiplié les dialectes. On peut
toutefois les répartir en deux divisions principales :
la langue d'où parlée par les gens du Nord et la langue
d'à parlée par les gens du Midi; cette distinction se
base sur ce que dans lune on prononce ou tout ce
qui dans lautre se prononce a.
Le dialecte dont nous entretient plus particuliè-
rement M. fabbé Vial et que ce missionnaire parie
depuis quatre ans est celui de la tribu lolo de Ngi-
pa, qui appartient à la langue da.
Le nom de Lolo ne signifie rien; ceux à qui il
est donné par les Chinois n'ont pas de noms de race.
Us ne savent se distinguer que par tribus et ces tribus
ne constituent pas la population primitive du Yun-
nan. Tous les mots de la langue lolo sont mono-
syllabiques sans diphtongues et ne comportent au-
cune nasaUté finale; toutefois, comme en chinois,
les expressions composées de plusieurs monosyllabes
ayant chacun un sens bien déterminé sont très fré-
quentes. L'emploi de particules purement eupho-
niques telles que ma y se y li, bala, vient ou bien
allonger ces expressions comme finales, ou bien s'in-
tercaler entre deux mots ou deux locutions, comme
autant de tampons, obviant à certains heurts ou à
des chutes trop brusques de la phrase ^ Les sons de
' Les cliants, dit M. Vial, sont encore plus défectueux, car aux
xviii. a/i
HifBlltK&la JfiTIOIALB.
302 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1801.
la langue lolo se réduisent à environ trois cents mo-
nosyllabes, parmi lesquels notre a n existe pas; iV
qui est grasseyé se rapproche de l; ni r ni Z ne se
rencontrent en combinaison d une consonne les pré-
cédant; laspiration de h est très douce; beaucoup
de mots se prononcent en fermant la bouche : mou
se prononce m'; ngi se prononce ng\
Le petit nombre de monosyllabes auquel se ré-
duit la langue lolo a dû exiger l'emploi compensateur
de tons ou accents nuançant la prononciation de
chacun de ces monosyllabes. M. Tabbé Viad ne nous
en dit rien , mais Colborne Baber a observé chez les
Lolos du Sse-tchoueri lemploi de quatre tons répon-
dant aux tons i , 3 , 4 du dialecte moderne de Pé-
king, outre le ton abrupt.
Le lolo du dialecte de Ngi-pa est à peu près com-
plètement dépourvu de prépositions ; la position des
mots et le sens général de la phrase aident à les
remplacer; la syntaxe de cette langue peut se résu-
mer en cette règ^e unique : tous les compléments
des verbes doivent se mettre après le sujet et avant
le verbe : Je vais au marché acheter du riz, on
dira ghâ kê hé tsih loà vè « ego vicmn peto orizam
emere»; je bois de leau dans un bol, ghâ sépé vé
jéki tchê « moi bol prendre eau boire ». Cette règ^e
ne souffre pas d'exception.
euphoniques ordinaires on ajoute encore des é-é-é, des a-a-a, des
i-i-i^ qui (peut-être comme nos vocalises) rendent ia phrase absolu-
mont inintelligible. On trouve quelque chose d'analogue dans les
anciens chants chinois où s'intercalaient dans le vers des euphoniques
telles que hy et Uaï.
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE. 363
Quant à récriture des Lolos , elle se trace jet se lit
de haut en bas en iignes verticales tracées de gauche
à droite; on ne laisse aucun intervalle entre les ca-
ractères, point de signes de division ou de repos;
seulement un dessin colorié de rouge indique la fin
d'un article quelconque. Les en-têtes, que Ton écrit
indifféremment dans le sens vertical ou horizontd,
sont en général renfermés dans un cartouche ou
peints à lencre rouge.
Les livres se feuillettent de la même manière que
les nôtres, ainsi que nous lavons vu plus haut.
Les auteiu's chinois nous disent que l'écriture
tsouan ou lolo se composait à son origine de mil huit
cent quarante signes et , dans Topinion de M. Tabbé
Vial, les mots seraient aujourd'hui de 3o p. loo
plus nombreux que les caractères de leur écri-
ture. Si ces deux assertions sont également justes»
la langue lolo comprendrait de la sorte environ deux
mille trois cent quatre-vingts mots^
Dans récriture des Lolos, qui est hiéroglyphique
et non alphabétique, M. l'abbé Vial voit une des
plus anciennes formes de l'écritiu^e chinoise, alors
que d'autres savants n'y voient que des adaptations
ou des contractions de ces anciennes formes. A
quelle époque ces emprunts se seraient-ils produits ?
Ils ne sont peut-être pas antérieurs au vi* siècle de
notre ère, car l'écriture est attribuée aux Tsouan,
or Tsouan-tsan de qui provient ce nom vivait
en 55o.
' Vide supra, p. 359 , ^^^^ *•
364 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
En attendant que ce problème soit mieux résolu ,
on peut au moins supposer certaines similitudes dans
la manière dont se sont engendrés les caractères
lolos et chinois. Voici par exemple le caractère
lolo ^ qui signifie « cœur » et qui , se combinant
avec un autre signe , devient ^ signifiant « pensée ».
Il y a là une racine commune ^ qui pourrait servir
à classer tous les idéogrammes dans lesquels elle se
présente^; en chinois, le signe >5i cœar s est combiné
avec un autre signe pour rendre la même idée de
pensée S- U semble donc qu'en lolo comme en chi-
nois , c'est le signe du cœur qui a servi de base à la
formation du caractère qui signifie pensée. Cette
étude reste à faire et la tâche qu'elle comporte se
complique de ce fait -que Técriture lolo semble devoir
différer un tant soit peu selon les locadités ou selon
les tribus; on en jugera par l'exemple suivant dans
lequel figurent les signes de numération recueillis
par M. Colborne Baber à Ning-yuan (Sse-tchouen)
en 1882 et ceux recueillis par M. Bourne chez les
' Les Chinois n'ont pas opéré aulrement; c'est bien longtemps
après que leur premier fond d'écriture fut formé qu ils songèrent
à en classer encyclopédiquement les signes sous un certain nombre
de clefs ou radicaux classifiques. Le Chouô-ouen , qui est le premier
recueil lexicographique chinois distribué par clefs, ne date que
du 1*' siècle avant J.-C. Les caractères qu'il comprend sont ré-
parti? entre cinq cent quarante classifiques ou clefs. Le Yu-pien
(523 de notre ère) compte cinq cent quarante-deux clefs. En 544»
on en employait cinq cent quarante-quatre; leur nombre se réduisit
à trois cent soixante sous les Ming , et ce n'est qu'à la fin des Ming
que ce nombre des clefs ou classifiques fut réduit à deux cent
quatorze.
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE. 365
Loios de Ta-che-ping, près de Pi-kieh hien, sur les
confins du Kouei-tcheou etduYun-nan, en i886^
12345678 9 10
Ning-yuan = v— , lt. Uî- 2i ^ ^ \N i?^ %% ^
Ta-che-ping = --— ^fl:^7^-^^^ M' +
Après avoir parié de récriture des Lolos, M. Tabbé
Via! dit quelques mots de celle en usage dans la
tribu Chouei-Kia ou Pou-chouei , qui appartient non
plus à la race lolo , mais bien à celle des Miao-tze ,
écriture dont il n'a pas vu de spécimen, mais dont
certains ouvrages occidentaux ont parié en se basant,
je le crains, sur une traduction fautive de la phrase
suivante, dont voici le texte chinois et la traduction
telle que je la préfère :
Les Yao ont des écrits qu'ils appellent Pang-po, tous écrits
en tchouan des cachets; ces écrits sont inintelligibles; ce sont
des raretés que les Yao conservent comme des trésors mys-
térieux *.
* F. S. A., Bourne, Report of a Jonrney in Sonth-Western China ,
1 885- 1886, presented to both Houses of pariiament , by command
of H. M., June, 1888, C. 5371, Cbina, n" 1.
* Hoang Tsimj ichi Kong t 'ou « Tableau des peuples iributaires » ,
K., VIII, fol. 86; dans un autre ouvrage, M. Playfair a trouvé un
366 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
Ces Yao, comme les Chouei-Kia, sont des Miao-
tze; M. Bourne a pu se procurer en 1886 à Li-po
hien, ville de la préfecture de Tou-Yun, dans la
province du Kouei-tcheou , Téchantillon suivant de
leur écriture qu'il croit être une altération de cdle
des Chinois :
1^ t'am tranquille; 1^ liem éviter;
ô 5' soleil; 5f ping maladie;
-^ jut chance; ^ hsiong adversité.
"VÈC ti numéral;
Depuis la publication de M. Bourne, j'ai mis la
main sur deux chants attribués aux Miao-tze avec
leur mot à mot interlinéaire chinois; nous repro-
duisons ci-après un fragment d un de ces documents
très curieux qui se trouvent dans un supplément
au Tong-Ki sien tclii de Louh-tze-yun ^ ^ ^ , inti-
tulé Sien tchi tchi J» |S ^ ^ ^ ^t portant la date
de i683. Quelques mots de la préface donnent à
supposer que tout ce que Tauteur dit des Miao-jen
(terme par lequel il désigne dune manière générale
les Lang, les Yao et les Tchouang) a été recueilli
dans la préfecture de Sin-tcheou, province du Koang^
si (sud-est).
texte analogue dont voici la traduction : «Many familles poasess
heirlooms in the sliape of books wliich they cail «spécimen vo-
« lûmes» (Pang-po). The contents which are wiitten in the seal cha-
racter and of whipli they cannot understand a word, are regarded
with reverential awe as being something divine and recondite.»
[The China Review, vol. V, p. io3, 1877.)
LES LOLOS ET LES MIAO^TZE. 367
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368 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
A la page «y, sous le titre d'écriture miao (ISf K)
nous lisons ce qui suit :
Les Miao-jin ont une écriture qui n est ni celle qne
nous trouvons sur nos trîpodes et cloches antiques , ni celle
que nous appelons K*o-teou en forme de têtards; on ne
peut savoir qui Ta inventée; nous publions ici la copie
de deux spécimens de celte écriture pour Tédification des
savants.
Ce document nous fournit en écriture miao-tze,
avec leur équivalent chinois, dix-sept mots que la
brochure de M. Tabbé Vial nous donne en écriture
lolo. Nous avons ainsi ime base de comparaison
de ces deux écritures , mais la prononciation des signes
miao-tze nous manque :
LOLO.
MIAO-T».
LOLO. aiAo^ni.
ciel. . . .
ke :;•
■ffiV
dragons.
ba
^
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terre. . .
mi ^
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porte . . .
ka
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lune. . .
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faire. . .
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père . . .
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mère. . .
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famille. .
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cœur. . .
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main. . .
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pied. . . .
tche ^
lia
arbre . . .
se
7'
a
tigre . . .
'« S
tt^)
D un coup dœil sur ce tableau Ton constate la
différence qui existe entre les caractères employés
pj-
LES LOLOS ET LES MIAO-TZE. 369
de part et d autre pour écrire les mêmes mots. La
seide analogie qui existe entre ces deux écritures
réside dans laffinité quelles semblent avoir avec le
système graphique des Chinois. Peut-être lui ont-
elles été empruntées à deux époques distinctes.
Quoi qu il en puisse être , on peut du moins aflSrmer
aujoiu'd'hui que , contrairement à l'opinion qui a pré-
valu jusqu'ici, récriture des Miao-tze, pas plus que
celle des Lolos, n'est alphabétique. La seule peuplade
méridionale de la Chine dont le système graphique
soit incontestablement alphabétique est celle des
Pa-y du Yun-nan , soit qu'ils l'aient emprunté au pâli,
au tibétain ou aux anciens caractères de l'Assam;
nous avons publié un fac-similé de leur écriture à
la page io5 de notre volume intîtidé la Frontière
sino-annamite.
370 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
t*i..n. .1 I ■ 1 1 1 i^;gsaataaJB^»«^ag»i
NOUVELLES ET MÉLANGES
A Comparative Dictwnary of tum BiaÀ&È iânguagb, by
A. F. Rudolf Hoemle und Goorge A. Grierson (published uader
tlie patronage of the Government of Bengal). Calcutta, in-^**»
part I, from a to ag'mânî, i885; part II, from âg'mâlikà to oH-
jaCi, 1889. Pages 1-113. — Index de Tidcidâs, pages i-32.
Voici nne belle et grande entreprbc qui sera comme le
couronnement ou plutôt la synthèse des travaux grammati-
caux et littéraires par lesquels les éminents auteurs se sont
déjà fait connaître.
Les cinquante [)remières pages de l'ouvrage sont occupées
par une introduction très soignée et très complète qui initie
le lecteur à l'usage de ce dictionnaire très complexe. Les
auteurs commencent par donner leur système de transcription ;
j*y trouverais bien à redire , et ils déclarent eux-mêmes qu^ils
n'ont pas adopté sans regret les groupes ch, çhh qui sont
« somcwhat unscientiûc » ; mais cette question de la transcrip-
tion est si hérissée de difficultés qu'on ne peut faire qu'une
chose en pareil cas : se familiariser avec le système adopté;
et, à tout prendre, celui de MM. Grierson et Hœmle est
bien combiné ; les particularités en sont d'aiUeurs minutieu-
sement expliquées. Ensuite viennent certains détails gram-
maticaux aussi utiles qu'intéressants , puis des renseignements
historiques et littéraires. L'évolution du langage dans Tlnde
est résumée et illustrée par une planche contenant quatre
cartes qui présentent l'état général des idiomes et leurs diffé-
rents domaines aux principales époques. Le chapitre de la
littérature nous fournit la liste des ouvrages imprimés (PR.)
NOUVELLES ET MÉLANGES. 371
ou manuscrits (MS.) consultés par les auteurs et appartenant
aux quatre dialectes du Biliârï : le ikfaiY^i7r ( 1 5 ouvrages ou
groupes d'ouvrages); le Bhofpûrî (ii); le Magahï (4); i©
Bais'wârî (5). La liste des abréviations employées dans le
dictionnaire n'occupe pas moins de sept pages.
L'économie des articles, bien expliquée par les auteurs et
fidèlement observée, est la suivante : i" le mot en devanâgari
suivi de sa transcription en italiques; 3° sa nature (nom, ad-
jectif, etc.); 3° son origine, comme tadbhava (dérivé du san-
scrit par l'usage), tatsama ^ (emprunté au sanscrit) ou anya'
deshaja (étranger) ; 4** la ou les significations; 5" les composés
ou phrases spéciales où il se trouve ; 6° les exemples , toujours
traduits , et en nombre assez considérable pour que , autant
que possible , il y en ait au moins un pour chaque signification
distincte; -y" les observations particulières auxquelles le mot
peut donner lieu forment un paragraphe en italiques entre
parenthèses venant après les exemples ; 8* les comparaisons
avec le sanscrit, et les formes dialectales sont consignées
dans un autre paragraphe , également en italiques , mais entre
crochets , qui termine l'article. — Quand im mot appartient
à plusieurs parties du discours, l'article est divisé en autant
de parties par les chiffres romains I, II, III, etc. Les mots
dont la forme est identique, mais dont le sens et l'origine
diffèrent , donnent lieu à des articles différents numérotés en
chiffres arabes; il y en a neuf pour le premier vocable, a.
Cette imparfaite esquisse peut donner une idée de la
richesse des renseignements contenus dans ce dictionnaire;
ils sont aussi précis que nombreux. Ainsi au mot ackâr « ha-
bitude » on trouve un exemple dont il est dit qu'il existe une
version légèrement différente, et, au mot agyân «folie» qui
fait partie dudit exemple , on trouve cette autre version. Peut-
* Les auteurs, expliquant ces dem termes, citeot deux mots juig^is,
dont les équivalents français peuvent nous servir : rançon et rédemption
représeulcnl tous deux le latin rcdemplio ; «rançon» est un Imdbhava, «ré-
demption» est un tatsama.
372 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
être les auteurs vont-ils parfois plus loin qu*il n est nécessaire.
La phrase donnée en exemple pour a (9] «nom de Vishnu»
contient plusieurs autres noms qui sont aussi expliqués ; mais
je pense que ces noms viendront à leur place dans le diction-
naire , et c*est là que devra se trouver l'explication. Répétera-
t-on alors ce qui est dit dans Tarticle a (9)? Qw>d abondât
non vitiat; cependant il faut ménager le temps et la place et
ne pas g^rossir outre mesure un ouvrage déjà fort étendu.
l\enverra-t-on à Tarlicle a (9)? Il y aurait là un défaut de
méthode. On est naturellement entraîné, dans un pareil
travail, à donner prématurément, dès le début, des explica-
tions qui trouveraient, dans la suite de Touvrage, leur jdace
naturelle ; mais il importe de réagir contre cette tendance.
Ce dictionnaire est accompagné d*un autre travaU distinct ,
mais parallèle et connexe, un index du Râmâyan de Tnl-
sldas, dont le premier fascicide contient les huit premières
pages et le second les suivantes jusqu'à 3a. L'index est
arrivé, dans cette trente-deuxième page, au mot èhâ; c^est
simplement une liste de mois avec renvoi aux endroits où ils
se trouvent dans le poème. On jugera du soin avec lequel ce
relevé a été fait par ceci : que le mot ati, par exemfde, par-
ticule du superlatif, occupe trois grandes colonnes, une page
et demie ; ah « maintenant » , plus d'une colonne. U faut dire
que, selon M. Grierson, Tulsïdas n'est pas seidement l'imita-
teur, il est le rival de Valmiki, et que l'œuvre de ce poète
est l'œuvre capitale de la littérature bihârî , pour ne pas dire
de toute la littérature moderne de TJnde. Elle peut être con-
sidérée en tout cas comme le point central, la base fonda-
mentale des travaux sur lesquels repose le Dictionary of the
Bihârî language. Au Congrès des orientalistes réums à
\^enne en 1886, M. Grierson a fait une communication sur
The medicBval vemacular Uteratare of Hindûstan, dont il fut
distribué, séance tenante, un ahstract de douze pages aux
membres du Congrès — qui occupe cinquante^enx pages
dans les Verhandlungen dudit Congrès — et qui est devenu
en 1888 tout un volume où une suite de notices sur la vie et
NOUVELLES ET MELANGES. 373
les écrits de plus de neuf cents auteurs hindous retrace le
tableau du mouvement littéraire dans Tlnde depuis le com-
mencement du moyen âge indien jusqu*à nos jours. Dans ces
trois publications d'étendue diverse, la place faite à Tulsîdas,
à sa vie, à l'appréciation de son œuvre, aux manuscrits de
ses poèmes , à ses autographes probables , aux extraits de ses
œuvres est considérable, tille n'est pas moindre dans le dic-
tionnaire, et une grande partie des exemples est empruntée
à ses écrits.
La première livraison de ce grand ouvrage a paru en i885 ,
la deuxième en 1889; j^ ^*^^ P^^ °"^ ^^^® ^^® ^* troisième
soit encore sortie de presse. L'achèvement de la publication
nous paraît malheureusement bien éloigné. Les explications
données par les auteurs pour le « long delay » de l'apparition
du deuxième fascicule ne sont pas précisément rassurantes;
plusieurs des causes qu'ils indiquent sont permanentes ou
peuvent se renouveler, en particulier, la découverte d'ou-
vrages nouveaux qu'il faut lire et dont il faut faire avec soin
des index pour incorporer dans le dictionnaire les matériaux
qu'ils fournissent , de manière à éviter les suppléments et ap-
pendices. Cela veut dire que l'ouvrage se refait ou se com-
plète à mesure qu'il s'imprime; il n'en vaudra que mieux,
mais il sera fini d'autant plus tard.
Puissent les auteurs avoir le temps d'achever leur œuvre !
L. Feer.
Le Yi-King , texte primitif rétabli , traduit et commenté par Ch. de
Harlez. Bruxelles, 1889, i^^"^"» ^55 pages.
Cette publication de M. de Harlez est celle dont il avait
déterminé le caractère et, pour ainsi dire, tracé le plan dans
ce Journal (avril-juin 1887, P* 424-456). Depuis , l'auteur a
publié (janvier-février 1891, p. 166-170) un article biblio-
graphique où il justifie son système d'interprétation et dis-
sipe quelques objections ou doutes. Je n'ai pas la compétence
374 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
suffisante — le temps me manquerait d*ailieurs — pour dis^
cuter à fond cet important travail. Je dirai seulement que M. de
Haricz me parait avoir réussi dans son entreprise; je crois,
en particulier, que , se proposant de restituer le Yi-King dans
sa forme primitive , il a eu raison d'écarter ce qui touche à
la divination. Il me semble très vraisemblable à priori, et il
parait démontré par la tentative de Fauteur, que cet élément
divinatoire est de date postérieure et a tous les caractères
d'une véritable superfétation. Mais il est, en dehors de cela,
un point sur lequel je voudrais faire une objection, ou plutôt
demander des explications , poser une question à M. de Haiiex
et à tous ceux qui se sont occupés du Yi-King.
Si Ton examine les soixante-quatre « hexagrammes » du re-
cueil sans faire attention à autre chose qu a leur forme maté-
lielle et extérieure, on remarque que ces signes, pris deux à
deux, sont Tinverse Tun de l'autre; que chacun de ceux qoi
ont des numéros pairs , 2 , A , 6 , 8 . . . , est le contraire de
chacun des signes portant des numéros impairs qui le pré-
cède , 1, 3, 5, 7..., en un mot que a est l'opposé ou la
contre-partie de 1 ; d , de 3 ; 6 , de 5 , et ainsi de suite.
Prenons pour exemple les caractères du commencement,
du milieu, de la fin. Le koaa 1 est formé de six traits con-
tirms ; le 2 , de six discontinus ; l'opposition est palpable ^
Le 3i est formé de trois lignes continues entre une ligne
discontinue au-dessus, deux au-dessous; dans le 32 , les deux
lignes discontinues sont au-dessus, la ligne unique au-des-
sous *. Le 63 et le 64 sont formés de trois lignes discontinues
et de trois lignes continues alternant : seulement , dans le 63,
c'est la ligne discontinue qui commence la série; dans le 64,
c'est la ligne continuel
Il y a donc une sorte de dualisme, d'opposition, d'anti-
thèse, d'antinomie (quel que soit ic nom dont on veuille
1 2 3i 32 63 6/1
NOUVELLES ET MÉLANGES. 375
l'appeler) qui règne ainsi d'un bout à l'autre du tableau; et
les 64 kouas pourraient être distribués en trente-deux sec-
tions renfermant chacune deux subdivisions :
I u m XVI XXXI xxxu
rr 3^ 5^ 31^ ôT-ôa 6^-64
Le fait que je signale me parait indéniable. Cependant je
ne vois ni M. de Harlez ni M. Philastre (leurs travaux sont
les seuls sur le Yi-King que je connaisse) y faire aucune âllti-
sion. Le fait n'a-t-il pas été reconnu? Ou ttie trompé-je? Il
me semble pourtant qu'il saute aux yeux.
Ce fait ne peut pas être fortuit; ce n'est pas par hasard
que des combinaisons pareilles se présentent dans un recueil
qui est d'ailleurs le résultat d'un long travail. Cette opposi-
tion dans la forme des signes devrait se réfléchir dans la
signification qui leur est attribuée. Cependant c'est à peine
s'il y en a trace; une seule fois, si je ne me trompe, M. de
Harlez signale une opposition de sens, et il ne parle pas de
celle de la forme; c'est à propos des koua 35-36. Il rapproche
aussi les deux derniers, 63-64 , mais pour constater leur con-
cordance, non leur opposition. L'opposition, tant de forme
que de sens dont il s'agit , est pourtant flagrante dans les deux
premiers koua qui mettent en présence le ciel et la terre,
les principes actif et passif (ou réceptif, comme dit M. de
Harlez), et qui semblent inaugurer la série d'antithèses que
nous offre la suite des soixante-quatre signes par les deux
termes essentiels du dualisme chinois placés au frontispice
du recueil. Le rapport de ces deux signes est , il est vrai , indiqtlé
dans le texte explicatif, plutôt en vue dé leur conciliation que
de leur opposition; et cela est naturel, puisqu'ils exercent
une action combinée. Mais pourquoi ce rapport, sur lequel
on Tî'insiste pas beaucoup d'ailleurs, est -il omis dans l'inter-
prétation des koua suivants?
C'est que le dualisme règne d'une autre manière dans les
soixante quatic « hexagrammes » : chacun d'eux est considéré
376 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891.
comme la combinaison de deux t trigrammes » et , par con-
séquent , double ; en sorte que Ton fait résidter le sens de la
figure entière des rapports qui existent entre les deux élé-
ments composants. Or l'opposition que nous avons signalée
entre deux liexagrammes consécutifs , impair et pair, considé-
rés en eux-mêmes , n apparaît plus nettement ou disparait tota-
lement , si Ton considère dans chacun d'eux les trigranmies com-
posants. M. de Haiiez, dans son introduction, donne (p. 33-
37) le tableau de ce dualisme interne avec Tinterprétation
qu'il suggère. Je l'appelle t interne » , parce qu*il existe dans
chaque koua individuellement, pour le distinguer de cdni
qui fait l'objet de mes observations et qui existe entre
deux koua consécutifs distincts. Si Ton tient compte de ce
dualisme interne tout en envisageant le groupement binaire
auquel je m'attache, il résulte de cette manière d'envisagé
les koua des effets nouveaux et variés que les signes déjà pris
comme exemple nous permettent de reconnaître.
Ainsi le trigramme de trois traits continus représentant le
«ciel» et celui de trois traits discontinus représentant la
« terre » , il s'ensuit que les koua 1 et a signifient respective-
ment « del sur ciel », et « terre sur terre * ». Nous n'avons que
deux termes répétés ciiacun deux fois. Les trigrammes ne font
que renforcer le sens de l'hexagramme sans altérer le rapport
des deux koua. Dans le 3i et 32 , les trois traits continus avec
un ou deux traits discontinus, soit en dessus, soit en des-
sous , donnent lieu à quatre trigranmies différents : car, deux
traits continus surmontés d'un discontinu représentant t Teau »,
un trait continu superposé à deux discontinus représente ies
montagnes ; ce qui donne « eau sur montagne » (3i) ; un trait
continu surmonté de deux discontinus représente le «ton-
nerre » , deux traits continus superposés à un discontinu re-
présentent le « vent » : ce qui donne « tonnerre sur vent » (3a) ?.
12 3i 32
• ciel terre. — ^ eau tonnerre
ciel terre montagne vent
NOUVELLES ET MELANGES. ^77
Nous avons quatre termes différents, nulle opposition appa-
rente. Dans le 63 et Ci , U se trouve que le trait continu entre
deux discontinus représentant W eau des nuages » et le trait
discontinu entre deux continus représentant le «feu» sont
répétés chacun deux fois en haut et en bas alteriiativement;
ce qui donne «nuages sur feu» (63) et «feu sur nuages»
(6i) ^ Nous avons deux trigrammes , mais répartis dans les
deux hexagrammes: il y a opposition.
La diversité des combinaisons nous oblige à citer un qua-
trième exemple. Nous pouvons prendre les koua 3 et 4»
composés, le premier de trois traits discontinus intérieurs
ayant un trait continu surmonté d'un discontinu au-dessus
et un trait continu au-dessous ; le deuxième des trois mêmes
traits intérieurs, avec le continu au-dessus, le continu ei le
discontinu au-dessous. Or il se trouye que le trait continu
entre deux discontinus, représentant les «nuages», forme
la partie supérieure de 3 et la partie inférieure de 4; les
autres éléments , le trait continu surmonté de deux discon-
tinus représentant le «tonnerre», et le même trait super-
posé à deux discontinus représentant les « montagnes », il et)
résulte que 3 signifie « nuages sur tonnerre » et 4 « montagnes
sur nuages ^ ». Nous avons trois signes ou trigrammes dont
un est répété dans chaque hexagramme.
La combinaison des trigrammes dans deux hexagrammes
consécutifs — impair et pair — se présente donc de ces
quatre manières diverses : i" deux trigrammes répétés chacun
dans le même hexagramme; 2° deux trigtanmie's répartis
dans les deux hexagrammes; 3** trois trigrammes dont Tun
est répété dans les deux hexagrammes; 4° quatre hexa-
grammes. Le premier cas se présente quatre fois (1-2, 39-
3o, 5i-52 , 57-58) ; le deuxièmie se présente cinq fois (5-6,
(33 6/i
» nuages feu
Icu nuages ""^g^» rtontagttés
tounerre nuages
25
XVllI.
■aiTKuuvii aivvKiMHi
378 SEPTEMBRE-OCTOBRE J891.
7-8, 11-12, 35-36, 63-64); le quatrième se présente six fois
(17-18, 27-28, 3 1-32, 4 1-42, 53-54, 61-62); le troisième
se présente dix-sept fois (3-4, 9-ïO, i3-i4, i5-i6, 19-ao,
21-22, 23-34, 25-26, 33-34, 37-38, 39-40,43-44, 45-46,
47-48,49-50, 55-56, 59-60).
Je n'attache pas une grande importance au classement
que je viens de présenter; je ne l'ai essayé que pour faire
voir et m'assurer moi-même que l'opposition dont on peut,
dont on doit , je pense , être frappé , quand on considère les
koua pris deux à deux, impair et pair, semble s'évanouir
quand on considère (comme le fait le texte), dans les signes
pris doux à deux , les trigrammcs dont on les déclare com-
posés. Le dualisme interne de chaque koua efface ou a l'air
d'effacer le dualisme des groupes binaires. Mais ce second
dualisme subsiste malgré tout; du moins, je le vois claire-
ment, et c'est sur l'existence et le sens de ce dualisme que
je consulte les interprètes du Yi-king.
Reconnaissent-ils ce dualisme? — S'ils le reconnaissent,
le tiennent-ils pour fortuit ou pour prémédité ? Et , dans ce
dernier cas, quel en est le sens et la portée? Y a-t-il là une
inexplicable bizarrerie ou un mystère impénétrable?
L. Feer.
o^i^ yiS^ Ul^.UJLIt ^U.. Becvetl de textes pour l'étude de
l'arabe parlé, par G. Delphia, professeur d'arabe à la chaire
publique d'Oraii. Paris et Alger. E. Leroux et A. Jourdan, 1891,
vi-363 pages.
Au lieu de se borner, comme l'avaient fait ses devanciers ,
à réunir des contes , des fables et des proverbes , M. Dclphin
a eu l'heureuse pensée de nous donner, en outre, un assez
grand nombre de notices exactes sur les us et coutumes des
Arabes algériens. C'est ainsi, par exemple, que nous voyons
figurer dans son Recueil, à la suite de contes et de fables,
des descriptions d'instruments agricoles, de vêtements, de
NOUVELLES ET MÉLANGES. 379
jeux , etc. Mais ce qui constitue véritablement l'originalité de
l'ouvrage, c'est l'idée d'avoir fait suivre chacun des textes
d'un commentaire en arabe sur les mots peu connus ou dont
le sens exact avait besoin, pour être bien fixé, d'une expli-
cation de quelque étendue. Ce commentaire est la reproduc-
tion fidèle des renseignements que fournissent les Arabes
quand on leur soumet un texte contenant des mots que les
dictionnaires ne donnent pas du tout ou sur le sens précis
desquels ils laissent le lecteur dans l'embarras. Il s'en faut
que ces renseignements soient toujours d'une exactitude ir-
réprochable, en ce qui touche surtout à l'étymologie , mais
ils ont l'avantage tout au moins de nous éclairer sur bien des
particularités qu'on chercherait vainement ailleurs, de nous
faire connaître certains détails fort curieux, et, pour n'en
citer qu'un exemple, la façon singulière dont les Arabes dé-
terminent l'essence d'un bois au moyen du goût qu'il laisse
dans la bouche.
M. Delpiiin n'a donné jusqu'ici que la traduction du com-
mentaire, mais il nous promet, pour une époque rapprochée,
la traduction du texte qui n'est pas toujours aisé à com-
prendre , même pour quelqu'un qui est déjà famiharisé avec
les formes particuhères du dialecte arabe algérien. 11 sera né-
cessaire, avant de publier ce nouveau travail, de revoir soi-
gneusement le texte du commentaire que déparent quelques
làutes typographiques , et la traduction qui parfois est incom-
plète. Ainsi à la page iS , note 2 , 7* ligne du texte , le pa-
ragraphe commençant par iû^Lbl a été complètement omis
dans la traduction. 11 y aurait aussi, ce me semble, avantage
à corriger certaines orthographes qui gênent singxdièrement
la lecture, comme (^«Xaj mis pour diiXj /-*, non que je
blâme le système ordinairement suivi, mais^je ne vois pas
bien la nécessité , dans un ouvrage de cette nature , de donner
deux orthographes différentes pour une même expression et
d'écrire ti)*)^ à côté de JuAJl ^» qu'on pourrait fort bien
employer avec les formes JuJiJli ou même JuJi que l'on ren
contre quelquefois.
380 SEPTEMBUE-OCTOBRE 1891.
A part ces quelques obsen'ations de détail, parmi lesqueUeft
je relèverai encore la transcription du ^ par un h placé après
lu voyelle qui accompagne cette consonne (ahdidouan. poar
hadidouan ^!^Jo<^«^-)i î^ ^'y ^ ^}^'^ louer le travail de
M. Delpbin. Grâce aux deux innovations qu'il y a intro-
duites , il est de beaucoup supérieur à tout ce qui a été fah
dans ce genre sur le dialecte arabe algérien, non seulement
à cause de la grande variété de mots quil renferme, mais
aussi à cause de la fidélité scrupuleuse avec laquelle il a re-
produit la pbysionomie du langage parlé par les Arabes qui
vivent loin des villes et ont ainsi conservé un idiome plus pur
que celui de leurs coreligionnaires qui sont en contact fré-
quent avec les Européens. Car, de même que le berbère et
Tarabe ont exercé f un sur Tautre une influence réciproque ,
les langues européennes parlées en Algérie ont introduit dans
le langage arabe des villes un certain nombre de mots et
même de tournures que les Arabes de la campagne se refusent
à admettre.
Il est à souhaiter que M. Delpliin se hâte de terminer ie
second volume qu'il a promis, car, à en juger par la façoil
dont il a accompli la première partie de son travail, les ara*
bisants auront alors , pour la première fois , un ouvrage com-
plet et bien ordonné snr le dialecte arabe algérien.
0. HOUDAS.
Le Gérant,
BaRBIBR DB METNiUI».
JOURNAL ASIATIQUE.
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
HISTOIRE
POLITIQUE, RELIGIEUSE ET LITTÉRAIRE
D'ÉDESSE
JUSQU'À LA PREMIÈRE CROISADE,
PAR
M. RUBENS DUVAL.
(suite.)
CHAPITRE VIII.
ÉDESSE PENDANT LE III* SIECLE.
Situation politique d'Edesse sous les Romains. ^ — Martyrs
d'Edesse pendant les persécutions de Dèce, Dioclétien et
Licinius. — Littérature apocryphe et apologétique.
Après Gordien III, rOsrhoène est définitivement
englobée dans Tempire romain dont elle forme une
province, comme nous Tavons vu plus haut (p. asS-^
2 2 4). Elle est assujettie , comme les autres provinces ,
aux impôts et aux contributions en nature. Une curie
composée des personnes -les plus riches et les plus
influentes veille à lexécution des lois et est respon-
XVIII. 26
lartlMUllB ■àTIUllAI.I.
382 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
sable devant le gouvernement^. Edesse reçoit un
gouverneur romain et une garnison romaine.
A lavènement des Sassanides qui songeaient à re-
constituer lancien empire perse, la guerre fut ral-
lumée entre les deux grands États de TOccident et
de rOrient et ne cessa qu après la conquête arabe.
Gordien avait repris la Mésopotamie sur Ârdaschir.
Après lui , Philippe abandonna à son sort cette pro-
vince ainsi que TArménie, mais il laissa les garni*
sons qui s y trouvaient 2. A la mort de Dèce en a 5 1 ,
Sapor, le fils et le successeur d' Ardaschir, profite de
ce que Rome est en proie aux dissensions intes-
tines et est obligée de faire face aux Goths, pour
envahir la Mésopotamie. Édesse et les autres places
fortes échappent aux Perses inhabiles aux sièges des
villes. Valérien, après diverses tergiversations, se
porte enfin au secours d'Ëdesse et traverse ITlu-
phrate.
Non loin d'Edesse fut livrée la bataille qui tourna
en déroute pour Tarmée romaine. Valérien fut fait
prisonnier^ et mourut en captivité. Antioche tomba
au pouvoir de Sapor, mais Édesse se défendit éner-
giquement et, lorsque Sapor se retira devant Cal-
listus, un général romain indépendant, et Odainath
de Padmyre, les Ëdesséssiens firent payer un bon
prix aux Perses leur passage sur leur territoire.
^ Voir Code Justinien, XII, tit. XL, a; tit. LVIII, 5.
' Voir Mommsen, Rœmische Geschichte, V, 43 a.
' Â la fin de a 59 ou au commencement de 360. (Voir Blommaen ,
loc. ciu, p. 43o.)
HISTOIRE D*ÉD£SSE. 383
La garde des provinces romaines en Asie fut alors-
confiée à Paimyre qui, tout en reconnaissant la su-
prématie de Rome, devint une puissance militaire
de premier ordre et forma un royaume autonome.
Odainath traverse TEuphrate, dégage Edesse, en-
tourée de nouveau par les Perses, reprend Carrhes
et Nisibe en a 64, et marche sur Gtésiphon.
Après la mort d'Odainath, son épouse Zénobie,
au nom de son fils Waballath , dirigea le gouverne-
ment d une main viriïe. Non seulement elle conserva
les possessions dont Odainath s'était emparé, mais
elle conquit en outre le sud de TÉgypte. Une si
grande puissance finit par porter ombrage à Rome.
Zénobie elle-même s'était déclarée indépendante. Au-
rélien fit une expédition contre le royaiune palmyré-
nien et, à la suite d une bataille décisive livrée auprès
d'Emèse,la vaillante reine tomba entre ses mains et
les Romains s'emparèrent de Padmyre en -27 2. La
défection de Zénobie avait entraîné pour les Romains
la perte de l'Arménie et de la Mésopotamie. Auré-
lien, rappelé en Europe par d'autres soucis, ne
songea pas alors à recouvrer ces provinces.
Probus dut également renoncer à s'occuper de
rOrient. Mais Carus, dès son arrivée au pouvoir,
toiuTia ses regards de ce côté-là. H reprit l'Arménie
et la Mésopotamie et s'empara même de Séleucie et
Gtésiphon. Sa mort violente mit fin à son expédi-
tion. Son successeur Numérien signa avec les Perses
une paix qui assurait à l'empire romain le retour
de l'Arménie et de la Mésopotamie.
a6.
384 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Sous Dioclétien , Narsès tenta de reprendre ces deux
provinces. Dioclétien confia la direction de Texpédi-
tion en Orient à son collègue Galère Rlaximien. Les
débuts de cette expédition ne furent pas heureux et
les Perses s'avancèrent jusqu'à Carrhes. Dioclétien se
rend alors en personne sur le théâtre de la guerre
et se dirige vers la Mésopotamie, tandis que Maxi-
mien gagne l'Arménie où il hat les Perses. Sa vic-
toire amena la paix entre les belligérants et le Tigre
forma de nouveau la frontière des deux empires.
Pendant ce temps, Édesse, protégée par ses
murs, demeura à l'abri des calamités de la guerre,
mais elle ne recouvra pas son indépendance. La
citadelle continua à être occupée par ime garnison
romaine aux ordres du gouverneur. On n'est donc
pas surpris d'apprendre que les persécutions diri-^
gées pendant ce siècle contre les chrétiens eurent
leur contre-coup en Osrhoène.
C'est en effet au temps de Dèce (â/i9-25i) qu*il
faut placer le supplice du grand prêtre païen Scharbil ,
après sa conversion au christianisme, et la confession
de Barsamya, évêque d'Ëdesse, qui avait succédé à
*Abschelâma, successeur lui-même de Palout.
Les Actes de ces deux saints nous ont été con-
servés dans une rédaction syriaque apocryphe, pu-
bliée dans les Ancient Syriac documents^ de Gureton ^.
L'an XV de Trajan et l'an m d'Abgar VII, en 'k\ 6
des Séleucides, disent ces ilc^^5, Trajan ordonne dé
* Pages 41-72.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 385
multiplier les sacrifices et de poursuivre les chré-
tiens qui refuseraient de participer aux holocaustes
des victimes. Scharbilje grand prêtre , présidait aux
cérémonies dune fête solennelle célébrée à Edesse
le 8 de nisan (8 avril). Pendant cette fête, Tévêque
Barsamya, accompagné du prêtre Tiridath et du
diacre Schaloula, va trouver Scharbil et le con-
vertit à la religion chrétienne. La nouvelle de cette
conversion produit une vive émotion dans la ville.
Les habitants abjurent le paganisme en grand nombre
et reçoivent le baptême. Le procès de Scharbil est
aussitôt instruit, mais ce martyr nest exécuté que
le 2 iloul (2 septembre). Ces Actes, rédigés par les
greffiers M arinus et Anatolus , sont déposés dans les
archives d'Edesse. Une note additionnelle déclare
que Barsamya, qui convertit Scharbil, vivait au
temps de Fabianus, évêque de Rome.
Les Actes de Barsamyatont suite à ceux de Scharbil
et appartiennent à la même rédaction. Ils reprodui-
sent les mêmes dates : A 1 6 des Séleucides , an xv de
Trajan, avec la mention du consulat de Commode
et de Cerialis. Aussitôt après l'exécution de Scharbil,
Barsamya est conduit devant le gouverneiur Lysa-
nias , qui le fait fustiger et ordonne de le suspendre
et de lui appliquer les peignes de fer. Mais, au mo-
ment où le supplice va commencer, arrivent à
Edesse les lettres d'Alusis, le grand procurateur, le
père des empereurs, qui mettent fin à la persécu-
tion. Barsamya est relaxé. Le lendemain Lysanias
est relevé de ses fonctions. Ces Actes ont été ré-
386 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
digés par les greffiers Zenophilus et Patrophilus et
contresignés par les scharirê (fonctionnaires asser-
mentés) Diodorus et Eutropius.
Qs se terminent par la note additionnelle consta-
tant que Barsamya vivait au temps de Fabianus,
évêque de Rome. Il avait reçu l'imposition des
mains d'^Abschelâma. Celui-ci lavait reçue de Pa-
ient. Palout avait été consacré par Sérapion, évoque
d'Antioche, qui lui-même lavait été par Zéphirin
de Rome.
Cette note additionnelle rappeUe celle qui se
trouve à la fin de la Doctrine. (Voir ci- dessus,
p. 2/12.) Les Actes de Scharbil et les Actes de Bar-
samya se rattachent en effet à la Doctrine par ia
chronologie qu'ils établissent. L'anachronisme qui
dans celle-ci fait remonter Palout au commence-
ment de notre ère a amené Tauteiu* des Actes à
placer sous Trajan le martyre de Scharbil et la
confession de Barsamya qui eiurent lieu en réalité
sous Dèce. On doit tenir pour exacte la mention
que Sharbil et Barsamya vivaient au temps de Fa-
bianus, évêque de Rome, de 286 à aSo^. Le syn-
chronisme fourni par ces Actes et qui parait si précis
contient une erreur manifeste. La ni* année d'Ab-
gar Vn correspond effectivement à Tannée xv de
Trajan, comme Gutschmid la montré^; mais le
^ Voir Lipsius, Die Edessenische Abgarsage, p. 9, 4i et soiv.;
Tixeront, Les origines de l'Eglise d'Edesse,^, ida; Rubens Duvid,
Journal (uiatiqae, 8* série, t. XIV, p. 4o-58.
* Vntersttchimgen wfber die Geschichte des Kœnigr. Osrhcmâ, p* 17.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 387
consulat de Commode et de Gerialis tombe la
IX* année de Trajan, en 106. Cette dernière date
concorde à un an près avec Tannée 4 1 6 des Séleu-
cides (octobre io4-octobre io5), mais non avec la
XV* année de Trajan. Si ces Actes mentionnent des
faits qui se passèrent sous Dèce, leurs descriptions
se rapportent plutôt aux persécutions de Dioclétien
et de Licinius. Les époques se mêlent et se con-
fondent dans un enchevêtrement singulier, car le
rédacteur a emprunté les principaux traits de ses
tableaux à des sources différentes, sans les fondre
et les harmoniser.
Les habitants d*Edesse qui se convertissent à la
suite de Scharbil portent les mêmes noms que ceux
qui se sont déjà convertis à la parole de lapôtre
Addai dans la Doctrine. Lysanias, le gouverneur
d'Édesse, est le même Lysanias qui, sous Licinius
en 319, fait subir le martyre à Habib, ainsi que
nous le verrons plus loin. Alusis, le grand procu-
rateur, le père des empereurs, est peut-être Volu-
sianus , qui régna avec Gallus et Hostilianus ^ ; mais
fauteur, en mentionnant fédit de pacification,
semble avoir en vue fédit de Constantin, qui dans
les Actes d'Habib met fin à la persécution de Li-
cinius.
Comme la persécution de Dèce, celle de Dioclé-
tien s'étendit jusqu'à Edesse, où plusieurs personnes
^ Voir Gutschmid, loc. cit. , p. 18 , qui remarque qu'il était facile
de reporter à Trajan des traditions du temps de Dèce , car le nom
complet du premier était Trajan Dèce.
388 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
subirent le martyre. L'histoire a conservé les noms
de Gouria et de Schamouna. Le récit de leur con-
fession et de leur supplice a été rédigé en syriaque
par Théophile^, un païen converti, maïs sa rédac*
tion ne nous a pas été conservée. Elle ne nous est
connue que par le texte grec de Siméon Meta-
phraste^. Suivant ce texte, le martyre des deux
saints eut lieu en Tan 600 des Séleucides (a88-
389 de J.-C), la ix' année du règne de Dioclétien
et la vi"* du consulat de Maximien; Abgar, fils de
Zoara, était préteur et Côna était évéque à Édesse.
Gouria et Schamouna, qui avaient été élevés à
Édesse, menaient une vie entièrement consacrée à
Dieu , loin du bruit de la foule. Ils sont cités devant
Antonius , le gouverneur romain , parce qu'ils avaient
refusé de sacrifier aux dieux. Tous deux confessent
le Christ et ne se laissent pas intimider par les me-
naces des supplices. Ils sont jetés en prison avec
beaucoup d autres chrétiens. Quelque temps s*étant
écoulé, Dioclétien mande à Musonius, le gouver-
neur d'Antioche, de se rendre à Édesse et d^in*
struire le procès des prisonniers. Gouria et Scha-
mouna sont conduits les premiers devant le tribunal
* Voir Ane. Syriac documents, p. 85.
* Publié dans la Patrologie grecqae de Migne, GKVIyp. i45.
La traduction latine publiée par Surius [De prohatis sanetoram vitis,
Cologne, 1618, au 1 5 novembre, p. SSg] a été réimprimée dans les
Ane, Syr, doc, de Gureton, p. 11 3. L'homélie de Jacques de
Saroug sur Gouria et Schamouna a été égidement reproduite dans
ce recueil, p. 96. Surius a donné, en outre, nn autre rédt, loe,
cit., p. 345. (Voir aussi les Bollandistes au i5 novembre.)
HISTOIRE D'ÉDESSE. 389^
de ce juge suprême. De nouvelles menaces, suivies
d'un commencement d'exécution , n'ont pas de prise
sur ces vaillants confesseurs. Enfin, le 1 5 novembre
de la même année, ils sont suppliciés hors de la
ville et ont la tête tranchée.
A la suite des Actes de Goaria et de Schamoam
sont placés les Actes d'Habib, rédigés par le même
Théophile ^ Habib subit le martyre vingt ans après
Gouria et Schamouna, en l'an 620 des Séleucides
(3o8-3o9), ^^"^ ^® consulat de Licinius et de Con-
stantin 2, Julius et Baraq étant stratèges et Gôna
étant évêque à Edesse.
Pendant que la persécution sévissait, Habib, un
diacre de Telzéha, bourg voisin d'Édesse, parcou-
rait les environs en exhortant les chrétiens à de-
meurer fermes dans leur foi. Sa propagande est
dénoncée au gouverneur de l'Osrhoène, Lysanias,
qui, ne pouvant se saisir de la personne d'Habib,
fait mettre en prison sa mère et ses parents les plus
proches. Habib rentre à Edesse et va se livrer entre
les mains de Lysanias. B confesse publiquement le
christianisme, les tortures ne réussissent qu'à iaf-
^ La rédaction originde a été publiée avec l'homélie de Jacques
de Saroug sur Habib, dans les Ane, Syriaç documents , de Gureton ;
p. 73-96. La version grecque de Siméon Métaphraste qui suppose
une rédaction différente et la version latine de Surius ont été im-
primées dans les ouvrages cités p. 388, note 2. Saint Éphrem a
également consacré une homélie à Gouria, Schamouna et Habib.
(Voir S. Ephremi Carmina Nisibena, éd. Bickell, n° 33, p. 137.)
' Le consulat de Licinius et de Constantin eut lieu pendant les
années 3i2, 3i3 et 3ib^. (Voir Cureton, Ane, Syr, doe,, p. 188.]
390 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
fermir dans sa foi. Le gouverneur, désespérant
d avoir raison de sa résistance, ie condamne à être
brûlé vif. Il est exécuté ie 2 septembre et inhumé
dans ie caveau de Gouria et de Scbamouna.
Ces Actes, comme les Actes de Scharbil et les
Actes de Barsamya, sont écrits dans un st^e des-
criptif, où ion sent ie travaU de fimagination. Mais
ils différent de ceux-ci en ce que les dates et les
personnages peuvent être considérés comme véri-
diques. L auteur n avait aucune raison de faire un
pieux mensonge , comme lavait fait fauteur des pre-
miers Actes. Quelques inexactitudes dans le récit qui
présente Constantin comme déjà chrétien lors de
son expédition contre Maxence s'expliquent par
une confusion facile à faire, mais ne prouvent rien
contre la véracité du narrateur.
L'édit de Milan en 3i3, en assurant le libre
exercice du christianisme , mit fin aux persécutions.
La Chronique d'Édesse, si sobre de détails pendant les
premiers siècles, ne parie pas des martyrs de TOs-
rhoène. Elle mentionne seulement à Tan 65 7 des
Séleucides (365-3^6 de J.-G.) férection d'une cha-
pelle à la mémoire des Confesseurs. Cette chapdle
s'élevait à lendroit où avaient lieu les supplices.
(Voir ci-dessus, p. io3.)
Les Actes que nous venons d'analper nous font
connaître les noms de deux gouverneurs de l'Os-
rhoène pendant cette période : Antonius sous Dio-
clétien et Lysanias sous Licinius. Nous apprenons
par eux, en outre, que les successeurs de Paiout
HISTOIRE D'ÉDESSE. 391
au siège épiscopal d'Edesse furent ^Abschelama et
Barsamya. Palout était évêque au commencement
du ni* siècle; Barsamya, contemporain de Fabianus
de Rome, vivait vers aSo. A partir de cette dernière
date jusqu'à Gôna, les renseignements font défaut.
Côna était déjà évêque d'Édesse en 289, selon les
Actes de Goaria et de Schamoana; en 3i3, il pose
les fondations de TEglise d'Edesse^. Entre aSo
et 289, il y a un intervalle de trente-neuf années.
Il est difficile d admettre que Barsamya ait vécu
assez vieux pour qu'on ne soit pas obligé de sup-
poser im intermédiaire entre lui et Gôna. Il y a
plutôt là une lacune que nous ne sommes pas en
état de combler ^.
Les persécutions furent un obstacle à lextension
du christianisme en Mésopotamie. Les polémiques
qu'avaient entamées les différentes sectes religieuses
subirent im arrêt. La lutte ne reprendra qu'avec
saint Éphrem , un siècle plus tard.
La littérature est surtout apologétique. Les Actes
des martyrs , dont nous ne possédons que des rédac-
tions postérieures et amplifiées , effilaient de pieuses
lectures propres à affermir les chrétiens dians leur
^ Chronique d'Édesse, dans Assëmani. (B. 0., I, p. SgS.)
^ Dans les Actes de Sckarbil, Tiridath le prêtre et Schaloulâ le
diacre accompagaeiit Barsamya dans sa visite à Scharbil. M. Tixe-
ront remarque judicieusement qu*on peut inférer de cette donnée
que les successeurs de Barsamya furent ces deux personnages. Cest
en effet avec la même hiérarchie qu Aggai et Pdout, les futurs suc-
cesseurs d'Addai, sont indiqués dans la Doctrine, (Voir Tixeront,
Les origines de l'église d'Édesse, p. i5i.)
392 novembre-Décembre: isoi.
foi et à exciter leur zèle religieux. La légende d'Ab-
gar, dans sa forme primitive, parut vers la même
époque ^ Elle donnait àTÉglise d'Édesse une impor-
tance fictive, mais de nature à attacher les esprits
crédules des lecteurs. Ce siècle fut peu littéraire.
L essor que les écrits de Bardesane avaient imprimé
à la littérature syriaque n'eut qu une courte durée.
Mais il renaîtra bientôt, quand le christianisme,
affranchi de la crainte des persécutions, luttera
contre les anciennes hérésies qu'il déracinera, et se
livrera aux stériles discussions de la christologie.
* Voir ci-dessus, p. 244*
HISTOIRE D'EDESSE. 393
CHAPITRE IX.
iDESSE PENDANT LE IV"* SIECLE.
L*Église d*Ëdesse s*affirme comme orthodoxe. — Evéques
d'Edesse pendant ce siècle. — Légende édessénienne re-
lative à Jolien TApostat. — Les orthodoxes persécutés par
les Ariens. — Saint Ëphrem et ses œuvres. — L'Ecole
des Perses et les études grecques à Ëdesse.
La paix conclue entre Narsès et Dioclétien assura
quarante années de tranquillité à la Mésopotamie.
En 3 1 3 , redit de Milan , suivi bientôt de la conver-
sion de Constantin le Grand, assura la victoire défi^
nitive du christianisme sur le paganisme. Désormais
rÉglise, maîtresse de ses destinées, s'occupe de fir
xer les dogmes. Les questions de christologie vont
agiter le monde chrétien. L'Église d'Edesse entre
dans le mouvement et prend une importance qu elle
n'avait pas encore eue.
Jusqu'alors la Chronique d'Edesse n'avait fait men-
tion des chrétiens que d'une manière incidente, à
propos de l'inondation de 201. Mais, à partir de
3 1 3 , elle rapporte fidèlement les noms des évêqueis
et les actes de leur administration. Cette admi-
nistration n'est plus limitée aux soins du culte, elle
s'étend aux établissements religieux et aux fonda-
tions de bienfaisance. L'évéque dispose de sommes
importantes.
394 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Voici la liste des évéques que la Chronique â^É-
desse nous fournit pour ce siècle :
Côna, avant 289 josqu^en 3i3.
Sa'ad, —
3i3
— 3a4.
Âitallaha, —
3a 4
— 346.
Abraham, —
346
36 1.
Barsës , —
36 1
— 378.
Vologèse , —
379
— 387.
Cyrus, —
387
— 396.
Silvaniu , —
396
— 398.
Pequida, —
398
— 409.
En 3 1 3 , peu de temps avant sa mort, Gôna posa
les fondations de Téglise d'Édesse, qui fut achevée
par Sa^ad. Il s agit dWe reconstruction de Tanr
cienne église d'Ëdesse.
En Sad, Âitallaha construisit le cimetière et ie
côté est de Téglise. L année suivante, il souscrivit
au concile de Nicée à la tête des évéques de la Mé-
sopotamie. L'Église d'Édesse par cet acte affirme
son orthodoxie.
Après la reconstruction d'Amid par Constance,
la Mésopotamie est divisée en deux provinces :
rOsrhoène avec Edesse pour capitsde et la Méso-
potamie proprement dite , dont Amid forme le chef-
lieu. G est à cette nouvelle division que fait allu-
sion la Chronique d*Édesse quand elle dit que,
en 38 1, Théodose reconstruisit Reschaina dans
YOsr}u)ènef expression dont elle se sert pour la pre-
mière fois. En effet, au concile de Gonstantinople
tenu au mois d'octobre de la même année, Tévéque
HISTOIRE D'ÉDESSE. 395
d^Edesse n apparaît plus à la tête de la Mésopo-
tamie; Vologèse ou Eulogius d*Edesse représente la
province de rOsrhoène, et Maras, évêque d*Amid,
signe pour la province de la Mésopotamie.
En 828, Téglise d'Ëdesse fut reconstruite et
agrandie.
En 346, Abraham succéda à Âitdlaha; il con-
struisit Téglise des confesseurs.
En 36 1, Barsès, qui était évêque d'Harran, fut
appelé au siège d'Edesse devenu vacant par la mort
d* Abraham.
En 370, fut construit le baptistère d'Ëdesse.
Pendant les dernières années de Constantin , la Mé-
sopotamie orientale fut de nouveau troublée par les
Perses. Après la mort de cet empereur et le partage
de l'empire entre ses fds, Constance occupa TOrient ,
mais ne sut pas le défendre contre les rois sassa-
nides. Nisibe fut assiégée par Sapor II en 338, 346
et 35 o ^. Son énergique résistance fit échouer les
entreprises successives de ce roi et préserva la Mé-
sopotamie.
Une expédition dirigée en 353 par le général
Nohardès contre Batnan, place forte de la plaine de
Saroug, n'eut pas plus de succès^.
En 359, les Perses envahissent le nord de la
Mésopotamie et mettent le siège devant Amid. Pen-
dant ce temps, Sabinianus, qui commandait les
^ Voir Julien, Orat., I, p. 33; OraU, II, p. 79; comp. Bickdl,
S. Ephrœmi syri Carmina Nisibena, p. 1 1 et suiv.
* Ammien Marcellin , 1. XIV, cap. ui.
396 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
troupes romaines en Mésopotamie, campait tran-
quillement sous les murs d^Ëdesse dans le cime-
tière ^ Amid succomba malgré une vigoureuse sortie
des soldats gaulois de la garnison, qui infligèrent
des pertes sensibles aux assiégeants. En reconnais-
sance de ce fait d'ar'mes, Constance érigea auprès
d'Ëdesse. des statues aux centurions tombés dans le
combat^.
Constance était occupé à réunir des troupes et
des vivres quand il apprit Tinsurrection qui donna
le pouvoir à Julien. Celui-ci prit à cœur, de rétablir
les affaires en Orient. Il se rendit en Mésopotamie
et traversa TEuphrate près de Batnan. Son arrivée
fut d'abord saluée avec joie et il reçut auprès de
Batnan une députation édessénienne qui lui offrit
une couronne et Tinvita à se rendre à Edesse. Mais
fempereur évita cette ville où il craignait un mau-
vais accueil de la part de la population chrétienne;
il s'arrêta seulement à Harran, qui était encore un
rempart du paganisme et, à ce titre, lui était plus
sympathique ^. Sans doute , à l'instigation des Harra-^
niens, il fit saisir et distribuer à ses troupes les biens
de l'Eglise orthodoxe d'Ëdesse et prit les mesures
^ Ammien Marcellin , 1. XVIII, cap. vn.
* Ibid, , l. XIX , cap. m et vi.
* Voir Zosime, p. i4i; Théodoret, III, xxi; Sozomène« VI, i.
Animien Marcdlin (I. XXIII, cap. in) ne parle pas de Tentrée de
Julien à Edesse. Suivant une tradition, Julien aurait fait subir lo
martyre dans cette ville à Gemellus de Paphlagonie qu'il avait rea-
contre à Ancyre et qu'il avait traîné à sa suite. Voir Menologiam
Dasilii Porphyrogenetœ , II, p. 21*
HISTOIRE D'ÉDESSE. 397
nécessaires pour éviter un soulèvement dans ia
ville ^ Selon le roman syriaque de Julien, suivi sur
ce point par Barhebrœus ^, lempereur aurait en-
voyé à Edesse une députation que les habitants
auraient refusé de laisser entrer après Tavoir inso-
lemment outragée. Le roman de Julien ajoute que
lempereur, vivement irrité, avait donné* Tordre à
Jovinien (Jovien, son futur successeur), qui se
trouvait alors à Nisibe avec un corps d'armée,
d'aîler châtier la ville insolente. Le pieux Jovien,
qui était entièrement dévoué aux chrétiens , est très
affecté à la réception de cet ordre qu'il commu-
nique à Tévêque de Nisibe. Le général et le prélat
unissent leurs prières pour détourner de la ville
sainte la calamité qui la menace. Leurs prières
sont entendues de Dieu; Julien renonce à retirer
les troupes de la frontière perse et remet sa ven-
geance au retour de son expédition en Babylonie.
En même temps Jovien apprend par une vision que
l'empereur apostat recevra un juste châtiment dans
douze semaines^.
Sous l'influence du roman de Julien, l'auteur
d'une rédaction des Actes de saint Éphrem, dont
nous parlerons plus loin , rapporte à cet empereur
un épisode de la persécution ordonnée par Valens
^ Voir Julien , Epist. , dans Tédition d'HertIein, H, p. 547»
* Voir Julianos der Âhtmennige, éd. G, Hoffmann, p. laa etsuiv.;
Nœldeke, Z, D» M. G,, XXVIII, p. 272; Barhebraeus, Ckron. syr.,
68, 12.
' Voir Julianos der Ahtruennige, p. i43; Noddeke, loc, cit,
XVIII. 27
308 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
contre les orthodoxes d'Ëdesse. Julien , suivant cette
rédaction ^ , envoie des députés à Edesse pour or-
donner aux habitants de venir lui rendre hommage
à Harran et prendre part aux sacrifices offerts aux
dieux. Les Édesséniens refusent d obtempérer à ses
ordres et se déclarent prêts à mourir plutôt que de
renier leur foi. Une femme se présente même avec
ses deux enfants pour recevoir la pahne des mar-
tyres. Julien, furieux de la résistance d'Édesse, jure
de venger cet outrage au retour de son expédition
contre les Perses. Le pieux Jovinien (Jovien), qui
faisait partie de l'expédition , pénètre en secret à
Edesse et prie une nuit entière dans Téglise de la
vierge Marie *^. Une vision lui annonce, à sa grande
joie, que Julien recevra bientôt le châtiment de son
apostasie et qu il périra pendant l'expédition. A cet
épisode Tauteur de cette rédaction rattache un
hymne attribué à saint Éphrem et qui se rapporte
évidemment à l'exil de l'évêque Barsès, comme il
est indiqué dans la seconde rédaction. Nous re-
produisons ici cet hymne ' avec une traduction
^ Voir Acta S, Ephrœmi, d'après un manuscrit du Vatican, dans
l'édition des œuvres de saint Éphrem par Bénédicte et Évodius Asaé-
mani, S. Ephrcemi syri opéra omnia, $yr. lat,, III, p. XX; c£ J. Âssé-
mani, BihL orient,, I, p. 52. La rédaction de ces Actes contenue
dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, n** s 35, fol. i25«
rapporte avec raison cet épisode à la persécution de Valens, comme
nous le verrons ci-après.
' Cette é^se ne fut construite qu'à la fin du v* ftiède; voir ci»
dessus, p. io3.
' D'après le texte imprimé dans l'édition d'Évod« Assémani,
S. Ephrœmi opéra, DI, p* LTlt.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 399
française; en le comparant avec celui que nous
donnons plus loin d après l'autre rédaction, on
verra les différences sensibles qui les distinguent.
Ëdesse a abandonné ses biens
Et ses maisons restées ouvertes;
Elle est sortie avec son pasteur,
A la rencontre du pervers pour
[subir le supplice.
Elle n*a pas changé sa foi,
Ni son amour pour son Seigneur;
Tous ses habitants ont renoncé à
[l'espoir.
Et ont prononcé ces paroles :
Nous devons livrer nos biens
Et nos maisons et tout ce que
[nous possédons,
A ce tyran qui est venu à nous,
Et nous ne changerons pas notre
[foi.
Ëdesse pleine de bénédictions
Et parée de vertus ,
Douée d'intelligence et d'une con-
[ science vigilante ,
De la science et de la sagesse !
Elle a ceint ses reins de la foi
Et avec son Seigneur elle a vaincu
[les hérésies.
Sa couronne a été rehaussée par
[l'amour,
27-
t o»laua*o» J^,^•S.^»^ jlo
«
b oo» J^^)« \io "^jio t^it^do
I i^illj jLdOMâ o^^o
400
NOVEMBREDEGEMBRE 1891.
II»
mOIIo)
«.O^f
I W)o)? C^ JâQâ MOifo) e)
Que le Christbénisse ses habitants I
Ëdesse s* est parée de gloire
Et a mis son orgaeil dans le nom
[de Jésus;
I Jfe^JB^A^ oft^^id ooLe Elle est fière aussi de son envoyé,
Addaî le bienheureux apôtre !
Ville qui égale en renom
La Jérusalem céleste I
O Edesse! Combien j'aurais à dire
"^ fwalo Et à proclamer sur tes beautés
[sublimes!
I )jC^A*7)L» U) 1^1} Dussé-je être vaincu par la lon-
[gueur du sujet,
.oo ^ «aoJ^a) j) Je ne cesserai de chanter tes
[louanges.
La mort de Julien près de Ctésiphon, en 363,
termina ia campagne. Jo^den, nonuné empereur
par Tarmée, signa avec Sapor une paix désavanta-
geuse par laquelle il abandonnait Nisibe, qui, de-
puis Dioclétien, était demeurée au pouvoir des
Romains. Quoique, aux termes du traité de paix,
cette cession n'ait été faite que pour une période de
cent vingt ans^, cette ville demeurera définitivement
acquise à Tempire perse. Elle reçut une colonie
amenée du centre de la Perse ^, qui en modifia
Tesprit et l'attacha à ses nouveaux maîtres, contre
^ Voir Chronique de Josué le Stylitc, édit. Wright, chap. vn.
^ Voir Tabari, Gesckickte der Perser nnd Araber nebersetzt von
Xœldeke, p. 63.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 401
lesquels elle avait si vaillamment lutté quelques an-
nées auparavant.
La retraite de Jovien , qui ressembîait à une dé-
route, fut vivement ressentie par les populations
chrétiennes des bords du Tigre, éprouvées par les
persécutions de Sapor et dévouées à leurs coreli-
gionnaires de rOccident.
La reddition de Nisibe amena Texpatriation de
la partie riche et éclairée de la population chré-
tienne , qui se retira vers TOuest , principalement à
Edesse. Parmi les émigrants se trouvait saint
Ephrem, déjà connu par les poésies qud avait com-
posées dans sa ville natale. De cette époque date
vraisemblablement la fondation à Edesse de la ce-
lèbre Ecole des Perses. La capitale de TOsrhoène
devint alors un centre d'études où affluèrent les
chrétiens orientaux. Ce mouvement littéraire et
scientifique de TOrient vers TOccident s accentua
pendant le v* siècle , jusqu'à la destruction de TÉcole
persane d'Edesse, ainsi que nous le verrons sous le
chapitre suivant.
Jovien se hâta de traverser la Mésopotamie et
de gagner la Syrie en passant par Edesse, où il
semble s'être arrêté quelques jours ^
Après la reddition de Nisibe aux Perses, Amid
et Edesse devinrent les deux principaux remparts
^ Voir le roman syriaque de Julien TApostat, JuUanos der Âb-
truennigej p. 228; cf. Nœldeke, Z. D. M. G., XXVllI, p. 280. Am-
mien Marcellin , Zosime et Philostorgue sont muets sur ce passage
de Jovien à Edesse.
402 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
de la Mésopotamie. Valens, qui, après Jovien, eut
le gouvernement de TOrient, tenta en vain de re-
pousser les attaques de Sapor contre cette pro-
vince. En 373, il se rendit à Edesse avec Mo-
destus, préfet du prétoire. L'Eglise d'Edesse était
alors divisée en orthodoxes et en Ariens. Les Ariens,
soutenus par l'empereur qui professait leur hérésie ,
formaient un parti puissant. Saînt Ephrem lutta en
vain contre eux pendant les dernières années de sa
vie, de 364 à 3^0, et consacra plusieurs de ses
hymnes à la réfutation de leur doctrine ^ Arrivé à
Édesse , Valens persécuta les orthodoxes , condamna
à Texil févêque Barsès et voulut imposer aux habi-
tants im évêque arien. Barsès quitta Edesse suivi de
ses fidèles au mois de septembre 873. C'est à cet
exil que la rédaction des Actes de saint Ephrem con-
tenue dans le manuscrit syriaque 2 35 (fol. 1 28-1 42 )
de la Bibliothèque nationale ^ rapporte avec raison
l'épisode que la rédaction de ces Actes ^ dans le ma-
nuscrit du Vatican , rattache à l'expédition de Julien
en Mésopotamie, comme nous l'avons dit ci-dessus
(p. 3 9 8) . Suivant cette rédaction , pendant qu'Ephrem
^ Voir Bickell, 5. Ephrœnii sjri carmina Nisibena, prologomena ,
p. 8 et 2 3.
* Cette rédaction , qui diffère sur plusieurs points importants du
texte du Vatican publié par Ev. Âssémani, a été mise en lumière
pour la première fois par M. Bickell , dans son Conspectas rei Sy-
rorum litterariœj 1871, p. 26 et §eq. ; celui-ci en a publié des pas-
sages dans la Z. D. M. G., XXVII, p. 6oo-6o4. M. Lamy l'a puMiée
en entier, d'après une copie de l'abbé Martin, dans le 2" volume de
son édition de S, Ephrœmi syri hymni et sermones, p. S-go^
HISTOIRE Û'ÉDESSE. 4&3
vivait encore à Edesse ^ l'empereur Valens vint établir
son camp sous les murs de cette ville. Il donna
alors lordre aux habitants de se rendre auprès de
lui pour confesser leur foi. Ceux-ci se rendirent
à la basilique de saint Thomas pour conjurer par
leurs prières le danger qui les menaçait. Impa-
tienté d'attendre, Vdens envoie à un de ses géné-
raux Tordre de pénétrer dans la ville et d'en mas-
sacrer les habitants. Avant d'en venir à cette mesure
extrême , le général leur adresse plusieurs avertisse-
ments. C'est pendant ce temps qu'il rencontre une
femme conduisant ses deux enfants par la main et
prête à subir avec eux le martyre plutôt que de
renier sa foi. Valens, frappé d'étonnement devant
un pareil sacrifice , se contente d'ordonner l'exil de
l'évêque et du clergé. A cette occasion, saint
Ephrem composa l'hymne suivant ^ :
. ^wri»^39 ]J^} W^i Les portes des maisons sont res-
[tées ouvertes,
• JSaAj fA ^9ie] jxi'^A Edesse les a adandonnées pour sor-
[tir
. »la»lt liâ^^ hLi «ik. Avec son pasteur vers la fosse où
[elle doit mourir
^ Ephrem mourut le 9 juin 378; l'exil des orthodoxes eut lieu
quatre mois plus tard « au mois de septeihbre de la même année.
Comp. aussi sur ce sujet Théodoret, Hist, eccU, IV, p. xiv-xv; So-
crate, IV, p. xviii; Sozomène, VI, p. xviii.
^ Gomme nous l'avons dit plus haut, saint Ephrem était déjà
mort lors de l'exil de l'évêque Barsès. L'hymne que nous avons
collationné sur le manuscrit de Paris a été publié par M. Bickell ,
dans la Z. D. M, G., XXVIÏ,p. 60 4; cdui-ci en avait donné aupa-
404 NOVEMBREDÉGEMBRE 1801.
• oiLoao«oi «fib^lL Jlo Plutôt que de renier sa foi.
I JLiodo |>aA.o lta«f)o Que la ville , le rempart , les édifices
• yodotAJBu 1j±^^^ iJ^do Et les maisons soient livrés au roi !
I ^oAAj Ldcnjo luuD Nos biens, notre or, abandonnons-
I ylaaa«9i «stwj Jlo £t ne changeons pas notre foi! [les
. Iloa^Li JS:^âo mchioI Edesse, pleine de chasteté,
• UéQAo Jbo» ic:^^ Pleine de sagesse et d*inteliigence ;
t U^h 1^"^ ÎSSi«^'^ Vêtue des charmes de Tespritl
. )laitt«ei oïl*^ wm| La ceinture de ses reins est la foi ,
t^ JLaf )t.A.x0 o»uf Ses armes, la vérité qui triomphe
[de tout,
•^ oioaô JLda«» ô;^^ Sa couronne, Tamour qui grandit
[tout.
^iÀt Jiiiav» Que le Christ bénisse ses habitants!
otiojtf ««oKiol Edesse dont le nom fait son orgueil ,
. ôittN^oiP oifot^ ^o Et le nom de son apôtre , sa gloire ,
• oa«ad oU^ yuko Et le nom de son pasteur, son m-
[telligence,
• c(il«âu» Ipo l^xi^ao Ville , maîtresse de ses compagnes ,
• IL^M^ ô^Mf |^J«^ Ville qui est Tombre
• Laajkf )(&^>o| m»} De la Jérusalem des cieux !
Barsès mourut en exH au mois de mars SyS,
cinq ans après avoir quitté son siège épiscopal.
ravant une traduction latine dans son Conspectas rei Syr, litterarim,
p. a 8. Dans l'édition de M. Lamy, mentionnée ci-dessus, il se trouve
p. 78 du tome IL Son texte di£fôre notablement de celui que nous
avons reproduit ci-dessus, p. 399; il est incontestablement meil-
leur.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 405
A la fin de la même année , la mort de Valens vint
mettre un terme au triomphe des Ariens et les or-
thodoxes rentrèrent à Edesse le 27 décembre 3 78.
L'émigration des orthodoxes amena une pertur-
bation momentanée dans les affaires de la ville. Mais
une autre cause d'appauvrissement autrement grave ,
ce fut lentretien des troupes romaines qui campaient
autour d'Edesse pendant les expéditions en Méso-
potamie et qui rendaient particxdièrement onéreuses
les charges municipales de fOsrhoène. Valens, par
un rescrit adressé en 376 à Modestus, préfet du
prétoire , força les principaux habitants à consacrer
un de leurs fils à la curie ^ Cette obligation fut con-
firmée en 384 par une loi de Théodose ^.
Vologèse (Ëulogius) succéda à Barsès en 379,
l'année même, remarque la Chronique d' Edesse, que
Théodose monta sur le trône. Il construisit l'ég^se
de Mar Daniel, qui fut appelée ensuite l'église
de Mar Domitius. Sous Cyrus, son successeur, le
22 août 394, on porta la châsse de saint Thomas
au grand temple désigné sous le vocable de cet
apôtre.
Théodose interdit les sacrifices païens et fit fermer
les temples des dieux. 11 autorisa cependant , par un
décret adressé à Palladius en 382 , le maintien d'un
panthéon de l'Osrhoène, rempli d'idoles de prix et
* Cod, Just,, XII, lit. Lvni, 5. La citation de Bayer {Hist, Os-
rhoena, p. 226) est incomplète. ,
' Cod, Theod., XU, tit. x, io5.
406 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
de riches ex-voto, mais à la condition quii servirait
de lieu d'assemblée pour ie peuple et qu il n'y serait
pas sacrifié ^.
Sous cet empereur, la Mésopotamie jouit de la
tranquillité, grâce aux rivalités qui divisaient les
Perses. En 384, Sapor III envoya une députation
qui, après de longs pourpariers, signa la paix avec
les Romains ^.
Cette province fut cependant troublée pendant
quelque temps par l'invasion des Huns qui, au mois
de juillet 3 96, ravagèrent l'Arménie, la Syrie et la
Mésopotamie^.
Le 2 *2 juillet 896, Cyrus , évêque d'Edesse , mourut
et Silvanus lui succéda à la fin de la même année
ou au commencement de l'année suivante. Celui-ci
mourut le 1 7 octobre 398 et fut remplacé par Pe-
quida le 28 novembre suivant.
La gloire littéraire de ce siècle , ce fut l'illustre saint
Ephrem. Malgré le vif éclat dont le nom de ce Père
de rÉglise syriaque brilla de son vivant même , on
ï Cod, Theod,,X\l, lit. x, 3.
^ Marcellin Cornes, p. 85; Nœldeke, Tabari, p. 70, note 3.
^ Voir Josué le Stylite» édit. Wright, chap. ix; Liber Chati-
pkarum, dans le premier volume des Anecdota syriojca de Land,
p. 108; Nœldeke, Tahari, p. 7^1 note 1. Suivant l'auteur des Acia
S, Ephrœmi, dans le manuscrit de Paris (voir Bickell, Conspectus
rei Sj^r. litterariœ, p. 2'j; Z. D. M. G., XXVII, p. 602 -6o3; Lamv,
5. Ephrœmi syri hymni et sermones. II, p. 74-76), cette invasion
aurait eu lieu du vivant de saint Ephrem , qui écrivit à ce sujet.
Mais Ephrem était mort déjà depuis vingt -trois ans. «Les Huns,
dit cet auteur, pillèrent les couvents de moines et de nonnes qui
se trouvaient sur la montagne sainte d'Edesse. »
HISTOIRE D'ÉDESSK 407
possède peu de renseignements certains sur sa vie ,
qui semble s'être écoulée dans l'ascétisme lé plus
humble. Sa biographie est donnée dans des Actes
dont les deux rédactions connues ^ diffèrent sur plu-
sieurs points importants, mais qui toutes deux sont
pauvres en dates. Le texte du manuscrit de la Biblio-
thèque nationale qui contient Tune de ces rédactions
est de beaucoup préférable à celui du manuscrit du
Vatican qui renferme l'autre. 11 .suffira d'analyser ici
ces Actes d'une manière sommaire, en laissant de
côté les anecdotes et les miracles dont l'imagination
orientale les a ornés.
Saint Ephrem, rapportent ces Actes, naquit à
Nisibe, au temps de Constantin, d'un père qui était
dans cette ville prêtre d'une idole appelée Âbizal
(Abnil, dans le manuscrit du Vatican). Dès son en-
fance il refusa de prendre part aux sacrifices offerts
aux dieux. Son père, ne pouvant vaincre sa résis-
tance, le chassa un jour de sa maison. Ephrem se
rend alors auprès de Jacques, évêque de Nisibe,
qui l'admet au nombre de ses disciples et l'emmène
avec lui au concile de Nicée.
Après la mort de Constantin , Sapor vint mettre
le siège devant Nisibe. 11 était sur le point de s'em-
parer de la ville, lorsque, à la prière d'Éphrem,
* Voir sur ces rédactions ci-dessus, p. SgS, note i, et p. 4o2 ,
note 2. Un résumé très succinct de cette biographie se trouve aussi
dans un manuscrit de la Bibliothèque de Berlin (coll. Sachau,
n** i65, fol. 6); M. Lamy l'a communiqué dans son édition de
S, Epîirœmi syri hymni et sermones , II, viii, note 5.
408 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
des armées de mouches et de taons s'abattirent sur
les éléphants et les chevaux de Tarmée perse et for-
cèrent Sapor de renoncer à son entreprise ^. Jacques
ne survécut à ce siège que quelques jours; Ephrem
continua à séjourner à Nisibe et à s y perfectionner
dans tous les genres de la vertu , jusqu'à la reddition
de cette place aux Perses. 11 se rendit alors à Beith-
Grarbaia, où il avait reçu le baptême à Tâge de dix-
huit ans 2, après avoir été instruit dans les saintes
Ecritures. Les persécutions dirigées contre les chré-
tiens de la Perse le forcent à se retirer à Amid , mais
il y demeure peu de temps; à la fin de la même
année, il se fixe à Edesse. Il se loue d'abord comme
serviteur dans un établissement de bains, pour s'as-
surer les moyens de vivre ; puis , poussé par le goût
des études et de la vie ascétique, il quitte la ville
et se choisit une retraite sur la montagne sainte
d'Edesse au milieu des anachorètes. Son commen-
taire sur la Genèse le met en évidence et il est sol-
licité de venir enseigner à l'Ecole d'Edesse. Il veut
refuser cet honneur, mais une vision céleste le
force à accepter. C'est à cette époque qu'il rédige
ses écrits contre les hérétiques. Son enseignement
lui attire un grand nombre de disciples , parmi les-
^ Il s'agit du siège de l'année 338; comp. Barhebrœus, Ckron.
syr,, p. 66; Liber Chalipharnm, dans Land, Anecd. syr,, I, p. a
(p. io4 de la traduction); Théodoret, Hiii. eccL, U, p. 26; Lamy,
•S. Ephrœmi hymni et sermones. H, p. 19, note.
^ Dans le manuscrit du Vatican : où i7 reçat le baptême à l'âge
de vingt-huit ans.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 409
quels se trouvaient Zénobius, le diacre, Mar Isaac,
Asuna, Julien et Siméon^.
Le bruit qui se faisait à ce moment autour du
nom de saint Basile et qui se répandait partout le
remplit du désir de connaître cet illustre évêque.
Il part accompagné d un interprète , car il ne savait
pas le grec. Arrivé au bord de la mer, il trouve un
navire en partance pour TEgypte; il s'y embarque
et descend dans lancien pays des Pharaons, qu'il
trouve en proie à larianisme. Il passe huit ans à
combattre cette hérésie, puis il part pour Césarée
de Gappadoce. Saint Basile laccueille avec joie et
lui confère le diaconat. Ayant appris que, pendant
son absence, les hérésies avaient relevé la tête à
Edesse , Ephrem retourne en Mésopotamie. Il passe
par Samosate et rentre à Edesse. Il recommence
aussitôt à lutter contre les sectateurs de Bardesane ,
d'Arius , de Manès et de Marcion , qu il foudroie de
ses hymnes virulents.
Quatre années s'étaient écoulées depuis son re-
tour dans la capitale de TOsrhoène, lorsque saint
Basile lui adressa deux légats chargés de le consacrer
évéque. Saint Ephrem refusa d'accepter cette di-
gnité et sut par des subterfuges échapper aux solli-
citations de son entourage. Il eut pour ami Mar
Saba, un pieux moine, en l'honneur duquel il com-
^ Dans le manuscrit du Vatican ; Zënobius, le diacre, Isaac,
Siméon et Abraham. Dans le Testament d' Ephrem : Abha, Abraham «
Siméon , Mara et Zénobius.
410 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
posa plusieurs hymnes ^ U écrivit des poésies sur
des évêques et des personnages pieux de son temps,
sur la chute de Nicomédie, sur Nisibe et son évêque
Jacques, sur Constantin. li commenta l'Ancien et
le Nouveau Testament, décrivit les fléaux dont il
fut le témoin et consacra des hymnes aux martyrs
d'Edesse, Gouria et Schamouna^.
Du vivant de saint Éphrem, ajoutent ces Actes,
eurent lieu Imvasion des Huns^ et la persécution
de Valens contre les orthodoxes ^. Saint Basile pré-
céda dans la tombe saint Éphrem, qui composa
plusieurs hymnes sur ce saint évêque.
A la piété Saint Éphrem joignait la charité, dont
il donna des exemples pendant une famine. H
mourut entouré de la vénération de tous et ses ob-
sèques attirèrent une foule considérable de tous les
lieux voisins.
Selon cette biographie, saint Éphrem naquit sous
Constantin , fut baptisé à fâge de dix-huit ans et sui-
vit Jacques de Nisibe au concile de Nicée en 32 5.
Cette dernière date nous oblige à reporter la naissance
de saint Éphrem à la première année du règne de
Constantin , en 3o6 , en supposant que saint Éphrem
n'était devenu chrétien quun an avant son départ
^ Édités par M. Lamy dans 5. Ephrœmi hymni, ni,p. 887*936.
* Voir ci-dessus , p. 388.
•'' Voir ci-dessus, p. 4o6, note 3.
* Voir ci-dessus, p. 4o2. Dans le manuscrit du Vatican, cette
persécution est rapportée à Julien au lieu de Valens * comme nous
l'avons dit plus haut, p. 398.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 411
pour Nicée. Mais sa présence à Nicée semble fort pro-
blématique, comme le remarque M. Nœideke ^ car il
n y est fait nulle part allusion dans ses écrits. Si la
date de sa naissance est incertaine, celle de sa mort
est connue ; elle tombe le 9 juin 3 7 3 ^. Ephrem , ayant
quitté Nisibe en 3 6 3 , ne vécut à Edesse que dix années
au plus, peut-être même neuf, si Ton admet avec
son biographe qu il n arriva à Edesse qu une année
après son départ de Nisibe. Son activité intellec-
tuelle dans rOsrhoène fut prodigieuse, comme lat-
test^nt les nombreuses œuvres qu il écrivit à cette
époque-là; celles-ci suffisent largement à remplir la
dernière période de son existence. Il n est donc pas
admissible qu il ait passé huit ans en Egypte. Son
voyage dans ce pays doit être tenu pour fictif, ainsi
que sa visite à saint Basile à Césarée de Cappa-
doce.
La vie de ce Père , si pauvre qu elle soit de faits
positifs, a dû être écrite de bonne heure après la
mort de saint Ephrem, observe M. Nœideke^, car
elle fut utilisée par des auteurs du commencement
du v* siècle et peut-être de la fin du IV^ Cependant
les rédactions que nous en possédons sont de beau-
coup postérieures. A propos de larrivée d*Ephrem
* Voir Gôtting, Gelehrte Anzeigen, 1887, p. 83.
* D'après la Chronique d' Edesse dans Assémani, J5. 0.> I, p. 54 ;
Jacques d'Édesse, dans Lamy, 5. Ephrœnii kymni, II, p. vm,
note 2, et d'autres auteurs; comp. Bickell, S. Epkrœmi carmina
Nisibena, p. 9, note; Nœideke, Gôtt, Gelehrte Anzeigen, 1887,
p. 84.
' Loc» cit, p* Sa*
412 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
à Edesse, elles parient du fleuve du Daiçan qai en-
toure la ville; or ce n est que sous Justinien que le
Daiçan reçut cette direction, comme nous lavons
rapporté ci- dessus (p.* 9 4). Le manuscrit du Va-
tican mentionne les Stylites aux obsèques d*Ephrem;
cet ordre, comme Ta remarqué Assémani ^ fut
fondé par Siméon en AS 9.
La grande influence qu Ephrem exerça en Orient
lui valut le titre de Prophète des Syriens. Cette in-
fluence ne fut pas limitée à la Syrie et à la Mésopo-
tamie, mais s'étendit sur tout le monde chrétien. On
possède de ses écrits des traductions grecques, ar-
méniennes, coptes, arabes, éthiopiennes, etc. C'est
surtout par la poésie qu il chercha à inculquer à
ses disciples les doctrines qu'il professait. Il avait,
nous apprend son biographe, constitué un chœur
de vierges, qui se rendaient assidûment à l'église
matin et soir, et chantaient sous sa direction les
hymnes qu'il avait composés. C'est également par
des hymnes (et en cela il se montra l'heureux émule
de Bardesane) qu'il combattit les nombreuses sectes
hérétiques répandues dans l'Asie antérieure et parmi
lesquelles ce Père de l'Eglise cite lui-même les Ariens ,
les Eunomiens, les Catharistes, les Ophites, les Mar-
cionites, les Valentiniens, les Manichéens, les Bar-
desanites, les Koukoiens, les Paulianistes , les Sab-
batiens et les Borboriens ^. Ses principales attaques,
^ Voir Assémaui, B. 0., 1, p. 54.
* Ibidé, p. i45.
HISTOIRE D*ÉDESSE. 413
comme le remarque son biographe, furent dirigées
contre les doctrines de Marcion, de Manès, de Bar-
desane et d'Arius. Elles datent de Tépoque qu*ii
vivait à Edesse. Les poésies qu'il composa à Nisibe
ont trait surtout à l'histoire de cette ville et aux sièges
qu'elle eut à subir pendant les premières années du
règne de Sapor II.
Les poésies de saint Ephrem se divisent en ho-
mélies ();;ioJl^, mimré) et en hymnes (JLa?*Jo, ma-
dvâsché). Les homélies se com^posent de vers de
sept syllabes. Les Syriens ont aussi donné le nom
d'homélies à quelques-unes des compositions en
prose de cet auteur. Les hymnes sont formés de
strophes qui comprennent plusieurs vers ayant soit
un nombre égal de syllabes, soit un nombre diffé-
rent ^ Ces hymnes et ces homélies servirent de
modèle aux Pères de l'Eglise syriaque qui culti-
vèrent ce genre de littérature; ils prirent placé dans
les rituels , bréviaires et recueils destinés aux offices,
aussi bien chez les orthodoxes que chez les Jaco-
bites et les Nestoriens. Souvent, il est vrai, on
attribua à ce Père des œuvres de ses disciples ou
d'auteurs moins connus.
Les commentaires de saint Ephrem sur l'Ancien
Testament ne nous sont parvenus que fragmentai-
rement dans une Catena Pati^um in Scriptarani ré-
digée par Sévère, un moine d'Antioche, en 861.
La majeure partie a été publiée dans l'édition ro-
* Voir Lamy, S. Ephrœmi kj'mni et sermones, ÏII, p. vm.
XYIII. 28
lOJALa
414 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
maine ^ ; une autre partie dans Tédition de M. Lamy K
Ils sont basés sur la version syriaque dite Peschito ^.
Les commentaires sur le Nouveau Testament, qui
ne nous ont pas été conservés dans le texte original ,
suivaient la même version ; mais saint Ëphrem se
servit aussi du Diatessaron de Tatien , dont il fit un
commentaire qui nous est connu par une version
arménienne. C*est également dans une version ar-
ménienne que son commentaire sur les Epîtres de
saint Paul nous a été transmis.
Saint Ephrem est encore Fauteur de nombreux
discours exégétiques en prose.
Les publications de ses œuvres se sont beaucoup
accrues depuis la grande édition romaine, due aux
maronites Bénédicte et Assémani.
M. Bickeli a fait paraître en 1866 une collection
d^hymnes sous le titre de S. Ephrœmi syri camdna
Nisihena qui renferme, outre les poésies composées
à Nisibe, des hymnes relatifs à Edesse et à Harran
et qui appartiennent à la seconde époque de l'au-
teur.
Le recueil de M. Overbeck, intitidé S. Ephrœmi
syri. . . op^ra, contient des hymnes contre! empereur
Julien composés à Nisibe, des traités contre les héré-
* Voir S, Ephrœmi syri Opp, syr, lat. , t. I-II.
* Voir 5. Ephrœmi syri hymni et sermones, II, p. 10 5-3 10.
^ Saint Ephrem , ne sachant pas le grec , ne pouvait consulter la
Septante. Les citations qui viennent de cette source sont donc des
interpolations postérieures à saint Ephrem; comp. Nœldeke, GôtU
Gelehrte Ânzeigen , 1887, p. 81.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 415
tiques, des fragments de commentaire, divers traités,
une épître, des hymnes sur le paradis et une ho-
mélie sur le baptême de Constantin.
M. Zingerle a publié quelques homélies ^
Enfin l'importante publication de M. Lamy que
nous avons eu l'occasion de citer souvent plus haut
comprend sous le titre de Hymni et sermones les
œuvres de ce Père qui se trouvaient encore inédites
dans les diverses bibliothèques de l'Europe, surtout
dans celle du British Muséum.
On a parfois attribué à saint Ephrem des ouvrages
qui lui sont postérieurs et qui appartiennent à son
école. De ce genre est le soi-disant Testament de saint
Lphrem^. Mais on peut considérer comme véridique
l'attribution que Salomon de Bassora a faite à cet
auteur du poème sur Joseph ^. Le mètre heptasylla-
bique et le style favorisent cette hypothèse , quoiqu'un
manuscrit en revendique la paternité pour Mâr
Balai ^. Ce poème, qui renferme douze chants, vient
d'être publié par M. Bedjan dans une deuxième
édition complète. La première édition, parue en
1887, ne comprenait que les dix premiers chants.
^ S. p. Ephrœmi sermones duo, dans ses Monamenta syriaca, I,
p. 4 , 1869.
* Voir S, Ephrœmi sjri opéra grœca, édit. Ev. Assémani, II»
p. 3.45-4 10 (avec variante, p. 433); Overbeck, S. Ephrcemi...
opéra, p. 137-1 56.
' Voir The hook oj the bee, édit. Budge, p. 47, • 5.
* Voir Overbeck, S. Ephrœmi. . . opéra, où sont édités les
chants I et VIII, p. 270 et suiv.
416 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
M. Laniy en avait reproduit le texte avec une tra-
duction latine dans le troisième volume de son ou-
vrage intitulé : S. Ephrœmi hymni et sermones. C est
dans des manuscrits venus de TOrient que M. Bedjan
a eu rheureuse fortune de trouver d abord les dix
premiers chants et ensuite les deux derniers chants.
La deuxième édition est suivie d'un petit poème sur
la prétendue translation des reliques de Jacob à Con-
stantinople, dont Tauteur est désigné sous le nom de
Bani. Salomon de Bassora pariait aussi d'un treizième
chant sur la translation de ces reliques.
On cite encore saint Ephrem comme lauteur
d'une vie de Mâr Abraham de Kidouna. M. Lamy
vient de publier dans le dixième volume des Analecta
Dollandiana le texte syriaque de cet opuscule, qui
paraît être postérieur à saint Ephrem. Les quinze
hymnes que ce Père avait consacrés à son ami
Abraham de Kidouna ont été publiés par M. Lamy
dans S. Ephr, hymni, III, p. -ySo et suiv.
Saint Ephrem était doué d'une imagination ar-
dente, mais il est prolixe et son style manque de
chaleur. Ses poésies , qui ressemblent à de la prose
rythmée, étaient admirablement adaptées au plain-
chant de l'église. Ce genre de littérature porte bien
l'empreinte du génie syrien, qui ne s'éleva jamais
plus haut.
Saint Ephrem professa à Edesse sans doute à
l'Ecole des Perses. Il eut de nombreux disciples,
dont quelques-uns ont passé à la postérité. Le Tes-
tament de saint Ephrem cite : Abha, Abraham, Si-
HISTOIRE D'ÉDESSE. 417
méon, Mara d'Aghel et Zénobius de Gozarle, aux-
quels on doit ajouter Isaac et Jacob ^
Abha est indiqué comme l'auteur d un commen-
taire sur les Evangiles, d'un discours sur Job et
dune explication du verset 9 du psaume xlii^.
Zénobius, qui était diacre de l'Eglise d'Edesse,
écrivit des traités contre Marcion et Pamphyle,
et plusieurs épîtres^. Il fut le maître d'Isaac d'An-
tioche et d'Absamia , le neveu d'Ephrem , dont nous
parlerons sous le chapitre suivant.
Isaac fut presbyter et écrivit sur la Trinité. On
lui attribue, ainsi qu'à Zénobius, une Vie de saint
Ephrem ^.
La gloire de saint Ephrem semble avoir éclipsé
et fait tomber dans l'oubli les autres auteurs édessé-
niens de ce siècle. L'Ecole des Perses prospérait et
attirait à Edesse des étudiants accourus des divers
points de la Mésopotamie et principalement des
provinces chrétiennes de la Perse, en proie aux per-
sécutions des Mages. L'activité de cette école était
dirigée vers les études grecques considérées comme
une des branches de la théologie. A ce siècle re-
montent certainement des traductions des œuvres
^ Comp. ci-dessus, p. 409; Assémani, B. 0., I, p. 25; Wright,
CaiaL of the Sjriac m.s.,p. 992, col. 2, et Sjriac literature, dans
V Encjclopedia britannica.
^ Comp. Wright, Catal, of. the Sjr. ms., 83 1, col. 1; 1002,
col. 1 ; Sjriac literature, p. 85.
^ Voir Catalogue d'Abdischo, dans Assémani, B. O. I, p. 168. Of.
ibid., in, I, p. 43.
* Voir Catalogue d'Abdischo, lac. cit.
418 NOVEMBRE-DÉCEMBRE i891.
d*Eusèbe. « Les plus anciens manuscrits syriaques
sont édesséniens, remarcjiie Wright^, tels sont : le
fameux manuscrit du British Museam, add, i2i5o,
daté de la fin de 4 1 1 , et le ms. également célèbre
de Saint-Pétersbourg, écrit en 462. Le premier
contient les jRecogfniïion^5 attribuées à saint Clément,
les discours de Titus de Bostra contre les Mani-
chéens, la Théophanie d'Eusèbe et l'histoire des
martyrs de la Palestine; le second, l'Histoire ecclé-
siastique d'Eusèbe. Il est évident que le texte
qu'offrent ces manuscrits a passé successivement
par les mains de plusieurs scribes. Ces ouvrages ont
donc été traduits en syriaque du vivant même de
leurs auteurs, ou très peu de temps après leur mort,
car Eusèbe mourut en 3/iO et Titus en îyi. Il est
très probable que l'un ou l'autre de ces auteurs
avait un ami dans le chef-lieu de l'enseignement du
syriaque, qui fit pour lui ce que Rabboula entreprit
pour saint Cyrille ^. »
* Syriac literatare, dans YEncyclopedia britannica, p. 83o^
* Comp. Merx , A tti del IV Congr, intern. degli orientalisti.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 419
CHAPITRE X.
ÉDESSE PENDANT LE V* SiÈCLE.
Fléaux qui désolèrent TOsHioène : une troisième inondation
du Daiçan, une maladie épidémique, les sauterelles. —
Les saturnales célébrées à Edesse. — Le gouverneur
Alexandre signalé pour sa justice. — Ëvèques d*Ëdesse
pendant ce siècle. — Rabboula fait triompher la foi ortho-
doxe; il détruit les derniers restes du paganisme, convertit
ou chasse les hérétiques ; il combat énergiquement le nes-
torianisme. — Hibha , son successeur , favorise Textension
du nestorianisme. - — Destruction de TËcole des Perses.
— La littérature à cette époque. — - La légende de
riiomme de Dieu.
Pendant ce siècle , la paix dura entre les Romains
et les Perses ; le traité qui assurait la possession de
Nisibe à ceux-ci pour toute cette période encore
fut fidèlement observé des deux côtés. Péroz reçut
même des subsides en argent de Zenon, pendant
l'expédition qu'il dirigea contre les Huns. Une clause
du traité stipulait, en effet, que les deux empires se
prêteraient une aide mutuelle en cas d attaque des
peuplades voisines ^ Zenon tenait d'autant plus au
maintien de la paix qu'il avait à faire face à ses en-
nemis de l'intérieur. Après avoir repris possession
de son trône, que Basilisqiie avait usurpé et occupé
pendant quelque temps , il eut à combattre Léontius
etllliis qui s'étaient déclarés in dépendants à Antioche,
' VolrJosué le Siylite, édit. Wright, chap. vill-x.
420 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
OÙ ils commandaient; Léontius avait même pris le
titre d*empereur. Jean le Scythe vint enfin , à la tête
d'une nombreuse armée, livrer bataille aux rebelles.
Mais les habitants d'Antioche forcèrent ceux-ci à
quitter leur ville. Ils passèrent TEuphrate et en-
voyèrent un de leurs partisans, nommé Matronianus,
occuper Edesse. Les Edesséniens fermèrent leurs
portes et se mirent en état de défense. Illus et Léon-
tius furent vaincus par les troupes de Zenon et se
retirèrent dans une forteresse qu'ils s'étaient préparée
de longue main.
Les calamités de la guerre furent ainsi épargnées
à Edesse, mais cette ville fut en proie à d'autres
fléaux : les inondations, les épidémies et les saute-
relles qui affligèrent ses habitants et son territoire ^.
La troisième inondation du Daiçan qui renversa
les murs de la ville eut lieu , suivant la chronique
d'Edesse en Tan 724 des Séleucides, probablement
à l'automne de Tannée li\2 de notre ère.
Une épidémie étrange s'attaqua au peuple pen-
dant l'année 806 des Séleucides [[iQli'kgS de J.-C),
rapporte la chronique de Josué le Stylite^. Elle se
manifesta chez les uns par des bubons pleins de pus
qui tuméfiaient la face et la rendaient hideuse;
d'autres personnes étaient couvertes sur tout le corps
d'ulcères et de pustules qui s'étendaient depuis la
paume des mains jusqu'à la plante des pieds ; parfois
* Voir Chronique de Josué le Stylite, édit. Wright, chap. xni et
suîv., et la Chronique d'Edesse, Assémani, B. O., I, p. ^o6.
* Edit. Wright, chap. xxvi.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 421
aussi il se formait de profondes crevasses sur les
membres. Cependant le mai ne durait pas longtemps ;
il neut pas d'effet pernicieux; il laissait seulement
des marques après la guérison.
Cette épidémie revint deux ans après. Elle affecta
les yeux de beaucoup de personnes dans la ville et
les villages environnants et leur fit perdre la vue.
L'évêque Cyrus montra beaucoup de zèle et d'ab-
négation pendant cette épidémie. 11 engagea les
habitants à offrir un tabernacle d'argent où Ton dé-
poserait les vases consacrés à l'office de la commé-
moration des martyrs.
Le ly mai ^96, on célébra à Edesse, pour la
première fois , des Saturnales ^ Cette fête fut renou-
velée au mois de mai des années suivantes jusqu'à
ce qu'elle fut supprimée définitivement par un édit
de l'empereur Anastase , en 5 02. Voici la description
qu'en fait Josué le Stylite. Elle commençait la nuit
du vendredi au samedi, au milieu des illuminations
qui sillonnaient les bords du fleuve depuis la porte
du Théâtre jusqu'à la porte des Grottes. Un dan-
seur fameux, du nom de Trimerius^, excitait Ten-
^ Ou peut-être desjeax olympùfaes dans lesquels on récitait des
poèmes mystiques. Comp. Bar Bahloul, Lexiconsjriaciun, col, l'jo^
\. 21 et ult.
* Voir Josué le Stylite, chap. xx^ii. On aimerait mieux entendre
des acteurs appelés trimériens, parce que la pièce qu'ils jouaient
était divisée en trois parties et exécutée en trois jours. Mais Josué
a bien vu dans Trimerius le nom propre d'un danseur. Un manu-
scrit du British Muséum renferme un hymne sur Trimerius le dan-
seur. Voir Wright, Catal. oftke Syr, ms,, I, p. 335, col. 1.
422 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
thousiasme des spectateurs. On jouait des comédies
grecques qui étaient un divertissement tout nouveau
pour le peuple. La seconde représentation en iigS
fut préparée avec encore plus de solennité. Sept
jours durant, la foule partait en procession du
théâtre, vêtue d'habits de fête; elle parcourait les
voies illuminées où brûlait Tencens et passait les
nuits à admirer le danseur.
Le pieux auteur de la chronique, un moine, est
scandalisé par un tel spectacle et ne manque pas de
lui attribuer Tépidémie et les calamités que la colère
divine infligea à la ville pervertie. Il s^étonne que
personne n ait averti les habitants de leurs fautes.
Xénaias (Philoxène) de Mabboug lui-même, qui se
trouvait à Edesse à ce moment-là , ne prêcha pas
plus d'un jour contre ce scandale.
Le gouverneur d'Edesse, Alexandre, qui avait
succédé à Anastase, rappelé en Tan ^97, estima sans
doute que le défaut d'hygiène était pour beaucoup
dans la réapparition du fléau après un si court in-
tervalle de temps. 11 fit nettoyer les rues et enlever
les boutiques qui encombraient les voies et les por-
tiques. 11 fut aussi zélé pour la justice que pour l'ad-
ministration. Siégeant régulièrement chaque ven-
dredi dans l'église de Saint-Jean-Baptistè et d'Addai
l'apôtre, il jugeait les procès et terminait des litiges
en suspens, qui parfois remontaient à cinquante
ans.
Il plaça devant le prétoire une boîte avec une
ouverture, où l'on jetait les lettres anonymes conte-
HISTOIRE D*ÉDESSE. 423
nant les desiderata qu'on n'osait pas exprimer publi-
quement, li bâtit ia galerie qui se trouvait auprès de
la porte des Grottes et commença la construction,
projetée depuis longtemps, des bains publics situés
près du grenier d'abondance. Il donna aux artisans
Tordre de suspendre à leurs boutiques , la veille du
dimanche, des croix éclairées par cinq lampions.
Cette même année , les colonnades et la salle d'é-
tuve des bains d'été s'écroulèrent et écrasèrent deux
personnes.
Avec le retour de la fête païenne, au mois de
mai 499, coïncida l'invasion des sauterelles qui,
cette année , ne causèrent pas de dégâts ; elles dépo-
sèrent seulement leurs œufs en terre. Au mois d'août,
la Syrie et la Mésopotamie furent agitées par des
tremblements de terre. Edesse fut peu éprouvée. Il
y eut seulement une brèche faite au mur, du côté
sud près de la grande porte ; les pierres furent pro-
jetées à une certaine distance. Une éclipse de soleil
terrifia la ville plus que ce tremblement de terre.
L'Osrhoène était prospère. Les artisans d'Edesse
payaient tous les quatre ans pour l'impôt du Chry-
sargyron [yjpucrdpyvpov) la somme élevée de cent cin-
quante livres d'or qui représentait un nombre assez
considérable d'individus soumis au droit. Aussi fut-
ce avec une joie réelle qu'on apprit l'édit d'Anastase
qui supprimait cet impôts
' Chronique (Z'£(£e55e^daasÂssémani, JS. 0.^ I, p. 4o6; Chronique
de Josaé le Styliie, édit. Wright» cliap. xxxi.
424 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
Les évêques d'Kdesse pendant ce siècle furent :
Diogènc Aog-Ai i
Rabboula 4ia-d35
Hibha. 435.457
Nonnus 457-471
Cyrus 471-498
Pierre 498-5 10
Pequida, éveque d'Edesse, était mort pendant la
nouvelle lune du mois daoûl /109. Diogène, son suc-
cesseur, commença la construction de Téglise de
Mar Barlâhâ.
Rabboula , qui succéda à Diogène en 4 1 2 , devint
célèbre par les luttes quil soutint contre le nesto-
rianisme , et c'est à son énergique direction qu'Edesse
dut d'être purgée des sectes gnostiques que saint
Ephrem n avait pu déraciner malgré tout son ta-
lent.
Nous possédons de ce saint évêque une biographie
écrite peu de temps après sa mort par un de ses
clercs. Cette biographie tient du panégyrique par
les éloges quelle prodigue à son héros, mais elle
semble tracer un tableau exact des principaux actes
de sa vie ^ Rabboula était né à Kennesrin, près d'A-
lep, dun père païen, mais dune mère chrétienne.
La femme qu'il épousa était également chrétienne.
Il fut converti au christianisme par Eusèbe , évêque
^ Elle a été publiée ])ar Overbeck dans son recueil intitulé :
S. Ephrwnii syri, Rabbulœ episcopi, . , opéra, Oxford, i865,
p. 160-209. Elle a été traduite en allemand par M. BickeU dans la
Thalhojer Bibliothek der Kirchenvœier, n"* ioa-io4*
HISTOIRE D'ÉDESSE. 425
de Kennesrin, et Acacius, évêque d'Alep. Il em-
brassa sa nouvelle foi avec une telle ardeur qu il se
consacra entièrement à Dieu. Quittant ses parents,
sa femme et ses enfants , il se rendit au couvent de
Mâr Abraham , où il mena la vie monastique. Vou-
lant ensuite se livrer aux mortifications ascétiques,
il se retira dans le désert voisin , où il vécut en ana-
chorète. Après avoir subi les épreuves qu*il s'était
imposées , il retourna au couvent de Mâr Abraham.
C*est là qu'il se trouvait quand il fut désigné par le
patriarche d'Antioche pour occuper le siège épisco-
pal d'Edesse devenu vacant par la mort de Dio-
gène.
Son biographe représente cet évêque comme un
modèle de piété et de charité. En se consacrant à la
vie ecclésiastique, il avait vendu ses biens et distri-
bué ses richesses aux pauvres. Evêque, il continua
de s'astreindre aux privations les plus dures et força
ses clercs et les personnes de son entourage à suivre
son exemple. Il fit vendre les services d'argent ci-
selés avec art qui servaient aux dix tables des clercs
et les remplaça par de la vaisselle de faïence. Il vou-
lait agir de même à l'égard des vases sacrés d'or et
d'argent de l'épiscopat, mais il dut renoncer à ce
projet devant l'opposition des familles des dona-
teurs ^.
Tout l'argent qu'il avait à sa disposition était em-
ployé à soulager les indigents et les malades. Il ré-
* Goinp. Barhebrsus, Chr, eccL, I, p. 271.
420 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
forma complètement l'hospice de la ville , qui n'exis-
tait que de nom. Il créa pour les femmes un hôpital
qu'il bâtit avec les pierres provenant de la destruc-
tion de quatre temples païens. Les aliénés, qui étaient
rejetés hors la ville, furent également l'objet de sa
sollicitude.
Il évita les constructions de luxe. Le mur nord
de la cathédrale ne fut reconstruit que dans la par-
tie qui menaçait ruine. Il fit l'église de Saint-Etienne
d'une synagogue qu'il enleva aux Juifs avec l'autori-
sation de l'empereur ^
Ses bonnes œuvres ne le détoiunaient pas de ses
préoccupations religieuses. Il déploya une activité
extraordinaire contre les hérétiques qui, depuis la
mort de saint Ephrem , avaient relevé la tête , à la
faveur de la protection que les Ariens avaient trou-
vée auprès de l'empereur Valens. Les sectateurs de
Bardesane étaient nombreux et puissants ; ils comp-
taient dans leurs rangs les principaux personnages
de la ville. Par sa parole persuasive, Rabboula les
ramena à l'orthodoxie. Après les avoir convaincus
de leurs erreurs , il leur donna le baptême et fit dé-
molir, de leur consentement, l'église où ils se réu-
nissaient; les pierres de l'édifice furent utilisées à
d'autres constructions. Il baptisa aussi plusieurs
milliers de Juifs et amena les Ariens, dont il détrui-
sit l'église , à confesser le dogme de la Trinité. Sa
sollicitude s'étendit également aux disciples de Marr
^ Dans la Chroniffue d'Edesse, voir Assémani, JB. 0., I, p. 4oi.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 427
cion, c(ui abjurèrent leurs hérésies et acceptèrent la
foi orthodoxe. Les Borboriens, quon accusait de
pratiques honteuses , furent Tobjet de mesures rigou-
reuses : ceux qui se soumirent furent enfermés
dans des couvents pour le reste de leurs jours; les
autres furent expulsés de TOsrhoène. Le même trai-
tement fut infligé aux ^Audâyê et aux Sadducéens
qui s'étaient séparés de l'Eglise et prétendaient avoir
des visions ^ Rabboula dispersa leurs assemblées et
les chassa de leur temple, dont il fit un couvent
pour des moines orthodoxes. Il accepta cependant
la soumission de ceux qui demandèrent à rentrer
dans le giron de l'Eglise. Les Messaliens ne furent
pas rebelles à la voix du pasteur d'Edesse; ils re-
noncèrent à leurs pratiques hétérodoxes. Ainsi,
ajoute le biographe, Rabboula parvint à détruire
tous les schismes et l'Eglise d'Edesse ne forma plus
qu'un seul corps.
A ce moment, le dogme des deux natures et des
deux personnes , qui n'avait pas encore eu un grand
retentissement, commença à troubler les esprits,
grâce à l'autorité que lui prêta Nestorius en se dé-
clarant l'apôtre de la doctrine de Théodore de Mop-
sueste. Rabboula semble s'être montré d'abord fa-
^ On ne sait rien de précis sur les Borboriens, les'Audâyê et les
Sadducéens chrétiens. Voir Hoffmann , Auszûge aus Sjriscken Açten
persischer Martjrer, p. 122; comp. sur les 'Audâyê Théodoret,
Hist. ceci, IV, p. IX. D'après ce que dit le biographe de Rabboula,
il semble que les Audâyé et les Sadducéens étaient des sectes de
visionnaires.
428 NOVEMBRE^DEGEMBRE 1891.
vorable à Nestorius ou, du moins, avoir été avec
Jean, patriarche d'Antioche, hostile aux rigueurs
réclamées contre Tévêque de'Constantinople par ses
adversaires ^ Son biographe est muet sur ce point.
Il montre Tévêque d'Édesse comme un ennemi dé-
claré de cette hérésie qui menaçait d'envahir toute
la Mésopotamie. En effet, Rabboula n hésita pas
longtemps; il lutta énergiquement contre le parti
do Nestorius et fut l'un des auxiliaires les plus puis-
sants de Cyrille d'Alexandrie au concile d'Éphèse de
431.
11 réunit un concile à Edesse , dont il rédigea les
canons; fit brûler les écrits de Théodore de Mop-
sueste qu'Hibha avait traduits dans TEcole des
Perses ^ , et chassa de cette école et de la ville les
partisans de Nestorius. Le sermon qu'il prononça à
Constantînople contre cet hérétique a été traduit en
syriaque par son biographe et publié par M. Over-
beck dans le recueil dont nous avons déjà parlé.
11 entretint avec Cyrille d'Alexandrie des relations
suivies qui donnèrent lieu à un échange de lettres,
dont quelques-unes nous sont parvenues soit en en-
tier, soit fragmentairement^.
Il traduisit en syriaque le traité de Cyrille intitulé
De Recta in Dominum nostram J.-C. Fide sur l'exem-
plaire que l'auteur lui avait envoyé.
* Voir Asséniani, J5. 0. , I, p. d 12-435.
* Voir Barhebrcpus, Clir. eccL, II, p. 56.
^ Voir Overbeck, S» Ephrœmi syri et RabbuJœ episcopi, . . opéra,
p. 225-229.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 429
U adressa uns lettre à André, évêque de Samosate
et partisan de Nestorius, dans laquelle il le blâme
d'avoir rédigé un traité contre les douze anathèmes
de Cyrille.
Il écrivit, continue son biographe, « quarante-six
épîtres adressées aux prêtres, aux empereurs, aux
grands et aux moines », dans lesquelles il défendait
les vrais dogmes et combattait les hérésies du nes-
torianisme. Ce biographe exprime l'intention quil
avait de traduire en syriaque ces épîtres écrites en
grec. Nous ne savons si son projet a été complète-
ment réalisé, car il ne nous est parvenu que quelques
fragments de cette traduction ^
Rabboula moumt à Edesse le 8 août^ 435. Il
laissa une œuvre littéraire qui témoigne de l'étendife
de ses connaissances théologiques et des ressources
de son esprit. Son biographe nous apprond qu'il fit
une revision d'après le grec delà version syriaque du
Nouveau Testament; mais nous ne possédons rien
de cette rc vision. C'est sans doute après ce travail
qu'il interdit l'usage du Diatessaron de Tatien dans
son diocèse et qu'il prescrivit aux prêtres et aux
* M. Overbeck , loc. cit. , p. 2 2 2 et suiv. , a publié la lettre adressée à
André de Sa:iiosale et la réponse de et évoque; un fragment d'une
lettre de Rabboula à Cyrille ; une lettre de Cyrille à Rabboula et une
lettre de RabSoula à Ciemollinus, é'icque de Perrhé, sur le mésu-
sage que ron faisait du pain consacré à la communion.
' Suivant la clironique d'Edesse , voir Assémani, B. 0., I, p. 4o3 ;
mais le 8 juillet, suivant le biographe qui ajoute que la durée de
so.i épiscopat fut de 2 4 ans et 3 mois.
xvri. 29
430 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
diacres de veiller à ce qu'il y eût dans toutes les
églises un exemplaire des Evangiles séparés ^
Nous lisons encore dans la biographie de cet
évêque qu'il écrivit « des canons pour la vie monas •
tique , des avertissements , des prescriptions et aver-
tissements concernant les prêtres et les ordres reli-
gieux^ ».
Un sermon encore inédit traite des aumônes qu on
doit faire en vue des âmes des défunts, et défend
les fêtes à foccasion de la commémoration des
morts ^.
Enfm il composa des hymnes dont plusieurs ont
été édités par M. Overbeck*.
Rabboula eut pour successeur Hibha(lbas). Celui-
ci avait traduit pendant sa jeunesse les œuvres de
Théodore de Mopsueste et de Diodore avec faide
de Couma, de Probus et de Ma^nê, disciples de
TEcole des Perses^. Il était entaché de nestorianisme
et sa célèbre lettre adressée à Mari le Perse contri-
bua puissamment à répandre cette hérésie dans la
Mésopotamie orientale. Attaqué de ce chef, il fut
acquitté aux conciles de Tyr et de Beirout. Mais,
dans le second concile d'Ephèse, réuni en MiQ à
finstigation d'Eutychès et connu sous le nom de
brigandage d'Ephèse , il fut compris avec son neveu
* Comp. Overbeck, loc. cit,, p. 220» 1. 3.
* Publiés en partie dans Overbeck, loc, cit,, p. 210 et suiv.
^ Codd. ms. orient. Bibl, Pal. Med., p. 107. Cf. Wright, Syriac
literature dans VEncyclopedia britannica, p. 829.
* Loc. cit., p. 245-2d8, 362-378.
^ Voir Assémaui, B. 0., III, i, p. 85; III, 11, p. 73.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 431
Daniel, évêque de Harran, dans la condamnation
qui frappa Fiavien de Constantinopie, Domnus
d^Antioche, Irénée de Tyr, Eusèbe de Dorylaeum,
Sophronius de Telia et Théodoret de Cyr. Il dut
s'exiler et céder son siège à Nonnus.
Hibha, pendant les premières années de son
épiscopat , avait construit Téglise Nouvelle , qui fut
appelée plus tard l'église des Apôtres. En ^138, une
magnifique table d'argent massif qui pesait y 20 livres
fut apportée à Edesse par Sanatour et placée dans
Téglise ancienne.
En A 42, Anatole le général fit don dune châsse
d'argent pour recevoir les reliques de Tapôtre Tho-
mas. Le sanctuaire de la cathédrale fut construit par
Nonnus pendant lexil d'Hibha.
Cet exil ne dura que deux ans. Après le concile
de Chalcédoine qui, en 45 1, condamna l'hérésie
monophysite d'Eutychès et sanctionna les dogmes
orthodoxes, Hibha fut réinstallé sur son siège à
Edesse malgré ses attaches au nestorianisme , égale-
ment réprouvé par le concile.
Les dernières années de sa vie s'écoulèrent pai-
siblement; il mourut le 28 octobre 457. On lui
attribue un commentaire sur les Proverbes, des
sermons, des homélies en vers et un traité relatif
à une discussion qu'il avait soutenue contre un hé-
rétique ^
A Hibha succéda Nonnus, qui l'avait déjà rem-
^ Catalogue d''Abdischo dans Assémani, B. O.» III, i, p. 86; cf.
Wright, Syriac literatwre dans VEncyclopedia britannica, p. 839.
39-
432 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
placé pendant les années 4^9 à 45 1. Après le
retour d'Hibha à Edesse, Nonniis avait été envoyé
à Héliopolis (Balbek) par Maxime, patriarche d'An-
tioche, pour convertir les habitants qui étaient en-
core païens. Sa mission fut couronnée de succès. Il
amena aussi à l'Eglise une comédienne célèbre d'An-
tioche qui devint sainte Pélagie.
D'accord avec plusieurs évêques, il écrivit une
lettre à Tempereur Léon pour lengager à sanc-
tionner le concile de Ghalcédoine.
Cet évêque fut orthodoxe, mais il ne réussit pas
à enrayer les progrès du nestorianisme, q[ui, sous
Hibha, s'était répandu à Edesse. Il construisit Téglise
de Saint-Jean-Baptiste et fenclos des Aliénés pauvres
hors de la porte de Beth-Schemesch. Dans cet en-
clos, il érigea un martyrium à saint Cosmas et à
saint Damien. Il créa aussi des monastères, des
tours et des ponts, et assura la sécurité des routes. Il
mourut en Tannée liji et eut pour successeur Cyrus.
C'est à l'instigation de Cyrus que , en 489 , TÉcole
des Perses, qui était devenue un foyer du nestoria-
nisme, fut détruite par ordre de l'empereur Zenon ^
Les maîtres et les disciples, convaincus d'hérésie,
furent expulsés d'Edesse et se retirèrent sur le ter-
ritoire perse 2. A la place qu'occupait cette école fut
* Chron. d'Edesse, dans Assémani, B. 0. , I, p. 4o6. Suivant
Barhebracus, Chron. eccL, II, p. 56, Philoxène de Mabboug prit
également part à cette mesure de rigueur.
2 Principalement à Nisibe. De cette époque date la fondation de
la célèbre école de Nisibe, dont Barcauma rédigea les statuts. Voir
Guidi, Gli statutl délia Sciiola di Nisibi (Rome, 1890, p. 10).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 433
élevée, à titre expiatoire, l'église de Notre-Dame,
mère de Dieu.
L'Ecole des Perses, dont la fondation remontait
probablement à Tannée 363, comme 'nous Tavons
dit plus haut (page 4oi) avait puissamment con-
tribué à la prépondérance quacquit Técole théolo-
gique d'Edesse sur les autres écoles de la Mésopo-
tamie. Cependant il naquit dans la ville même un
antagonisme entre les anciens habitants et les nou-
veaux venus qui restèrent isolés et reçurent le nom
de Perses. C'est peut-être à la faveur de cette riva-
lité que le nestorianisme , qui n'eut pas de racines
profondes en Syrie ni à Edesse même, s'implanta
facilement dans l'Ecole des Perses. Rabboula, qui
était Syrien d'origine, lutta contre l'hérésie nais-
sante; mais Hibha, qui avait professé à l'Ecole des
Perses, lui fut favorable.
Suivant la lettre de Siméon de Beith-Arscham
traitant de l'origine et du développement du nesto-
rianisme en Perse \ Ilibha eut pour disciple Mari
de Beith-Ardaschir, auquel d écrivit la célèbre lettre
sur le nestorianisme, condamnée en concile. A l'aide
de cette lettre et des traductions de Théodore et de
Diodore dues également à Hibha, Mari prêcha et
répandit cette hérésie en Orient. Un autre disciple
d'Hibha, le prêtre Maroun Elitha^, qui fut profes-
* Voir Assémani, B. 0., I, p. 35o et suiv.
* Assémani, loc. cit., corrige Maroun de DUàitha: Dilâitha était
le nom d'un couvent près de Mossoul,
434 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
seur à TEcole des Perses, prit une part active à
cette propagande.
Nous empruntons à la lettre de Siméon de Beith-
Arscham la liste suivante des partisans d'Hibha à
rÉcole des Perses : Acacius TAraméen (c est-à-dire
originaire du Beith-Arâmâyê), surnommé à l'Ecole
Vétranglear d oboles; Barçauma, le serviteur du Curde
Màrâ, surnommé le nageur entre les nids; Ma'nê^
de Beith-Ardaschir, surnommé le buveur de cendres;
^Ab§ota de Ninive, surnommé dun nom qu'on ne
peut écrire décemment ; Jean de Beîth-Garmai , sur-
nommé le petit porc; Michée, surnommé Dagon;
Paul, fils de Caci (ou Cacai), de Karkha dans la
province d'Ahwaz , surnommé le faiseur de haricots
Abraham le Mède , surnommé le chauffeur de fours
Narsès le lépreux; Ezalias, du monastère de Kafar
Mari; et d'autres encore^.
Cependant tous les disciples de cette école ne
suivirent pas Hibha. Tels furent, selon la même
lettre : Papa de Beith-Lapet dans la province
d'Ahwaz ; Xenaias (pkis tard Philoxène de Mab-
^ Ou Ma'iiâ, voir Wright, S^riac literature, dans Y Encyclopedia
britannica, p. 83o, note 45. Il règne une certaine confusion dans
le récit des auteurs sur les commencements du nestorianisme.
Acacius fut nommé catholicus de Séleucie en 483 ou 484, selon
Elias de Nisibe, tandis que Ma*nê avait exercé cette dignité en 420.
Barçauma devint évdque de Nisibe en 435. Il n'est donc pas pos-
sible d'admettre avec Siméon de Beitli-Arscham que Ma*nô et Bar-
çauma furent expulsés d'Edesse après la mort d'Hibha. Voir Barhe-
brœus, Chron. eccL, II, p. 54-73, et les notes des éditeurs.
- Notamment lazidàdh, auteur d'un livre de mélanges (Wright,
Sjriac literature, dans VEucjclopedia hritannica, p. 83o).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 435
boug, un monophysite), de Tahal dans la province
de Beith-Garmai ; et son frère qui se nommait Addai;
Bar-had-be§abba , le Curde, qui devint archiman-
drite du couvent d*'En-Kennâ; Benjamin TAraméen,
qui fut archimandrite du couvent et de l'école de
Qritha dans le district d''Unrin (Hemrin), etc. ^
Péroz était favorable à la propagation du nesto-
rianisme dans son empire ^. Il prévoyait que ce
schisme détacherait les chrétiens de ses Etats de
leurs coreligionnaires de TOccident et que , dans
leurs guerres avec les Romains, les Perses n auraient
plus à craindre la sympathie de leurs sujets chrétiens
pour Tennemi. C'était un moyen plus efficace que
les persécutions. L expulsion des Perses d'Edesse et
la destruction de leur école établirent effectivement
une séparation définitive entre la Mésopotamie oc-
cidentale et les provinces du Tigre. Désormais
rOrient demeure acquis au nestorianisme.
Cyrus mourut le 6 juin 498. Pierre, son succes-
seur, fit son entrée à Edesse le 1 2 juillet suivant.
Les controverses que les questions de christo-
logie suscitèrent pendant ce siècle dans le monde
chrétien eurent un grand retentissement en Syrie
et en Mésopotamie. Comme nous Tavons \u plus
* La plupart de ces anciens élèves de l'Ecole des Perses s'illus-
trèrent par leurs polémiques et leurs (^crits contre les Mages, mais
comme leur activité littéraire fut postérieure à leur sortie de l'école
et s'exerça dans l'empire des Sassanides , elle demeUre en dehors de
l'histoire d'Édesse. Il en est de même de Philoxène de Mabboug et
«Vautres auteurs monophysites ou orthodoxes do la Mésopotamie.
* Voir Barhebraeus, Ckron. eccl., II, p. 65.
430 NOVEMBRK-DÉCEMBRE 1801.
haut, Edesso prit une part active à ces polémiques
(jui nécessitaient une connaissance parfaite de la
langue grecque. L*étude du grec, qui figurait déjà
au programme de TEcole des Perses au siècle pré-
cédent et s'était manifestée par plusieurs traductions ,
devint plus générale et plus approfondie. Saint
Éphrem ne savait pas le grec; Rabboula, au con-
traire, Hibha et les docteurs de cette école récri-
vaient et le parlaient couramment. Les Perses,
chassés d'Edessc, répandirent le goût de ces études
dans les provinces occidentales de la Perse où elles
furent cultivées avec succès. A ce moment furent
publiés, outre la traduction des œuvres de Théo-
dore de Mopsueste et de Diodore mentionnée plus
haut, les travaux sur la logique d'Aristote, la ver-
sion par Probus du IlepJ êputiveias et peut-être d'au-
tres parties de TOrganon ^
La littérature nationale occupe aussi une place
honorable. Outre les œuvres de Rabboula et d'Hibha
sur lesquelles nous navons pas à revenir, on cite
des hymnes et des homélies sur Tinvasion des Huns,
composés en lioli par le prêtre 'Absamya, le fds de
la sœur de saint Ephrem '^.
^ Voir Renan, De philox. peripat. apuil Syros, iSSa; G. Hoff-
mann, De henneneuticis apiid Syro.^ Aristot.; Wright, Sjriac lltera-
tare, dans Y Encyclopedia fcrita/i?iica, p. 83 1.
^ Cliron. d'Edesse, clans Assémani, B. O.^I, p. 4oi. Cyrillona a
composé un poème sur le même sujet et M. Bickell a pensé qu**Ab-
samya et Cyrillona ne faisaient qu'une mt^me personne. M. Wright
a réfuté celte o|)inion par des arguments probants (voir Sjrittc
llteraturet dans Y Encjclopedia britannica, p. 828).
HISTOIRE D'ÉDESSE. 437
Jacques, diacre d'Edesse, écrivit la vie de sainte
Pélagie ^ convertie par Nonnus , comme nous lavons
rappelé plus haut (p. ^Sa). 11 vivait vers 45o.
Pierre, presbyter d'Edesse et orateur distingué,
est lauteur de traités et d'hymnes composés en mè-
tres heptasyllabiques , suivant le catalogue de Gen-
nadius^. Il vivait vers 490.
Samuel, presbyter. d'Edesse, vers 467, écrivit
contre les Nestoriens et peut être considéré comme
i'un des auteurs de la déposition d'Hibha de son
siège épiscopal. Il paraît s'être retiré en dernier lieu
à Gonstantinople. Il n est également connu que par
le catalogue de Gennadius ^.
Mais ce siècle se distingue surtout par la littéra-
ture apocryphe. G est à cette époque qu'apparaissent
la rédaction amplifiée de la légende d'Abgar, connue
sous le titre de la Doctrine d*Addai (voir chap. v), et
les Actes des martyrs : les Actes de Scharbil, les Actes
de BarsamyUf les Actes de Gouria et de Schamounaf les
Actes d'Habib (voir chap. vin).
L ascétisme dont Rabboula fut la personnification
à Edesse eut aussi sa légende et forma le fond d'un
récit plus imaginaire que réel, qui eut un écho pro-
digieux en Occident comme en Orient. L'auteur
de cette légende, qui écrivait certainement à Edesse
peu de temps après la mort de Rabboula'^, raconte
* Voir Assémani, B, O., I, p. 258. Cette vie a été éditée par
M. Gildemeister.
* Voir Assémani, B, 0., I, 269.
» Ibid.
* Voir l'édition critique et si consciencieuse de La légende .ty-
438 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
qu'un patricien romain , qu'il ne désigne que par le
nom de l'homme de Diea , renonça à la fortune pour
se livrer entièrement à la prière et vivre de la vie
des pauvres. Le soir même de ses noces, il aban-
donne son épouse et ses parents qui occupaient
une des premières situations dans la capitale de
l'empire d'Occident, et s'embarque sur un vaisseau
qui le conduit au port de Séleucie de Syrie. Il se
rend de là à Edesse où il vit de mendicité. Pendant
son séjour dans cette ville, il passait ses journées
dans une église ou un martyrium, sans prendre au-
cune nourriture. Le soir, il se tenait à l'entrée de
l'église et tendait la main aux passants, fl se con-
tentait de dix oboles de pain et de deux oboles de
légumes. Lorsqu'on lui donnait davantage, il re-
mettait le surplus à un autre pauvre. La nuit, il se
plaçait les bras en croix contre un mur ou une
colonne et priait. H entrait un des premiers pour
la prière du matin. Telle était sa vie de tous les
jours.
Non seulement il ne pariait jamais de sa première
condition , mais il tut aussi son nom.
Ses parents, affligés de sa disparition, envoyèrent
leurs esclaves à sa recherche dans toutes les direc-
tions. L'un de ceux-ci, parvenu à Edesse, prit des
informations auprès de Rabboula, qui ne put lui
fournir aucune indication. L'homme de Dieu vit
riaque de saint Alexis l'homme de Dieu, publiée par Amiaud, dans
le 79° fascicule de la Bihliollièque de l'École des hautes études,
en 1889.
HISTOIRE D'ÉDESSE. 439
IV.sciave, mais se garda bien de s'adresser à iui.
L'esclave ne ie reconnut pas sous ses haillons.
Une nuit, le sacristain de 1 église, un homme
pieux, étant sorti, fut surpris de voir le saint de-
bout, les bras en croix et dans l'attitude de la prière.
Pendant plusieurs nuits , il le trouva dans la même
position. 11 rinterrogea longtemps, avant que
rhomme de Dieu voulût lui raconter son histoire;
il y consentit enfin sur la promesse du sacristain,
faite sous serment, quil ne révélerait pas son secret
avant sa mort.
L'homme de Dieu ne tarda pas à tomber ma-
lade; il fut conduit à l'hôpital, où il rendit le der-
nier soupir. A la nouvelle de sa mort, le sacristain
alla conter à Rabboula ce qu'il avait appris et ce
qu'il avait vu de ce saint. L'évêque se met aussitôt
en route pour demander la remise de son corps.
Mais le saint avait déjà été enterré et, quand on
ouvrit sa tombe, on ne trouva plus que les haillons
qui l'avaient vctu; le corps n'y était plus.
Cette histoire , ajoute-t-on , a été publiée et rédigée
par le sacristain qui fut l'ami du saint.
Telle est cette légende dans sa forme primitive et
originale. Elle devint ensuite l'histoire de saint Alexis
dans une rédaction nouvelle, qui montre le saint
ressuscité de retour à Rome chez ses parents , où il
vécut jusqu'à sa seconde mort au milieu des es-
claves. Ce n'est qu'après cette mort qu'il fut reconnu
dos siens.
(La suite au pwchain cahier,)
4'iO NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
vajracchedikA.
(PRAJNÂPÂRAMITÂ.)
TRADUITE DU TEXTE SANSCRIT
AVEC COMPARAISON
DES VERSIONS CHINOISE ET MANDCHOUE,
PAR
M. C. DE HARLEZ.
LNTRODUCTION.
La VajracchedikA * ou « Fendoir du diamant • est un sûtra
— c est-à-dirc un livre rapportant des discours de Çàkya-
muni — qui appartient à l'école dite du Maliàyâna, ou grand
véhicale , parce que ses adeptes prétendaient enseigner une
doctrine plus profonde, plus étendue, des pratiques plus
élevées que celles de l'école rivale qu'ils avaient qualifiée du
nom dédaigneux de hînayâna « règle dégénérée ; véhicule mi-
sérable ».
C'est une partie ou un appendice du grand traité que Ton
appelle Mahâprajnâpâramitâ qui fait partie de YAbhidharma
et qui enseigne, ainsi que son nom l'indique, «le grand
moyen d'arriver à l'autre vie, au terme final de l'existence,
par la science «. Elle est considérée généralement conmie le
résumé des principes fondamentaux de ce vaste ouvrage qui
ne compte pas moins de cent vingt livres. Elle en est pour
* Nous nous bornerons naturellement, clans cette Introduction
ci dans les nolei , à ce que l'on doit avoir présent à l'esprit pour la
complète intelligence de notre texte.
VAJRACCHEDIKA. 441
ainsi dire la quintessence et son titre indique qu'elle résout
la dernière difficulté , qu'elle brise le dernier obstacle à l'illu-
mination qui sauve le croyant.
Aussi les bouddbistes du Nord attribuent à ce petit volume
une valeur, une importance qui égale uniquement le livre
des prières journalières. La lecture en est à leurs yeux d'une
efficacité merveilleuse. On ne s'étonnera donc point qu'il
ait été traduit dans toutes les langues des peuples où le
bouddhisme du Nord s'est étendu : tibétain, mongol, mand-
chou et chinois. La version chinoise date de Tan /lo5, de
l'époque où le célèbre bhikshu Kumàrajiva fut amené du
Tibet en Chine par une expédition envoyée de l'Etat de Tsin.
Ce fut lui, en effet, qui en donna la première traduction.
D'autres suivirent à différents intervalles, mais sans supplan-
ter la première qui est encore aujourd'hui le manuel de la
plupart des monastères. On en connaît ainsi cinq différentes ,
dont les plus célèbres furent faites par Paramàrtha en 56'j
et par Hiuen-tsang à son retour de l'Inde. (Voir l'Introduc-
tion de M. Mùller, p. i5-i6.)
Le texte sanscrit , jusqu'à ces derniers tempi, n'était connu
en Europe que de quelques spécialistes. Il a été édité par
le savant indianiste d'Oxford, M. Mûller, en 1881, dans les
Aîi'jcdota Oxoniana, 11 l'avait reçu du'Japon, en plusieurs ma-
nuscrits d'origines différentes, mais dont les variantes ne pré-
.^enlent pas des différences importantes.
La version tibétaine a été éditée avec une traduction alle-
mande par Schmidt dans les Mémoires de l'Académie de
Saint-Pétersbourg (t. IV, 2' liv. , 1807). Elle est tirée du
Kah-gyur. La Vajracchedikà mongole n'est connue que par
une mention incidente dans ï Introduction à l'Histoire du boud-
dliinne indien de E. Burnouf. La version chinoise ne se trouve
en Europe que dans quelques mains bien peu nombreuses;
quant à la version mandchoue, son existence était ignorée
jusqu'à l'an dernier; il serait bien difficile de se la procurer
même en Chine, je n'en connais point d'exemplaire imprimé.
Le but du présent travail esl de donner la première tra-
442 NOVEMBRE-DËGËMBBË 1891.
duc lion du texte qui ait été faite — un coup d*œil jeté sur
le Mémoire de Schmidt montrera que cdle-ci n'est point in-
utile — et de comparer ce texte avec les versions tibétaine ,
mandchoue et chinoise , du moins en ce qui présente quelque
importance , ainsi que de faire connaître ces deux dernières.
Cette comparaison a cette utilité de faire voir comment les
Chinois proprement dits et les Chinois-Mandchous compre-
naient ces conceptions exotiques. II me parait en outre que le
texte dont se servit Kumârajiva ne devait pas être le même
que celui dont M. MûUer nous a donné une reproduction fi-
dèle , une édition critique. U présente à la fois des divergences
parfois assez remarquables, et en outre, avec les lacunes que
famour de la brièveté pourrait expliquer, des passages en
plus qui rendent la première supposition quelque peu dou-
teuse.
Le texte sanscrit qui sert de base à ce travail est naturel-
lement celui du savant éditeur d'Oxford ; nous n'eussions pu
certainement mieux faire , ni mieux choisir. Les variantes ne
méritent qu'une attention médiocre. Pour le tibétain, nous
avions celui de Schmidt, qui est généralement correct. Le
chinois et le mandchou nous ont été fournis par un manu-
scrit chinois qui nous est venu , l'an passé , entre les mains et
qui présente certaines particularités dont nous devons dire
un mot à nos lecteurs.
Ce manuscrit est dû à la plume de deux adeptes du boud-
dliisme dont le second appartient à la fam^ie impériale. Ils
s'appellent Tsing-tsai et Mien-pang^, Ils le commencèrent
l'an XIV de Tao-Kuang et l'achevèrent en l'an xvi. Tsing-tsai
nous apprend, dans sa préface, qu'il était magistrat, mais
qu'ayant donné sa démission, il profita des loisirs qui lui
étaient accordés pour faire cette œuvre de piété.
Nos doctes copistes s'acquittèrent de leur tâche avec grand
succès; leur écrit est sans aucune faute, un seul mot omis
dans le chinois a été ajouté à droite en plus petit caractère.
VAJRACCHEDIKA. 443
Mais aussi ils s*étaient préparés à celte œuvre de leur mieux
et s*étaîent lavé les mains avec soin , comme ils nous rappren-
nent dans le colophon final.
Leur écriture est celle de la main courante, mais cependant
assez lisible malgré les abréviations et simplifications des'ca-
ractères. Notre manuscrit bilingue est écrit de gauche à
droite comme tous ceux qui contiennent un texte mandchou \
mais l'introduction est à la fin conmie dans les manuscrits
chinois. La double version est précédée : i* d'un avertisse-
ment indiquant les conditions morales nécessaires pour lire
avec fruit le livre sacré; 2" de diverses prières préparatoires
que nous donnerons à la fin de cette traduction.
La version mandchoue est absolument introuvable et in-
édite , et les textes mandchous do^t peut disposer le linguiste
européen sont extrêmement rares ; nous espérons pouvoir la
publier ultérieurement. Cette version est écrite en un mand-
cliou remarquablement pur et échappe entièrement au re-
proche fait , non sans raison , par M. Mùller à la plupart des
traductions chinoises similaires, d'être inintelligibles sans le
secours du sanscrit. A elle seule , elle donnerait une idée très
exacte du texte.
La doctrine professée dans la Vajracchedikâ est celle du
bouddliisme du Nord , du bouddhisme brâhmanisé , c'est-à-
dire ramené, quant à sa métaphysique, aux théories essen-
tielles du brahmanisme : l'inexistence de tous les êtres parti-
culiers , la Maya ou illusion universelle en ce qui concerne
leur production et leur naissance; l'être et le non- être se
trouvant en même temps en toutes choses [s(tdasat); ce qui
ne veut pas dire « l'identité de l'être et du non-être » ; la déli-
vrance des renaissances [moksha) par la connaissance de la
non-réahté des êtres , la foi en ce principe fondamental.
* Il est écrit, chose singulière, au verso d'un autre livre, à sa-
voir le Lo-tang tsiuen-tsik • Recueil complet du palais du plaisir • ,
c'est-à-dire • Recueil complet des poésies et morceaux littéraires
composés par l'empereur K'ien-long».
444 NOVKMBRK-DKCEMBRE 1891.
A cela se joint cette conception propre au bouddhisme ,
que l'existence particulière est causée par le désir subsistant
après ce qu'on appelle la mort ; désir qui snisit cl s'approprie
les quaire conditions de cette cxislrncc; Tindividualifé
(âtman)^ l'existence (sattwa), la vie (jiva)^ et la personna-
lité [pwlgala], La moksha, ici, exige en plus le détachement
complet, l'extinction complète de ce désir; en sorte que t ette
force indéfinissable ne se saisisse plus de ces divers maté-
riaux de l'existence et laisse l'être particulier se dissoudre
dans la condition nirvânique.
Ces principes sont assez bien énoncés dans l'introduction
de nos deux rédacteurs ïsing-tsai et Mien-pang; nous la don-
nerons ici en entier, et pour ce motif, et parce qu'elle fait
parfaitement connaître les idées régnant chez les boudJhistes
chinois actuels.
Quant à notre texte , c'est unique ment un développement
de l'idée fondamentale que nous venons d'exposer en l'appli-
quant à différents cas successivement exposés, où le Tathà-
gata, ou Çàkyamijni, explique à ses auditeurs comment
chaque chose n'est pas ce qu'elle est; comment tout être,
tout prédicat, est non-ctrc, non-prédicat. Mais cette formule
constam'nent répétée a cc'a de bizarre qu elle se termine
chaque fois par cette conclusion : « c'est pourquoi c'est ap-
pelé ainsi ». Par exemple : « l'existence est une non-existence,
c'est pourquoi elle est appelée existence n. C'est tout à fait
transcendental. La Vajracchedikà développe cependant encore
un antre principe, à savoir le mérife, supérieur à tout, de
celui qui reçoit les sûlras et la loi, qui la propage, Tenseigne,
l'i xplique oti même y croit simplement. Cela est répété à sa-
tiété.
Depuis ([uc cette introduction a ili envoyée pour l'impres-
sion, j'ai reçu le îextc chinois de la version avec le double
commentaire de JJi-t u; lo premier explifjuant les mots; le
second développant les idôes. J'ai cru utile d'en donner quel-
ques extraits montrant comment les Chinois conçoivent les
principes bouddhiques.
VAJRACCHEDIKA. 445
Voici rintroduction mandchoue-chinoise de notre livre.
PRÉFACE DES DEUX RÉDACTEURS.
* _ *
LIVRE DE LA MAHAPRAJNAPARAMITA
QUI RÈGLE LE COEUR.
Les bodhisattwas contemplateurs, existant en eux-
mêmes, suivant ia voie profonde de la loi, accom-
plissent la traversée (du monde) de la science. Con-
templant constamment les cinq espèces de vide
qu'ils voient avec grande clarté , ils traversent heu-
reusement toutes les circonstances pénibles et dan^
gereuses, les chagrins et les calamités. En leur
esprit éclairé et d'une mémoire constante, la per-
ception des formes ne se sépare pas du vide, ni le
vide de cette perception ; car elle est le vide même ,
et le vide çest cette perception. Leurs pensées, leurs
actes, leurs connaissances, ont ce principe pour di-
rection. Leur esprit éclairé et d'un souvenir constant
en tout ce qui est du vide et des apparences de toute
condition d'être ne produit rien, ne détruit rien,
ne souille , ni purifie , n'augmente ni diminue quoi
que ce soit.
Car dans le vide il n'y a point de forme, point
d'aperception , de pensée , d'acte ou de connaissance
acquise. Là il ny a point de sens, point d'yeux,
d'oreille, de nez ou de langue, point de corps ni
d'intelligence, point de couleur, de son, d'odeur,
XMII. 3o
iHiaiatai* »*Tiu.\Aii«.
. . • .«.
446 NOVËMBRë-DÉCëMBRE 18Q1.
de goût ou de sensation du tact. Comme il n'y a
pas de limite à la vue , il n y en a pas non plus à la
pensée, à la connaissance.
11 ny a pas non plus d obscurité intellectuelle, et
quand cette absence d'obscurité est complète, il n'y
a plus de vieillesse ni de mort, et quand l'affran-
chissement de la vieillesse et de la mort est complet,
il n'y a plus ni douleur, ni assemblage , ni désagré-
gation. On ne possède, n'acquiert plus rien qui ne
soit rationnel parce qu'on n'acquiert plus rien (d'ex-
térieur).
Les bodhisattwas qui suivent (la doctrine de) la
prajnàpâramitâ n'ont plus rien dans le cœur qui le
séduise ou l'entrave; plus pour eux de crainte, d'ap-
préhension, d'éloignement, d'égarement, de résis-
tance ni de chute , plus de rêves ni de soucis. Enfin
ils arrivent danâ le Nirvana.
Tous les bouddhas des trois âges qui suivent
la prajnàpâramitâ obtiennent YAnuttarâsamgatisamr
bhôdi. Ils connaissent la cause qui fait parvenir à la
connaissance parfaite ^
C'est là la grande, la spirituelle Dharanî (Tarni).
C'est la grande et lumineuse Dharanî, la Dharanî
qui n'a rien au-dessus d'elle et n'a point de degrés,
qui dissipe toute douleur vraie, réelle, sans aucun
défaut ni lacune.
I Feti ! Heti ! Para heti ! Para seng heti Boiisa suakha '»
^ Le chinois veut plutôt dire : « à cause que ».
^ Ha iti ! Ha iti I Para ha iti ! Para sangha ha itî , Bodhisattwa
svâha.
VAJRAGGHEDIKÂ. 447
il
La seizième année Tao-kuang^ aux jours propices
du septième mois , pleins de foi , les deux disciples
Tching-tchai et Mien-pang , membres de la famille
impériale, après s*être lavé les mains, ont écrit avec
respect ce qui suit.
Le texte mandchou-chinois est divisé en para-
graphes , et ceux-ci ont chacun un en-tête qui est censé
indiquer le sujet du passage. Nous avons choisi cette
division qui n*est pas sans raison d*être et nous don-
nons ces intitulés à titre de curiosité historique.
» 1837.
n
448 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
VAJRACCHEDIKÂ.
VÉNÉRATION À LA SAINTE ^ ET NOBLE PRAJNApArAMItA.
1 . — Cause de la riJunion pour la bonne loi.
C est ainsi que je 1 ai entendu dire.
En une certaine circonstance^, le bienheureux^
se trouvait à Çrâvasti*, au bois de Jeta^, au jardin
* Al. à romnisciente.
^ Gomme dans un grand nombre de sutras, la scène s^ouvre ici
par une assemblée de bbikshous et de bodhisattwas auxquels le
bienheureux donne la leçon qui fait Tobjet du livre. Le lieu de la
réunion est à Çrâvasti , la ville antique dont les ruines se voient ,
dit-on, au nord du Gange, au-dessus de Bénarès, et que Fa-hiea
place près de Fuzabad , taudis que Hiuen-tsang dit en avoir vu les
ruines près de Sirkhî.
Samaya est pris dans les versions GH. M. comme terme général :
temps, moment : ermi erinde, yih shi,
' A Bhagavân (qui a une heureuse part de destin) correspond en
M. CH. le nom propre Fucihi de formation obscure et Fo , primiti-
vement But,
* Çrâvasti, M. GH. simplement transcrit : sha-wei, tib. Mnyen
yod, ce qui, contrairement à Tcxplication de Scbmidt, est une tra-
duction étymologique de Çràv , cru « entendre » et CLSti « est ».
^ Jetavana. CH. Tshe-sha, M. She-shu-moo, le bois Tche, transcrip-
tion de Je. Le M. double le mot « bois » shu ( CH. ) moo. Le T. B^cd
bu, rgyal byed t'sal, forêt du prince Bgyal hyel, i. e. vainqueur,
identiGant Jeta à Jétar. On sait que Jeta était fils de Prasenajit,
roi de Çrâvasti, et qu'il vendit un parc situé dans un faubourg, a
Ànâ'hapindada.
VAJRACCHEDIKA. 449
de plaisance^ d'Anâthapindada^, avec une grande
assemblée de bhikshous^, comptant i,5oo bhik-
shous et un nombre considérable de bodhisattwas ,
mahâsattwas , êtres supérieurs.
Or donc, s étant habillé tout au matin ^, le bien-
heureux^ prit son écuelle et le vêtement de reli-
gieux mendiant, puis se mit à circuler dans Çrâvasti ,
la grande ville, pour mendier sa nourriture.
L ayant ainsi parcourue, ayant fait son repas et
étant revenu de sa course pour sa nourriture, ayant
mis au repos son écuelle et son manteau^, et s'étant
lavé les pieds , le bienheureux s'assit sur le siège ma-
^ Arâma « lieu de plaisir ». T. Knn dga rapana « dans le jardin de
tous les plaisirs». GH. M. simplement «jardin» : Yaen-yafan.
* Anâthapindada j nom donné à Sudalta, riche propriétaire de
Çrâvasti qui mit son parc à la disposition de Çâkyamûni. Il est
resté célèbre par sa charité. Son nom est expliqué généralement
comme un composé attributif signifiant « qui donne sans conserver
même un pain» [a-nâtha-pinda), La version CH. M. indique un
sens plus naturel : « qui donne du pain , qui fait Taumône à ceux
qui sont sans protection» (anâtha-pinda-da), GH. M. Ke-kn-tn qui
donne aux orphelins et abandonnés. Le T. traduit diaprés la pre-
mière explication avec une variante : mgon med zas shyin (et non
gkyin,. texte de Schmidt).
^ Bhiksha, T. Dge-slong «lama». Le M. GH. à la première fois
Gelong et Pi-kin et, la deuxième foi», niyalma,jin «homme». Le M.
GH. n a pas le reste de la phrase et ne mentionne pas les bodhi-
sattwas.
^ M. au temps du riz (déjeuner). GH. au temps du manger.
Schmidt a passé quelques mots dans cette phrase.
' Ici en M. GH. Shi-tsnn qui correspond à Lôkajyesktkva «honoré
du monde».
* Vêtement teint rouge-sang comme on le portait en Ghine.
450 NOVEMBRËDÉGEMBRE 1891.
gistral ^ les jambes pliées sous lui, le corps droit et
la pensée fixée sur Tobjet de sa méditation.
Mors de nombreux bhikshous assemblés s'en
vinrent au lieu où était le bienheureux. En s'ap-
prochant, ils inclinèrent profondément la tête aux
pieds du bienheureux, et ayant tourné trois fois en
lui donnant la droite , ils allèrent tous s'asseoir du
même côté.
2. — Chercher X faire briller le bien.
Alors, en cette circonstance, Subhûti, à la longue
vie^, vint s'unir à cette assemblée et s'assit au mi-
lieu d'elle. Puis se levant de son siège, rejetant son
manteau sur une épaule, posant à terre le genou
droit* et faisant l'anjali* devant le bienheureux, il
lui adressa ces paroles :
C'est merveilleux, ô Bienheureux! c'est suprê-
mement merveilleux, ô Sugata! comment, par toi
vénérable Tathâgata, arhat complètement illuminé,
ces bodhisattwas mahâsattwas ont été réunis à ta
^ Ceci et tout le reste du paragraphe manquent dans Jes versions
M. CH.
* Âyushman. GH. M. Tchang-lao cvieUlard vénéraUe, très âgéi.
T. Tche dan Idan pa, tempore praeditus, et Rab^kbyor aux trésors
excellents. Sabhûti « de nature excdlente ».
^ M. GH. «du côté droit». Le T. ne dit pas qu^il posa un genou
à terre.
^ M. giogin w^ame « mettant les mains plates Tune contre Tautre».
GH. ho'ichang joignant les paumes des mains ; puis deux termes
indiquant les sentiments de respect c honorant avec respecta. T.
s*inclinant avec les mains jointes.
VAJRACCHEDIKA. 451
suite par la grâce qui les a saisis ^ Merveilleux!
comment par ce vénérable Tathâgata, arhat com-
plètement illuminé, ces bodhisattwas mahâsattwas
ont été comblés de cette grâce suprême.
Comment donc doit-il se déterminer, ô Bien-
heureux, le jeune homme ou la jeune fille comme
il faut, appliqué à la pratique de la doctrine des
bodhisattwas^? Comment doit-il se mettre à
Tœuvre? Comment doit-il en comprendre Tidée?
Lorsque Subhûti , à la longue vie , eut ainsi parié ,
le bienheureux lui dit ^ : Très bien , très bien ,
^ M. GH. H'i : jalan de Komso «rare en ce inonde •. Shi tsun,jo-
lai=lokajyeshtha, Tathâgata, . . M. puissant pour favoriser la volonié.
de tous les bodhisattwas, pour les instruire et les diriger, leur
donner leurs charges. GH. id. puissant pour les appder et les char-
ger.
* T. de-bzin gs'egs ainsi de même dlé (ou \erm,gs'egs a les deux
sens). On explique souvent ce mot comme c parti comme il con-»
vient • ou caUant comme ses prédécesseurs». Mais ce mot adressé
au bouddha encore sur la terre ne peut avoir le premier sens ; le
second n'est pas bien satisfaisant. Peut-être tathâ a-t-il le même
sens que Rd. tatha dans vitatham et veut dire « conformément à la
vérité». Gâta en GH. est traduit lai «venu».
' Bodhisattwayâna < le moyen d*sdler, la règle de la doctrine des
B. » est rendu en GH. par les sons qui transcrivent ordinairement
anuttarâsamyaksambodhi , Tiliumination complète de l'intdligenee
qui n'a rien au-dessus d'elle. Le M. rend aussi ce mot, mais en le
traduisant «disposition du cœur qui connaît, qui comprend ce qui
est bien et n'a rien au-dessus » : dele akô.
Et la phrase entière : « Si un homme ou une femme qui pratique
le bien embrasse (knlaputrô, etc.) une disposition semblable, com-
ment doit-il la fixer en lui , comment doit-il abaisser, &ire ployer cette
volonté? G'est sans doute le mot cittam, pensée, intelligence, qui a
fait introduire ici « U disposition du cœur » sin = majilen et pratipad
452 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Subhûti! H en est précisément ainsi, ô Parfait! li en
est comme tu le dis. Les bodhisattwas mahâsattwas
ont été amenés, assemblés ici par le Tathâgata, par
une faveur suprême qui les a saisis. Ils ont été par
lui comblés dune grâce suprême. Ecoute donc,
ô Excellent, et imprime ceci dans ton esprit, forte-
ment, convenablement. Jeté dirai comment Thomme
appliqué à la doctrine des bodhisattwas doit se tenir,
comment il doit s y appliquer, comment il doit en
comprendre la notion ^
C'est bien. Bienheureux! dit Subhûti, puis il se
mit à écouter le bienheureux^.
3. — Enseignement correct de la grande doctrine.
Le bienheureux lui dit : C'est ainsi, ô ElxceUent,
que cette notion doit être conçue par celui qui s'ap-
plique aux règles des bodhisattwas^. Tous les êtres,
quels qu'ils soient, qui, dans l'élément général de
l'être , ont été saisis de cette opération qui fait l'être
particulier^, qu'ils soient nés d'un œuf ou d'une ma-
qui a été traduit par c abaissera eherebume. Ce que le T. rend par
«rempHr».
^ Les M. GH. ont simplement « Paroles de Fucihi , Fo dit >. Le T.
a : • cela a été ainsi » au lieu de : « comme tu le dis-i , ce que le
M. CH. rend exactement. La réponse du bienheureux reproduit la
phrase de la demande de Subhûti.
* M. CH. Oui bien , Shi-tsun ; je désire avec joie et plaisir en-
tendre (ce que tu vas dire).
' M. CH. Tous les Po-sa (bodhisattwas) mo-Ao-M (mahâsattwas)
doivent ployer ainsi leur cœur.
^ M. GH. Tous les êtres vivants d*une même terre. T. Le sent
VAJRACCHEDIKÂ. 453
trice, de l'humidité ou par généralion spontanée,
qu'ils aient une forme sensible ou n'en aient point ,
qu'Us soient inteUingents ou non intelligents, ou
bien ni l'un ni l'autre, et tout élément d'être dont
on peut acquérir la connaissance , tous doivent être
plongés, quels qu'ils soient, dans l'élément du Nir-
vana, tous sans exception ^
Mais si même j'y plonge les êtres en nombre illi-
mité^, aucun n'y est plongé (en réalité). Quelle est
la cause de ceci? C'est que, Subhûti, si un bodhi-
sattwa croit à l'existence d'un être particulier, il
n'est pas digne d'être appelé de ce nom ^. Pour
quelle raison ? Parce qu'il en est indigne celui qui a
la (fausse) connaissance, la (fausse) aperception de
l'égoïté, de l'existence, de la vie, de la personnalité.
en est : «Tous les êtres vivants qui de Tessence générale se sont
formés à cet état par assemblage; qu ils soient nés d*un œuf, d*une
matrice, de l'humidité chaude, d*un changement magique,» etc.
^ M. CH. par une transformation [hua, kobalire),
* Ici les M. CH. sont plus développés. « Si j'y plonge les êtres vi-
vants sans mesure , sans nombre , sans limite , en résdité , » etc.
Le T. est ici assez inexact, mais surtout dans la traduction de
Schmidt. Mya-nanAas hdas-pa «la région où toute peine est passée»
est purement le Nirvana , traduit étymologiquement comme dérivé
de n\r et van « frapper ». Dbyuns « région » correspond à dhâtu.
Le Nii^âna semble être ici la dissolution des skhandas. des élé*
ments de l'individu.
^ Cette phrase et la suivante sont abrégées en chinois-mandchou.
«Si un Posa a la conception du moi, de l'homme, de tout être
vivant , de la longue vie , il n'est pas un Posa. » Le T. rend aussi
Sattwa par «être vivant». Atman est rendu par Beye, Ngo, hdag
«le moi». Il s'agit de celui qui a, en son esprit, la conception de
l'être, etc. , comme réalité.
454 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
4. — Que l'on ne doit point rechercher
le surnaturel.
En outre, sans aucun doute, ô Subhûti, un bo-
dhisattwa qui fait fond sur la matière ^ ne peut faire
de dons (utilement); de même s'il fait fond sur une
chose quelconque, sur les formes, les conditions des
sons, des odeurs, du goûter, du tact. Mais il pourra
faire des dons (utiles) s'il ne fait fond sur la con-
naissance d'aucun objet déterminé^. Car, ô Subhûti,
si ce bodhisattwa, qui ne s'appuie sur rien, donne
généreusement, on ne peut facilement apprécier la
mesure de ses mérites ^
Penses -tu, Subhûti, que l'on puisse aisément,
prendre la mesure de l'empyrée* au sud, à l'ouest,
au nord, en bas, en haut, partout dans les cinq ré-
gions^ et dans les directions intermédiaires P
Non certainement, ô Bienheureux, répondit Su-
bhûti.
Ainsi , dit alors le bienheureux , quand un bodhi-
* CH. M. dorOffa «loi, naturel. — T. dnos-po «substance, élé-
ment ».
* Nimitta, GH. siang « réalité » , c ce qui se voit • en langage boud-
dhiste «caractéristique». M. Arbun «forme sensible». T. Mt'san mar
hdu s'es «conception d'une marque, d*un signe».
' CH. M. Heureuse fortune (siang, hôtari) ne se peut calculer,-
apprécier et délimiter, supputer.
^ CH. M. Mesurer, compter le vide. Le reste de la phrase est
abrégé.
^ Membre de phrase absent du M. CH..
VAJRACCHEDIKA, 455
sattwa fait des dons sans s'être appuyé sur rien , il est
difficile de saisir la mesure de ses mérites.
Ainsi, ô Subhûti, celui qui est appliqué à la
règle des bodhisattwas doit donner de manière qu'il
ne s appuie sur aucune connaissance d'objet déter-
miné ^
5. — Comment on connaît la véritiJ en suivant
LE PRINCIPE rationnel (li).
Qu'en penses- tu, ô Subhûti? Le Tathâgata doit-il
être reconnu par une réunion en lui de signes ex-
térieurs spéciaux 2? Subhûti répondit : Il n'en est
point ainsi, ô Bhagavân! le Tathâgata ne doit pas
être reconnu par ces signes. Pourquoi cela? Parce
que, ô Bienheureux, la réunion en lui de ces si-
gnes dont parle le Tathâgata n'en est point une, est
une absence de signes extérieurs. A ces paroles le
bienheureux dit à Subhûti : C'est que, Subhûti,
^ CH. M. Également abrégé. «Subhûti! le bodbisattwa doit se
fixer uniquement d'une manière conforme à cette doctrine. »
* Lakshana. CH. M. «forme du corps •. T. mt'san-pkin, marques
excellentes. Ce sont : une protubérance ou touffe de cheveux au
front, de longues tresses, un duvet entre les sourcils, de longs
doigts, des yeux bleus et blancs comme Tivoire, quarante dents
égales et sans intervalles, des dents très blanches, des mâchoires
de lion, une langue longue et mince, la voix de Brahma, de belles
et rondes épaules, une peau fine et* de couleur d'or, une poitrine
de lion, un corps fort et bien arrondi, des cheveux bien tour-
nés, etc. Cf. Burnouf, Lotos de la bonne loi, 5 5 7-621, et mon
Man-han si-Jan tsie yao dans le BaJbyl, Or, Record, July, August,
1888.
4&C NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
en ce qui est (conception de la) survenance de signes
extérieurs, il y a illusion ^ En ce qui est absence de
ces signes, il ny a point d'erreur. Ainsi le Tatbagata
doit être reconnu, aperçu par la présence et l'absence
de marques particulières extérieures^.
6. — La droiture, la sinciJrité, sont rares.
Subhûti, à la longue vie, dit alors au bienheu-
reux : B arrivera, n est-ce pas, que certains êtres se-
ront, à cette voie non encore fréquentée, à ce temps
dernier, à cette dernière circonstance , à la dernière
période de cinq cents ans , quand Textinction de la
bonne loi sera en cours, lesquels êtres manifesteront
encore la connaissance (de la nature) de Fêtre en
récitant les paroles des sûtra, semblables à celles-
ci^ ?
Le bienheureux répondit : Ne dis point cela,
toi Subhûti ! 11 y aura * alors , ô Subhûti , dans cette
^ Drashtavya «peut-on voir?» Mrshâ CH. M. tromperie, vide.
^ M. GH. Si Ton voit que toute forme est une non-forme, dors
on voit, on connaît le Tathâgata. Ce qui ferait prendre le texte
sanscrit en ce sens : c*est par la non-marque de marques que le
Tathâgatha doit être vu , reconnu.
^ Le M. GH. n*a que : « Se pourra-t-il que tous les êtres ayant en-
tendu les paroles de ce passage prononcé, récité, y ajouteront foi
ou non?» Le T. manque seidement des mots «à cette voie
dernière circonstance». Le dernier cinq-centenaire est le dernier
Kalpa.
^ Cette phrase est répétée deux fois presqu'en entier. Le CH. M.
est tout autre : «Si après que le Tathâgata sera éteint, cinq cents
ans après , il y a des gens qui , par la mortification , produisent le bon-
VAJRACCHEDIKA. 457
voie où personne n'est encore entré, au dernier
temps, au dernier moment, au dernier cinq-cente-
naire, quand Textinction de la bonne loi sera en
cours, il y aura des bodhisattwas mahâsattwas
doués de qualités excellentes, de vertus morales,
dé science, qui manifesteront la connaissance de la
nature de Têtre , en récitant des maximes semblables
des sûtras.
11 ny aura plus, après cela, des bodhisattwas
heur et sachent produire en eux un cœur ayant foi aux paroles de
ce livre et le tenant pour la vérité , ces gens ainsi faits ne sauront
poser un fondement solide en Un , en deux , en trois , en quatre ou
cinq bouddhas. Depuis toujours (dans le passé] on a dû poser tout
fondement de cette espace bon et solide, sur le terrain de mille,
dix mille, d^innombrables bouddhas.
« Si Ton écoute les paroles de ce chapitre et que Ton y ajoute toi
sans hésitation dans le calme parfait et constamment , 6 Subbûti ,
tous les Tafchâgatas ayant une connaissance, une vue complète (du
monde), tous les êtres vivants acquerront un bonheur, une vertu
ainsi sans limite.
« Pourquoi ? Parce que tous sont sans représentation mentale de
fégoîté, de Thumanité, des êtres vivants, de la longue et heureuse
existence, ni de la loi des êtres (de leur essence doro-fa). Toutefois
ils ne seront pas sans conception de la loi. Pourquoi? Parce que si
leur esprit saisissait encore la forme, il se livrerait encore à (la con-
ception de) Tégoïté, Tétre humain, des êtres vivants, du bonheur
(CH. Parla, il manifesterait, etc.).
«S'il comprenait encore la forme, la notion de la loi, il se li-
vrerait encore à l'égoité, etc. S'il comprenait la notion de la non-
loi, il s*y livrerait de même. Cela étant, il ne doit concevoir ni loi
ni non-loi.
« Pour ces raisons , le Tathâgata parie ainsi constamment. Vous ,
ô Bhikshus , sachez que la loi annoncée par moi peut se comparer
à un radeau ; cette loi on doit rabandonncr, à plus forte raison la
nomloi ».
458 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
mahâsattwas disciples d*un seul Bouddha, ni possé-
dant le principe du salut par renseignement d'un
seul Bouddha. Mais il y aura des bodhisattwas ,
disciples de plusieurs, de cent, de mille bouddhas,
ayant reçu le principe du salut de plusieurs, de cent,
de miUe bouddhas et qui, en récitant les paroles
des Sûtras, sous cette forme, obtiendront le don
suprême de lunilé parfaite de la pensée, de la pen- *
sée établie dans Tunité. Ceux-là, Subhûti, sont con-
nus du Tathâgata, par sa science de bouddha, d'il-
luminé. Ils sont vus par lui , de son œil de bouddha.
Eux tous, éclairés par le Tathâgata, produiront une
masse de mérites en nombre incommensurable et
ils en acquerront les fruits.
Pourquoi cela ?
Chez ces bodhisattwas mahâsattwas ne règne
plus la conception de l'individualité, ni ceUe de
l'existence, ni de la vie, ni de la personnalité, ni
même celle de la loi (essence de l'être). Il n'y a pas
davantage la connaissance de la non-existence de la
loi; il n'y a plus ni connaissance ni ignorance.
Comment cela? C'est que si les bodhisattwas mahâ-
sattwas avaient encore la connaissance expresse de
la loi, ils se saisiraient encore de l'âtman, de l'exis-
tence particulière, de la vie, de la personnalité.
S*ils avaient encore la connaissance de la non-loi,
ils se saisiraient encore de l'individualité, de l'être,
de la vie , de la personnalité.
Pourquoi cela? Paî^ce qu'après ce temps le bo-
VAJRACCHEDIKA. 450
dhisattwa mahâsattwa ne doit plus recevoir de loi ou
non-loi^.
Ainsi fut prononcé ce discours par le Tathâgata
sur cette matière. Les (notions des) lois sont néces-
sairement abandonnées (tuées en soi) par ceux qui
connaissent le cours naturel et nécessaire de la loi
(de Têtre), semblable à im radeau; bien plus encore
la non-existence de lois.
7. — Ce qui n'est ni acquis ni dit.
Ensuite le bienheureux dit à Subhûti , à la longue
vie : Que penses-tu de cela, ô Subhûti; y a-t-il une
loi, appelée illumination suprême de Imtelligence,
qui a reçu sa lumière par le Tathâgata , ou une loi
révélée par le Tathâgata ^ ?
Subhûti répondit : Pour autant que je com-
prends, ô Bienheureux, le sens de ce qui a été dit
par le bienheureux , il n y a point de loi , dite illu-
minant l'intelligence, ayant reçu sa lumière du Ta-
thâgata , qui ait été révélée par lui ^. Parce que la loi
* Dharma. T. cos loi , doctrine , et non être comme dit Schmidt.
* CH. Le Tathâgata a-t-il acquis Vannttarâsamyaksambodhi? M.
A t-il acquis une loi sans supérieure, sachant, comprenant le bien.
CIL M. Peut-on dire que le Tathâgata a exposé une loi? Le T. est
ici à côté du sens. H ne s'agit pas de devenir bouddha.
^ CH. Il n'y a pas de loi établie qui s'appelle annttarâs. M. La
loi sans supérieure, etc. , n'est pas une loi établie. D n'y a pas de loi
établie que le bouddha puisse annoncer. La loi dite par lui , tous ne
peuvent la recevoir ni l'exposer. . . Parce que les saints et sages
1 estiment comme une loi sans pratique et la distinguent comme
460 NOV£MBR£-D£G£MBR£ 1891.
qui a été révélée par ie Tathâgata est incompré-
hensible, et sans qualités particulières que Ton puisse
exprimer. Ce n'est ni loi ni non-loi, parce que les
entités supérieures sont produites telles sans être
réelles et parfaites pour cela.
8. — Vivre selon la loi.
Le bienheureux dit : Que penses-tu de cela, Su-
bhûtip Si un fils de famille ou une fille de famille
(distinguée) fait en sorte que l'élément du monde
du trimillénaire ou du grand millénaire soit plein
des sept biens précieux, des sept joyaux^ et qu'il
les donne tels, en pur don, aux Tathâgatas^, aux
arhats complètement illuminés^, est-ce que ce fils
telle. « Sans pratique » {wu wei) répond à sanskria et « dislingaent » à
prabhâvitasamyaksamhhodi, La sambodhi est Tintdligence complète
de la vérité produite par une illumination intérieure qui ouvre les
yeux de rintelligencc , comme la fin d'un rêve , d'un sommeil ouvre
les yeuf d'un homme endormi. Samyah renforce l'idée exprime^
déjà par sam. C'est cette uniformité complète qui exdut toute erreur,
toute divergence. La samyaksambodhi est TiUumination interne com-
plète qui fait le bouddha ou tout au moins le bouddhiste édairé.
^ Saptaratnâni. Ce ne soht point ici les insignes du Cakravartin ,
mais sept espèces de métaux ou de minéraux précieux, à savoir :
l'or, l'argent, le lapis -lazuli, la perle rouge, le diamant ou les
peries blanches, l'améthyste et le corail.
Notons toutefois que la liste des sept joyaux n'est pas partout In
même; on y voit figurer aussi l'ambre, la cornedine et autres mi-
néraux précieux.
* Ces deux mots manquent au M. CH. ainsi qu'au T.
^ Id. Punyashandha est encore rendu par hôtari erdema (M.)
«bonheur et vertu» ou «vertu du bonheur» eifang-te (id.) au CH.
VAJRACCHEDIKA. 461
OU cette fiUe de famille ferait ressortir de cette
œuvre un grand amas de mérites ?
Subhûli répondit : Très abondant, ô Bienheu-
reux, très abondant, ô Sugata, serait Tamas de
mérites que produirait par cette œuvre ce fils ou
cette fiUe de famille. Et pourquoi? Parce que cet
amas de mérites dont parle le Tathâgata a été dé-
claré par lui un non-amas. C'est pourquoi le Tathâ-
gata dit : C'est un amas, un vrai amas de mérites.
Le bienheureux dit : En outre, si ce fils ou cette
fille de famille remplissait ainsi des sept joyaux
l'élément du monde du trimillénaire , du grand mil-
lénaire et le livrait ainsi en don aux Tathâgatas,
arhats complètement illuminés, et quun autre, pre-
nant une simple Gâthâ de quatre vers dans toute
l'étendue de loi, l'enseignât aux autres complète-
ment et l'expliquât en détail, celui-ci produirait
ainsi un amas de mérites beaucoup plus abondant ,
un amas innombrable. Et pourquoi? parce que,
ô Subhûti, c'est par là quest née pour ce monde
l'illumination complète que rien ne dépasse, des
Tathâgatas, arhats complètement illuminés; cest
par là aussi qu ont été engendrés les bouddhas bien-
heureux^. Comment cela? C'est que ces lois des
bouddhas, proclamées telles, ô Subhûti, ont été en
même temps déclarées non -lois des bouddhas par
le Tathâgata. C'est pourquoi aussi elles ont été dites
des lois de Bouddha.
^ Manque; les bouddhas sont rapportés à la phrase précédente,
la sambhodi de tous les bouddhas.
xviii. 3i
4Ô2 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
9. — Une seule forme, pas de forme.
a. Que penses-tu maintenant de ceci, Subhûti?
Appartient-ii à celui qui est entré dans le courant
de lexistence (qui la atteint, de dire) ^ : J'ai acquis
le fruit à recueillir dans ce courant P
Subhûti répondit : Non, cela ne lui appartient
pas. Et pourquoi? parce que celui-là, quel qu'il
soit, n'a réellement acquis aucune condition^; c'est
pourquoi il est appelé entré dans ie courant de
l'existence, l'ayant atteint. Il n'a réellement acquis
les conditions ni des formes, ni des sons, ni des
odeurs, ni du goût, ni des sensations du tact. Si
celui qui s'est engagé dans ce courant pouvait dire
qu'il en a acquis les mérites, il aurait saisi, acquis
l'égoïté, l'être, la vie, la personnalité.
b. Le bienheureux continua : Maintenant pen-
^ M. Snrtahan, transcr. de srotaâpannas, GH. transcr. Pkalam
«fruit» est rendu par ie même mot en GH.; par shanggan «achève-
ment » en M.
^ Dharma, GH. M. rendent 5rdta^. 11 semble que leur texte avait
ce mot et non « dharma » ; srôtas est mieux en place. Mais le trad.
T. semble avoir lu dharma, « Gelui qui nominalement est entré dans
le courant n y est pas entré en réalité. Gelui qui n'est pas entré
dans les sons, les couleurs, les odeurs, les goûts, le contact, la loi,
celui-là est appelé srotaâpanna, entré dans le courant de Texistence
par ce désir de la vie qui produit l'existence particulière, person-
nelle en s'appropriant les éléments nécessaires à cela; courant qui
conduit d'existence en existence jusqu'à ce qu'on ait mérité d'en-
trer dans le Nirvana. • T. Rgyan du, « le fleuve du temps ». Ge mot est
quelquefois pris dans un autre sens qui ne nous importe point ici.
VAJRACCHEDïKA. 463
sez-vous quil appartienne à celui qui est à sa der-
nière renaissance 1 de dire qu'il a acquis les fruits,
les mérites de cet état ?
Subhûti répondit : Non certainement, cela ne
lui appartient pas. Et pourquoi ? Parce que celui qui
n'a plus à renaître qu une fois n a plus les condi-
tions de l'existence sensible. C est pourquoi il est
appelé sakrdâgami « qui vient une fois ».
c. Le bienheureux dit : Quen penses-tu, Sub-
hûti ? Appartient-il à celui qui ne revient plus à une
nouvelle existence de dire qu'il a acquis le fruit de
cette condition ?
Subhûti répondit : Non, cela n'est point, ô Bien-
heureux! non, il n'appartient pas (même) à celui
qui ne revient plus de dire : « J'ai acquis le fruit de
l'état d'anâgamî. » Et pourquoi ? Parce que celui-là
n'a plus de loi , plus de condition particulière. C'est
pourquoi il est appelé anâgamî « qui ne revient
plus ))'^.
* sakrdâgamî ; anâgamî. Ces mots désignent ceux qui en sont ar-
rivés à la dernière renaissance {saJift) ou qui ne doivent plus renaître
(an) , qui de cette eiistence iront au Nirvana.
Agami est rendu par tchn-lai, geneme jime «aller, venir».
^ M. CH. « L anâgamî bien qu'il soit dit ne plus revenir, il est
appelé ainsi parce qu'en réalité il n'est point ne revenant plus».
Cette ])]irase est certainement plus conforme au reste du morceau.
Etait-ce le texte primitif? Cela est d'autant plus probable qu'au
])aragraphe suivant ces deux traductions suivent notre texte sanscrit
actuel et ont ce dliarma qui détonne avec le reste : « il n'y a point de
condition qui le fasse nommer ne revenant plus ». M. Ce n'est point
une certaine condition étante à cause d'elle, qu'il est appelé ainsi.
3i.
464 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891. .
d. Le bienheureux dit : Que penses-tu de ceci,
ô Subhûti ? Un arhat peut-il croire quHl a acquis
par lui-même la condition d'arhat ?
Subhûti répondit : Cela nest point, Bienheu-
reux! larhat même ne peut se dire cela avec vérité.
Et pourquoi? C est quil ny a pas une loi de condi-
tion, une réalité qui soit larhat; cest pour cela
qu il porte ce nom. Si larhat pouvait se dire : J'ai
acquis la condition d arhat, alors il voudrait encore
prendre une égoïté, une existence, une vie, une
personnalité.
e. Pourquoi cela? C'est que je suis désigné par
le Tathâgata, arhat complètement illuminé, comme
chef de ceux qui ne s adonnent plus à la jouissance^,
et cependant, bien que je le sois, je ne puis pas
dire : Je suis un arhat exempt de toute attache. Si
je pouvais me dire que j'ai acquis la condition
d'arhat, le Tathâgata ne prédirait pas de moi que
je serai Subhûti, homme distingué, chef de ceux
qui ne sont plus attachés à la jouissance ^ qui
^ Aranâvihârin, Ranâ est pris en M. GH. comme signifiant
< lutte, contestation, effort» et le mot est rendu par « contemjdation
sans effort • comme si c'était aranâ samâxihi. M. Jingkini Uin, tra-
duction exacte. Ilin «arrêt fixé en une chose» (âdhi) et jingkini
«vrai, complet» [sam). T. Mais la construction des mots est mal
comprise, car agryas est pris à part comme indépendant de arànâ-
vihàrinâin et traduit : « d'un genre très élevé parmi les hommes ».
^ « Le Tath. n'aurait pas dit que Subhûti est un homme attaché à
la règle des arhats; Subhûti, n'agissant point en réalité, en l'appe-
lant Sublinti il l'a dit se plaisant dans la règle de conduite, les actes
VAJRACCHEDIKÂ. 465
ne se plaira plus en aucune jouissance. C'est pour-
quoi ii est appelé détaché de ia jouissance, détaché
de la jouissance.
1 0. — Comment régler avec dignité et beauté
CE QUI est pur.
a. Le bienheureux dit : Qu'en penses-tu, ô Sub-
hûti? Y a-t-il eu une condition d'existence dont
se saisisse le Tathâgata, la recevant de Dîpahkara^
le Tathâgata, iarhat complètement illuminé .î^ Su-
bhûti répondit : Non, une condition semblable na
point existé. (Le Tathâgata ne reçoit point d'exis-
tence par ce moyen.)
b. Le bienheureux dit : Tout bodhisattwa, Sub-
lîûti , qni dirait : « Je produirai tous les développe-
ments successifs du champ de l'être », parlerait
contrairement à la vérité^. Et pourquoi? On dit ;
d'un arhat». Ce qui suppose un tout autre texte, car on ne com-
prendrait pas que les traducteurs M. CH. se soient amusés à chan-
ger une phrase qui n'est que la répétition de la précédente.
^ Dipanhara qui fait la lumière est un des bouddhas prédéces-
seurs de Çâkyamûni. Celui-ci n'a rien reçu de lui. La phrase pour-
rait aussi être traduite : « Y a-t-il une loi que le T. ait reçue de D.?»
Ici il paraît plus probable de supposer que la question roule sur
l'existence que Çâkyamûni s'est donnée comme tout le monde par
le désir de la vie et cela à cause de ce qui suit. C'est, du reste, au
choix du lecteur.
M. CH. Jen sang «qui illumine, éclaire». «Y a-t-il quelque chose
dans la condition que le Tathâgata ait reçu du bouddha Jen sang
ou non ?» Le nom tibétain est aussi une traduction étymologique.
^ Ce paragraphe diffère du sanscrit: CIL M. Le bodhisattwa doit-il
466 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
développements des êtres, développements des
êtres et ce ne sont point des développements de
l'être, a dit le Tathâgata. C'est pourquoi on appelle
cela « développements successifs des êtres ».
c. C'est pourquoi, ô Subhûti, le bodhisattwa ma-
hâsattwa doit former en lui et manifester la résolu-
tion qu'il n'y ait jamais en lui de pensée, de volonté
déterminée, qui s'applique à la forme extérieure
des êtres, ni aux sons, aux odeurs, au tact. S'il se
trouvait, par exemple, Subhûti, un être humain
d'un corps élevé, d'une haute taille dont la forme,
l'individualité serait comme est le Sumeru, le roi
des montagnes, son individualité serait grande en
réalité? Subhûti répondit : Elle serait grande.
Bienheureux, elle serait grande, Sugata! cette indi-
vidualité telle que tu la dis.
Elt pourquoi ? parce que ce qu'on appelle une exis-
tence individuelle, une existence d'égoïté a été dé-
clarée n'être point une existence par le Tathâgata^.
C'est pourquoi on l'appelle existence individuelle.
ou non mettre en ordre d'une manière digne et grave ie fond de
bouddha? (Fo-t'u, Fucihi i ba). Non, parce que cet arrangement
est un non-arrangement. Cela étant , tous les bodhisattwas doivent
produire en eux un cœur pur et lumineux et ne doivent point réta-
blir dans l'amour (des beautés extérieures) de la couleur, etc. On
doit former son cœur sans l'établir en rien.
T. J'ai parfait le règlement du pays.
^ Parce qu'on le dit sans individualité (heye, shin «corps, soi»),
c'est pour cela qu'il est appelé grande individualité. Le reste manque.
Ceci est mai traduit en tibétain, où, par exemple, àtmabhâwi est
traduit lus «corps».
I
VAJRACCHEDIKA. 467
Mais en réalité, ô Bienheureux, ce nest ni une
existence ni une non-existence; c'est pourquoi on
l'appelle existence individuelle , égoîqae.
11. — Prospérité , grandeur sans efforts.
Le bienheureux dit : Qu'en penses • tu, ô Sub-
hûti-? SU y avait autant de fleuves (tels que le) Gange
quil y a de grains de sable dans le Gange, le grand
fleuve, les grains de sable qui se trouveraient dans
tous ces Ganges seraient -ils pour cela en grand
nombre ?
Subhûti répondit : Autant il y aiu^ait de ces
Ganges , d'autant plus il y aiu'ait de grains de sable
dans ces fleuves.
Le bienheureux reprit : Je vais te l'expliquer, Su-
bhûti, je vais te le faire connaître^. Si un homme
ou une femme remplissait des sept joyaux autant*
de monde qu'il y a de grains de sable dans tous ces
Ganges, puis les donnait en don aux Tathâgatas,
arhats complètement illuminés, quel serait, penses-
tu , l'amas de mérites que cet homme ou cette femme
produirait en retour ?
Subhûti répondit : Nombreux, Bienheureux,
(très) nombreux, Sugata! serait l'amas de mérites
que cet homme ou cette femme produirait, incom-
mensurable, innombrable.
^ « Je te dirai une parole vraie. . . Si un homme. . • vertueux
égalait les sept joyaux au nombre de ces grains de sahle de tous
ces Ganges et que dans le monde du trimillénaire, du gratHi millé-
naire, il les donnait en don. »
408 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Le bienheureux ajouta : Mais relativement à
celui, homme ou femme, qui donnerait ces mondes
ainsi remplis aux Tathâgatas, Thomme ou la femme
distingué qui enseignerait, qui expliq^uerait aux
autres un quatrain de Texposé de la loi, obtiendrait
un amas de mérites bien plus. considérable encore;
celui-là serait incommensurable, innombrable^.
12. — Qu'il faut honorer et respecter
la bonne doctrine.
En outre, cette paftie de la terre dans laquelle
serait prononcé ou expliqué ce quatrain de la loi,
cette partie deviendrait un lieu sacré, un temple^
pour le monde réuni des dévas , des hommes et des
asuras.
Et ceux en outre qui soutiennent [dhâray) cet
•exposé de la loi tout entier, qui le réunissent {âcay)^
Tobtiennent [paryavâp) entier par leurs recherches
et l'expliquent complètement aux autres , ceux-là
seront doués des pouvoirs surhumains les plus mer-
^ Le premier memhre de la phrase et la (in manquent en M. GH.
^ Tous devraient le respecter, y faire des offrandes comme un
temple à tour, t'a miao. M. Subargan miao,
A bien plus forte raison celui qui, étant homme, le prend et le
garde et sait le lire, le réciter? On doit savoir qu'un tel hcoame
accomplit une loi extrêmement élevée , la première en grandeur, et
rare (en ce monde M.) i. e. des actes surhumains. S'il y a nn liea
où soit ce texte sacré, c'est le lieu de houddha, il le possède, il
doit être honoré, respecté des disciples (de Bouddha).
Udgrah, dhâray, etc. Le T., rend encore plus explicitement :
reçoit, copie, met en pratique, maintient, lit à d'autres, etc.
VAJRACCHEDIKÂ. 469
veilleux. Et dans ce lieu de la terre on jouira de la
dignité de maître , ou bien on occupera la place de
docteur de la science.
13. — Recevoir et accepter la loi, en la suivant
ET s en éloignante
a. Lorsque le bienheureux eut ainsi parlé, Su-
bhûti , à la longue vie , lui adressa ces paroles :
Quel est, ô Bienheureux, cet exposé, ce cours
de la loi? Comment pourrais-je le maintenir ^P
Le bienheureux, ainsi interpellé, dit à Subhùti :
Cet exposé de la loi est la Prajnâpâramitâ. C'est
elle que tu dois maintenir (en vigueur et honneur).
Et pourquoi ? Parce qu elle a été dite par le Tathâ-
gata traversée de la science et aussi non-traversée (la
connaissance complète et la non-complète). C'est
pourquoi elle est appelée Prajnâpâramitâ.
b. Et qu'en penses-tu encore, Subhûti? Est-ce
cela une loi quelconque proférée par le Tathâgata ?
Subhûti répondit : Non, cela nest point. Bien-
heureux, car ce n est point une loi qui ait été profé-
rée par le Tathâgata^.
^ Le CH. n'a que les cinq premiers mots.
' Comment nommerai-je, comment honorerai-je et observerai-je
ce King? On appelle ce livre sacré le kin k'eng (coupeur de diamant)
qui transporte k l'autre rive, clair, plein d'intelligence. M. — Le CH.
n'a que kin-keng, «Véhictde» comme po-lo-mi [pârcunUâ], Tu dois
observer avec respect ce nom , ce titre.
^ Le T. traduit exactement : « est-ce une loi [cos) de par la parole
de Bouddha ». Schmidt traduit : « ist ein seyn vorhanden ».
470 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
c. Que penses-tu, Subhûti? Est-ce que ia pous-
sière terrestre de la région du monde du trimillé-
naire, du grand millénaire est abondante?
Subhûti répondit : Elle doit être abondante , Su-
gata! elle doit être abondante, la poussière terrestre ^
de ce millénaire? Et pourquoi? Parce cjue cette
poussière terrestre dont parla le Tathâgata est dé-
clarée par lui non -poussière. C'est pourquoi on
rappelle poussière (impureté) terrestre. En outre, ce
lieu, cet élément terrestre dont a parlé le Tathâ-
gata a été déclaré par lui être un non-élément. C'est
pourquoi il est appelé « élément du monde ».
d. Le bienheureux dit : Penses-tu, ô SubhûU,
que le Tathâgata, arhat. parfaitement illuminé, doit
être reconnu par les Sa marques extérieures de
l'homme supérieur ?
Non, répondit Subhûti, il ne doit pas être ma-
nifesté par cela. Parce que. Bienheureux, ces
32 marques énoncées par le Tathâgata ont été dé-
clarées par lui être des non-marques. C'est pourquoi
on les appelle les Sa marques du Grand person-
nage.
e. Le bienheureux reprit : En outre , tout homme
ou toute femme, Subhûti, qui renoncerait succes-
^ Narhôn buraki «fine poussière-atome». Cette pousuère, le Ta-
thâgata l'a déclarée non - poussière ; cest pourquoi on l'appdle
fine poussière -atome et le Tliag. a dit ce qui est de ce monde
n'est point de ce monde. T. Tous les lieux de la terre quds qu*ils
soient.
VAJRAGCHEDIKÂ. 471
siveiïient à autant d'existences égoïques quil y a
de grains de sable dans le Gange, ou qui, aban-
donnant autant d'âges qu'il y a de grains de sable
dans le Gange, abandonnerait autant d'existences
égoïques \ aurait beaucoup moins de mérite que
celui qui prendrait et apprendrait, expliquerait aux
autres un quatrain de l'exposé de la loi. L'amas de
mérites de ce dernier serait de beaucoup supérieur ;
il serait incommensurable, innombrable ^
14. — Détaché de toute forme, s'anéantir
DANS LE silence.
a. Alors l'âyushman Subhûti, sous la vive im-
pression de cette doctrine, versa des larmes 2. Puis
il les essuya et dit au bienheureux : C'est une mer-
veille, Bienheureux, une suprême merveille, que ce
cours de la loi enseignée par le Tathâgata, pour le
salut ^ des êtres appliqués à la règle parfaite (à la
marche en avant), à la règle la plus excellente de
toutes. Jamais depuis que j'ai acquis la science
^ Manque en CH. M.
^ CH. M. Alors Subhûti ayant entendu dire ce sûtra, comprenant
à fond le sens de ce principe , tout ému , se mit à verser des larmes ,
à sangloter.
^ Ces mois et les suivants manquent. « S'il y a encore des hommes
qui écoutent, reçoivent ce sûtra, y croient de cœur, ils seront purs
et éclairés; ils engendreront pour eux la forme, l'existence véri-
table. Il faut savoir que ces hommes , accomplissant des merveilles,
auront des mérites immenses.
« Et cette forme n'est pas une forme, c'est pourquoi, » etc.
472 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
sacrée, jamais une loi semUabie ne ma été ensei-
gnée, lis seront doués d'une puissance surhumaine
supérieure à toute autre, les bodhisattwas qui, ayant
entendu ce Sûtra alors qu'on le leur enseignait,
ont acquis la vraie connaissance de l'être. Et pour-
quoi ? Parce que cette connaissance de l'être est une
non-connaissance de l'être. C'est pourquoi le Tathâ-
gata dit d'elle : « C'est la science de l'être, c'est la
science de l'être ».
b. Ce n'est point une merveille pour moi\
Bienheureux , que je conçoive ce contenu de la loi
ainsi énoncé et que j'en goûte la beauté. Il y aura
des êtres, ô Bienheureux, qui arriveront à la voie
non encore battue, au dernier temps, au dernier
moment, au dernier cinq-centenaire, lorsque la loi
dépérira ^, et qui alors encore soutiendront la
loi en toute son étendue , la maintiendront en son
entier et la communiqueront aux autres , l'explique-
ront en détail, ceux-là obtiendront la puissance
magique la plus complète, l'état le plus merveil-
leux'.
■
c. Après cela, ô bienheureux, il n'y aura plus
pour eux ni conscience de l'égoïté, ni conscience
de l'être , de la vie ou de la personnalité , il n'y aura
* M. GH. t Difficile» nan, m<mgga,
* M. CH. , simplement : < dans Tavenir, après 5oo ans »... Ils
seront extraordinaires au plus haut point. Pourquoi cela? parce
que pour eux il n'y aura pas de représentation (arbun-siang) de
l'égoïté, etc.
^ T. idem mi'sar ha et non bewnndertf Sch.
VAJRACCHEDIKÂ. 473
plus pour eux ni science ni absence de science. Et
pourquoi ? Parce que cette connaissance de Tégoïté
est une non-connaissance. Celle de la vie, de Texis-
tence, de la personnalité, Test également. Comment
cela.^ Cest que les bouddhas bienheureux sont dé-
barrassés de toute connaissance ^.
d. A ces mots , le bienheureux dit à Subhûti : Il
en est ainsi, Subhûti, il en est ainsi. Ils seront dans
un état merveilleux , supérieur, ceux qui , en enten-
dant dire ce Sûtra, ne seront point saisis de crainte,
ne seront pas transis d'effroi , ne tomberont pas dans
un accès de frayeur. Pourquoi cela? Parce que
c est la parfaite pâramitâ , Subhûti , la parfaite arrivée
au terme, déclarée par le Tathâgata, celle-là qui
est une non -pâramitâ. Celle-là, ô Subhûti, que le
Tathâgata dit être la pâramitâ suprême, les boud-
dhas bienheureux la déclarent indéfinie (infranchis-
sable et comme inaccessible) 2. C'est pourquoi elle
s appelle la pâramitâ suprême.
e. En outre, Subhûti, idiKshântipâramitâ^ (perfec-
tion de la patience) du Tathâgata est aussi une non-
pâramitâ. Comment cela? Si même, Subhûti, le roi
Kalinga me coupait en morceaux les membres, les
articulations et les chairs, alors même je n'aurais
conscience ni de mon égoité, ni de l'existence, ni
^ C'est que tout ce qui est débarrassé de ces représentations est
appdé bouddha.
* T. Cette pâramitâ, le docteur suprême, le Tathâgata l'a dite sans
nombre ni mesure. La traduction de Sch. est erronée.
' Kshdntip. rendu eu CH. M. par « supportant la boute * j^% ]^
girucan he gaiine.
474 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
de la vie, ni de k personnalité ^, ni aucune connais-
sance ni non-connaissance. Gomment cela? C'est
que si, en cette circonstance, j'avais conscience de
mon égoïté, j aurais en même temps celle de' ma
perversion ^. Si j avais connaissance de mon existence ,
de ma vie, de ma personnalité, j'aurais en même
temps celle de ma perversion. Et pourcjuoi? Je sais
très bien, Subhûti, que dans les âges écoulés, il y
a de cela 5oo générations, j ai été le Richi Kshânti-
vâdin^. Et alors je n avais conscience ni de l'égoïté,
ni de Texistence, ni de la vie, ni de la personnalité.
C'est pourquoi , Subhûti , le bodhisattwa mahâsattwa
doit, en rejetant toute connaissance particulière, ap-
pliquer son inteUigence à la complète illumination
[samyaksambodhi) supérieure à tout. Il ne doit point
concevoir de pensée attachée à la forme extérieure,
qui y ait sa base; il ne doit point non plus en conce-
voir qui soit appuyée sur les sons, Todeur, le goût,
le tact, ni même sur la loi ou la non-loi *, ni sur quoi
que ce soit. Pourquoi cela? Parce que ce qui est dé-
terminé en un point est également indéterminé. C'est
pourquoi le Tathâgata dit que le bon don est fait par
le bodhisattwa qui n est appuyé sur rien et nullement
^ Ce qui suit manque au CH. M.
* Par la colère , l'horreur de la douleur, etc. C'est ce que le CH*
M. rend par ces mots : «(si j'avais cette connaissance), il arri-
verait nécessairement que la colère, l'horreur en naîtraient». La
phrase suivante est omise.
* «J'ai été l'esprit (l'immortel, sien) qui supporte la honte
(kshântivâdi).
* Omis.
VAJRACCHEDIKA. 475
par celui qui s appuie sur le son, Todeur, le goût,
le tact ou la loi.
/. En outre, Subhûti, le bodhisattwa doit renon-
cer à tout don de cette nature, pour le bien de tous
les êtres ^
Et pourquoi ? Parce que la connaissance de Têtre
est elle-même une non-connaissance. Tous les êtres
ainsi désignés par le Tathâgata sont aussi des non-
êtres. Comment cela ? C'est que le Tathâgata dit ce qui
est, il dit la vérité , il dit les choses comme elles sont
et non autrement , le Tathâgata ; il ne dit rien de faux ,
le Tathâgata.
jf. En outre, Subhûti, la loi parfaitement com-
prise et enseignée par le Tathâgata , qui s en est pé-
nétré l'esprit^, nest ni vérité ni erreur. De même,
ô Subhûti , qu un homme enfoncé dans les ténèbres
ne sait rien voir, ainsi doit être considéré le bodhi-
sattwa qui , tombé dans le monde des corps , renonce
à tout don^; ou bien, comme un homme, jouissant
de la vue, qui, à la première clarté qui éclaire la
nuit, au lever du soleil, voit des formes de différentes
^ « Le bodhisattwa doit donner de manière à procurer tout avan-
tage en faveur de tous les êtres vivants.» Le T. a aussi «renonce»
abandonne, comme le texte : btm. Schmidt a compris le contraire.
* Simplement : la loi reçue par le Tatliâg. « Existence person-
nelle» âtmabhâva. Schmidt : «Ëigene Kôrper». Ce n*est point cela.
' «Le bodhisattwa qui, ayant établi la loi dans sou cœur, fait
ensuite des dons abondants, ne voit point, tout comme un homme
entré dans les ténèbres. Si le cœur du bodhisattwa ne se complaît
pas en Cet homme , en voyant tous ces personnages , le bodhisattwa
470 NOVëMBKë-D£C£MBR£ 1801.
espèces , ainsi est le bodhisaitwa qui , n étant point
enfoncé en ce monde corporel, renonce à tout don.
h. Bien plus , Subhûti , les hommes ou les femmes
distingués qui reçoivent, prennent [udgrahkh) la
loi en son étendue , la soutiennent [dhât^ay) , la rendent
complète {âcay) et cherchent [paryavâp) k la possé-
der et Texpliquent aux autres entièrement, ceux-là,
Subhûti , sont vus du Tathâgata , de Yœil de son intelli-
gence éclairée; ils sont connus du Tathâgata par sa
science d'illumination , ils sont éclairés par le Tathâ-
gata. Tous ces êtres produiront un amas de mérites
incommensurable , innombrable et lacquerront pour
eux.
15. — Comment garder les Sôtras.
Mérite de qui le fait.
a. En outre, si une femme ou im honune renon-
çait ^ le matin à autant d existences égoïtiques qu'il y
acquerra de grands mérites. » Cette traduction est évidemment fku-
tive. Elle passe, du reste, une grande partie du paragraphe.
^ Si un homme ou une femme de hien , au lever du soleil , pra-
tiquait le don généreux , Tahandon de soi-même , autant de fois qu'il
y a de grains de sable, comme un homme ayant des yeux et voyant
chaque forme et couleur en pleine lumière du soleil, Suhhûti, ai
à travers les âges cet homme , cette femme do bien reçoivent, prennent
ce Sûtra, le gardent, ie lisent et le récitent, ils seront des Tathâ-
gatas , jouissant de la science, des lumières de Bouddha , d'une icîence
achevée, universelle. (M. «donnant ainsi».]
Les mots mandchous commencent l'autre phrase : « s*il8 donnent
ainsi au milieu du jour, au temps convenable , puis si ... » etc. Le CH.
« counaissait comp-ctrmcut au milieu du jour» cbi un non-sens.
VAJRACCHEDltCÂ. Ml
a de grains de sable dans le Gange , s'il en faisait autant
à midi, puis le soir, s'il renonçait aussi en ce même
cours de temps aux existences personnelles , pendant
des Kalpas innombrables , des millions , des milliards ,
et si un autre, ayant entendu cet exposé de la loi,
ne la rejetait pas, ce dernier acquerrait un amas de
mérites très considérable, un amas incommensu-
rable, innombrable. Combien plus encore celui qui,
récrivant , la recueille , qui la maintient , la consolide ,
la fait sienne et l'enseigne aux autres complètement!
b. En outre , ô Subhûti , il est inimaginable , incom-
parable cet ordre régulier de la loi. Il a été énonça
par le Tathâgata , pour le bien des êtres qui sont éta-
blis dans la voie^ la meilleure, dans la voie parfaite.
Ceux qui l'accepteront le maintiendront , le conso-
lideront, le feront leur et l'enseigneront aux autres
complètement, en détail, sont connus du Tathâ-
gata, ô Subhûti, par sa science illuminée de Boud-
dha " ; ils sont vus par son œil de Bouddha , ils sont
illuminés par le Tathâgata. Tous ces êtres seront
doués d'une foule de mérites incommensurables,
d'une masse de mérites inimaginable , incomparable ,
incommensurable. Tous, ô Subhûti, posséderont,
en quantité égale, une intelligence illuminée; ils
* CH. Ta-shing, le grand véhicule (Mahâyâna); (pour ceux qui
le font avancer), M. pour les gens qui connaissent parfaitement la
loi. Le texte que suppose ici la version tibétaine doit avoir un membre
de phrase en plus : «son fruit est inappréciable par la pensée», que
l'on retrouve plus loin. La phrase suivante est aussi plus développée.
* Ce complément est omis dans le M. Cil. T.
xviii. 3 3
mraiJiKti* kiTiunALS.
478 NOVEMBRE-DÉGKMBRE 1891.
racciimuleront en eux, ils la feront leur tout en-
tière ^
Pourquoi cela ? Parce que cet ordre de la loi ^ ne
peut être entendu d aucun de ceux qui sont dépour-
vus d attrait pour elle, ou qui arrêtent leur vue sur
Tégoïté, Texistence, la vie ou la personnalité (appa-
rentes). Il ne peut être entendu davantage de qui-
conque applique sa connaissance à Têtre dépourvu
de science éclairée; celui-ci ne peut ni l'entendre, ni
y adhérer, ni le maintenir, ni le consolider en soi, ni
le faire sien. Ce n'est pas un point d'appui sensible
(pour l'esprit) [sthânam],
c. En outre ^, ô Subhûti, l'endroit de la terre où
ce Sûtra sera expliqué deviendra un objet de louange ;
il sera digne de respect pour le monde des Dévas,
des hommes et des Asuras ; il sera digne d'honneur,
cet endroit de la terre ; il deviendra comme un lieu
sacré.
^ Ces gens seront faits }K)ssëdant Vanuttarâ samyaksamb6dhi, (Voir
[)lus haut. ) Ils ]a porteront sur les épaules , dit le T.
^ «S'ils ont peu d'attrait pour la loi, mais s'ils sont adonnés h
regarder l'égoïté, etc., ils ne peuvent écouter cette loi, la recevoir,
la lire , » etc. Le reste est omis.
^ «En tout endroit où ce Sûtra se trouvera, en tout siède, les
Dévas, les hommes et les Asuras devront le respecter et y faire dea
offrandes. Tous devront l'honorer, y accomplir les cérémonies, le
vénérer de tous côtés , y répandre partout des fleurs et de l'encens, i
On voit qu'ici, contrôleur hal)itude , les traducteurs ont développé
le texte.
VAJRACCHEDIKA. 479
16. — Que l'on peut purifier les fautes.
a. De plus , Subhûti, les hommes et femmes distin-
gués qui recueilleront, maintiendront, accumuleront
ou feront leurs des Sûtras de ce genre, se les impri-
meront au fond de l'esprit et les expliqxieront com-
plètement aux autres ^ seront abaissés (P), très abais-
sés (de condition). Et pourquoi?
Parce que les mauvaises actions commises par ces
êtres dans les existences antérieures doivent être
expiées , disparaître pour eux , et que , par cet abais-
sement , ces mauvaises actions sont arrêtées en leurs
effets, anéanties; et ces êtres pourront acquérir la
connaissance illuminative.
b. Je connais , ô Subhûti , les témoignages d^mi-
tié, la joie que dans la voie du temps écoulé, dans
des Kalpas innombrables et plus encore , antérieurs
au Tathâgata, à Farhat complètement illuminé, Dî-
pankara, j'ai donné Aoo fois aux millions et mil-
* Les traductions reproduisent simplement la formule ordinaire
sans tenir compte des ajoutés. «S'ils prennent, adoptent, gardent,
lisent, récitent ces Sûtras et en faisant cela sont méprisés , abaissés
par les autres , les fautes des temps antérieurs de ces personnes
tomberont de leur chemin (seront effacées ). Méprisés par les gens
de leur temps, ils se déferont, se purifieront de leurs fautes passées
et acquerront l'anuttarâsamyaksambodhi. »
Pourcpioi ceux qui auront accompli leur devoir à l'égard de la
loi seront-ils abaissés ?
Le T. porte qu'ils souffriront beaucoup de maux.
32 .
480 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
liards de bouddhas sans leur causer aucune impres-
sion désagréable ^ Et parce que ces bouddhas ont
été traités par moi de cette manière et parce qu au
dernier âge , au dernier moment , au dernier cinq-cen-
tenaire , alors que l'extinction de la loi sera en cours ,
ils adhéreront à ces Sûtras , ils les soutiendront , ils
les accumuleront, ils les feront leurs, ils les feront
connaître complètement aux autres , conséquemment
en comparaison de cet amas de mérites, ô Subhûti,
le précédent ne latteint, ne l'égade pas de la cen-
tième partie , ni de la millième , ni de la cent-millième ,
ni de la millionième (Kâli lo millions), ni de la
cent-millionième, ni de la milliardième , ni de mil-
lions de milliards près. Et cette infériorité ne pour-
rait atteindre pour s'exprimer, la dernière, la plus
infime fraction , l'expression du nombre , delà partie ,
de la supputation, du calcul, de la comparaison
tant soit peu approchant, de toute relation de com-
paraison.
c. Si après cela, Subhûti, si je voulais exprimer
le mérite de ces hommes et de ces femmes distingués
et dire combien, en cette circonstance, ils produi-
ront de mérites, combien ils en recueilleront, les
êtres en gagneraient la folie , ils en arriveraient à la
démence ^. De plus , ô Subhûti , cette loi en tout son
* «Les a)ant rencontrés, je les ai honorés par des ofirandes,
servis et ne les ai point laissés aller vides. »
^ Traduction singulière : «comme un renard, il douterait et ue
croirait pas. »
VAJRACCHEDIKA. 481
développement est déclarée par le Tathâgata inima-
ginable, incomparable, et ses fruits ^ mûris en lem*
incompréhensibilité , doivent être Tobjet de tous les
désirs.
m
17. QCE l'on doit ETRE JUSQu'aU BOUT
•• /
SANS EGOITE.
a. Alors le vénérable Subhûti dit au Tathâgata :
Comment celui qui s'est appliqué à la vraie doc-
trine de la Bodhi doit-il se maintenir? Comment
doit-il la pratiquer? comment doit-il en concevoir la
notion^? Le bienheureux dit : Voici, Subhûti, com-
ment celui qui s'est appliqué à la vraie doctrine de
la Bodhi doit en former en soi la conception (sa
pensée). Tous les êtres, sans exception, doivent être
jetés par moi dans le monde du Nirvana, et en les
lançant ainsi , il est vrai , toutefois , qu'aucun n'y est
jeté. Comment cela? C'est que, Subhûti, si la con-
naissance de l'être se produisait pour le bodhisattwa
(s'il croyait à l'existence réelle), il ne devrait plus
être appelé de ce nom. Lorsque la connaissance de
' Le chinois a les mêmes mots. M. « sa récompense vraie ne se
peut calculer». «Désirs.» Le T. rend mal ces termes : «Je le pose
comme inconcevable. »
^ CIL M. 0 Gomment l'homme ou la femme de bien qui veut
former son cœur à l'anuttarâsamyaksambodhi doit- il le fixer?
comment le ployer, le rendre souple ?» : T. Les principes des bodhi-
sattwas.
La réponse reproduit uniquement (Cet homme. . .) doit se for-
mer le cœur ainsi : Je dois faire cesser, transporter d'ici tous les
êtres vivants, et quand je l'aurai fait, je ne les aurai pas transférés
une seule fois.
482 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 18Q1.
la vie, de la personnsdité prévaut ainsi, il ne peut
pas non plus être qualifié de bodhisattwa. Car la
doctrine qui s appuie sur la règle pratique de bodhi-
sattwa^ est une non-doctrine.
b. Quen penses-tu, Subhûti? Crois-tu qu'il y a
une doctrine par laquelle le Tathàgata aurait reçu
du Tathàgata Dîpahkara la science parfaite, l'illu-
mination complète supérieure à tous , que le Tathà-
gata aurait fait briller à ses yeux^?
Subhûti répondit : Pour autant que je comprenne
la pensée, le sens du bienheureux en ses discours,
il n y a pas de doctrine au moyen de laquelle il ait
été parfaitement éclairé de Tillumination complète
par le Tathàgata Dîpahkara , complètement illuminé.
Le bienheureux reprit à ces mots : C'est ainsi,
Subhûti, cest ainsi.
Il n'y a point de doctrine qui ait produit cet e£Fet.
S'U en était une , le Tathàgata Dîpankara n'aurait pas
prédit de moi : « Tu seras le Tathàgata Çâkyamûni ,
qui marcheras par la voie où l'homme n'a jamais
mis le pied , Tarhat complètement illuminé *. » C'est
parce qu'il n'y avait point de doctrine de loi an-
noncée par le Tathàgata , arhat , Dîpankara , complète-
ment illuminé , qui ait appris la doctrine d'illumination
' a En rdalité , ce n't'st pas une loi qui fait naître un cœur ap{diqué
à la samyaksambodlii. » Cette doctrine n'a pas d'existence rédie.
^ Ceci est déjà passablomant obscur, mais dans la version de
Scbmidt , c'est un non-sens. Le T. a C'os qui n'est j)as « ein Seya 9*
"' Mrnibro do phrase omis.
VAJRACCHEDIKA. 483
complète , c est pour cela que j'ai été prédit par le
Tathâgata Dîpankara disant : « Tu seras le Tathâgata .
Çâkyamûni, arhat complètement illuminé, qui mar-
cheras par la voie qu'aucun homme n a fréquentée ^ m
c. Car, Subhûti, le titre de Tathâgata est un qua-
lificatif formé pour exprimer la nature de Têtre ^;
Tathâgata^ est un qualificatif répondant à la condi-
tion de ce qui ne s'est pas encore produit ; c'est une
dénomination de l'exclusion de la production, de
l'existence ; c'est celle de la plus perpétuelle et com-
plète non-production.
d. Pourquoi en est-il ainsi ? C'est que , Subhûti ,
cette non-production , non-existence , est la chose es-
sentielle. Si quelqu'un disait : La connaissance illu-
minative complète, supérieure à toute, a été reçue
par le Tathâgata , arhat illuminé , celui-là s'exprime-
rait d'une manière erronée, il me qualifierait d'un
terme contraire à la vérité. Et pourquoi ? Parce qu'il
n'y a point de doctrine qui ait été apprise par le
Tathâgata en illumination parfaite. Toute doctrine
* Phrase entière manquant également. Ceci rend encore la version
T. plus dénuée de sens. Çâkyamûni a été prédit parce qu'il devait ré-
véler une loi nouvelle.
* M. CH. Selon la nature convenable de toute loi {Ja, doro), de
toute condition d'être (= bhûtatathâtâyâs). En tant qu'homme, le
Tathâgata est celui qui a acquis ïanattarâsamyaksambodhi. En réa-
lité, il n'y a pas de doctrine par laquelle le T. ait acquis cela. En
cette samyaksanibodhi acquise par le T. , il y a la vérité et l'erreur,
le non-vrai et le non-faux. C'est pourquoi le T. a dit : Toute condi-
tion d'être (loi) est loi de Bouddha.
^ Tout ce qui suit est rendu tout autrement on T. Voir Srhmidt.
/i84 NOVEMBRE-DÉCEMBUF. 1801.
reconnue, enseignée par le Tathâgata nest ni vérité
ni erreur. C'est pourquoi le Tathâgata dit : Toutes
les doctrines sont doctrines de Bouddha. Comment
cela ? C'est cpie toutes les doctrines sont des non-
doctrines, déclarées telles par le Tathâgata. C'est
pourquoi il est dit : Toutes les doctrines sont doc-
trines de Bouddha.
C'est comme quand on dit d'un homme qui a ac-
quis tout son corps , c'est im grand corps ^.
Là-dessus Subhûti remarqua : Cet homme dont
vous parlez, Tathâgata, au corps formé, au grand
corps, a été déclaré par le Tathâgata n'avoir point
de corps 2. C'est pourquoi on peut dire : Corps
formé, grand corps.
Le bienheureux dit : C'est ainsi, Subhûti. Le
bodhisattwa qui dirait : Je répandrai les êtres çà
et là ^ ne serait pas un vrai bodhisattwa. Et pour-
quoi ? Est-il une condition , une loi d'existence qui
soit le bodhisattwa ?
Subhûti répondit : Non , il n'y en a point.
Le bienheureux reprit : Ce qu'on appelle êtres
sont des non-êtres , Subhûti ! a dit le Tathâgata; c'est
^ Par exemple c'est semblable au corps d'un bomme devenu
très grand.
^ G H. M. « n'avoir pas un grand corps » ; ce qui suppose un texte
mahâhâyas au lieu de ahâyas; ce qui est plus conforme à la tour-
nure générale des phrasos de ce livre. Le point de comparaison n'est
pas évident. Il n'est pas , ce semble , dans la pbrase unique de Boud-
dha, mais dans la remarque de Subhûti. Le T. «Le Tathâgata n'a
point de corps » est inexact.
^ CH. M. «Je détruirai, j'arrtHerai» J^ j^ T. «Je sauverai. s
VAJRACCHEDIKÂ. 485
pourquoi ils sont appelés êtres ^ C est pourquoi le
Tathâgata dit : Toutes les conditions d'existence sont
sans égoïté, sans vie, sans croissance, sans person-
nalité. Le bodhisattwa qui dirait, ô Subhûti ! : «Je
développerai Textension du monde ^ » , parlerait d'une
manière erronée. Parce que ce quon appelle le
développement du monde est un non-développement ,
déclaré tel par le Tathâgata. C'est pourquoi on l'ap-
pelle développement.
Et le bodhisattwa disposé à croire que toutes les
conditions d'existence sont sans égoïté, celui-là est
reconnu un vrai bodhisattwa par le Tathâgata, arhat
complètement illuminé.
18. — Envisager tout comme un seul corps.
a. Qu'en penses-tu, Subhûti.^ Le Tathâgata a-t-il
des yeux de chair?
Subhûti répondit : Oui , il en est ainsi. Le Tathâ-
gata a des yeux de chair.
Qu'en penses-tu, Subhûti? Le Tathâgata a-t-il des
yeux célestes, divins?
11 en est ainsi , répondit Subhûti ^.
h. Qu'en penses-tu , Subhûti ? Le Tathâgata a-t-il
les yeux de la science ?
' Cette phrase ne se trouve point au M. CH. T.
^ « Je mettrai en l)el ordre le royaume de Bouddha. » Le T. a le
même sens. — « Celui-là ne mériterait pas le titre de bodhisattwa. »
^ Le M. CH. n'a pas ce membre de pliraseall répondit»; ni plus
loin : oLe B. dit». Ici on s'attendait à une solution négative. Elle
n anqne sans qu'on s'explique bien pourquoi.
48G NOVKMBRE-DÉGEMBRE 1891.
Oui , il a les yeiix de la science, répondit Subhûti.
c. Quen penses-tu, Subhûti? Le Tathâgata a-t-il
les yeux, la vue de la loi ?
Oui , il les a , dit Subhûti.
Qu en penses-tu , Subhûti ? Le Tathâgata a-t-ii aussi
les yeux d'un Bouddha?
Oui, il les a aussi, répondit Subhûti ^
d. Que penses-tu , Subhûti , s il y avait autant de
Ganges qu'il y a de grains de sable dans le Grand
Fleuve de ce nom et que les grains de sable de ces
Ganges seraient autant de mondes ^, y seraient-ils en
grand nombre ?
Subhûti dit : Certainement, Bienheureux, certai-
nement, Sugata! ces mondes seraient très nombreux.
Le bienheureux continua : Eh bien, Subhûti, de
tous les êtres , tout autant qu'il y en aurait dans ces
mondes, je connaîtrais^ les natures différentes et les
intelligences, les pensées. Et comment? C'est que
ceux qui sont dits portant en eux la pensée*, les
porte-pensées , comme on les appelle , ont été déclarés
par le Tathâgata ne point la porter vraiment. C'est
^ Ici , dans le texte de M. Mûller, se trouve une phrase totale-
ment interpolée ; elle est absente de la traduction tibétaine et de plu-
sieurs mss. sanscrits, et de plus c'est un non -sens. Toutefois on la
trouve dans les versions M. CH.
^ « Monde de Bouddha. »
^ Var. prajânàmi, prajânijât, prajàniyas, ce qui fait supposer un
texte primitif prajâniYâm, le seul qui donne un sens acceptable.
* M. CH. « cœur». Le cœur est, pour les Chinois, le siège de Tin-
tclliîîence.
c-
VAJRACCHEDIKÂ. 487
pourquoi on les appelle doués, porteurs d'intelli-
gence, de pensée. Et pourquoi cela? C'est que la
pensée passée ne se possède plus ; la pensée future
ne se possède pas ^ ; la pensée à laquelle on est ap-
pliqué , on ne peut la saisir, la garder.
19. — Changements complets
dans le monde de la loi.
Qu'en penses-tu , Subhûti ? Si un homme ou une
femme vertueux et distingué ^ faisait en sorte que ce
monde du trimillénaire , du grand millénaire, fût
rempli des sept joyaux et en ferait don^ aux Tathâ-
gatas , arhats complètement illuminés , est-ce que cet
homme ou cette femme produirait par là une grande
masse de mérites?
Subhûti répondit : Certainement, Sugata, certai-
nement, Bienheureux, ils seraient très nombreux.
Le bienheureux reprit* : Oui, Subhûti, il en est
ainsi; ils produiraient une masse de mérites incom-
mensurable, innombrable. Comment cela? C'est que
^ CH. «pas encore». T. «ne peut être tenue dans l'esprit dmigs-
sa med*.
^ Le M. CH. a simplement « homme » Jin-rùyalma,
^ « Et les emploierait à faire des dons. » Les versions omettent
<( aux Tathâgatas , » etc.
* Le M. CH. a le contraire. «Et si cet amas de mérites était
réel, leTatb. n aurait pas dit qu'il acquerrait de grands mérites. Mais
parce que ces vertus et bonheurs ne sont pas [wii-akà)^ le T. a dit
qu'il acquerrait ces vertus , » etc. C'est-à-dire que la première phrase
de notre texte ne s'y trouve pas.
/488 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
cette masse de mérites a été déclarée par le Tathâgata
être une non-masse. C'est pourquoi elle est appelée
« masse de mérites ». D'ailleurs, si c'était une masse
de mérites, le Tathâgata ne l'aurait pas appelée de
ce nom , n'aurait pas dit : c'est une masse de mérites.
20. — Absence de formes, d'attributs sensibles.
Qu'en penses-tu, Subhûti.^ Le Tathâgata paraîtra-
t-il sous une forme corporelle ?
Subhûti répondit : Ce n'est point ainsi. Bienheu-
reux; le Tathâgata ne doit pas être reconnu par la
forme corporelle qu'il acquerra. Car ce qu'on appelle
revêtement de la forme corporelle n'en est point un
d'après ce qu'a déclaré le Tathâgata, ô Bienheureux !
C'est pourquoi on l'appelle revêtement , obtention
de la forme corporelle.
Le bienheureux dit : Qu'en penses-tu , Subhûti ?
Le Tathâgata sera-t-il reconnu par la réunion en lui
des marques extérieures propres ^? Subhûti répondit :
Non, Bienheureux, non, le Tathâgata ne sera pas
reconnu par ces signes -. Car ce que Ip Tathâgata a
appelé une acquisition, une réunion des marques
extérieures, il l'a appelée une non-acquisition de ces
marques. C'est pourquoi on l'appelle acquisition des
marques réunies.
^ « Le Talh. se verra-t-il , se rencontrera-t-il (acaci) dans un corps
à forme complètement sensible ? »
^ Lakshana rendu par arbun, siang, forme extérieure, manifes-
tant letro.
VAJRACCHEDIKA. 489
21. — Ce qu'on dit n'est point dit.
Le bienheureux dit^ : Quen penses-tu, Subhûti?
Appartient-il au Tathâgata de dire : La loi a été ré-
vélée par moi ?
Subhûti répondit : Non, Bienheureux, cela ne lui
appartient pas.
Le bienheureux continua : Celui qui dirait que la
loi a été révélée par le Tathâgata commettrait une
erreur. Il me concevrait d'une manière contraire à
la vérité. Pourquoi?
On parle bien d'une révélation , d'un enseignement
de la loi; mais il n'y a point de loi qui soit reçue
comme une révélation de loi ^^,
Quand ^ il eut ainsi parlé, le fortuné Subhûti lui
dit : Il arrivera. Bienheureux, qu'au dernier âge, au
dernier temps, au dernier cinq-centenaire, lorsque
l'extinction de la loi prévaudra^, il y aura des êtres
qui, entendant ces doctrines, y ajouteront foi.
Le bienheureux répondit : Ces êtres ne seront ni
êtres ni non-êtres. Comment cela? Ce qu'on appelle
* Texte différent. M. CH. « No dis pas que le Tath. ait dit : je dois
annoncer la loi, ne forme pas une pareille pensée (en toi), car si
les hommes disaient que le T. doit annoncer la loi , ils accuseraient
Bouddha , parce qu'ils ne peuvent point comprendre mes paroles. »
* Le M. CH. ajoute : «c'est pourquoi cela est appelé loi».
^ Ici , par exception , les deux versions ont la phrase entière : Alors
Subhûti au destin sage dit à Fucihi.
* M. CH. simplement : «dans le temps non encore arrivé», et la
phrase est alternative , « y croiront-ils ou point » ?
490 NOVEMBRE-DËGEMBRE 1891.
êtres , êtres , a été déclaré non-êtres par le Tathâgata.
C'est pourquoi ils ont été appelés êtres.
22. — Il n y a point de loi qu'on puisse acquérir.
Quen penses-tu, Subhûti^? Y a-t-il une loi re-
connue par le Tathâgata comme Tillumination com-
plète, supérieure à tout? Subhûti répondit : Non,
Bienheureux , il n y a pas une loi reconnue telle par
le Tathâgata.
Le bienheureux repartit : C'est ainsi, Subhûti,
c est ainsi. Il n y a pas la moindre loi qui soit ainsi
connue , qui soit ainsi reçue. C'est pourquoi on l'ap-
pelle la parfaite et dernière illumination de l'esprit.
23. — Faire le bien avec un coeur pur.
Cette loi est uniforme et sans dissemblance. C'est
pourquoi elle est dite Tillumination , la connaissance
complète, suprême. Par labsence d'égoïté, d'exis-
tence , de vie et de personnalité , elle est parfaitement
^ Ce paragraphe est tout différent en M. GH. C'est Subhûti qui
parle au B. et lui dit : l'anuttarâsamyaksambodhi acquise par le T.
doit-elle être tenue pour non acquise ? Fucihi dit : C'est ainsi , c'est
ainsi , Subhûti. Cette sambodhi que je dois acquérir n'est pas ma loi.
CH. Pour moi, par rapport à cette sambodhi, ce n'est point en défi-
nitive une loi à acquérir. C'est pourquoi on l'appelle anuttarâsamyak-
sambodhi. '
Schmidt, prenant partout cos (= dharma) comme signifiant
« soyn » , donne à tous les paragraphes un sens tout autre qui ne me
parait pas acceptable^ D'autant que ce mot est remplacé plus loin
par hodku
VAJRACÇHEDIKA. 491
uniforme. Cette connaissance parfaite, suprême, est
reconnue par ses principes salutaires ^. Et comment?
C*est que ces lois salutaires sont déclarées des non-
lois par le Tathâgata. C'est pourquoi elles sont ap-
pelées lois salutaires par le Tathâgata.
24. — Bonheur et sagesse incomparables.
En outre, si un homme ou une femme accumu-
lait autant d'amas des sept joyaux qui! y a, dans le
monde du trimillénaire , du grand millénaire, de
Sumerus rois des montagnes et qu'ils les donneraient
aux Tathâgatas , arhats complètement illuminés , si ,
d'un autre côté , un fds ou ime fdle de famille pre-
nait un quatrain du cours de la loi, de la Prajnâ-
pâramitâ et l'enseignait aux autres, les mérites du
premier n'atteindraient pas la centième partie de
l'amas du second , car celui-ci n'admet aucune com-
paraison.
25. — Transformation sans objet transformable.
Qu'en penses-tu, Suhhûti? Le Tathâgata peut-
il dire : Les êtres sont délivrés par moi^? (Si tu l'as
^ M. CH. Si , sans égoïté, etc. , oï\ pratique toute bonne loi, on ob-
tiendra rauuttarasamyaksambodlii. Ce que Subhûti appelle bonne
loi, le Tatb. l'appelle non-bonne loi. C'est ce qu'on appelle bonne loi.
Schmidt nous dit ici que «cette bodhi pénétrée par tout l'être
des vertus est devenue Bouddba!» Kuçalâ dharmâ devient «tout
l'être des vertus ». C'est ainsi qu'il rend le T. dge-bahi cos « loi de
bonbeur».
* Comme plus baut, «Subbûti ! Quelqu'un de ton espèce ne dise
492 NOVEMBRË-DÉCEMBRli 1891.
pensé) , on ne doit plus désormais considérer la chose
de cette manière. Il n y a pas d'être qui ait été déli-
vré parle Tathâgata. S'il y en avait jamais, Subhûti,
alors le Tathâgata reprendrait Tégoïté , la vie , l'exis-
tence, la personnalité. Or la prise de Tégoïté a été
déclarée par le Tathâgata être une non-prise. Elle
est admise seulement par les gens inintelligents et
vulgaires ^ Et ces gens ne sont pas des gens^, a dit le
Tathâgata. C'est pourquoi ils sont dits inintelligents,
enfants et vulgaires.
26. — Le DharmakAyas est sans forme sensible.
Qu'en penses-tu, Subhûti? Le Tathâgata doit il
être reconnu par les marques extérieures propres?
Non, répondit Subhûti, cela n'est point ^. Si j'ai
bien compris le sens des paroles du bienheureux,
le Tathâgata ne doit-t-il pas être reconnu par la réu-
nion en lui des marques propres de beauté ?
Bien, bien; c'est ainsi, c'est ainsi, répondit le
bienheureux , c'est comme tu le dis. Et pourquoi ?
Si jamais , Subhûti , le Tathâgata était reconnu par
des marques extérieures , alors le souverain au pou-
pas que io Tatb. pense : Je dois transporter, sauver tous les êtres, v
Ne forme pas celte pensée. Il est à remarquer que cette tournure se
trouve au paragraphe 27. Il se pourrait donc que I3 texte de Ku-
mârajîva l'eût aussi.
^ « Les gens vulgaires estiment cela leur individualité. »
^ M. CH. « ne sont pas des gens vulgaires v. Le dernier mot est de
tiop et détruit le sens.
^ Le M. Cil. a par erreur : «oui, c'est ainsi».
VAJRACCHEDIKA. 493
voir suprême ^ serait aussi un tathâgata. C'est pour-
quoi ce n'est point par des marques extérieures que
le Tathâgata devra être reconnu.
Subhûti, à la longue vie, dit alors au bienheu-
reux : Pour autant que je saisis le sens des paroles du
bienheureux , le Tathâgata ne doit pas être reconnu
par les marques spéciales. C'est ainsi que le Bien-
heureux disait en cette phrase , en cette strophe :
Ceux qui me voient par la forme , ceux qui m'atteignent par
[le son
Suivent une fausse appréciation des choses, ces gens-ïà ne
[me verront point *.
Le Bouddha doit être reconnu par sa loi, car les chefs sont
[l'incarnation de la loi.
Mais l'essence selon la loi né peut être connue, elle n'est
[point de nature à être distinguée et connue.
27. — Point de suppression ni de distinction.
Que penses-tu, Subhûti? Crois-lu que Tillumina-
tion parfaite sera donnée par le Bouddha par la réu-
nion en lui des marques spéciales ? Si tu le penses ,
' Hàjà Cakravartin. M. S^akk'ravardin, CH. : «Le Saint roi qui
tourne la roue».
* Le CH. M. n'a que les deux premiers vers divisés chacun en
deux :
ye mâm rupena câdrâkshuh
ye mâm ghoshcna cânwaguh
Mitbyâprahânaprasrtâ :
Na mâm drakshyanti te janâ:
Il est bien probable que le texte primitif D*avait que cela.
iTiu. 33
mrsiiiBaiK hatioiali.
494 NOVëMBRË-DÉCëMBRE 1891.
ne considère plus désormais la chose de cette façon.
Et pourquoi ?
Parce que cela n'est point, et que personne ne te
dise plus jamais rien de semblable, ô Subhûti. Ce
serait de la part de ceux qui sont engagés dans la voie
des bodhisattwas une véritable destruction de toute
loi, l'extirpation de la vraie doctrine.
Ne considère plus jamais la chose ainsi, car ce
serait la mort de toute loi , la destruction de la vraie
doctrine, causée par ceux qui sont engagés dans la
voie, la règle des bodhisattwas ^
28
En outre, si un fils ou une fille de famille^ rem-
plissait des sept joyaux autant de mondes qu'il y a
de grains de sable dans le Gange, le grand fleuve, et
les donnait en don aux tathâgatas, arhats iUuminés,
et si, d'autre part, un bodhisattwa* mettait toute
son attente, ses désirs dans la condition des êtres
^ La version M. GH. dit encore ici le contraire de notre texte :
« Si tu penses qne par sa forme extérieure propre , le T. n a pas ac-
quis ranuttarâsamyaksambodhi , ne conçois pas cda. Si tu penses
que s'il manifeste un cœur complètement et suprêmement illuminé,
il annonce par là la destruction de toute loi, ne conçois pas pa-
reille pensée. Car cdui qui manifeste un cœur complètement,
suprêmement illuminé , ne prononce pas par cela même la destruc-
tion, la suppression de toute manifestation extérieure de la loi. •
Le Tib. a encore ici et dans ce qui suit des idées étrangères au
texte. Voir Schmidt, p. a 09.
* GH. M. «un bodhisattwa».
^ GH. M. Ici, par contre, «un homme quelconque».
VAJRACCHEDIKA. 495
sans égoïté , affranchis des renaissances , celui-ci pro-
duirait une masse de mérites de beaucoup supérieure ,
incommensurable, innombrable, et ce bodhisattwa
n'aurait plus besoin désormais d'acquérir des mé-
rites ^.
Subhûti dit 2 : Ainsi il ne doit plus chercher à
acquérir des mérites de tous côtés.
Le bienheureux répondit ^ : Ce que Ton cherche
à acquérir ainsi ne doit pas être acquis , tenu ; c'est
pourquoi on dit qu'il faut chercher à l'acquérir de
toutes manières.
29. — Dignité majestueuse et tranquille.
En outre, celui qui dirait encore : Le Tathâgata
va ou arrive, est debout ou assis, ou prépare sa
couche, dort, celui-là ne comprend pas ce que je
dis. Parce que celui qui est dit Tathâgata ne va nulle
part, ne vient de nulle part; c'est pour cela qu'il est
appelé le Tathâgata, arhat complètement illuminé.
^ t Estimant toute condition sans égoïté et sachant largement
supporter, ce bodhisattwa l'emporterait sur loutre. Pourquoi ? CJ'est
que y Subhûti , tous les bodhisattwas n'acquièrent pas ces mérites. »
* Subhûti, les mérites acquis par le B. ne doivent pas être recher-
chés avidement. C'est pourquoi il est dit qu'il n*en acquiert pas.
^ Ou bien : cela formerait une boule, un globe; et cette boule a
été déclarée une non-boule, etc. Le GH. M., comme le tibétain,
le rend de cette manière ou à peu près : « ce serait une forme bien
condensée uniformément». On ne doit pas la dire telle, il n'y a que
les gens communs qui sont avides de cela.
33.
496 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
30. — Forme et principe homogènes.
En outre , si un fils ou une fille de famille broyait
en atomes la matière d autant de monde qu'il y a de
poussières dans le monde du trimillénaire, du grand
millénaire et avec une force incalculable en faisait
un immense amas d atomes , penses-tu que cet amas
d atomes serait considérable? Certainement, Bien-
heureux; il en serait ainsi, Sugata! Ce dernier amas
d'atomes serait immense. Et pourquoi ? Parce que
si cet amas d'atomes était immense, le Tathâgata
n'aurait pas dit : C'est un immense amas d'atomes.
Et comment cela? C'est que cet énorme amas
d'atomes a été déclaré par le Tathâgata un non-amas
et c'est pourquoi il est appelé un amas d'atomes. Et
ce monde du trimillénaire, grand millénaire, appelé
ainsi par le Tathâgata , a été déclaré par lui être un
non-monde. C'est pourquoi on l'appelle monde du
trimillénaire , grand millénaire. Pourquoi cela ? Parce
que, Bienheureux, si c'était une région du monde,
alors on devrait aussi y chercher et prendre sa nourri-
ture , et cette prise de nourriture a été déclarée une
non-prise, un non-recevoir, par le Tathâgata. C'est
pourquoi il est appelé « qui reçoit , prend son pain ».
Le bienheureux dit : Recevoir ainsi son pain n'est
point une chose à faire , un rapport à avoir. C'est une
chose sans nom, ce n'est ni bien ni pas bien; cela
n'appartient, n'est à faire que par les gens inintelli-
gents et grossiers.
VAJRACCHEDIKÂ. 497
31. — Ne point chercher X savoir et voir.
Comment cela ^ ? Celui qui dirait : Le Talhâgata a
parlé de la vue de l'individualité , de la vue de Texis-
tence, de la vîe, de la personnalité, celui-là paiierait-
il avec vérité et justesse? Subhûti répondit : Non,
Bienheureux, non, Sugata! celui-là ne parierait pas
justement. Pourquoi? Parce que. Bienheureux, la
vue de l'individualité ^ dont parie le Tathâgata a été
déclarée par lui une non-vue. C'est pourquoi on l'ap-
pelle « vue de l'individualité ».
Le bienheureux dit : Ainsi, ô Subhûti, l'homme
engagé dans la voie, appliqué à la doctrine des bo-
dhisattwas^, doit connaître toutes les natures, les
considérer, exciter son affection vers elles, et il doit
le faire de façon qu'U ne fasse fond ni sur la connais-
sance des lois, des essences, ni sur la non-connais-
sance. Pourquoi cela?
Parce que la connaissance des essences a été dé-
clarée par le Tathâgata une non-connaissance. C'est
^ Ceci manque au M. CH. Mais à la fin de la phrase, il y a de
plus : 0 Qu'en penses-tu ? Cet homme comprend-il ou non ma pensée?
Et Subhûti répond en conséquence : «il ne comprend pas,» etc.
^ Par exception, le texte M. CH. est plus long et répète «la vue
de l'existence», et le reste. De même à la phrase suivante. Cela est
très remarquable comme preuve d'un texte sanscrit différent.
^ « Celui qui applique son cœur à la samyaksambodhi doit con-
naître toute nature , la considérer, s'y confier, sans chercher la forme
extérieure , l'apparence des natures. Cette apparence a été déclarée
une non-apparence par le T., c'est pourquoi on l'appelle ainsi. »
Texte très différent du sanscrit actuel.
498 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
pourquoi elle est appelée « connaissance de Tessence
des lois ».
32. — Les transformations ne sont point réelles.
Enfin , si un bodhisattwa^ comblait des sept joyaux
des mondes incommensurables , innombrables et les
donnait ainsi en don aux tathâgatas, arhats complè-
tement illuminés, et si, d'autre part, un fils ou une
fille de famille, prenant un quatrain de la Prajnâpâ-
ramitâ, le gardait en sa pensée, le faisait connaître,
le comprenait entièrement, l'expliquait aux autres
complètement^, ce dernier acquerrait des mérites
bien plus que le premier, ils seraient incommensura-
bles, innombrables. Et comment l'expliquerait-on ' ?
Comme je le comprends. Entièrement comme les
étoiles et les ténèbres, comme une lampe, un fan-
^ M. CH. «un homme».
* Tib. «copie, embrasse, garde»; litt. «comprend entièrement et
explique». Chin. M. «prend, s*appliqne à»; litt. «récite, explique».
Var. Gomment l'expliquerait-on ? Gomme ne l'expliquant pas , c'est
pourquoi on dit : l'expliquerait-on.
' M. GH. Gomment Texpliquerait-on en l'amplifiant ? Sans s'émou-
voir, tranquillement et pourquoi ?
Toute condition d'agitation est comme un rêve, une vinon, une bidle
d*eaa, une ombre ; c'est comme la rosée , comme Tédair. C'est ainsi qucm
doit le considérer.
Quand Fucihi eut fini ce Sûtra , le vénérable Subhûti , tous les
Gelongs , toutes les Gelongs , les disciples des deux sexes et de tous
les âges , les dieux , les hommes et les asuras , ayant entendu ces pa-
roles de Fucihi , en conçurent une joie «xtrême, les reçurent avec foi
et s'appliquèrent à les mettre en pratique.
X .
V
VAJRAGGHEDIKÂ. 499
tome, un grain de givre, une bulle d'eau, un songe,
une lueur d'éclair. Qu'on l'explique ainsi, car c'est
ainsi qu'on dit qu'on doit l'expliquer.
Ainsi paria le bienheureux transporté , hors de lui.
Et Subhûti le vénérable et les bhixus et les dis-
ciples des deux sexes et les bodhisattwas , ainsi que
les dévas, les hommes, les asuras, les gandharvas,
applaudirent aux paroles du bienheureux.
Ainsi est achevée la noble Vajracchedikâ, la véné-
rable et fortunée Prajnâpâramitâ.
EXTRAITS
DU COMMENTAIRE DE LCTSU.
3. Le Mahdsattwa est celui dont le cœur et la
capacité sont si grands , si vastes , qu'on ne peut en
sonder les limites par la pensée.
La naissance par transformation , hoa, rendant upa-
pâdukuy est la métamorphose des insectes, des mites,
des grenouilles, etc.
Ce qui a forme , râpin , est ce qui a corps sans pensée
ni désir. — Ce qui n'en a point est « le pur esprit ».
Cette version difiere notablement de notre texte. Quant au çloka,
les différences peuvent provenir uniquement de ce que le traduc-
teur chinois a voulu avoir quatre vers de cinq syllabes , mais sans
rime.
506 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
fruit des œuvres, on ne doit pas le considérer et
Têtre vivant ne doit point Tespérer.
20. Sampadâ est rendu par ^ (complet, = sam)
et JE « pied » , comme si padâ venait de pad « pied » ;
mais JE signifie aussi «complet», de là les deux
mots réunis équivsdant à «sans lacune ni défaut».
Les trente-deux signes distinctifs ne suffisent pas
parce qu'ils ne tiennent pas compte de lesprit.
Tout ce que les bouddhas opèrent ne produit
pas de mérites, a-t-il été dit précédemment. Mais
alors que sont les signes distinctifs du Bouddha P
C'est ce qui est expliqué ici. Ce sont vide et néant
comme le reste.
21. La forme , les couleurs , toutes les apparences
extérieures sont insuffisantes pour distinguer le Ta-
thâgata des autres hommes. C'est la loi qui permet
de le faire, sa condition particulière. Mais Bouddha
est aussi sans loi, sans condition semblable parce
que la nature pure et droite, la nature originelle
[tchen) n'a pas besoin de loi extérieure. — Remar-
quons que ceci est une idée taoïste.
22. Ceci approfondit le sens du paragraphe 1 8.
Non seulement Bouddha n'a pas de condition pro-
pre, lui appartenant, mais sa nature est le pur vide
et il n'y a rien au-dessus de cette nature.
23» Cette nature pure, originelle (S 21) est par-
VAJRACCHEDIKA. 501
un objet flottant dans le vide et qu'on ne peut at-
teindre.
9. Arhat est expliqué relativement aux termes
antérieurs sakridâgamî et anâgamt C'est celui qui ne
naît plus, c'est-à-dire dont la forme est détruite et
la vie épuisée.
Précédemment Bouddha a enseigné la loi du non-
faire , cette loi qu'on ne peut comprendre ni énon-
cer. Maintenant il enseigne aux arhats la conduite
à tenir pour se perfectionner. L'absence de désir est
la chose essentielle et fondamentale; on doit s'abs-
tenir de tout désir d'obtenir des fruits de sa conduite,
il y a quatre conditions qui ont des lois et des fruits
différents. Mais en aucune d'elles on ne peut penser
avoir obtenu ces fruits.
Ainsi le srôtaâpanna est le premier entré dans le
courant des saints, mais son cœur, son appétition
n'atteignent rien par cela; il ne doit pas penser qu'il
a la condition, la forme extérieure de quelqu'un qui
est lancé dans ce courant; il n'entre pas dans les six
poussières et souillures des sens.
10. Kshêtra est la terre de Bouddha, parce qu'il
y a établi sa réforme et ses communautés où l'on
pratique l'aumône.
Cabda .... pratishihitam cittam ... « Le cœur ne
doit être attaché à rien ».
Le Suméru a 3,36o,ooo lis de hauteur et de lar-
geur.
Ce qui n'a point de corps a la loi poiu* corps.
502 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
1 1. Le Gange a Ao lis de circuit; il coide dans le
pays occidental. Gomme ses auditeurs le connais-
saient, Bouddha le prend comme point de compa-
raison.
1 2 . Devamânasha est pris pour « homme du ciel »
[deva = fien) et non pour «dieux et hommes».
Asura ( ha-sea-la) est ainsi expliqué : Ha «=>iDa « non » ;
la=chong « tous ». G*est le roi des esprits des vivants
qui ne sont point parfaits. Caitya est rendu par ^
)S| Tap-miao. Tap (Dagoba) est l'endroit où se trouve
le tombeau de Bouddha; Miao est celui où se trouve
son image.
13. La poussière est nombreuse comme les mau-
vais désirs des vivants. Bouddha s est partagé et a
parfait ses transformations au sein des mondes. Il y
a manifesté son éclat sans bornes, sa grande puis-
sance spirituelle. Il faut que tous les êtres vivants
placés dans cette poussière la quittent; que, placés
dans le monde , ils en sortent. G'est pourquoi il dit
que ce nest point une poussière, qu'il n'y a pas de
poussière, pas de monde.
14. Bhûtasahjhâ = shxh siang (l'apparence de la
réfidité, de ce qui est; sa forme extérieure). Expliqué
"par fat-shin « le corps de la loi ».
Après avoir parlé de l'essence, de la puissance du
bonheur [fuh-te], Bouddha passe à celle des mérites
des bonnes œuvres. Ge sont ces œuvres qui ont un
VAJRACCHEDIKA. 503
fruit complet; le bonheur, Tabondance des biens
n'est pas suffisante pour suivre la bonne voie.
Il y a dix pâramitâs ou moyens de passer à la rive
de la perfection et du salut; ce sont : la bienfaisance,
la mortification , la patience dans Thumiliation , lar-
deur à lavancement, la contemplation, la sagesse
prudente, la bonté, la compassion, la force dame,
la persévérance qui ne recule pas. Ici, il ne s'agit
que de la première, de la bienfaisance ou de Tau-
mône; plus loin, c'est de la patience.
Le roi Kalinga (Kali Wang). C'est son nom indou;
en chinois il s'appelle fVuh-taxhkïh-go kiun « le prince
sans foi ni loi , extrêmement méchant ». Le mot ka
(^) [76, lo] désigne l'habileté, l'adresse; li{^) est
ce qui coupe ( 7J ) ; '*^o,ng désigne le cœur. C'est celui
qui use d'habileté pour couper, diviser le cœur non
éclairé et tourmenté , troublé. Tout ceci est une leçon
par exemple. L'auteur veut dire que celui qui s'at-
tache à quelque chose ne peut élever son cœur vers
la vertu, source de la délivrance.
1 5. Çrêshthayâna = Ta-shing « le grand char ». Le
Commentaire distingue ainsi les trois yânas : Quand
l'arhat vit et meurt pour lui-même sans chercher à
améliorer les autres , c'est le siao-shing , « le petit char,
la petite école ». S'il étudie à moitié pour les autres,
à moitié pour lui-même, c'est le tchong-shing , «le
char moyen ».
Si le Bodhisattwa cherche à tout perfectionner,
c'est le mahâyâna, le ta-shing, «le Grand char, la
50'i NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
grande doctrine ». Celui qui prend le Grand char
réunit en lui tout le Bodhisattwa; il porte et dirige.
Bouddha est le char.
Hinâdhimuktika = siao fat «loi inférieure»; le tao
extérieur.
Fin, Le texte chinois dit qu'il. faut en ce lieu ré-
pandre des fleurs et faire brûler des parfums. Les
fleurs sont les lotus bleus et blancs. Après avoir
traité de la patience courageuse, Bouddha parle ici
du sacrifice de soi-même et en vante ie mérite.
16. Paribhâta ^= King-tsien (^^) «méprisé,
bas » ; désigne les maladies , les afflictions , la pau-
vreté, Tépuisement, le dépérissement, tous les maux
qui accablent fhomme. Les mauvaises voies sont :
lenfer sous terre, Tétat de démon affamé et celui
d'animal domestique.
Pour comprendre ceci, il faut se rappeler que
bien quon soit un homme tout céleste, qu'on soit
plein de piété et de charité, on n'évite pas toujours
les maux de ce monde. C'est ce que Bouddha veut
expliquer en rapportant ces maux à une cause anté-
rieure, aux fautes commises dans ime autre vie.
17. Çâkya[mâni) est un mot hindou auquel cor-
respond en chinois neng jïn « qui sait être bon » (en
prenant çâkya comme dérivé de R. çak). Mâm est
en chinois « celui qui reste dans le silence et l'isole-
ment ».
La loi, la condition d'existence n'existent pas,
parce que tout est appartenance du vide.
VAJRACCHEDIKÂ. 505
18. Ce qui voit les formes est appelé « œil de la
chair » ; ce qui voit le monde du grand millénaire
est « Tœil des dieux, du ciel »; ce qui voit la nature
interne est « Toeil de l'intelligence » ; ce qui voit la loi,
la nature entière, est appelé « œil de la loi ». Ce qui
sait se garder sans nature propre; ce qui sait cher-
cher sans illumination (sans Bouddha, wu tchu fo)\
ce qui répand un éclat lumineux et dissipe les té-
nèbres, cest Tœil de Bouddha. Shi-tsoim est tel; c'est
pourquoi on lappelle Bouddha.
Nânâbhâvân cittadhârân, cest le cœur des êtres
en toutes leurs différentes espèces ; adhâra « ce qui
est sans cœur » le cœur qui oublie. — C'est encore
le cœur; ce qui ne produit ni erreur ni oubli, c'est
le cœur fondamental , à l'état de nature primitive.
Celui qui sait pénétrer fessence de l'être dépourvu
d'égoïté est un bodhisattwa; il voit le vrai et pé-
nètre le vide.
19. Les mérites ont des fruits, des effets, et pour
cela ils ont une réalité et les êtres vivants les désirent
par erreur. Mais ils sont sans cause et pour cela
ils sont des non-entités, et l'on ne doit point tenir
compte de leur apparence totale. Ceci est identique
à ce qui est dit au paragraphe 8 , à cela près qu'au
paragraphe 8 il est question du don des sept joyaux
qui n'égale pas l'étude des Sûtras; ici on considère
l'homme qui a foi dans les Sûtras et fait des dons en
conséquence. Quand le cœur a quelque chose qui
l'occupe, il n'est pas un cœur. Si l'on peut voir le
506 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
fruit des œuvres, on ne doit pas le considérer et
Têtre vivant ne doit point lespérer.
20. Sampadâ est rendu par ^ (complet, ^=sam)
et JE « pied », comme si padâ venait de pad « pied »;
mais JE, signifie aussi «complet», de là les deux
mots rémûs équivsdant à «sans lacune ni défaut».
Les trente-deux signes distinctifs ne suffisent pas
parce qu ils ne tiennent pas compte de l'esprit.
Tout ce que les bouddhas opèrent ne produit
pas de mérites, a-t-il été dit précédemment. Mais
alors que sont les signes distinctifs du Bouddha?
C est ce qui est expliqué ici. Ce sont vide et néant
comme le reste.
21. La forme , les couleurs , toutes les apparences
extérieures sont insuffisantes pour distinguer le Ta-
thâgata des autres hommes. C'est la loi qui permet
de le faire, sa condition particulière. Mais Bouddha
est aussi sans loi, sans condition semblable parce
que la nature pure et droite, la nature originelle
[tchen) na pas besoin de loi extérieure. — Remar-
quons que ceci est une idée taoïste.
22. Ceci approfondit le sens du paragraphe i8.
Non seulement Bouddha n a pas de condition pro-
pre, lui appartenant, mais sa nature est le pur vide
et il n'y a rien au-dessus de cette nature.
23. Cette nature pure, originelle (S ai) est par-
VAJRACCHEDIKÂ. 507
tout la même; elle est dans tous les êtres comme
dans Bouddha, ni plus ni moins. La bonne loi a
une action constante, perpétuelle et partout la
même; elle induit en acte tous les êtres dune ma-
nière égale et également pure , quand leur nature est
restaurée.
25. Le thème de ce paragraphe est que les saints
ont tous une nature identique et que les transforma-
tions ne sont pas des transformations. Ce paragraphe
ressemble au 3* et au i y*, mais chacun a sa vadeur
particulière et aucun d'eux ne forme redondance.
Au 3*, il est dit que le Tathâgata détruit et reforme
les êtres vivants, mais ne tient pas à ses mérites;
au 1 7*, que dans les mêmes conditions il n a pas de
loi particulière; au 2 5*, que tous les êtres vivants
ont des qualités supérieures par lesquelles ils peuvent
se livrer eux-mêmes au Nirvana.
L'adoption des Sûtras ayant des mérites sans
bornes , ce Sûtra peut conduire au Nirvana. C'est lui
et non Bouddha qui y mène.
26. Le corps de la loi est dans le silence et la pu-
reté, et non dans les formes perceptibles. —* Les
rois cakravartins sont les quatre grands rois célestes.
Ce paragraphe diffère des 5** et 1 3* en ce que c'est
Bouddha qui parle ici, pour confirmer ce que Su-
bhûti avait dit précédemment. — Dans la nature
pure, originelle, il n'y a pas de différence entre
Bouddha et un homme du commun; c'est pour-
508 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
quoi les signes extérieurs ne peuvent servir à recon-
naître le Tathâgata.
27 . Kasyaciddharmasya vinâçah prajnapta unchedô
va. Cela veut dire que toute loi, toute condition
d'existence est hors d usage possible. Ainsi le tout
signifie que lorsque le temps de la délivrance n'est
pas encore venu, on doit suivre la loi de Bouddha.
Ceci ressemble au paragraphe 2 ; mais celui-ci doit
être, dans les dififérences, la base de Imterprétation.
29. Thème. — La nature pure est dans le silence
et lobscurité et non dans la majesté extérieure , Téclat.
Le bodhisattwa ne recherche pas les biens, les mé-
rites, car tout est pur vide et illusion. Le Bouddha
ne se meut pas en différents sens, car la vraie na-
ture essence se meut complètement dans les six
directions sans changer de lieu; c'est pourquoi on
ne peut dire qu'elle va, vient, etc.
30. L'ensemble de l'univers entier n'est en réalité
qu'une illusion; il n'a point d'être réellement per-
ceptible par sa nature. La conception du tout uni
est la nature essentielle que l'on ne peut exprimer,
mais que le vulgaire , prenant pour réelle en son ap-
parence, désire posséder comme un bien.
3 1 . Quand on a reconnu ces choses, la concep-
tion sensible de l'être disparaît. Tout homme du
commun cherche ses intérêts, et par son égoïté
^
VAJRACCHEDIKA. 509
produit la perpétuation de son existence. Mais tout
ce qui paraît est vide et illusion, et la conception
de Têtre perceptible par les sens Test avant tout.
L'homme éclairé la perd entièrement.
32. La version chinoise suppose le texte : yathâ
na prakâçayêt et porte puh tseu yà siang « on ne prend
pas la démonstration dans les formes extérieures ».
Puis elle ajoute : zho, zho puh tong « ainsi on le fait
sans action, extérieurement, en faisant le bien, don-
nant pour satisfaire à la loi ». — Tout est songe et
ombre parce que rien ne dure; tel est le grand en-
seignement du livre. L'homme doit suivre la loi et
se plaire au vide pur, seule réalité.
wiii. 34
510 NOVEMBRë-DëGEMBKE 189L
LA CORRESPONDANCE
D'AMÉNOPHIS III ET D'AMÉNOPHIS IV,
TRANSCRITE ET TRADUITE
PAR
M. J. HALÉVY.
(suite.)
98
LETTRE D'ABIMILKI AU ROI.
Recto.
[i] sàr-ri [ 2 ] um-ma J a-bi-mU[-ki ?] . . . [3] vil
û vil a-na gir-mes sâr en [4] a-na sa-bar sâr pa-ni-su
[5] a-na nit-su û nit [6] nit sa ma a-na
[7] na-za-ri er sâr [8] ku.... ku ki-ma
[9] ma i-na an-qu(?)-u [10] er sâr en-ya û [11] a-
na-ka i-ra-ab [12] a-na da-ga-li [i3] pa-nî sar be-
li-ya [i4] an. . . id-din [i5] m(?)-m-ku
Sur le bord.
[26] i-na qa-bu an-si [27] is-tab smn
en-ki [28] qa a se hal-ti-ya [29] a-bù-ti-
yaan as. . . . . [3o] ka sâr en-ya al(?)-tap-ru
1
CORRESPONDANCE D'AMENGPHIS. 511
Verso.
[i6] a-na nït-ti-su [17] û li-id-din-su [18] u(?)as-
sum [19] ba-la-ti-su [20] ù a-sum ba-la-ti [21]
i(?)-ma-du [22] a yagïr-is [28] na [24] .
.... en [26] ka
TRADUCTION.
Recto.
Au roi ceci, moi 1 Abi-milki ^ je me jette
sept fois sept fois aux pieds du roi , mon seigneur.
En ce qui concerne la missive du roi , adressée à son ser-
viteur, le serviteur serviteur de
pour sauvegarder la ville du roi, mon seigneur
roi, mon seigneur, et je viendrai rendre hommage au roi,
mon seigneur
Sur le hord.
J'ai dit de ma vie mes ennemis . . . ,
.... au roi , mon seigneur, j'ai envoyé
Verso.
A son serviteur et qu'il lui donne ce qui est nécessaire à sa
vie et à la vie
' Eu phénicien ^7D3K, comparez lliëbreu lyÇ^SN, nom du roi do*
Pliilistins à l'époque d*Abraham.
34.
512
NOVEMBRE-DECEMBRE 1801.
99
LETTRE D*ABiSaR AU ROI.
Recto.
[i] a-na sâr en-ya an-mes-ya an-par4i [a] om-ma Â-bi-sar
nït-ka [3] vu û vu a-na gir-mei^ liâr l)e-li-ya [4] sar be-
li-ya ià-ta-bar [5] ai^-ium ta-me-ka ia. i-fareA-ii [6] it-ti-
ya at-ta-din [7] a-na sar be-li-ya [8] ] me-ta-ki-lis ù
9] ii-it-ta-din sâr be-li-ya [10] pa-ni-iû a-na nït-su
11] û li-it-dîn er u-zu-ki [12] a-na nit-iu ga-gam ak-ku-ni
ù mi-ma [i3] a-na si-te-iu li-it-ta-din [i4] itôr be-li-ya
lû-gir [i5] a-na na-za-ri [16] er-i^u û li-ru-nb [17] û
ii-mur pa-ni sar be-li-ya [18] a-na pa-nu-ya a-na
Verso.
[19] mnh-hi sar be-li-ya [20] ki-i-me e-nn-ma [ai] ip-
ki-id-ni àâr be-li [22] a-na na-za-ri er-àn [2 3] ûas-ta-bar
a-na sâr be-li [ 24 ] e-nu-ma ud-mi sa-ma-mà ( ? )
sar er zi-du-na [26] lu gir-ya li-it-ta-&i [27
àâr a-na nït-su [28] û li-ip-ki-id [29] a-na lû-pa-ka(?)-l^u
U [3o] li-id-din er u-zu-ki [3i] a-na a-mel^ mi-ye-ma
25] il-gi
pa-ni-ki
[32]
[34^
[36
[39]
ha-zu-ra
a-na nït-su a-na la-ki [33] is-mei a-na in ti4b-ha
a-na ti-it-ti e-nu-ma [35] i-bu-ui nu-kor-tnm
la-a it-te-ir [37] ma-mi-ta [38] ya-nu ib-na
ia ià-ha-ta mat iâr [4o] sâr er zî-du-nu [ài] iarer
Sar le bord.
[ds] î-te-zi-ib er-su û it-ta-za [43] it-ti lû-sa-gaz U-
ï-te [44] sar a-na lu-gïr ni-kab-ti-i^u-nu . . . û [45] i-bo-
1
CORRESPONDANCE D*AMÉNOPHIS. 5J3
us mat sâr a-na lu sa-gaz [46] li-is-sir(?) sàr lû-pa-kâ(?)-sa
sa i-na [47] mat ki-na [-ah-hi ]
TRADUCTION.
Recto, verso et bord.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, [mon] soleil, [il est dit]
ceci : Moi, Abisar, ton serviteur, je me jette sept fois sept
fois aux pieds du roi, mon seigneur.
Le roi , mon seigneur, m'a envoyé Tordre de lui expédier
les troupes qui étaient avec moi; j'ai donné au roi, mou
seigneur, Metakilis(P) ; que le roi tourne sa face vers son ser-
viteur et qu'il lui donne la ville de Uzu et qu'il
lui donne aussi tout ce qui lui est nécessaire (P). Que le roi,
mon seigneur, donne un là-gïr pour garder sa ville , afin que
je me rende près du roi, mon seigneur, et que je voie sa face.
Avant que le roi , mon seigneur, m'eût nonmié gouverneur de
sa ville, j'ai envoyé dire au roi, mon seigneur, que depuis
quelques jours (?) le roi de la ville de Sidon s'était emparé de
mon làgir. Que le roi soit bienveillant pour son serviteur,
et qu'il le nomme (?) son lû-pa'ka[}). Et qu'il donne la ville
de Uzu à son serviteur, afin qu'il y prenne de l'eau, du bois,
de la paille pour l'argile. Car le sort ne peut pas changer le
malfaiteur (?) sinon (?) le pays du roi qu'a dévasté le
roi de la ville de Sidon. Le roi de la ville de Hazura ^ a aban-
donné sa ville et s'est rallié aux brigands.
Que le roi sache que leur là-g'ir auxiliaire (?) a remis le
pays du roi aux brigands ; que le roi envoie son lû-g'ir qui est
dans le pays de Ki-(nah-hi).
Hazura est la même ville que I^SH (Juges, iv, a).
514 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
100
PREMIÈRE LETTRE DE SuilARDATA AU ROT.
Recto.
[i] a-na sâr en-y a [2] an-mes {?)-ya an-par-ya [3] ki-bï-
ma [4] um-[ma J] sn-mâ-ar-da-ta [5] nït...? ka ip-
ri sa gïr-mes-ka [6] a-na [gïr]-meS sar en-ya [7] an-
mes-ya an-par-ya [8] vii-su vu ta-a-an am-ku-ut
[9] sar li-ï-us-si-ir-ni [10] a-na ib-bu-us nu-kur-te
[11] i-na er ki-ei-te [12] ib-bu-us-ti nu-kur-ta [i3] âal-
ma-at a-na ya-ti-ya [i4] âu-te-ra-at er-ki-ya [i5] a-na
ya-tî-ya [16] muh ma-an-ni [17] ii-tab-bar f nït hi-ba
Verso.
18] a-na lû-mes er ki-el-te [19] 3{?)-qa-mi kû-par-mes ù
20] ku-ni a-na ar-ki-ya [21] û ï-di ââr be-li
22] i-nu-ma el-te-ki [28] er-ki-ya J nït-hi-ba [24] iâ-tu
qa-ti-ya sa-ta [26] ï-is-ta-da sâr be-li [26] sum-ma el-ti-
ki lu [27] û sum-ma J en gud{?) [28] ù âum-ma ïb ià-
tu [29] mu-hi-su ù ki-it-tu-su [3o] sa-ta J la-ab-a-pi
[3i] ba-be sa ï-el-te-ku [32] iâ. . . zun nu û [33] a-nu-
ma J la-ab-a-pi [34] f nït-hi-ba ù [35] ... pi J
er-te. . . er hal-zun-nu [36] ï-di sâr a-na nït-su
Sur le bord.
[37] li(?)-ip-pi-an-ni ii la-a iz(?) [38] ib-bu-su mi-im-ma
a-ki [39] ï-su-tu-ru(?) sâr a-na nït-su
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 515
TRADUCTION.
Recto et verso.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, il est dit
ceci : Moi, Sumardata, ton serviteur, poussière de tes pieds,
je me jette sept fois sept fois aux pieds de mon seigneur,
mon dieu, mon soleil.
Si le roi m'avait envoyé pour combattre(?) dans la ville de
Kielte , le combat serait terminé (?) par moi et mes villes au-
raient continué à être gouvernées (?) par moi. Pourquoi (?)
Arad-Hiba a-t-il envoyé vers les habitants de Kielte ses gens
qui ont pris l'argent et m'ont poursuivi (?). Que le roi, mon
seigneur, sache que Arad-Hiba m'a enlevé mes villes.
Maintenant, que le roi voie s'il peut obtenir de lui et de ses
fidèles un seul homme ou un seul bœuf ou un seul chevsJ,
Labapi qui a pris est mort et nos
Voici , Labapi Arad-Hiba et nos
villes
Que le roi connaisse son serviteur.
Sar le bord.
ce ne y. . 11 a fait tput ce
que le roi a écrit (?) à son s(ei*vitèur. "" ^
101
DEUXIÈME LETTRE DE SUMARDATA AU ROI.
Recto.
[i] a-na sâr-ri en-ya
516 NOVEMBREDÉGEMBRE 1891.
[a] an-mes-nu-ya u an-sab-ya [3] mn-ma J su-ma-ar-^la-ta
mt-ka [à] a-na gir-mes ] sar-ri en-ya am-hit [5] vu û
VII mi-la-an-na [6] ma-ak-ta-ti a-na gir-mes sar-ri en-ya
[7] ù. . . ab. . . y sâr-ri en-ya [8] a-na ya-si ur-ru-ba(?)..
... [9] du-gu-la-ni ki | &âr-ri en-ya [10] mi-ya-mi ï-
ma-gi-ir [11] ur-ru-ba it-ti J sar-ri en-ya [la] li-ki-ma kû-
mes û kû-meâ ak(?) [i3] \ iar-ii en-ya a-nu-ma f ya-an-
ha-mu [i4] it-ka û ki-bi-it-ti-in [i5] sum-ma mi-la-an
ma-az ya-nu [16] sab-mes qas-ta-ti i-ik-ki-mi-ni
Verso.
[17] Sâr-ri en-ya [18] i-il-ma-ad ] iâr-ri en-ya [19] ki-
ma XXX er an-mes ib-bu-us [20] kur-nn ^ a-na ya-âi [21] a-
na-ku y en i-ba-sa-ti [as] da-ba-at knr-nu^ mub
[a3] nn(?)-di-ni J sar-ri en-ya [24] is-tu qa-ti-su ï-us-si-ra
I sâr-ri en-ya [2 5] sab-mes qas-ta-ti i-ik-ki-ni [a 6] iâr-
ri en-ya a-nu-ma [a7] ] ya-an-ha-mu ù ra-ga-ab
28] y sâr-ri en-ya ï-ik [29] sâr-ri en-ya it-ti-Su
'3o] da-na-at-mi kur-nu^ [3i] muh | su-mâ-ar-da-ta
32] û ya-nu
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur.
mon dieu, ma lumière, [il est dit] ceci :
Moi, àumardata, ton serviteur, aux pieds du roi, mon sei-
^ Kur-nu intervernon de na-Âmr.
CORRESPONDANCE D*AMENOPHIS. 517
gnenr, je me jette en faisant sept et sept fois des prosterna-
tions à ses pieds.
Le roi, mon seigneur à moi. Aie
confiance en moi conmie (il convient?), au roi, mon sei-
gneur; qui est assez heureux (?) de venir près du roi, mon
seigneur ; prends l'argent et Targent , ô roi , mon sei-
gneur. Voici que Yanhamu est prêt(?), selon (?) sa parole.
S'il n'y a pas un nombre d'archers suffisant , c'est que le roi ,
mon seigneur, nous les a pris.
Verso.
Le roi , mon seigneur, appremie que 3o villes se sont ré-
voltées contre moi. Je suis seul au milieu des révoltés ; que
le roi, mon seigneur, me sauve (?) de leur main et qu'il
envoie des archers pour me secourir (?). Voici que Yanhamu
est monté roi , mon seigneur roi , mon
seigneur, est avec lui et les forces des ennemis sont contre
Sumardata. Rien autre chose (?).
102
PREMIERE LETTRE D'ARAD-HIBA DE JERUSALEM AU ROI.
Recto.
[i] a-na sar en-ya ki-bi-ma [a] um-ma ] nit-hi-ba nit-ka-
ma [3] a-na ii gir-mes en-ya sâr-ri [4] vu ta-a-an ii vu
ta-a-an am-kut-mi [5] ma-an-na ip-sa-ti a-na sâr en-ya
[6] i-ka-lu ka-ar-si-mâ(?) ù u-sa-a-ru [7] i-na pa-ni ààr en-ri
|nït-hï-ba [8] pa-da-ar-mi a-na sar-ri en-su [9] a-mur a-
na-ku la-a lu a-bi-ya [10] û la-a lu u-mi-ya ù-sa-qu-na-ni
[11] i-na ai-ri an-ni-e [la] is-ru-bu sâr-ri ag-ga [i3] u-
se-ri-ba-an-ni a-na bit iû a-bi-ya [i4] am-mi-nim-mi a-na e-
518 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
bu-us [i5] ù ar-na a-na sâr en-ri [16] a-dî sâr en-ya ti-la
[17] a-qa-bi a-na lu pa-kà(?) sàr en-[ya] [18] am-mi-nim-mi
ta-ra-ya-mii [19] lu ha-bi-ri ù lû-mes ba-zî. . . ? [20] ta-za-ya-
ru û ki-na-an-na [21] u-sa-â(?)-ru î-na pa-ni sâr en-ya
[22] e-nu-ma à-ka-bi ha-al-ka-at-mi [28] mat-zun sâr en-ya
kî-na-an-na [24] u-sa-â(?)-ru a-na sâr en-ya [a 5] û li-te-
ini y sàr en-ya [26] e-nu-ma sa-ka-an sàr en-ya [27] lû-
mes ma-zar-ta la-qi(?)-mi [28] e-en-ha-mu
[29] XXX [3o] a [3i]
mat qa(?)-ri
Verso,
[82] sàr en-ri [33] mi lû-mes ma-
zar-ta [34] qi en sàr a-na mat-su [35]
a-na mat-su pa-da-ra-at [36] er zun sâr en gab-ki J i-li-
mil-ku [37] i-bal-ii-ik gab-bi mat sàr-ri [38] ù li-is hur
sàr en a-na mat-su [89] a-na-ku a-qa-bi e-ru-ub-mi
[4o] it-ti sàr-ri en-ya ù J la-mur-mi [4i] a-lim-mes sâr
en-ya û nu-kur-tam-mes [42] ag-ga a-na mu-hi-ya ù la-a
la-.-e [43] e-ra(?)-ba is-tu sàr en-ya [44] û li-it-ru-us
i-na pa-ni sâr(?) [45] lu-ma-se-ra lû-mes ma-zar-ta
[46] û li-lu-ub û la-mu-ur a [47] sâr en-ya û
e-nu-ma sàr en....c [48] ti-la e-nu-ma it-ta-zu-u lu
}a [49] a-qa-bi bal-qa-at-mi mat-zun sâr
5o] la ta-sa-mi-u a-na ya-a-si [5i] bal-qu-mi gab-b-
û-mes ba-zi-a-nu-ti [ 52 ] ya-a-nu-mi lu ha-zi-a-nu a-na sâr
en [53] li-din sar pa-ni-su a-na lû-mes (-su) [54] û
lu te-mi lû-mes sab mà-da-li mà-da-ti [55] sâr en-ya yà-
a-nu-mi mat-mes a-na sàr [56] lû-mes ba-bi-ru ha-bat
gab-bi mat-zun sàr [57] sum-ma i-ba-as-si lû-sab-mes mà-
da-ti [58] i-na mu an-ni-ti i-ba-as-si mat-zun [59] àâr
en û sum-ma ya-a-nu-mi lu -sab mà-da-ti [60] hal-qa-at
mat-zun sàr en-ya [61] sar sàr en-ya û. . . J nït-hï-
CORRESPONDANCE D*AMÉNOPHIS. 519
ba [ 62 ] ra ri-ib a-mâ-tam-mes [ 63 ] ba ( ?)-na-
ta a-na sâr en-ya lial-qa-at [64] nu-kur mat-zun sâr
en-ya
TRADUCTION.
Recto.
Au roi , mon seigneur, il est dit ceci :
Moi , Arad-Hiba , ton serviteur, je me jette sept fois et sept
fois aux pieds du roi.
Qui a donc incriminé mes actions , en me calomniant gra-
vement ^ près du roi , mon seigneur, et en disant : « Arad-
Hiba a trahi son seigneur ? »
Regarde : ce ne sont ni les gens de mon père ni ceux de
ma mère qui m'ont procuré' cette place, c'est le bras^ du roi
puissant qui m'a fait entrer dans la maison de mon père.
Pourquoi me rendrais-je coupable d'infidélité et de défection
envers le roi, mon seigneur, aussi longtemps que le roi,
mon seigneur, est vivant?
J'ai dit au In-pa-kâ du roi, mon seigneur : 0 Pourquoi te
montres-tu favorable aux hommes Habiri et hostile aux
hommes de garde ? »
C'est pourquoi il a intrigué auprès du roi, mon seigneur.
Lorsque je lui dis : «Le pays du roi, mon seigneur, est
perdu», aussitôt il intrigue auprès du roi, mbn seigneur.
Que le roi, mon seigneur, sache que lorsqu'il met des
hommes de garde 3o pays de
* uiaam, racine *1X^ i}^) ou ")y^ , ")yD «être violemment agité».
* Littéralement : «m*ont élevé dans cette place».
' (im6it(?), dans les autres lettres 2ara'a=héb.: $1T «bras».
520 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Verso.
le roi , mon seigneur les gardiens.
Que le roi ait soin de son pays, pays du roi gaerrier.
Himilku a ruiné le pays du roi; que le roi redevienne
favorable à son pays.
Moi je me suis dit : Je me rendrai auprès du roi, et je
verrai les villes du roi, mon seigneur, mais j*ai un ennemi
fort contre moi et je ne peux pas arriver auprès du roi, mon
seigneur.
Qu il plaise au roi, mon seigneur, d'expédier des hommes
de garde , pour que je puisse aller et voir la face du roi, mon
seigneur.
Et aussi longtemps que le roi, mon seigneur, vivra et qne
ses sortiront , je dirai : Les pays du roi sont ruinés,
encore que tu ne m'écouterais pas. Tous les hommes de
garde ont péri; le roi n'a plus de gardes.
Que le roi accorde son attention à ses hommes, qu'il com-
mande une très nombreuse armée. Le roi, mon seigneur, n a-
t-il pas beaucoup de pays ? Les Habiri dévastent tous les pays
du roi ; si l'on envoie contre eux des troupes nombreuses , cette
année même, le roi reprendra ses pays; mais s'il n'y a pas
de troupes nombreuses , le pays du roi est perdu
le roi, mon seigneur roi, mon seigneur* et. « • • • .
, . . Arad-Hiba porte des paroles âoqnentes(?)
au roi; mon seigneur, perdus les ennemis des pays
du roi, mon seigneur.
103
DEUXIEME LETfRE D'ARAD-HIBA DE JERUSALEM AU ROI,
Recto.
[i] ri en-ya. , . . . [a] nït-hi-ba nït
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 5âl
3] en-ya vu [4] ri a-mâ-tam
5] ba-ni a-na [6] ib-sa u sa-e
7] ba-ni{?) u-dag-ga ù [8] a-mâ [11] a-na
ki u-se-ru-bu li-te [12] gab-bi mat-zun sa(?)-li-
mua-naya-a-iinu-k«r-tam [i3] ii li-is-hnr iâr-ri a-na mat-
SU [là] a-mur mat-[er]-gaz-ri-ki mat-er as-qa-iu-na-ki
[i5] ûer ki i-din-nu a-na sa-su-nu [16] gàr-zun ni-
zan û mi-im-ma u ma-'-zi-ra-mu [17] li-is-hur sâr-ri a-na
sab-me§ mâ-da-ti-sam(?} [18] lu-ma-se-ra sab-mes ma-da-ti
a-na lû-mes [19] ^ ib-bu-su ar-na a-na sàr-ri en-ya
[ ao] ium-ma i-ba-as-si i-na mu an-ni-ti [21] sab-mes mâ-da-
tum i-ba-as-si mat-zun [22] lû-ba-zi-a-nu a-na
àar-ri en-ya [a3] sum-ma ya-nu sab-mes mâ-da-tum
ya-a-nu-mi [ 24 ] û lû-meli ha-zi-a-nu-ti a-na àâr
[26] mur mat-er u-ru-sa-lim an-ni(P)-ta [26] . •
. . . la-a lu ad-da-a-ni la-a um-mi-i [27] na-ad-na-
a-ni ù iu ù zu-ru-*-u [28] na-ad-na-a-ni a-na ya-a-^i
[29] mur ib-sa an-ni-u ip-si ] mil-ki-an [3o] û ip-si
tur-mes la-ab-a-pi [3i] sa na-ad-nu mat-sar ri lû-mes ha-bi-
ri [32] a-mur sar en-ya za-du-uk a-na ya-a-si [33] as-
sum lû-mes ka-si-mâ(?) li-ià-sd-mi [34] sâr-ri lû-pa-kâ(P)-
mes e-nu-ma ag-ga bit{?) nia-gal [35] û u-ba'-u ar-na kab-
ta gai [36] [il-]qa-bu u-nu-tam-su-nu ûbe... [37] ...
be u-ri-e u ga-ag. . . . . [38] u-ma-se-ru i-na mat
[39] mes-ti-ka(?) lu it-ti [4o] nït-
mes li-qa-bi (?)
Verso.
[4i] a-na ^-su-nu ù ta-za-qa [42] mat-zun i-na qa-ti
su ( ?) ? [43 ] li-iâ-ai-mi sâr-ri a-na sa-su ? [44 ] ma-ad
gàr-zun ma-ad ni-zun ma-ad ku [45] a-di e-be-ii f
pa-u-ru iû-pa-kâ(P) sar-ri [46] a-na mat-er u-ru-sa-lim-ki pa-
da-ri [47] da-pi a-di lû-mes ma-zar-ti lu u e(?)
[48] tum sâr-ri li-te-mi sâr-ri [49] bi a-na
522 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1801.
ya-a-si J a-da-pi [5o] pa-ad-ra-an-ni la te-zi-îb-ii
5 1 ] an-ni-ta ma-se-ra-an-ni lu ma-zar-ta [ 5a ] [lû-pa-
câ ( P ) sâr-ri mu-sc-ra ù an-ni-ka [ 53 ] ... mu-âe-ir-ti a-na &ar-ri
en [5d] lû-mes a-si-ru za(P)-lî-im. . . [55] ... lû-mes
u-bi-li-mi zun sâr ( P) [56] la-ki-hu i-na ù
sa-te-e [57] er ya-lu-na-ki li-te-mi sâr-ri en-ya [58] la-a
a-la-*-e ù mu-se-ra kas [59] a-na sâr-ri en-ya as-sum ia-ma-
te-ka [60] a-mur sar-ri âa-ka-an inu-su [61] i-na mat
u-ru-sa-lim-ki a-na da-ri-iâ [6a] û la-a i-li-*-e e-za-bi ia
[63] mat-zun er u-ru-sa-lim-ki
6^] a-na tup-sar sâr-ri en-ya [65] ki-bi-ma um-ma T nït-
li-ba nit-ka-ma [ 66 ] a-na gir-mes am-kut-mi nït-ka a-nu-ki
[67
se-ri-ib a-mâ-tam-mes ba-na-ta [68] a-na sar-ri en-ya
69] lu U sâr-ri a-nu-ki [70] ma-at-tl a-na ka-tû(?)
[71] il ti-ip-pa-sa ip-sa la-am-na [7a] a-na moh-bi lû-
mes mat ka-si [73] ba-na la-a gaz 11 te
[74] su lû-mes mat ka-si (?) ? [75] lib-bi
bit-ya û li [76] sâr-ra a-na sa-su[-nu] [77] ...
. . ta-a-an û vu ta-a-an [78] en-ya a-na
ya[-si].
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, il est dit
ceci :
Moi , Arad-Hiba , ton serviteur, je me jette sept fois sept fois
aux pieds de mon seigneur.
Le roi m'a envoyé dire qui a et
parole à il a fait entrer.
CORRESPONDANCE D^AMENOPHIS. 523
Que le roi sache que tout le pays est [ravagé] et que je
suis très serré par l'enneiiii. Puisse le roi avoir plus de soin
de son pays!
Regarde les pays de la ville de Gazri \ de la ville d'Asqa-^
luna et de la ville leur ont donné des vivres , de
l'huile et tout ce dont ils avaient besoin (?)
Que le roi dirige vers ce pays beaucoup de troupes et qu'il
les envoie contre ceux qui se sont rendus coupables de rébel-
lion envers le roi, mon seigneur.
Si, au cours de cette année, de nombreuses troupes sont
envoyées, ces pays seront [sauvés] et leurs gardiens seront
fidèles au roi. Si, au contraire, le roi n'envoie pas de nom-
breuses troupes, le roi n'aura plus d'hommes de garde.
Regarde, ce ne sont ni les gens de mon père ni ceux de
ma mère qui m'ont donné cette ville de Jérussdem , c'est ton
bras [roi puissant], qui me l'a donnée.
Vois ce qu'ont fait Milkilim et les fils de Labapi qui ont
livré le pays du roi aux hommes Habiri.
Regarde moi , roi , mon seigneur, avec justice. Interroge les
îu-pa-kà(?) au sujet des hommes de Kasi(?) (et tu sauras)
qu'ils ont forcé (?) les maisons et qu'ils ont commis de
grands et graves crimes ; ils ont enlevé leurs meubles et. . .
; ils ont envoyé dans le pays des
.... avec serviteur; que (le roi) dise
Verso.
à eux, qu'ils les pays dans leurs (?) mains et
que le roi les interroge; [il a?] beaucoup de blé,
beaucoup d'huile et beaucoup de vêtements jusqu'à ce
que Pauru, le lu-pa-kà{^) du roi, au pays de la ville
* Gazri, en hébreu *^T3; cette ville resta en la possession des Chananéens
Jusqu'au règne de Salomon ; c'est alors que le roi d'Egypte la prit et la donna
en dot à sa fille qui épousa le roi juif (I, Rois, ix, 16).
524 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
de Jérusalem; la traliison de(P] ainsi que des gar-
diens , hommes de Que le roi , mon seigneur,
veuille bien m*écouter. Adapi m*a trahi (?); ne les abandonne
pas dirige vers moi des hommes de garde ; le là--
pa-kà(7) du roi a expédié expédition (?) vers le
roi , mon seigneur il a amené des hommes du
roi la ville de Ayalon ^ Que le roi, mon sei-
gneur, sache; je ne peux pas arriver auprès du roi, mon
seigneur, pour te renseigner; regarde, je suis au service du
roi à Jérusalem pour toujours et je ne consentirai jamais à
quitter la ville de Jérusalem.
Au scribe du roi, mon seigneur, il est dit ceci : Moi,
Arad-Hiba, ton serviteur, je me jette aux pieds de mon sei-
gneur. Je suis ton serviteur. Porte des paroles favorables (?)
au roi, mon seigneur. Je suis le serviteur du roi et aussi le
tien.
Et si tu veux faire du mal aux honunes du pays de ELasi . .
ne tue pas les hommes de Kaii
dans ma maison ; que le roi les interroge Sept
et sept fois mon seigneur à moi.
104
TROISIÈME LETTRE D'ARAD-HIBA AU ROL
Recto.
[i] a-na | sâr-ri en-ya an-sab [2] um-ma J mt-hi-ba
nit-ka-ma [3] a-na gir-mes àâr en-ya vu ta-a-an [4] ù
^ Ce nom, écrit ici laluna, est visiblement identique à la fcurme vsndle
Ayaluna = |^?^^j^l ville mentionnée dans le célèbre chant de victoire at-
tribue ù Josué (Josaé, x, 12).
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 525
VII ta-a-an am-kut-mi [5] a-mur sâr-ri en-ya sa-ka-an
[6] mu-su a-na mu-si an-sab-si [7] û ir-bi an-sab-si ha-an-
pa [8] sa ih-nu-bu a-na mu-hi-ya [9] a-mur a-na-ku la-a
lu ha-zi-a-nu [10] lu u-e-u ana sâr-ri en-ya [11] a-mur
a-na-ku lu ru-hi sâr-ri [12] ù u(?)-bi-il tik-un sâr-ri a-na-
ku [i3] ya-a-nu-mi lû-mes ad-da-a-ni ya-a-nu-mi [là] sal-
um-mi-ya zu-ru-' sâr-ri ag-ga [i5] sa-ak-na i-na
bit lu ad [17] sa-ad a-na mu-hi-ya xiii..... .
[18] na-ad-na-ti x lu nît-mes [19] su-
u-ta lii-pa-kâ sâr-ri ka [20] na mu-lii-ya xxi { ?)-
sal az(?) sal-mes [21] xx(?) lû-mes a-si-ri na-ad-na-ti
22] naqa-ti | su-u-ta gàr-ba sâr en-ya [28]
i(?)-im-li-ik-mi sâr-ri a-na mat-su [2^] hal-qa-at mat sâr-ri
gab-ba-sa [26] za-ba-ta-ni nu-kur-tam a-na ya-a-si [26] a-
di mat-zun se-e-ri-ki a-di er gu-ti-ki-ir-mi-il [27] âal-
mu a-na gab-bi lû-mes ha-zi-a-nu-ti [28] û nu-kur-tam a-
na ya-a-si [29] pa-a-da-ti e-nu-ma lu a-mi-ri [3o] û la-a
a-mar a-lim ( ? )-mes sâr [ 3 1 ] en-ya ki-i nu-kur-tam
Verso.
32] a-na muh-hi-ya sa-ak-na-ti [33] e-nu-ma is-mà i-na
ib-bi a-ab-ba [34] su zu-ru-' sâr ag-ga [35] ti-li-ik-ki
mat na-'-ri-ma-ki [36] û mat ka-pa(?)-si-ki û i-na-an-na
[37] er hal-zun sâr-ri [38] ti-li-ki-u lû-mes ha-bi-ri
[39] ya-a-nu-mi J en lu ba-zi-a-nu [4o] a-na sâr-ri en-ya
hal-qu gab-bu [4i] a-mur J tu-ur-ba-zu gaz(?) [^2] i-
na dag ( ? )-gal er ( ? ) zi-lu-u-ki qa ( ? )-du [4.3 ] a-mur | zi-im-
ri-da er la-ki-si-ki [44] ig-gi-u-su nït-mes ib-su a-na
[45] ya-ap-ti-'- an-im gaz te-ka [46] ... ki-gal er zi-lu-u
qa-al-bat(?) [47] be e tar en al-su
[48] is-hur sâr. ... . [49] din sâr-ru pa-ni-su
me [5o] sab-mes mâ-da-ti a-na mat
[5i] sum-ma ya-a-nu-mi sab-mes mâ-da-tum [52] i-
na mu an-ni-ti bal-qa-at a-ba-da [53] ii(?) gab-bi mat-zun
XVIII. 35
laruMBBU lATioaAU.
526 NOVEMBRE-DECEMBRE 1801.
sar-ri en-ya [54] la-a i-qa-bi-u a-na pa-ni sar en-ya [55] e-
nu-ma lïaJ-qa-at mat sàr en-ya [56] ù lial-qu gab-bi lû-
mes ha-zi-a-nu-tî [57J sum-ma ya-a-nu-mi sab-meà ma-da-
tum [58] i-na mu an-ni-ti lu-ma-sc-ir [Sg] sâr-ri lû-pa-
kà(?) ù li-il-ki-a-ni [60] a-na ya-a-si a-di âiâ-mes û ba-be
[61] ... mu-nu it-ti sàr-ri en-tum(?) [62] tup-sâr
sâr-ri en-ya [63] nït Li-ba nit-ma a-na gïr
[6d] mi se-rî-ib a-ma-tu-mes [65] an-na-ti a-na
sàr en
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, ma lumière, [il est dit] ceci :
Moi, Arad-lliba, ton serviteur, je me jette sept fois et sept
fois aux pieds du roi, mon seigneur.
Regarde : le roi , mon seigneur, dont la gloire brille à l'orient
et à Toccident, a jeté son éclat (?) sur moi. Je ne suis pas un
homme de garde ; mais un homme pour le roi ,
mon seigneur. Regarde : je suis un sujet du roi et payeur
de tribut. Ce n'est pas mon père, ce n*est pas ma mère,
c'est le bras du roi puissant qui m'a établi
venu(P) chez moi 1 3 donné et
10 serviteurs Suta, ton Zu-pa-Arâ(P)
moi, 21 femmcà et 20 liommes prisonniers (?) donnés entre
les mains de Suta, ton gàr'ha[}). Roi, mon seigneur
a ruiné son pays ; le pays du roi est
perdu tout entier; l'ennemi m'a tout enlevé jusqu'à la ville
de Séri \ jusqu'à la vlQe de GutikirmiP; ils ont achevé tous
les hommes de garde et l'ennemi contre moi
* Sêri, probablement 0^*1^1^ , ville de la tribu de Juda (Josué, xv, 56).
' Gutikirmili , suivant toutes les apparences 7D*13'"Pâ, la /D'13 ja-
déenne (Josuc, xv, 55).
CORRESPONDANCE D'AMENOPHIS. 527
Quand même(?) je serais un courrier (?) je ne pourrais pas
voir les villes (?) du roi , mon seigneur, car l'ennemi
Verso.
me serre de près comme lorsqu'un vaisseau se trouve au
milieu de la mer. Le bras du roi puissant pourrait prendre
le pays de Na'rima et le pays de Kapasi(?), maintenant les Ha-
biri s'empareraient des villes du roi I 11 n'y reste plus un seul
homme de garde au roi, mon seigneur, tous ont péri. Re-
garde, Turbazu a été tué(?) à la grande porte de la ville de
Zilu^ Regarde, Zimrida de la ville de Lakisi *
ses serviteurs à Yapti'-Addi * . ..... la ville
de Zilu il lui demandera . (jue le
roi tourne sa face et qu'il envoie de troupes
nombreuses au pays s'il n'envoie pas de troupes
nombreuses dans le courant de cette année, les pays du roi
sont perdus à tout jamais et il n'en entendra plus parlent La
perte de ces pays entraînera aussi celle de toutes les garnisons
qui s'y trouvent. Si le roi ne peut expédier des troupes dans le
courant de cette année, qu'il envoie un là-pa-kâC^.) pour nous
emmener, moi et mes frère». ^t je mourrai à la cour
royîde.
[Au] scrii^e du roi, mon seigneur, moi, Arad-Hiba, ton
serviteur, je me jette à tes pieds. Fais parvenir ces paroles au
roi, mon seigneur.
* Zilu, vraisemblablement >*/?, ville benjamite, près de Jérusalem
(Josiié, XVIII, 28).
' Lakisi, ^"'D?, forteresse judéenne prise par Sennachérib (II, Rois»
XVIII, là).
' Yapli-'Addi ^linTiri^"^ «Hadad ouvre»; comparez 7Î<~nrD'* et
T : •
35.
528 NOVEMBRE-DECEMBRE 1801.
105
QUATRIEME LETTRE D'ÂRAD-HIBÂ AU ROI.
Recto.
[i] a-na sar-ri en-ya [2] am-ma J nït hi-ba nit-ka. •
... [3] a-na 11 gïr-meà en-ya [4] vu ta-a-an ù
vu ta-a-an [5] a-mur J mil-ki-lim la-a i-pa-ad
[6] is-tu tur-mes ia-ab-a-pi û ? [7] tor-mei ar-za-pi
a-na e-ri [8] mat sâr-ri a-na sa-sa-nu [9] iu-ha-
zi-a-nu sa e-pa-as ip-sa an-ni-mâ [10] am-mi-nim ^àr-rî la-a
sa-al-su [11] a-mm* | mil-ki-lim û | ta-gi [la] ip-àu ià.
e-bu-su an-ni-mâ [ 1 3 ] e-nu-ma ia-ki si er ( P ) ra-bu-te ( ?)4d
(La partie inférieure est fracturée.)
Verso.
[1] u-ma se [a] ya-a-nu-mi lû-me^ ma-xar-tom iar-
ri [3] ki-na-an-na li-ib-lu-ut sar-ri [4] lu-u ir-bî-àu J bu-u-ru
5] pa-da-ar i-na ma-ah-ri-ya [6] i-na er ha-ia-ti i-ba-a&-ii
7] û li-iz-mad sâr-ri i-na pa-ni-su [8] ma-iar-ta a-na na-
za-ar mat [9] gab-bi mat sâr-ri pa-da [10) mu-ie-
ra y pi ( ?)-'-en-lia [11] û li-te-mat sâr-ri [1 a ] i-
na lu tup-sar sâr en(?) [i3] ma J nit-hi-ba nït
[i4] y a-mâ-tam-mes ba-[na-ta](?)
Sar le bord,
[i5] ri-ma-at-ti ma-gal y na ka(?)-tam nït-ka a-na-ku
CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS. 529
TRADUCTION.
Recto.
Aa roi , mon seigneur, il est dit ceci :
Moi, Arad-Hiba, ton serviteur, je me jette sept fois et sept
fois aux pieds de mon seigneur.
Regarde : Milkilim ne s*est pas séparé des fils de Labapi , et
les fils d'Arzapi les villes du roi , mon seigneur, pour
eux.
Pourquoi n a-t-il pas interrogé le chef de garnison qui a
commis ces méfaits? Regarde, Milkilim ont fait cela,
lorsqu'ils ont pris la ville de Rubute '.
(La partie inférieure est fracturée.)
Verso.
Est-ce que le roi n*a pas assez d*hommes pour
les garnisons ? Ainsi , vive le roi Buri a 'commis
la traliison devant moi et il me reste dans la ville de Hazati *.
Que le roi envoie des garnisons pour garder le pays. Tout
le pays du roi est sans défense. Envoie Pi(?)-'-en-ha
pour reconnaître le pays du roi.
Au scribe du roi, mon seigneur, il est dit ceci : Moi,
Arad-Hiba, ton serviteur, je te prie de porter des paroles
favorables (?).
' Rubute, la ville jadëenne nommée Z^^l^H (Josaé, xt, i8).
* Hazati, plus sooYent, Haziti, la ville de Gaza, HTS^, en Philistée,
530
NOVEMBRE-DECEMBRE 1801.
Sur le bord.
Au roi. Je te suis bien dévoué (?) ; je suis ton serviteur.
106
CINQUIÈME LETTRE D'ARAD HIBA AU ROI.
Recto.
[i] a-na sàr-ri en-ya [a] ki-bi-ma um-ma [3] ynithi-ba
Dit-ka-ma a-na ii gïr-mes [4] sâr ri en-ya yu-ta-a-an a vn
ta-a-an am-kut [5] ..... âa e-bu-sa-ni [6] J mil-ki-lu û f
su-ar-da-tum [«7
mes er ga-az-ri-ki
a-na mat sâr-ri en-ya [8] mii:hi-ni çab-
9] sab-mes er gi-im-ti-ki [10] u sab-mei
er ki-el-ti-ki [11] za-ab-tu mat er ru-bu-te-ki [1 a ] pa-da-ra-
at mat sàr-ri [i3] a-na lû-mes ba-bi-ri [i4.] û i-na-an-na
ab-bu-na-ma
Verso.
su-
[i5] er mat u-ru-sa-lim-ki [16] er bit(?) an-nin-ib »*
mu-sa (?) [ 1 7 ] er sâr-ri pa-da-ra-at [ 1 8 ] sar lû-mes er
ki-el-ti-ki [19] li-is-me sâr-ri a-na | nït-lii-ba nït-ka [ao] li
lu-ma-sir sab-mes mâ-da-ti [ai] ii lu-ti-ra mat sâr-ri a-na
sâr-ri [a a] û sum-ma ya-a-nu sab-mes mâ-da-tum [a3] pa-
da-ra-at mat sâr-ri a-na lû-mes [a4) "^^ ha-bi-ri [a 5] ip-
su-ti an-ni-tâm [26] J su-ar-da-tum J mil-ki [ ^ 7 ] •
na
[28]
er. .
Sur le bord.
[29] û li-iz-ki [^o] sâr-ri a-na mat. . .
CORRESPONDANCE D'AiMENOPHIS. 531
TRADUCTION.
Recto.
Au roi , mon seigneur, il est dit ceci :
Moi, Arad-Hiba, ton serviteur, je me jette sept fois et sept
fois aux pieds du roi , mon seigneur.
Apprends ce qu'ont fait Milkili et §uardatum au pays du
roi , mon seigneur. Les troupes de la ville de Gazri , celles de
la ville de Gimti ^ et celles de la ville de Kelté * ont pris la ville
de Rubuté. Le pays du roi est mairntenant ouvert aux hommes
Habiri. Et maintenant, de plus.
Verso.
la ville du pays , nommée Jérusalem , ville du temple de Ninip ,
ville royale, est prise et est devenue (?) ]a possession (?) des
iiommes de Qelti. Que le roi écoute Arad-Hiba, son ser-
viteur, et qu'il expédie des troupes nombreuses et qu'U re-
prenne le pays du roi. Et s'il n'y a pas de troupes nombreuses ,
le pays du roi sera pris par les Habiri. Ces actes ont été
commis par Suardatum et Milkilim.
Sur le bord.
Que le roi se souvienne (?) de son pays.
' Ginlif D^ ville philisléenne (Josaé, xi, 22).
' Kelté, n7"'yp. (?), ville juiéeonc (Josué, xv, àh)»
532
NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1891.
. iO?
TROISIEME LETTRE DE SUMARDATÂ AU ROI.
Recto.
[i] [a-na] sâr en-ya [2] ya an-par-ya [3] [kî]-
bï-ma [4] [••••!] su-mâ-ar-da-ta [5] nit-ka ip-ri ia
gïr-mes-ka [6] a-na gir-mes sâr-ri-ya [7] an-meâ-ya an-
par-ya [8] VII su VII ta-a-an am-ku-ut [9] E-di ââr bi-li
i-nu-ma [10] [ pa-ad ]-ra-at mat sâr [11] [ en ]-ya i ( ? ) - . .
it-ri(?) ... [12] er-kiel-te [i3] mu-
hi lû-mes [i4] pi-rî-si [i5] bi
[16] lu [17] [lù]-meS ha-za-na-ti
Verso.
[18] û iu-u-ni-zi-ma [19] muh-^u-nu u lu [ao] ni-ii-bu-
ur [ai] lû-mes sa-ru-ta [22] is-tu mat âàr-ri [a3] en-ya
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, il est dit
ceci : Moi , àumardata , ton serviteur, poussière de tes pieds ,
je me jette sept fois sept fois aux pieds du roi, mon seigneur^
mon dieu , mon soleil.
Que le roi, mon seigneur, sache que son pays est sans dé-
fense la ville de Kelté contre les hommes . .
les gardiens
CORRESPONDANCE D AMENOPHIS. 533
Verso.
Sortons donc contre eux et chassons les rebelles du pays
du roi , mon seigneur.
108
PREMIERE LETTRE DE MILKILI AU ROI.
Recto.
[2] [an]-par-ya ki-bï^na
4] ip-ri sa gïr-mes-ka
I] [a-na] sâr[-ri] en-ya an
3] [um]-ma | miJ-ki-li mt-ka
5] a-na gïr-mes sâr en-ya [6] an-mes-ya an-par-ya
7] VII su VII ta-a-an am-ku-ut [8] li-di [sar be-]li i-nu-ma
9] mim-ma sâr en-ya [10] sa. ... i
II] mas(?) a la(?)
Verso.
a] su y ha-mu [M ^^ ^^ ^^
c] û V lû-mes tur [d] û v iû-mes a-si-ru «^^ ma
[e] a-na sâr en-ya
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, il est dit
ceci : Moi , Milkili , ton serviteur, poussière de tes pieds , je me
jette sept' fois sept fois aux pieds du roi , mon seigneur, mon
dieu, mon soleil.
534 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Que le roi, mon seigneur, sache que tout ce que,
le roi, mon seigneur
Verso.
I lamu six femmes et cinq
hommes et cinq hommes, je les dirige vers le roi,
mon seigneur.
109
DEUXIEME LETTRE DE MILKILI AU ROI.
Recto.
[i] a-na §âr en-ya [a] [an]-mes-ya an-par-ya [3] ki-bi-
ma [4] um-ma y mil-ki-li nït-ka-ma [5] ip-ri ^ gïr-ine&-
ka [6] a-na gïr-mes sar en-ya [7] an-mes-ya an-par-ya
8] VII su VII ta-a-an am-ku-ut [9] a-ma-at ul-te-bi-la
10] sâr en-ya an-mes-ya [11] an-par-ya a-na ya-Si
[12] a-nu-um-ma i-su-si-ru-su [i3] a-na sar en-ya
[i/i] an-par is-tu an-sa-me
Verso.
[i5] ù lu-u ti-i-ti [16] sâr en-ya an-mes-ya [17] an-par-
ya i-nu-ma [18] sa-lim a-sar [19] sâr en-ya sa [ao) it-
te-ya
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil, il est dit
CORRÉSPdl^DÂNCE Ô'ÂMÉNÔFHIS. 535
ceci : Moi , Milkili , ton serviteur, poussière de tes pieds , je
me jette sept fois sept fois aux pieds du roi mon seigneur,
mon dieu, mon soleil.
Le roi , mon seigneur, mon dieu , mon soleil , m*a transmis
son ordre et voici que je réponds au roi, mon seigneur, so-
leil du ciel.
Verso.
Que sache le roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleil,
que ie poste ^ que le roi, mon seigneur, m'a confié, va bien.
110
TROISIEME LETTRE DE MILKILI AU ROI.
Recto.
[i] a-na J sâr en-ya [2] an-mes-ya an-par-ya [3] ki-bï-
ma [4] um-ma J mil-ki-li nït-ka [5] ip-ri gïr-mes-ka
6] a-na gïr-mes sàr en-ya [7] an-mes-ya an-par-ya
8] VII su VII ta-a-an am-kut [9] lï-di sâr be-li [lo] i-
nu-ma da-na-at [11] nu-kur-tu muh-ya [12] ii muh | su-
mâ-ar-da-ta [i3] ùi-ki-im [là] sâr be-li mat-su [i5] is-
tu qa-at [16] lu sa-gaz-mes
Verso.
[17] sum-ma i-ya-nu [18] ï-us-si-ra [19] sâr be-li is-
kil-f-bat-mes [20] a-na la-ki-nu a [21] te-ma-ha-
zu nu(?) nït-meâ-nu [22] û [23] sa-da. .
... [24] be-li [25] I ya-an-ha-ma nït-su
[26] a-na ra-pi-si-su [27] i-na su
530 NOVEMBRE-DEGEMBRE 1801.
TRADUCTION.
Recto.
Au roi, mon seigneur, mon dieu, mon soleS, il est dit
ceci : Moi , MUkili , ton serviteur, poussière de tes pieds, je me
jette sept fois sept fois aux pieds du roi, mon seigneur, mon
dieu, mon soleU.
Que sache le roi, mon seigneur, que les forces de Ten-
nemi sont contre moi et contre Sumardata; que le roi, mon
seigneur, reprenne son pays de la main des brigands,
Verso.
sinon que le roi, mon seigneur, envoie des chars pour nous
emmener (P) nos serviteurs mon seigneur
Yanhama son serviteur pour le dans son
NOUVELLES ET MELANGES. 537
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SÉANCE DU 13 NOVEMBRE 189L
La séance est ouverte à 4 heures et demie , sous la prési-
dence de M. Barbier de Meynard , vice-président , en Tabsence
de M. Renan.
Le procès-verbal de la séance du 8 mai dernier est lu et
la rédaction en est adoptée.
Il est donné lecture d'une lettre de M. le Directeur de Tin-
struction publique des Indes néerlandaises à Batavia , en date
du 1 1 juillet 1891, annonçant Tenvoi de 1 64 photographies
de bas-reliefs sculptés au pied du Boroboudour. Ces photo-
graphies sont actuellement déposées dans la bibliothèque de
la Société ; des remerciements seront adressés au Gouverne-
ment néeiiandais.
M. le Président communique une lettre du Ministre de
Tinstruction publique annonçant T ordonnancement d'une
sonmie de 5 00 francs à titre de subvention pour le troisième
trimestre de 1891.
Est élu membre de la Société :
M. Auroux, juge de paix à Gonstantine (Algérie) , présenté
par MM. Basset et de Galassanti Motylinski.
M. Barbier de Meynard donne lecture , au nom de M. Po-
gnon , consul de France à Bagdad , actuellement en congé en
France , d'une note sur deux fragments de brique provenant
de Babylone et portant des légendes araméennes. ( Voir plus
loin, p. 542.)
538 NOVEMbiVE-DÉGEMBRfi 1S91.
M. Schwab jofir&à la.SociétédesjQociY£ages .sukants ;
En son nom : Itinéraire juif d'Espagne en Chme, in-8°,
1891; Coupes magiques (extraits des Proceedings ofthe Society
ofBihlioal ArchaeoJogy), ■ ^ * • . ,
Au nom du petit-fils de Fauteur : Dictionnaire hébreu-
français, par M. Marchand JSooery, a* édition, 1891.
Au nom de M. Julius Fûrst , rabbin à Mannheim , Glossa-
rium graecO'hebraeum , 4 fascicules in -8% Strasbourg, 1890,
par M. Fùrst;
Ai; nom de Tauteur : Tables du calendrier juif depuis l'ère
chrétienne jusqu'au xxx* siècle, in-4', Paris, 1886, par
M. Isidore Loeb.
M. Lefèvre-Pontalis, ancien élève de TEcole des langues
orientales et attaché d'ambassade, qui vient de parcourir
rindo-Chine avec la mission Pavie , présente a la Société des
spécimens de Técriture usitée chez les Thaïs de la Rivière-
Noire et chez les Lus qui habitent Xieng-hung sur le Mékhong.
Il montre aussi des manuscrits trouvés dans les villages yaos
et lolos de la frontière chinoise. Ces documents sont desti-
nés à la Bibhothèque nationale et à TËcole des langues orien-
tales. M. Lefèvre-Pontahs annonce qu'il a découvert entre la
Uivière-Noirc et le Mékhong quatorze vocabulaires des dia-
lectes paHés par les tribus Khas, Il donne ensuite lecture d*un
mémoire où il a consigné les observations linguistiques et
ethnographiques qu'il a recueiUies au cours de son voyage
dans le nord de l'Indo-Chine. Ce travail sera inséré dans un
des prochains cahiers du Journal asiatique,
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOGI^Té.
Par l'India Office: A Catalogue of maps , plans , etc. ^ ofln-
dia and Burma and other parts of Asia, London, 1891,
gr. in-8^
— Indian Antiquary, july-september 1891. Bpmbay^. .;
NOUVELLES ET MELANGES. 539
Par llndia Office : Epigraphia Indica, or Record of the
Aixhaeological Surwey ofindia, fasc. vu , Calcutta. 1 89 1 ♦ in-4°'
. Par le Ministère de rinstraction publique : Revue des tra-
vaux scientifiques, t. X , n*" 1 1 et 1 2 , et t. XI, n°' 1 à 4. Paris ,
1890, in-8*.
Parle Gouvernement néerlandais : Bijdragen, 5* volume,
VI, 4. S*gravenhage , 1891.
Par l'Académie de Saint-Pétersbourg : Mémoires, t. XXXVII,
n" 3 et 4. Saint-Pétersbourg, 1891, in-4".
Parla Société : Revue africaine, n" 200 et 201. Alger,
1891, in-8'.
— Revue britannique, n* 8, août. Paris, in-8*.
— Journal ofthe Asiatic Society ofBengal, N. S. , vol. LIX ,
part. i,n*' 1 à 5. Calcutta, 1890-1891, in-8°.
— Proceedings ofthe Royal Geographical Society, august-
november 1891. London, in-S**.
— Revue des études juives , avril-juin 1891. Paris , in-S".
— Journal ofthe American Oriental Society, ib^^ vol., n® 1 ,
New-Haven, 1891, in-8".
— Journal of the Royal Asiatic Society, july-october 189 1 .
London , in-8*.
— Zeitschrifï der deutschen morgenlândlschen Gesellschaft ,
Band XVI, Heft 11 et 11. Leipzig, 1891, in-8°.
— Bulletin de la Société de géographie , 2' trimestre, 1891.
Paris, in-8'*.
— Société biblique. Part ofthe hook ofcommon prayers in
Tenni, by W. C. Bompas. London, 1891, in- j 2.
— J. W. Tims, Readings froni the holy scriptures in the lan-
gnage of the hlackfoot Indians,
— Bahtismal services in the Ainu language,
— Proceedings of the Asiatic Society of Bengal, february-
march , avril , may, june. Calcutta , 1891, in-S".
— The American Journal ofphilology, Baltimore , july 1 89 1 ,
in-8'.
540 NOVEMBRE-DECEMBRE 1801.
Par la Société : Comptes rendus de la Société de géographie,
n" i4 à 1 6. Paris , 1 89 1 , in-8'.
Par les éditeurs : Le Ghhe, janvier-avril 1891. Genève,
in-8-.
— Revue archéologique, Taax-ociohre 1891, in-8*.
— Mittheilungen de Tokio, Heft 46, Band V, Seite a35-
294. Yokohama, 1891, in-^".
— Revue critique, n*" 19-45. Paris, 1891, in-8*.
— Bolletino, n*' 1 39-140. Firenze, 1891, in-8'.
— Journal des Savants, mai à août 1891. Paris, in-4**
— Polyhiblion, parties technique et littéraire, août à oc-
tobre 1891. Paris, in-8*.
— Recueil de V Académie de Tam-et-Garonne, 2* série,
année 1890. Montauban, in-8°.
— Aimales du musée Guimet, t. XVIII, Avadâna Çataka,
par L. Feer. Paris, 1891, in-4*.
Par les auteurs : Pietro Orsi, Il Carteggio di Carlo Enuxr
nuele L Torino , in-4'*.
— Prince Phihppe de Saxe-Cobourg et Gotha, Curiosités
orientales de mon cabinet numismatique. Bruxelles, 1891,
in-4".
— Marquis de Croizier, Les Monuments de Samarcand de
l'époque des Timourides. Paris, 1891, in-8'.
— A. Y. Lutfi Bey, Projet d'un chemin de fer reliant
l'Egypte à la Syrie, Le Caire, 1891, in-8°.
— A. des Michels , Histoire géogixiphiqac des seize royaumes,
1" fascicule. Paris, 1891, in-8*.
— Delattre, L'Assyriologie depuis onze ans. Paris, 1891
in-8*.
— Burgess, Mapping and place-names ofindia (Extrait).
London, 1891, in-8*.
— Cil. Schefer, Siasset Namèh, Paris, 1891, în-8* (publi-
cation de l'Ecole des langues orientales).
— G. U. Pape, First lessons in Tamil, Oxford, 1891,
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NOUVELLES ET MÉLANGES. 541
Par les auteurs : Cordier et Schlegel, Tung Pao, archives
poiu servir à l'étude de l'Asie orientale j vol. II, n" i à 6.
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— C. Saieman , Nock einmal die seldjukischen Verse. Saint-
Pétersbourg, 1891, in-8".
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lischen Bibliothek , c^" Band, Verzeichniss der arahischen Hand-
ichriften. Berlin , 1 89 1 , in-A".
— Mouliéras, Les Fourberies de Si-Djeha, conte kabyle,
tome I, texte. Oran, 1891, in-8*.
— Salter Price , AJrican aphorisms in Swahili. London ,
1891, in-8".
— Schlegel, Dictionnaire chinois, suppléments. Leyde,
i8(ji , gr. in-8".
— P. de Lagarde, Mittheilungen , 4" Band. Gottingen,
1891, gr. in-8°.
— Register und Nachtràge za der 1889 erschienenen Ueber-
ùcJitnbevdie im aramàischen, arabischen und hcbràischen ûbliche
Bihlang der Nomina. Gottingen, 1891, gr. in-8".
— De Clerc et J. Menant, Catalogue méthodique et raisonne.
Antiquités assyriennes , t. H. Paris, 1891, in-folio.
J. Eggeling, Catalogue of the Sanscrit manuscripts in the
Library of the Iiidia Office, part III. London, 1891, in-A".
— Villcrs, Lchrbncli der aegypto-arabischen Umgangsprache,
Rairj, 1890, in-8''.
— Isidore Loeb, Tables du calendrier Juif: Paris, 1886,
in-/r.
— A. B. Vrevsky, Amir Timour, texte turc. Tascbkend,
1890-1891, in-8*'.
— Saint, Plagiats bibliques, Paris, 1891, in-8°.
— A. Strong, Two edicts of Assurbanipal (extrait). Lon-
don, 1891, in-8°.
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— VV. Bang, Etudes ouralo-altaîques (extrait). Louvain,
1891, in-h°.
xTiu 36
larainKa.* ratiuiau.
542 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1801.
Par les auteurs : Beitràge zur Kunde der tuiatischen l^ra-
chen (extrait). — Leide, 1891, in-8'.
— Ign. Goldziher, Mahammedanische Stadien, 2 voiomes.
Halle a. S., 1889, ^^'8**.
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en arabe). Constantinople, 1891, in-8'.
— G. Férrand, Les Musulmans à Madagascar» première
partie, les Anbaimorona, Paris, 1891, in-8*.
— M. Schwab, Coupes magiques à légendes hébraïques»
1" et 2" séries (extraits). Paris, 1885-1891, in-8*.
— hinéraire juif d'Espagne en Chine, au ix* siècle. Paris,
1891, in-8°.
— M. Ennery, Dictionnaire hébreu-fmnçais , a* édition.
Paris, 1891, in-8".
— A. Salbâni, Diwân al-Akhtal (poésies d'Âkhtai) , a* fas-
cicule. Beyroutli , 1891, in-8".
^ Fùrst, Glossarium graeco-hebraeum, 3* fascicule. Stras-
bourg, 1891, in-8".
— Istifan Addewayhî, Histoire des Maronites (en arabe).
Beyrouth, J890, in-8".
— Le P. Cheikho, Divan des poètes arabes chrétiens» 6-* fas-
cicule. Beyrouth, 1891, in-8".
Note communiquée par M. Barbier de Meynard de ia part de
M. Pognon , consul de France à Bagdad , rdative à deux briques
avec légendes araméennes provenant de Babylone.
cLe premier fragment a été trouvé par M. Duvent, con-
ducteur des ponts et chaussées , détaché au service du Gou-
vernement ottoman , pendant une excursion qu'il fit au Qasser
en compagnie de M. Pognon. On faisait à ce moment des
fouilles au Qasser, par ordre du Gouvernement turc, pour
extraire des briques qui devaient être employées à la con-
struction d'une digue sur le canal Hindiyah.
«Le fragment en question gisait sur un tas de briques
NOUVELLES ET MÉLANGES. 543
cassées , extraites récemment par les ouvriers et rejetées par
eux comme inutiles ; il appartenait certainement à une brique
de construction ayant les dimensions des briques de Nabu-
chodonosor, et la partie brisée que MM. Duvent et Pognon
ne purent malheureusement pas retrouver portait peut-être
la légende de ce roi en caractères cunéiformes.
« On distingue très nettement sur ce fragment les carac-
tères '^9^^^. qui se transcrivent sans dilEcultë ^33. Le pre-
mier heth, en partie brisé, n'est pas douteux : ce caractère
était presque entier lorsque le fragment fut découvert, mais
un coup maladroitement donné pour diminuer Tépaisseur de
la brique et en alléger le poids brisa le milieu de la lettre.
« Le second fragment appartient à M. SchoendoerfFer, in-
génieur en chef des ponts et chaussées, détaché au service du
Gouvernement ottoman ; ce débris a certainement fait partie
d'une brique de construction et provient de Babylone.
t On y lit les caractères u L u L qui doivent être transcrits
h'pdV. m. Pognon serait porté à voir dans ce mot un nom
propre précédé de la préposition *?. »
SEANCE DU 11 DÉCEMBRE 1891.
La séance est ouverte à 4 heures et demie sous la pré-
sidence de M. Barbier de Meynard, vice -président, en l'ab-
sence de M. Renan.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et la ré-
daction en est adoptée.
Sont élus membres de la Société :
MM. DE Morgan, chargé dune mission scientifique en
Orient , présenté par MM. Barbier de Meynard et
Maspero ;
Gaudefroy Dëmonbynes, rue Cassini, i4, présente
par MM. Barbier de Meynard et Basset*
36.
544 NOVEMBRR-DÉCEMBRE 1801.
M. Halévy fait une lecture sur un certain nombre de noms
propres d'hommes et de lieux qui se rencontrent sons forme
idéograpliique dans les vieilles inscriptions de Sirtelio et de
Tell-Amarna. (Voir ci-après, p. 545.)
M. Sylvain Lévi présente à la Société un spécimen des
inscriptions thaïes et khmères rapportées d*lndo-Chine par
M. Pavie. Il en fait ressortir l'importance multiple pour l'his
toire des langues indo-chinoises, de Tinvasion des races
thaïes dans la péninsule , de Tépigraphie sanscrite et de soa
application à des langues à accent, enfin de la révolution
religieuse qui substitua, dans ] 'Indo-Chine, le bouddhisme
du Sud à celui du Nord.
M. Ayeionier rappelle que l'inscription thaïe, la plus im-
portante pour l'histoire de cette révolution, a déjà été éta^
diée par le père Schmidt et par lui-même.
M. Sylvain Lévi présente une interprétation du titre de
Devânâmpriva prîs par Açoka-Piyadnsi dans ses inscriptions »
et expose les conclusions qui s'ensuivent pour la date de la
grammaire de Kâtyâyana. (Voir ci-après, p. 549*)
M. Schwab communique une série d'observations sur une
Haggada avec traduction judéo-allemande du xiv* siècle , qae
possède la Bibliothèque nationale, et qui offre des rensei-
gnements utiles poiu* l'étude de la paléographie hébraïque
du moyen âge et du judéo-allemand. Cette communication
paraîtra ultérieurement.
M. Darmesteter fait une lecture sur le sens de Vùhaptatha^
nom d'une des périodes du mois . et établit , d'après les indi-
cations du Grand Bundahish , qu'il désigne la période où la
lune commence à décroître et qui, dans le calendrier maz-
déen, se place entre le ao' et le 2 5* jour du mois de trente
jours.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Par rindia Office : Bibliotheca Indica, new séries, n" 78g,
797, 798, 8o4, 8o5. Calcutta, 1891, in-8".
,1^.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 545
Par la Société : Proceedmgs of the Royal Geogixiphical So'
ciety, december 1891. London, in-8°.
— Société de géographie , compte rendu, n° 17. Paris, 1891,
in-8^
Par les éditeurs : Charles Huber, Journal d'un voyage en
Arabie (i883-i88/i). Paris, in-8^
— Recueil de matériaux relatifs à la description des localités
et des races da Caucase (en russe] , vol. XI et XIL Tiflis, 1891,
in-8^
— Journal des Savants, septembre et octobre 1891. Paris,
in4".
— Polybiblion, parties technique et littéraire, novembre
1891. Paris , in-8^
— Revue critique, n" 46-49. Paris, 1891, in-8°.
— Bolletino, n*" i4i-i42. Firenze, 1891, in-8^
Par les auteurs : Le P. Donat Vernier, Grammaire arabe,
tome L Beyrouth, 1891, in•8^
— Maurice Vernes , Du prétendu polythéisme des Hébreux ^
a' partie. Paris, 1891, in-8".
ANNEXE N** 1
AU PROCES-V£RBAL DE LA SEANCE DU 1 1 DECEMBRE 1 89 1 .^
NOTE
SUR
QUELQUES INOMS PROPRES ASSYRO-PALESTINIENS.
Les textes babyloniens archaïques de la collection de
M. de Sarzec, ainsi que ceux de la Correspondance d*Améno-
phis, contiennent, d'une part, un certain nombre de noms
546 NOVEMBRË-DEGEMBRHl 1801.
propres d*hommes écrits en idéogrammes quon se con-
tente de transcrire littéralement sans indiquer leur lecture
vraie; d*autre part, une quantité de noms géographiques
dont ridentificatîon est restée incertaine jusqu*à ce jour. Je
demande la permission de combler quelques-unes de ces
lacunes siu* la base des recherches les plus récentes que j*ai
consacrées à ce sujet.
A. — Noms d'hommks.
Ga-de-a, idéogramme signiGant littéralement : «bouche
(parole) -parler », ce qui rend le vrai nom Nabâ ou Manambû
t celui qui parle «annonce ».
A'kar-gal «fils du grand mont (titre honorifique des dieux
supérieurs)», phonétiquement Ahilsadirahû
Ur-Nina «honune, serviteur de la Dame (des dieux) ■ , à
lire : AmelNinâ,
En-anna-du « Seigneur-ciel-étabUt > , lisez Bel-sam^ukin.
En-te-na «abattant» est rendu par le mot ka§fa, qui si-
gnifie soit «froid», soit «pluie abondante»; compares les
noms bibliques TJS et ^ph
Nam-mah-ni « chose-grand-sa » , à Hre Sirussa.
iVm-^a/2-a/ « dame-élévation-splendeur», à lire BelU-wtumî
«dame ou possédant la splendem*», nom d^une reine.
B. — Noms géographiques.
Magan «Egypte»; cette identification souvent contestée
est confirmée p:ir plusieurs passages des lettres d*El-Âinama
qui offrent , au lieu de Magan u Meluhhuj la forme plus daire
Miçii u Meluhha «TÉgyple et rÉtiiiopie».
Anzan ou Ansan est incontestablement une partie de la
Susiane occidentale. Le vieux roi, Nabû ou Munambû, de
V
Lagas (Sir-pur- la) , aujourd'hui Telloh, a saccagé la ville d* An-
san en Ëlani (An-san nim-ki). Dans un texte susien qui a été
publié dans le Journal asiatique, on lit : Aruan ina Stuunga
NOUVELLES ET MÉLANGES. 547
«Ansan en Susianei; ce serait une nouvelle et éclatante
confirmalion de Topinion que je défends, mais Inexactitude
de la transcription m'inspire beaucoup de doute, car Tidéo-
gramme as figurant la préposition assyrienne ina «dans»
doit être étranger à la langue susienne , qui ne possède que
des postpositions.
Alasiya; le roi de ce pays a écrit beaucoup de lettres à
Aménophis IV. La circonstance que ce correspondant con-
seille au Pharaon de ne conclure d'alliance ni avec la Baby-
lonie [mat Sanhar= l^^p), ni avec le roi des Hétéens, in-
dique suffisamment que son royaume n'était pas très éloigné
de la Mésopotamie supérieure soumise alors aux Babylo-
niens, ni de la Haute-Syrie, patrie des Hétéens. La même
conclusion résulte encore des inscriptions égyptiennes, car,
d'une part, le nom d'Alasiya s'y trouve transcrit A-ro-sa;
d'autre part, A-ro-sa est mentionné immédiatement avant
Aco, ce qui donne à penser que c'était un pays limitrophe
de la Phénicie. Peut-être faut-il le placer au nord de ce der-
nier pays entre Paltos et l'embouchure de l'Oronte.
Habirâa; dans leurs lettres à Aménophis IV, les satrapes
égyptiens de la Palestine s'accusent réciproquement de livrer
le pays aux Amel-Habirâa «gens de Habir». Au début, quel-
ques assyriologues avaient identifié ce nom avec ^"l?? « Hé-
breu » ; or Tidéogramme ki qui l'accompagne dans quelques
lettres oblige à y voir un nom de pays; mais où faut-il le
chercher ? La réponse est donnée par un passage de R^ , VI ,
34 , ligne 44 , qui contient la mention d'un certain Harhi-
Sihii, le Hahiréen (habiMa), Or nous savons par des té-
moignages formels que ce nom signifie dans la langue des
Cosséens Bel-Marduk «seigneur est Marduk»; il en résidte
incontestablement que les bandes qui cherchaient à s'empa-
rer de la Palestine durant le règne d' Aménophis IV étaient
d'origine cosséenne. A première vue, un tel fait semble des
plus étranges, puisque les Cosséens sont originaires de la
chaîne du Zagros qui est bien éloignée de la Palestine , mais
l'étonnement cesse aussitôt qu'on se rappelle que le roi Bur-
548 iNOVËMBRË-DÉCEMBRi: 1891.
naburiyas de Babyloiiie, qui appartient à la dynastie cos-
séenne, était en relations continuelles nvcc Aniénopbis IV«
auquel il a donné sa fille en mariage. Dans une lettre qui
fait partie du recueil de Berlin , cette princesse 50uliai(e au
Pharaon que les dieux de Burnaburiyas et les siens raccom-
pagnent dans ses expéditions. Dans de telles circonstances , la
présence des Cosséens en Palestine, pays qui était alors une
province égyptienne, et même en Egypte, n*a rien qui doive
nous surprendre. Toutefois deux points ont encore besoin
d*êlre éclaircis : riiostililé des Cosséens contre Aménopbis,
en Palestine, el leur grand nombre dans ce pays qul's dé-
vastent impitoyablement et dont ils ont Tair de vouloir s'em-
parer. La huitième lettre du recueil précité, publiée dans
le Journal asiatique, nous donne le mot do Ténignie. Le roi
cosséO'babyionien y demande, d*une façon comminatoire, le
payement d*une rançon pour son messager tué traîtreusement
près d* Acco en Palestine , ainsi que la punition des assassins
qui étaient deux fonctionnaires égyptiens. Il ajoute ces mots
que je donne textuellement : «Si tu ne payes pas la rançon
et ne punis pas ces hommes , mes troupes de campagne vien-
dront et tueront tes gens et toute relation cessera entre toi
et moi. ■ On peut facilement supposer qu* Aménopbis n'a pas
montré trop d*empressement pour accomplir le désir du roi
babylonien, et cela d*autant moins que les fonctionnaires
accusés , on le voit par leur correspondance , étaient ses très
humbles et très fidèles serviteurs. Ce retard a dû irriter
outre mesure le roi babylonien et le déterminer à faire dé-
vaster le Chanaan par les b.indes cosséennes dont le pillage
a toujours été la principale occupation. La fin de cette que-
relle se devine aisément. Le roi d^Ëgypte, pour sauver ses
provinces, s*est résigné à donner satisfaction à son adversaire;
la paix conclue, Aménopbis épousa la fille de Bumaburiyai^
après avoir envoyé à ce dernier une somme énorme d*or
pour la décoration des temples de Babylonie, comme nous
le savons par plusieurs de ses lettres. Voilà un épisode de
i*histoire politique de TEgypte sur lequel les documenta
-.«
NOUVELLES ET MÉLANGES. 549
égyptiens gardent un silence absolu, parce qu il est peu flat-
teur pour leur orgueil national.
J*ajoute un mot. L'ingérence des Babyloniens dans les
affaires de TEgyptc ne date pas du xiv' siècle avant notre
ère : sept cenls ans auparavant , le roi d'Elam Kudur-Lagamari
avait déjà fait des expéditions en Palestine (Genèse, xiv),
expéditions dont parlent également les textes cunéiformes
contemporains. Cela rend assez vraisemblable Thypotlièse
que Tinvasion des pasteurs en Egypte n était autre chose
qu une poussée des peuples du Zagros , à demi policés en Ba-
bylonie , vers la fertile vallée du Nil qui avait toujours excité
la cupidité des nations moins bien partagées en fait de ri-
chesses territoriales.
J. Hal^vt.
ANNEXE N° 2
AU PROCÈS-VERBAL DE LA SEANCE DU 1 1 DECEMBRE 1 89 1 .
NOTES DE CHRONOLOGIE INDIENNE,
DEVAnAmPRIYA. -AÇOKA ET KATYAYANA.
Le terme devânâmpriya , presque toujours accolé au nom
du roi Piyadasi dans ses fameuses inscriptions, est pris au
sens littéral par tous les interprètes et traduit comme «le
bien-aimc des De vas » , « cher aux De vas » , « chéri des Devas >.
L'épithète ainsi entendue ne laisse pas que de surprendre; le
roi qui la porte semble se soucier fort peu des Devas; leur
nom même ne parait qu une seule fois dans le nombre pour-
tant considérable de ses édits religieux , et cette unique men-
tion marque plus dliostilité que de respect aux Devas. Piya-
dasi se flatte d avoir « rendu des faux dieux ceux qui étaient
réellement les dieux dans le Jambudipa ■ (Sahas. a/3 ; Rûp. a ;
550 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891.
Bair. à)» L* interprétation du passage est difficile et laisse
place aux incertitudes; Tesprit n*en est pas douteux. Mais
les inscriptions mêmes suggèrent directement une autre tra-
duction de devânâmpriya. Le texte du viii* édit sur roc à
Kliâlsi et à Shâlibazgarhî oflFre le pluriel devânampiyà comme
r équivalent du mot râjâno employé à Gimar et à DhauU.
Il est permis d'en conclure que le composé devânampiyà
n'était pas un simple surnom choisi librement, dont le
sens était présent à tous les esprits , mais une formule du
protocole, un titre de chancellerie réservé à la dignité
roy^e. Le contemporain de Piyadasi à Ceylan, le roi Tissa,
porte le même titre dans le Mahâvamsa ; le petit-fils de Piya-
dasi, Daçaratha, prend également le titre de Dmjânampiya
dans les inscriptions des grottes de Nâgarjuni. En dehors de
Tétroite période limitée par ces trois règnes, ce titre ne se
rencontre pas dans répigrapliie indienne; d'autre part, la lit-
térature sanscrite n'en présente pas un seul exemple. La tra-
dition jaina semble avoir par exception conservé la notion de '.
ce sens spécial (Weber, Bhagavatî, p. i8g; Leumann, ils-
papâtika-Sâtra , Index, s. v.). M. Bûhler (Ind, Antiq,, VIII,
i44, et Zeits. der D, Morg. Ges,, XXXVII, p. 4a 5) et le
pandit Bhagwânlâl (Ind, Antiq., X, io8; Joum. of Bomb.
Bi\, XV, 286) sont tombés d'accord pour admettre qu'à
l'époque de la dynastie Maurya tous les rois de Tlnde por-
taient le titre' de Devânâmpriya,
L'emploi honorifique de ce mot jure étrangement avec sa
formation grammaticale. Devânâmpriya est un composé syn-
tactique , où le premier terme , au lieu d'être réduit au thème
nu , garde la désinence du génitif. Il tombe sons le coup de
la règle enseignée par Pânini (VI, 3, 21) : sastkyà ékroçe,
« Si le génitif garde ^dans un composé sa marque casuelie, il
donne au composé un sens injurieux. » L'auteur des Vàrttikas ,
Kâtyâyana , cité dans le MaJiâbhâsya de Patanjali , critique la
règle de Pànini et énumère cinq catégories d'exceptions :
1" vâcoyukti, diçodaçda, paçyatohara; 2" âmusyftyaça et
âmusyaputrikâ ; 3" devânâmpriya; A" les noms propres Çu-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 551
nahçepha, Çunahpuccha, Çunolângula; 5° Divodâsa. Ainsi
Kâtyâyana excepte de la règle générale le composé devànâm-
priya et lui dénie formellement une signification insultante ,
mais sans en donner le sens authentique, trop connu sans
doute pour avoir besoin d'être spécifié. D'autres indications
du Mabâbhàsya comblent cette lacune. Le commentaire du
sûtra V, 3 , 1 4 énumè^je les composés analogues à tatrahha-
vaut et cite à T appui le gana hhavadâdayahi , qui ne figure
point dans le Ganapâiha : bhavân, dirghâyuh, devânâm-
priyab, âyusmân. Ces quatre mots se combinent avec iatra
ou latah, La langue du drame a conservé le composé tatra-
hhavant pour désigner par une expression respectueuse un
personnage absent; âyasmant est le titre que les bralimanes
et Técuyer donnent au roi en lui adressant la parole. Les
formules tatradîrghâyah , tatradevânàmpnyah, ont disparu sans
laisser de traces dans la littérature. L'analogie des deux
autres prouve du moins la nuance de déférence respectueuse
qu il convient d*y attacher. On en surprend même en quel-
que sorte r usage réel dans une anecdote contée parle Mahâ-
bhâsya à propos du sûtra II, 4» 56. Un grammairien [valyâ-
kamna) demandait à im suta (conducteur de char) : c Qui est
le pravelar (conducteur) de ce char?» Le sûta répondit :
a Âyusman , j'en suis le prâjitar (conducteur). ■ Le grammai-
rien reprit : « Voilà un terme incorrect ■ ( en vertu du sûtra
en question). Le sùta répliqua : «Le devânâmpriya connaît
la règle théorique (prâpti)^ mais il ne connaît pas l'usage
(isti). Ce mot est en usage. » La discussion continue, pédante
d'une part, ironique de l'autre, et s'achève par la défaite
complète du grammairien. La valeur solidement établie
d' Ayusman éclaire nettement le sens de devdnâmpiiya. Le
sîita railleur commence par saluer le linguiste d'un titre
réservé aux rois. La seconde repartie enchérit sur la pre-
mière, et le sûta va du coup jusqu'au titre royal le plus
pompeux. Le sel même de ses plaisanteries consiste dans
l'exagération ridicule des titres qu'il décerne à son pé-
dantesque interlocuteur. Les commentateurs postérieurs de
552 NOVEMBREDEGEMBRE 1891.
Pànini n*ont pas mieux entendu la plaisanterie que le lourd
vaiyâkarana. Interprètes scrviles du maître infaillible, ils
r/ont pas compris la restriction de Kâtyâyana, faute de con-
naître ou Tusage ou llûstoire; ils ont réintégré le compose
devùnâmpriya dans la règle générale et ils se sont battu les
flancs pour justifier leur explication. Kaiyata analyse ainsi le
mot : deva sipiifie t idiot»; les idiots sont aimés [priyo) des
idiots. La Siddhântakuumiidî (VI, 3, ai) suit Kaiyala. Le
dictionnaire de Ilemacandra et le Trikaçdaçesa ne connais-
sent aussi que le sens d'idiot. C'est aussi dans ce sens que le
philosophe Çarpkara emploie le même mot comme une apos-
trophe à son adversaire (comm. des Vedànta-sûtras , T, a , 8).
Le titre glorieux de Piyadasi a dû, malgré son passé écla-
tant , rentrer dans la loi commune de la grammaire sanscrite.
L'histoire du mot devânâmpriya , établie ainsi par une
série continue de documents, permet d'en tirer peut-être
un indice chronologique sur la date de Kâtyâyana. Si l*U8age
oiBciei du mot dans le protocole royal avait prévalu dès
l'époque de Pânini, le législateur de la langue sanscrite
n*aurait pu se dispenser de lui assigner une place exception-
nelle, en dehors de la catégorie injurieuse où il englobe
toutes les formations analogues. En même temps , Tabsence
du gana hhavadâdayah , y compris devànâmpriya dans le Gnr
napâtha, semble rattacher par un lien étroit la composition de
cette annexe à celle des sùtras. D'autre part, après Kâtyâyana,
le mot parait bientôt passer d'usage. Patanjali répète doci-
lement le vârttika sans y ajouter la moindre note , et Ténorme
erreur des grammairiens postérieurs qui se fondent sur le
Mahâbhâsya semble confirmer par un témoignage accusateur
l'ignorance de Patanjali sur le sens réel du mot devânâmpr^.
En outre , les documents tant épigraphiques qu'hbtoriques en
limitent l'usage à une courte période. Kâtyâyana serait donc
le contemporain des rois qui portèrent ce titre, le contem-
porain de Piyadasi ou de son successeur. Il viendrait ainsi se
placer à distance presque égale entre Pânini, contemporain
d'Alexandre, et Patanjali qui voit finir la dynastie Maurya»
NOUVELLES ET MELANGES. 553
vers le milieu du m* siècle avant notre ère , et sa date ainsi
fixée confirmerait par contre-coup Tépoque assignée respecti-
vement aux deux autres maîtres de la grammaire sanscrite.
Sylvain Lbvi.
BIBLIOGRAPHIE.
Les Religions de là Chine, par G. de Harlez. Leipzig, 1891,
un volume in-8°.
Ce nouvel essai du à T infatigable activité de M. de Hariez
ne sera pas jugé inférieur aux travaux dont ce savant a enri-
chi l'histoire des origines religieuses de l'Orient. On sait à
combien de théories divergentes la question des croyances
primitives de la Chine a donné naissance : l'auteur en pré-
sente un exposé impartial dans son Introduction. Nos sa-
vants missionnaires n'y voyaient autrefois qn'un écho affaibli
de la tradition biblique et des dogmes chrétiens; à cette
théorie, qui ne compte plus que de rares partisans, a suc-
cédé une autre thèse diamétralement opposée, celle qui
place au berceau de la civilisation chinoise le chamanisme
avec ses pratiques grossières et ses dégradantes superstitions.
Comment expliquer ces différences profondes d'apprécia-
tions? D'après M. de Harlez, c'est qu'on n'a pas tenu un
compte suffisant des époques et des races, c'est qu'on a mé-
connu l'influence qu'elles ont exercée sur les livres canoni
ques du Céleste Empire. On doit en dire autant des nombreux
commentaires dont ces livres ont été l'objet : rédigés à de
grands intervalles de temps, dans des milieux où prévalaient
des idées nouvelles bien éloignées de celles qui avaient in-
spiré les textes des premiers âges, il n'est pas surprenant
qu'ils présentent ces confusions inextricables qui , en ouvrant
la porîe à toutes les conjectures , ont dérouté souvent les
554 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
plus doctes exégètes. M. de Hariez cherche à garder le jnste
milieu entre les deux écoles.
Pour lui, la religion des premiers Chinois na pas été le
monothéisme pur, mais elle se rattachait au monothéisme en
ce sens qu*elle reconnaissait on dieu personnel, imparfait aux
yeux de la raison philosophique, mais unique en son espèce,
sans égal dans sa nature et son pouvoir. Ce dieu est Ckang-ti,
le maître suprême du ciel, qu*U faut bien se garder de con-
fondre avec le ciel au sens matériel du mot, avec la voûte
céleste (tien). Mais Chang-ti est pourtant tributaire du ciel,
parce qu*il lui emprunte la substance des formes , la matière
première de la création. En outre , les textes anciens ne disent
rien de son éternité , ils se taisent sur son onmiscience comme
sur son souverain pouvoir : cest, en un mot, une conception
de divinité supérieure, mais incomplète, qn*on ne saurait
comparer à Tidéal chrétien ou islamique.
L* auteur a divisé son*livre en quatre chapitres, qui oflrent
un aperçu historique d*un vif intérêt sur les évolutions phi-
losophiques et religieuses de la Chine. Le premier traite de
la religion officielle, la plus noble par ses origines; ceQe-ci,
après avoir régné sur tout Tcmpire jusque vers le n* sièdb
avant notre ère , est devenue le privilège exdusif du c fib du
ciel » et de ses grands dignitaires. Le second chapitre est une
étude succincte du taoïsme à laquelle M. de Hsurlez a donné
ailleurs tous les développements qu'elle comporte \ H montre
ici comment la pureté des doctrines de Lao-tze s*est altérée
au contact des idées brahmanistes , dès le v* siècle avant Tère
chrétienne et, par des dégradations successives, a fini par
tomber dans un chaos de jongleries odieuses ou grotesques.
Le chapitre suivant est consacré au bouddhisme, celui dn
Nord , c'est-à-dire des documents sanscrits : introduit en Chine
à une époque qui ne se peut fixer avec précision, mais qui ne
dépasse guère un siècle avant J.-C.^ il n atteint son plein
^ Textes taoïstes traduits des originaux chinois et commentés par C. de
Harles ( dans les Annales du musée Guimet), Paris «Leroux, iSgiiOn volume
in-r.
NOUVELLES ET MELANGES. 555
épanouissement que quatre ou cinq siècles plus tard. Dans le
dernier chapitre, le culte chinois est étudié dans ses mani-
festations populaires et contemporaines, bizarre assemblage
de croyances ou plus exactement de superstitions exotiques
dont il est difficile de donner une définition rigoureuse.
Tel est l'ensemble des questions traitées dans cet ouvrage
dont l'idée fondamentale, on le voit par cette courte analyse,
est la recherche du culte primitif des Chinois , tandis que les
autres manifestations de leur conscience religieuse n'y sont
étudiées que dans leur rapport avec la croyance primitive et
en raison des altérations qu'elles lui ont fait subir. Sans né-
gliger aucune des ressources que lui o£Prait la science euro-
péenne, l'auteiu* s'est surtout appliqué à tirer des documents
originaux , chinois et mandchous , tout ce qui pouvait venir à
l'appui de sa thèse , et il a fait en route d'heureuses trouvailles ,
par exemple le texte jusqu'alors inédit du Cérémonial de
Kien-long, etc. Il ne m'appartient pas d'apprécier ce docte
travail au point de vue technique : il se peut aussi qu'on lui
reproche certaines subtilités de dialectique et que sa théorie
, du Dieu suprême des Chinois ne donne lieu à quelques ré-
serves , mais on devra louer sans restriction les connaissances
variées de l'auteur, l'originalité de ses vues et les services
qu'il rend , par le sérieux de ses travaux , à la recherche d'un
des plus nobles problèmes que poursuit la science moderne.
B. M.
y^) u't^ ^ Balance de la poésie » , par M. Margousian ,
Constantinople, in-8**, vi pages.
Cette brochure est la première partie d*un Traité complet
de prosodie et de métrique musulmane ; il n'est question ici
que de la versification arabe. Dans une préface écourtée et
qui nous laisse absolument ignorants du plan qu'il s'est tracé ,
l'auteur rejette dédaigneusement l'autorité des maîtres les
plus accrédités , depuis Khalil et Djawhari jusqu'aux savants
556 NOVËMBRËDEGEMBRE 1891.
européens qui ont adopté, en j mettant plus de clarté, la
méthode des théoriciens arabes. C'est pour moi un regret de
ne pouvoir faire l'éloge d'un travail qui dénote d'oilleurs une
connaissance approfondie du sujet et de nombreuses lectures.
Je suis persuadé que M. Margousian, poète lui-même, a com-
pulsé et annoté une masse formidable de divans manuscrits
et imprimés. Les citations abondent chez lui qu'il a tirées du
Kitâb el'Aghâni, du Hamâia, du Livre du Collier, par Ibn
Âbd Rebbihi, des Prairies d*or de Maçoudi, sans compter
ce qu'il a emprunté aux commentateurs en renom tels que
Neïsabouri, Abou Zakarya et d'autres encore. La nomencla-
ture de ses sources forme à elle seule une liste respectable et
qui inspirerait toute confiance, si la tentation d'innover
n'avait ruiné son œuvre par la base.
Que ne s*est-il souvenu de l'adage qui existe en arabe aussi
bien qu'en français : t le mieux est l'ennemi du bien I » Trop
soucieux de simplifier et de faciliter l'étude d'une matière
inévitablement obscure et compliquée, l'auteur est tombé
dans les plus étranges confusions. C'est surtout dans le cha-
pitre consacré aux mètres et à leurs variétés , avec citations à
l'appui (de la page M à la page ^IP), que se révèlent les im-
perfections du nouveau système, si toutefois on peut donner
ce nom à un assemblage de termes techniques mal expliqués
et de règles incomplètement formulées. A chaque pas on se
heurte à de regrettables innovations qui ne peuvent que jeter
le trouble dans l'esprit du lecteur et l'entraîner sur une fausse
piste. Tel vers, par exemple, qui appartient, d'après tous les
traités connus, au mètre kamil est rapporté au redjez» tel
autre du wafir est atlribué au iawil, et ainsi du reste.
La confusion s'accroît de certaines négligences de rédac-
tion. Ainsi on trouvera des vers d'une époque récente et qui
doivent se prononcer comme l'arabe vulgaire, c'est-à-dire
sans voyelle finale, mêlés à d'autres vers de l'âge classique
qu'on ne peut scander qu'en leur appliquant les règles de la
grammaire, et le lecteur n'en est pas toujours averti. Il ne
peut compter non plus sur le secours de la vocalisation ce-
NOUVELLES ET MÉLANGÉS. 557
pendant bien nécessaire dans cette foule de citations pbéti^
ques de toute provenance et dont le sens présente de sérieuses'
difficultés , même aux connaisseurs les plus expérimentée. Eh-
lin\ brochant sur le tout, des fautes d'impression trop noitt-
breuses viennent mettre le comble aUx perplexités du' mal-
heureux étudiant. Il semble d'ailleurs que rauteur liôit ^èiilé
par l'emploi d'une langue étrangère; l'idiome saVant qi:^H a
cru devoir adopter paraît être pour lui une lanjgue ârtificieflé ,
un exercice dé classe dont il n'est pas toujours niàitre; dé
]à une rédaction pénible, heurtée et, en maint endroit,
absolument inintelligible. En Un mot, c'est Une tentative
avortée. Je regrette d'avoir à la déclarer telle, mais il était
de mon devoir de mettre le public en garde côtitre les dan-
gers d'un enseignement radicalement erroné. Il est vrai que ,
par cela môme qu'il est rédigé en langue arabe , il n^est gu^re
à craindre que ce livre dépasse les limites des écoles d* Orient ,
peut-être même de Constantinople seulement.
Toutefois je m'estimerais heureux si la sincérité de Cette
critique pouvait arrêter l'auteur sur la voie où il s'est iWpftï-
demment égaré. Il reste encore à M. MargoUSian Une secondé
partie à publier, celle de la prosodie persane et tuf que : ritd'
doute que , s'il veut renoncer à ses partis pris d'innovaftion et
revenir aux règles qui ont pour elles la coiisécralion du téitips'
et de l'expérience , il ne nous donne , grâce à son érudition in-
contestable en poésie musulmane , un travail intéressant , puisé
aux bonnes sources et qui se consulterait avec fruit. Puisse-
t-il se persuader qu'il nous doit, qu'il se doit à lui-même ee
dédommagement !
B. M.
NocH EiyMAL DIE Seldscuukischen Verse; von C. Sïdemann,
Saint-Pétersbourg, 1891 (tiré des Mélanges asiatiques, tomeX,
livraison 2).
Le Rebab-iiameh est un poème mystique en vers persans
d'une inspiration passionnée et sincère que sa provenance ex-
\VII[.
-Î7
««rnlMRBIII RATlU^ttE.
558 NOVEMBRE-DECEMBRE 1891.
pllque aisément : il a pour auteur Sultan Weled , Uis de Djelal
ed-din Rounii , dont le Mesnevi a immortalisé le nom. Le ma-
nuscrit de Vienne donne à la suite de ce morceau déjà connu
par les travaux de Hammer, Wickerhauser et d*autres savants,
une poésie turque se rapportant au même sujet et intéres-
sante surtout par la date de sa composition : c*est un des rares
spécimens du dialecte turc parlé dans Tempire seldjonkide
au commencement du xiv* siècle. 13ans le Bulletin de TAca-
demie des sciences de Saint-Pétersbourg, t. XXXIU, p. agi
et suiv., M. RadlofF a donné de ce fragment une savante no-
tice qui me dispense d'en parler avec plus de détails. Plus
récemment, M. Salemann, en rédigeant le catalogue des
manuscrits du Musée asiatique, a trouvé dans une copie du
Rehah-nanieh, acquise en Orient par Rousseau, une rédaction
plus complète et plus exacte des vers turcs. Il a eu rbeureuse
pensée de réunir les deux textes , celui de Sultan Wded et
celui de Tauteur turc anonyme , et il les publie ici avec toutes
leurs variantes utiles , une traduction littérale et des remar-
ques sur les passages difficiles qui ne sont pas en petit nombre,
dans le second surtout. Ce travail fait bonneur aux connais-
sances linguistiques de Tauteur et dénote chex lui une étude
spéciale du style et de la pensée intime de ces étranges rê-
veurs dont la tradition s*est perpétuée, mais affaiblie et dé-
générée , jusque chez les poètes de la Perse et de lai Turquie
modernes. Le mémoire de M. Salemann n est pas seolement
une utile contribution aux dictionnaires turcs orientaux; il
fournit aussi un document des plus intéressants à rhistoire de
ce mysticisme musulman, qui, par une singidière destinée,
est devenu aujourd'hui un instrument de propagande contre
les idées et Tascciidant de la civilisation occidentale.
B. M.
TABLE DES MA.;ri{p^
CONTENUES DAMS LE TOME XVm« VHI^ S^RIE.
■'.: -'M*,.,'
I
MÉMOIRES ET TRADUCTIONS.
PagM.
Notes darché(dogie arabe. (M. Blax Van Bbrcbui.) (Sitite.).'. "liSf
Histoire politique, rdigieuse et littéraire d^Édeasè. (M. Rii-'
iiens DcvAL.). •••...;•. ^\i . . » . .v • • . • « . 4 «^ . 87
La correspondance d'Aménophis HI et d'AméiMi^i IV. (M. J.!
HAum.) (Suite.) .: ; .;.**.;>. : . ..J . . 1 i3é
Histoire politique, religieuse et littéraire d'Édease. (IL* Bar ^
bens DVYAL.) (Suite.) '. . • • ;« '.•••••• ai ..v . •'« .^ •')»,.' ' aoi
Le Traité des rapports musicaux on. l'ÉpItre à Sdianf ed-
Din, par Safi ed-l^ 'Abd d-Muibm AIbiij^bdAi& (li; le
baron Gariia db Vaux.) ...:;••.% . *;\. * '. # .' • . ;V'. • • S79
Les Lolos et les Miao-tie, li propos d'une bvo^M-do M* P*
Vial, missionnaire apostouq^ ii| Yaiii-aifl^(||qi& Dm^
Histoire politique, rdigieuse et littéraire d'Edeiae.. (1I..Ri|l-.
bens DuYAL.) (Suite.). .-• ; •'.•'.••=•'•••.. 38i .
Vajracchedikâ. (Prajnâpâramitâ.) Traduite du texte sanscri^
avec comparaison des versions diinoise et maudclkwé.' '
(M. G. DE Harlbz.) ••••.•.*«•••.•:. .«•«•4VV. ^kQ\
La correspondance d'Améùophis m et d'AvaénophU IV. (IL JL j...
Hal^vt.) (Suite.) ••• .;..,.•.. i ... . 5to
• i 1 ■./. .f.t.
NOUVEUJES ET HÉtA]^GE& .' ' '
Procès- verbal de la séance g^iéndê.da, s6 juin iS^i,. > . . ^ . > 5
Liste des ouvrages offerts à la' SodM. ':':.•:. .'• . .' 9
Annexe au procès -verbal de la séance du !|6 juin 1891. -^
Communication de M. J. Hdévy .• • • . i3
Tableau du Conseil d'administration , coaforméiiieDl am no-
minations faites dans l'assemblée génénde du a6 Juin 1891. 17
560 TABLE DES MATIERES.
Pages.
Rapport de M. Sj)cclit, au nom de la Commission des fonds,
et comptes de Tannât 1S90 19
Rap|)ort de la Go nmissiou des censeurs sur les comptes de
l'exorcicc 1 890 , iu dans la séance générale du a 6 juin 18g 1 . 39
Liste des membres souscripteurs, par ordre alphabétique.. . . ai
Liste des membres associés étrangers , suivant Tordre des no-
minations , 49
Liste des ouvrages publiés par la Société asiatique • . . 43
Collection d'auteurs orientaux 45-
Réponse à quelques critiques formulées par M. J. Oppert dai»
farticlc iotitulé : Uu annuaire astronomique babvlonien. (M. P.
J. Epping.) — Observations compldmcntaîrcs. (M. J. Ot>PBRT.)
— Tables de concordance des dates des calendriers arabe,
copte, grégorien, israëlite, julien, républicain, etc., établies
d*après une nouvelle méthode, par Emile Lacoine, sous-dlrcc-
teur de lobservatoirc impérial de Conslantinoplc. (M. le 'baron
Carra db Vaux.) — Iji Turquie d'Asie, géographie adminis-
trative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province
de TAsie Mineure, par M. Vital Cuinct. (B. M.). — École dû
persan, par Habib cfendi. (B. M.)
A Comparative Dictionarj of the Bihârf language, by A. Pi
Rudolf lioerale and George A. Grierson. (M. L. Fbkr. ) — Le
^i-King, texte primitif rétabli, traduit et commenté par Ch. de
Harlez. (M. L. Fber.) — Recueil de textes pour fétudc de
Tarabe |)arié, {Mir M. G. Ddphin. (B. M.)
Procès-ver])al de la si^nce du j3 novembre 1891 537
Liste des ouvrages offerts à la Société. •.••• 538
Procès-verbal de la séance du 11 décembre i8gi.. . . .- 543
Liste des ouvrages offerts à la Société 54'4
Annexe n° 1 au procès-verbal de la séance du 11 décembre
1891 : Note sur quelques noms propres assyro-palestiniens.
(M. J. Halbvy.) — Annexe n" 2 : Notes de chroncdogie in-
dienne. Dev&nàmpriya, Acoka etKàtyâyana. {\\, Sylvain Livi.)
— Bibliographie : LÎcis UeUgions de la Chine, par G. de Harles.
(B. M.) — Balance de la poésie, par M. Margousian (B. M.) —
Noch einmal die Seldschukischen Verse, von G. Salemann, (B.Mj)
Le Gérant,
RarDIEU de MeY79ABD.
V "''-.•
560 TABLE DES MATIERES.
Pages.
Rapport (le M. Specht, au nom de îa Comitoissioh des fonds,
et comptes de Tannée 1 890 19
Rapport de la Go nmission des censeurs sur lei comptes de
l'exorcice 1 890 , lu dans la séance générale du 36 juin 189 1 . 22
Liste des membres souscripteurs, par ordre idphabétiqae. . . . 2 à
Liste des membres associés étrangers , suivant Tordre des no-
minations , 42
Liste des ouvrages publiés par la Société asiatique 43
Collection d'auteurs orientaux 45-
Rëponse à quelques critiques formulées par M. J. Oppeit dànf
Tartidc iotituié : Uu annuaire astronomique babvlonien. (M. P.
J. Epping.) — Observations complëmentaiiiei. (M. J. Oi^PBiif.)
— Tables de concordance des dates des calendKers arabe,
copte, grégorien, israëlite, julien, républicain, etc., établies
d*après une nouvelle méthode, par ÉmOê Lacoine, sous-dircc-
tcur de TobserVatoîre impérial de Conslantinoplé. (M: le'batoïi'
Garba' db Vaux.) — La Turquie d'Asie, gé<^^phie adminis-
trative, statistique, descriptive et raisonnée de dûique province
de TÀsie Mineure, par M. Vital Cuinct. (B. M*.). — Ecole dît
persan , par Habib êfendi. ( B. M . )
A Gomparwdvie Dictionarj of the Bibârf latiguàge, by A. Pl-
Rudolf* Hoerole and George A. Gricrson. (M. L. Fbbïi.) — Le'
^i-King, texte primitif rétabli, traduit et commenté par Cb. de
Hariez. (M. L. Fber.) — Recueil de textes pour Tétude de
Tarabe parlé , par M. G. DcJphin. ( B. M. )
Procès-verbal de la séance du j3 novembre 1891 537
Liste des ouvrages offerts à la Société. ••••• 538
Procès-verbal de la séance du 11 décembre 1891.. . . ... . . .- 543
Liste des ouvrages offerte à la Société . . . .-. . . . ...-.•.. .-. . . 544^
Annexe n*^ 1 au procès-verbal de la séance du 11 décembre
1891 : Note sur quelques noms propres assyro-palestinieos.
(M. J. Halévy.) — Annexe n° 2 : Notes de chronologie in-
dienne. Dev&nâmpriya, Açoka etKâtyâyana. (IVf. Sylvain Lbvi.)
— Bibliographie : Les Religions de la Chine, par G. de Hariez.
(B. M.) — Balance de la poésie, par M. Margonsian (B. M:) • — ^'
Nocli cinmal die Seldschukischen Verse , von G. Salemann, ( B. M^
Le Gérant,
Bardier de Meynabd;
M
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